Le naturel et le surnaturel de la création dans la Bible
Pour éviter de trop dévier, je déplace ici la discussion menée dans le sujet voisin sur Genèse 3, 21 :
http://cite-catholique.org/viewtopic.ph ... 08#p137208
Merci à Philémon et lmx de creuser le sujet.
Il serait trop long de reprendre les nombreux principes exacts qu’ils présentent. Je ne réagis pas à chaque détail, mais j’ai bien lu l’entièreté de chacun des messages, y compris la fin du message de Philémon sur la dégradation du monde présent qui reprend une affirmation que j’ai déjà évoquée à plusieurs reprises.
Il est exact que l’absence de contrôle du monde par l’homme due au péché originel a permis du désordre dans le monde créé et dans son développement.
lmx a écrit : dès qu'on s'intéresse à des évènements surnaturels, ceux-ci échappant aux lois naturelles, ils ne peuvent plus être expliqués scientifiquement. Et il n'y a aucune contradiction entre l'un et l'autre.
Nous sommes bien sûr d’accord sur les limites de la science et sur l’absence de contradiction.
Mais, la distinction n’existe que par rapport aux limites de notre intelligence humaine.
Pour Dieu et en fait, il n’y a qu’une seule réalité et les « lois » spirituelles ou l’action de Dieu ne sont pas étrangères aux lois de la nature créées par Dieu.
Ces lois de la nature ont elles-mêmes été créées en harmonie avec le monde spirituel et ses lois. L’incapacité de la science de percevoir et de comprendre les liens entre les diverses réalités qui coexistent ne les suppriment pas.
lmx a écrit : Quant aux autres passages racontant l'histoire d'Adam avant la Chute rien n'empêche qu'ils puissent tout aussi bien se passer dans un plan supérieur de réalité.
Si donc la bible parle à certains moments de choses dépassant le domaine corporelle tel qu'on le conçoit maintenant, alors vouloir les faire traduire scientifiquement peut-être illusoire.
Philémon Siclone a écrit : comment s'est articulé l'observable et l'inobservable : nous n'en savons rien. Et nous ne pouvons pas le savoir, puisqu'il nous manque un des deux éléments, l'inobservable...
Tout à fait exact.
Lorsque la Bible évoque des réalités spirituelles, comme elle le fait dans le chapitre 3 de la Genèse, elle utilise inévitablement des images dont une traduction « scientifique » serait, en effet, illusoire.
Cela ne signifie pas qu’il n’y a pas eu un évènement historique, au sens scientifique du terme. Mais, l’essentiel de cet événement que nous relate le récit échappe à l’observation terrestre de type scientifique.
Philémon Siclone a écrit : L'acte créateur de Dieu est au-delà de ce que la science peut observer, il est au-delà de la source que sont les lois elles-mêmes, observables dans la nature. La Résurrection du Christ échappe à ces lois. De même l'Incarnation, l'Annonciation, et une multitude d'autres évènements relatés dans la Bible. De même aussi la création d'Adam et Eve. C'est un évènement à part qui échappe aux lois observées par la science. Voilà tout ce que je dis. Donc tenter de relier l'observable (l'évolution) à ce qui ne peut être observé (la création d'Adam et Eve), ne peut mener qu'à une impasse.
Autant, je suis d’accord avec ce qui concerne l’acte créateur lui-même, autant je ne peux vous suivre plus loin.
Qui sommes-nous pour connaître les limites des lois de la nature et leurs combinaisons avec des lois autres qui peuvent nous échapper ?
Le comment échappe à nos connaissances, mais cela ne permet pas d’affirmer davantage.
La résurrection, l’incarnation ou l’annonciation sont aussi des faits qui correspondent à des réalités historiques.
Par exemple, des témoins historiques ont pu constater la disparition du corps du Christ. Elle était observable scientifiquement. Les apparitions ont été des faits bien réels. Tout comme la grossesse de Marie et même, si les analyses ADN avaient existé, le fait que Joseph n’en était pas la géniteur naturel.
Le cas de l’annonciation est plus délicat en ce qu’il concerne une rencontre avec un être spirituel, mais on peut penser qu’il avait une apparence humaine qu’un observateur aurait pu constater « scientifiquement ».
Lmx a aussi évoqué la transsubstantiation, mais là, il s’agit d’un fait tout autre puisque le Christ fait d’un morceau de pain son propre corps sans en changer la réalité physique. Le pain reste du pain sur le plan chimique tout en devenant, tant physiquement que spirituellement le corps du Christ.
Revenons au plat de résistance concernant la Genèse.
Philémon Siclone a écrit : la création d'Adam et Eve ... C'est un évènement à part qui échappe aux lois observées par la science
Ici, le désaccord est franc si l’historicité est écartée.
Ne tournons pas autour du pot. L’origine de l’homme est une question neutre que tout homme se pose. Pour beaucoup, il provient du hasard ou d’un dessein intelligent initial par de multiples évolutions et mutations ayant abouti à l’humanité d’aujourd’hui, de manière progressive, sans aucune intervention créatrice ayant fait apparaître l’humanité dans le cours de l’histoire, celle bien concrète que la science peut étudier.
L’Église a toujours affirmé la réalité historique et scientifique du monogénisme : tous les humains descendent d’un même couple originel. C’est a priori crédible sur le plan scientifique. Comment imaginer que le hasard ou d’autres faits auraient pu se produire de manière à ce point identique à deux moments ou deux endroits de la terre pour aboutir aux humains qui partagent partout une même structure corporelle extrêmement complexe ?
Par contre, il est tout aussi impossible d’imaginer scientifiquement deux êtres naturels sans aucun lien génétique avec d’autres et ne résultant pas eux-mêmes d’innombrables croisements génétiques entremêlés dans une espèce. C’est dans le mélange d’innombrables couples qu’émergent les individus d’une espèce. Mais, il est a priori crédible sur le plan scientifique qu’un trait dominant génétiquement se transmette à toute une espèce à partir d’un seul couple.
La nature unique corporelle et spirituelle d’Adam et Ève, qui s’est tranmise sans exception à toute leur descendance, est ainsi considérée, par la foi, comme étant déterminante et effective dans toute leur descendance, de sorte qu’elle s’est transmise de manière semblable à un trait dominant génétiquement transmis par un seul couple.
C’est de ce couple originel que nous parle la Genèse. C’est d’un fait historique que la science pourrait aussi observer si l’archéologie ou d’autres moyens nous permettaient de remonter dans le temps.
Nier l’historicité de l’événement relaté par la Genèse, c’est tout simplement nier que la Genèse puisse nous en dire quelque chose de vrai, puisque l’évènement lui-même du couple originel est solidement fondé dans l’histoire scientifiquement observable. Je ne connais pas d’argument sérieux permettant d’écarter l’existence d’un couple originel. Nous avons tous d’innombrables ancêtres et il y a eu, depuis des milliards d’années d’innombrables croisements, mais l’allégation qu’ils auraient pu aboutir à la structure identique pour les milliards d’humains actuels par des origines distinctes me paraît particulièrement invraisemblable.
Nier l’historicité de l’événement, c’est aussi nier l’intervention créatrice de Dieu dans le cours de l’histoire. A un moment et à un endroit précis, dont rien n’empêche a priori une détermination scientifique puisqu’il s’agit d’un fait, Dieu a créé l’homme.
C’est un fait observable, même s’il n’en reste pas de trace scientifique connue.
Ce fait, nous savons scientifiquement qu’il ne se situe pas à une époque glaciaire ou il y a un milliard d’années.
C’est à une époque relativement récente que l’homme apparaît. Pourquoi douter de la possibilité pour la Genèse de nous en parler, douter de la capacité de l’Esprit Saint d’inspirer à des auteurs anciens une perception exacte de l’essentiel du fait historique de cette création ?
Mais, comme pour la résurrection, la Genèse nous en parle avec justesse. Elle nous révèle qu’il y a, dans cette création, bien plus que du matériel. Elle nous invite à découvrir une réalité plus riche que la seule réalité historique, mais non une réalité en dehors de l’histoire.
Elle affirme, que, lors de cette création, l’homme a reçu le pouvoir de dominer le monde et de ne pas être soumis à la loi naturelle de la mort physique. « Soumettez-là ; dominez sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et tous les animaux qui rampent sur la terre » (Gn 1, 28). Elle nous indique ainsi que les lois naturelles que la science peut connaître sont bien plus riches et intègrent des lois autres que l’homme aurait connues et utilisées s’il était resté dans la communion avec Dieu.
Quand nous constatons un miracle, dans l’Ecriture ou dans l’histoire, n’affirmons pas trop vite qu’il est contraire à la nature. Il est seulement contraire au fonctionnement normal de cette nature tel que nous le connaissons imparfaitement. Chaque miracle atteste de liens entre les lois naturelles que nous percevons et des possibilités de transcender leur fonctionnement normal. Il existe des liens objectifs entre le spirituel et le matériel qui sont loin d’être bien connus.
La Genèse nous parle d’une réalité bien concrète, mais aussi d’évènements spirituels dans cette réalité qui est plus riche que ce que révèlent les seules perceptions terrestres.
Le naturel et le surnaturel coexistent. Dans la Genèse, avant le péché originel, mais dans l’histoire bien réelle et concrète que la science peut connaître, le naturel et le surnaturel ont existé en harmonie dans une même réalité au moment de la création des premiers humains. Ils avaient accès à tout en communion avec leur Créateur pour autant qu’ils ne se séparent pas de lui.
L’Evangile nous en reparle. Ce que Jésus a vécu fut bien concret, bien historique et scientifiquement observable pour tout ce qui concerne les faits terrestres, comme la vie de chacun de nous.
Comme nous le dit la Genèse, les bêtes sauvages lui étaient soumises (Mc, 1, 13), de même que les poissons de la mer (Lc 5, 4-6, Jn 21, 6 ou Mt 17, 27). Il dominait le vent, la tempête, la maladie et même la mort. De manière bien concrète, historiquement et scientifiquement constatable, même si le « comment » nous reste mystérieux.
Rejeter le caractère historique d’Adam et Eve, c’est se priver de découvrir ce que Jésus peut nous apprendre du vrai homme, tel qu’il était sans le péché. C’est risquer de faire de Jésus un dieu déguisé en homme. De ne plus le reconnaître comme étant vrai Dieu et vrai homme. Un vrai fils d’Adam. Un vrai fils de l’homme, de l’homme tel que Dieu l’a créé.
Sans le péché, le Christ est le premier fils de l’homme créé, de l’homme tel qu’il était sans péché. Nous ne sommes tous que des descendants de l’homme pécheur, de l’homme marqué par le péché originel.
De même que Jésus pouvait dire à son Père : tu m’exauces toujours, Adam et Eve, bien que n’étant que des créatures, ont été faits historiquement à l’image de Dieu, ce qui leur donnait accès à toutes les grâces s’ils restaient en communion avec leur Créateur.