Cher Philémon Siclone,
J’aime votre franchise qui vous permet d’exposer clairement ce que tant d’autres pensent.
Le sujet voisin « Adam a-t-il une mère biologique ? » doit vous inspirer la même réaction, avec probablement un brin d’irritation supplémentaire.
Ma réponse, dans ce sujet, à un intervenant proche de votre point de vue est déjà aussi une première réponse à vos réflexions profondes et droites.
Vous mettez très bien en avant les deux approches qui nous distinguent ici.
D’un côté, un croyant qui veut absolument mélanger science et religion.
De l’autre, un croyant « qui cherche surtout à atteindre des vérités spirituelles. C'est cela seul qui compte.
… prendre le récit de la Genèse pour ce qu'il est : un texte religieux, qui parle de réalités religieuses, et transmet des enseignements spirituels.
… sa dimension spirituelle … c'est ce qui compte le plus
… (qui adopte) une voie qui fait la part des choses : il y a les sciences, qui évoluent, qui continuent de découvrir, et c'est très bien. Et puis il y a les vérités d'ordre spirituel qui me guident dans ma vie. Les Ecritures et les enseignements de l'Eglise sont là pour me fournir matière à ma réflexion, à ma méditation, à ma contemplation de ces vérités spirituelles.
… (qui imagine plutôt) le récit de la Génèse se déroulant dans une réalité complètement autre que le monde actuel, dont l'état, dans toute son étendue, serait le résultat du Péché originel ».
Philémon Siclone a écrit : Il vaut mieux que nous soyons lucides sur ce qu'est l'homme dans le siècle actuel, et ce qu'il est appelé à être dans celui qui vient.
Voilà, par contre, une conclusion qui nous réunit. Vous avez parfaitement raison ici. Etre lucides sur ce qu’est l’homme et sur ce qu’il est appelé à être. Voilà ce qui vaut mieux.
C’est cependant cette même conviction qui nous différencie par rapport à la Genèse, à son importance pour l’annonce de l’Evangile, pour la compréhension de ce qu’est l’homme, de la vie que nous propose le Christ.
C’est précisément cette lucidité qui me semble demander « absolument » (sans limites) de « mélanger » (percevoir et considérer ensemble) la « science » (toutes les connaissances terrestres tant des réalités physiques que des réalités psychologiques) et la « religion » (tout ce qui concerne notre relation à Dieu).
Il me semble aussi absolument impossible de séparer la religion de la science qu’il est impossible de séparer en Jésus, le vrai Dieu du vrai homme.
Nous sommes, au contraire, au cœur de la foi chrétienne qui, de ce point de vue, donne sur la Genèse un éclairage déterminant.
Certes, la science comme instrument d’analyse et d’observation a ses règles propres et autonomes. Croyants et incroyants peuvent partager la même démarche rigoureuse.
Dans son travail objectif d’observation et d’étude, le scientifique chrétien est sur un pied de parfaite égalité avec l’incroyant. Ce que l’un constate ou raisonne, l’autre doit pouvoir le vérifier avec les mêmes instruments d’analyse.
Les milliards de pages de la production scientifique ne permettent pas d’en déduire que les quelques pages de la Bible n’ont « aucune » valeur scientifique ou historique. Sur le plan scientifique, c’est un témoignage ancien parmi d’autres.
Ce qui est vrai, c’est que la Bible n’est pas le produit d’une démarche scientifique. Il n’est donc pas possible à un homme de science de fonder un raisonnement scientifique sur une affirmation biblique sans autre appui.
Tous les textes bibliques sont des textes inspirés. Ils nous donnent des éclairages, des témoignages, qui mettent quelques aspects de quelques faits en évidence.
Philémon Siclone a écrit : A quoi bon discuter des peaux de bêtes … ? Franchement, tout ceci n'a strictement aucun sens…
tripatouiller un arrangement entre une interprétation de la Genèse et des théories scientifiques sur l'origine de l'humanité, non seulement c'est complètement vain, mais c'est même stérile…
Est-ce que ça sert à connaître l'origine scientifique de l'humanité ?
Ne trouvez-vous pas cette démarche complètement aberrante ? N'est-ce pas une vraie perte de temps ? Pure vanité, je dis !
Autant de questions complètement insolubles, et sans un grand intérêt pour ce qui est de la quête spirituelle.
Philémon Siclone a écrit : atteindre des vérités spirituelles. C'est cela seul qui compte…
les vérités d'ordre spirituel … me guident dans ma vie
Il est bien vrai que les vérités d'ordre spirituel sont un guide pour notre vie.
Ce qui est moins vrai et contradictoire, c’est de rechercher la vérité dans des enseignements, des révélations, ou des éclairages « spirituels » et, en même temps, de le faire en séparant le spirituel de la réalité terrestre, celle que la science observe et étudie.
Il n’y a pas deux mondes séparés. D’un côté, un monde spirituel qui pourrait certes contenir plein d’enseignements utiles réservé à la religion et étranger à la science. De l’autre côté, un monde terrestre avec ses lois propres et distinctes que la science peut étudier et connaître de mieux en mieux, mais dont la religion et la révélation ne nous dirait rien d’utile ou de concret.
Cela me semble une profonde et grave erreur.
Il n’y a qu’une seule réalité que la religion explore dans toutes ses dimensions mais que la science ne peut considérer que sous un angle limité par ses propres critères exclusivement terrestres.
Il n’y a qu’une seule réalité terrestre et spirituelle. Mélangée.
C’est un enseignement fondamental de la Genèse. L’homme est fait à l’image de Dieu par un mélange de poussière et de souffle de vie. L’âme immortelle, la personne, de l’homme est faite par un mélange de terrestre et de spirituel.
Toute approche qui sépare le corps terrestre de l’homme de son esprit s’égare.
La Genèse nous révèle aussi que l’homme créé en communion spirituelle avec Dieu était intégré dans la nature et les lois de la nature d’une manière qui lui permettait de dominer cette nature.
Impossible d’imaginer la domination de la nature par l’homme en séparant le spirituel du terrestre.
Toute la vie du Christ nous dit la même chose. C’est la faute de l’homme qui le sépare de tout ce que la vie spirituelle avec Dieu lui aurait permis de faire. C’est le péché originel qui sépare le spirituel du terrestre.
Nous devons certes respecter les imprécisions et les limites des faits concrets que nous relate l’Ecriture Sainte, nous méfier de ne pas attribuer des interprétations particulières incertaines à la Parole de Dieu elle-même, mais c’est vraiment dans l’histoire concrète, la même que celle que la science étudie, que Dieu a créé puis s’est incarné.
C’est dans cette même histoire que la vie spirituelle est présente, que Dieu agit et que nous pouvons agir.
Philémon Siclone a écrit : j'aurais plutôt imaginé le récit de la Génèse se déroulant dans une réalité complètement autre que le monde actuel, dont l'état, dans toute son étendue, serait le résultat du Péché originel
Voilà la grande tentation de l’époque actuelle. Faire sortir la création du monde présent. Plus encore, attribuer le monde présent au péché originel, à l’action de l’homme lui-même plutôt qu’à l’acte créateur de Dieu.
C’est cette tentation elle-même qui me semble un « résultat du péché originel ». Elle fait de l’homme séparé de Dieu le « créateur » du monde présent.
La réalité c’est que ce monde présent avait un moteur spirituel : l’homme en communion spirituelle avec Dieu. Avec ce « moteur » spirituel, l’homme pouvait dominer le monde physique bien concret que nous connaissons, le transformer et le développer en communion avec Dieu.
Les miracles du Christ sont autant de preuves de ce que le vrai homme sans péché aurait pu faire et obtenir de Dieu.
C’est bien dans notre réalité que le péché originel nous a coupé de la puissance spirituelle que l’homme a reçu lors de sa création. Il n’y a pas deux réalités. Mais, dans notre aveuglement actuel, nous ne voyons plus guère que la réalité terrestre et les humains sont tentés de croire qu’elle a désormais une existence séparée à découvrir uniquement selon les lois de la science alors qu’en réalité, les lois de la nature sont intimement mélangées, depuis leur création, aux lois spirituelles.
Philémon Siclone a écrit : De quoi parlons-nous ? Voilà la question qu'il faut nous poser.
Qu'est-ce que la Bible ? Un livre d'histoire ? Un documentaire animalier, ou anthropologique ? Un traité de paléontologie ou d'archéologie ?
La bonne réponse n’est pas de séparer la réalité scientifique et historique de la Bible.
Elle a son langage propre et ses limites. Mais, c’est bien de la même réalité que la Bible nous parle.
Elle nous parle aussi de la réalité scientifique et historique.
Philémon Siclone a écrit : forcément cela conduit à enlever au récit sa dimension spirituelle, alors que c'est ce qui compte le plus. Et c'est précisément le but de la démarche scientiste et moderniste : désacraliser l'Ecriture, la vider de son contenu spirituel, pour en faire un vague machin socialo-historico-anthropologique, dont il n'y a plus rien à en tirer au plan spirituel.
Mais, non.
Bien, au contraire. La Bible nous révèle la réalité spirituelle « dans » la réalité scientifique et historique.
Philémon Siclone a écrit : ce n'est pas en bricolant un attelage brinquebalant avec de la ficelle et du scotch pour faire tenir ensemble Foi et Raison qu'on s'en tire...
C’est exact, mais il ne faut pas cesser l’effort…
Philémon Siclone a écrit : Je suis certain qu'il existe plusieurs degrés de réalité, ou d'état, en fonction des facultés spirituelles ou terrestres de la Création, et notamment de l'humanité
Ici, nous nous retrouvons. Des degrés de perception, mais une seule réalité.
Philémon Siclone a écrit : Et comment interprétez-vous la sortie d'Eden ? Où situez-vous l'Eden ?
L’Eden, c’est la réalité terrestre « et » spirituelle où l’homme était en communion spirituelle avec Dieu. Le « jardin » n’a pas disparu de la réalité, mais l’homme ne le voit plus depuis le péché originel.
Pour être très concret, à l’endroit où Adam et Eve vivaient sur cette terre, ils voyaient bien plus que ce que nous voyons par une perception spirituelle que nous avons perdue.
De cette réalité spirituelle, la Genèse ne peut nous parler qu’au moyen d’images terrestres.
Si nous essayons de nous représenter concrètement « l’arbre de la connaissance » ou le « serpent » ou les dialogues avec Dieu dans les seules limites de nos références terrestres, nous ramenons le spirituel au seul terrestre connu et nous nous trompons.
Le récit nous invite à redécouvrir que la réalité est bien plus vaste que la seule réalité naturelle que nous percevons et que les lois du monde créé sont bien davantage que celles que la science nous permet de connaître.
Encore un grand merci, Philémon, pour votre intervention qui permet d’approfondir l’intelligence de notre foi.