par Théophane » sam. 26 juin 2010, 11:55
Pendant des années le fondateur de l’Opus Dei avait demandé à Dieu une mort qui lui permettrait de travailler jusqu’à la fin « sans gêner personne ». Mis à part les malaises qu’il eut pendant ses voyages en Amérique latine, il jouissait d’une bonne santé et il se montrait aussi dynamique que toujours.
Il ne travaillait pas simplement à l’achèvement du sanctuaire de Torreciudad, mais aussi à une autre de ses folies : Cavabianca, un ensemble d’édifices qui devaient héberger le Collège Romain de la Sainte Croix, dont les élèves n’arrivaient plus à tenir dans le siège central de l’Œuvre, qui les avait hébergés depuis le début.
Au printemps 1975 – le 28 mars –, le fondateur fêta ses noces d’or sacerdotales, sans solennité, dans la plus stricte intimité. Comme c’était Vendredi Saint, et qu’on ne peut célébrer de messe ce jour-là, il ne renouvela pas le Sacrifice de l’autel. Pressentait-il que sa fin s’approchait ? Il confia autour de lui en plusieurs occasions : « ici, je ne fais que gêner ».
Dès que l’été arrivait, l’abbé del Portillo, chaque fois qu’il le pouvait, essayait de faire en sorte que le fondateur n’ait pas à supporter la chaleur écrasante de Rome et se repose un peu en un lieu plus agréable. Ce qui n’impliquait d’ailleurs pas pour lui qu’il cessât de travailler. Alors qu’on était presque à la fin du mois de juin, Mgr Escrivá se décida à abandonner Rome pour un certain temps et, comme à l’accoutumée, il voulut dire au revoir aux membres de l’Œuvre qui poursuivaient des études à Rome. Il avait prévu de rendre visiter le 26 au matin à ses filles, à Castelgandolfo – siège du Collège Romain de Sainte Marie –, et le 26 après-midi à ses fils du Collège Romain de la Sainte Croix.
Cette matinée-là, alors qu’il était en train de parler avec ses filles, dans la chaleureuse sympathie qui lui était habituelle, il se senti mal, au point de devoir écourter sa visite. Après s’être un peu reposé, il repartit pour Rome, accompagné, comme d’habitude, par les abbés Alvaro del Portillo et Javier Echevarría.
Dans une longue lettre qu’il écrivit quelques jours plus tard à tous les membres de l’Œuvre, l’abbé del Portillo explique ce qui arriva :
« En entrant dans la maison de Bruno Buozzi (nom de la rue où se trouve le siège central de l’Œuvre), quelques minutes avant midi, notre Père a salué le Seigneur, dans son oratoire, par une génuflexion lente, pleine de dévotion, tout en faisant, comme à l’accoutumée, un acte d’amour. Ensuite nous sommes montés à la pièce où il travaillait habituellement. Vous savez tous que c’était mon bureau.
En entrant il eut certainement un regard pour une image de la Vierge de Guadalupe qui se trouvait dans cette pièce.
Quelques secondes après avoir pénétré dans cette pièce, il s’est écrié : « Javi ! ».
Javier (l’abbé Echevarría) était resté derrière pour fermer la porte de l’ascenseur, et le Père répéta avec plus de force : « Javi ! ». Puis, d’une voix plus faible : « je ne me sens pas bien ». Aussitôt le Père s’écroula par terre. Joe Soria (prêtre, docteur en médecine) et moi-même, nous trouvions également dans la pièce. Nous avons mis en œuvre tous les moyens spirituels et médicaux possibles pour le ranimer. Je lui ai donné l’absolution et l’Onction des malades alors qu’il respirait encore. Il y a eu une heure et demie de lutte, d’espoirs : oxygène, piqûres, massages cardiaques. Pendant ce temps j’ai répété plusieurs fois l’absolution. Nous ne pouvions pas croire que le moment de cette très grande douleur était arrivé.
Nous n’arrivions pas à admettre qu’il était mort. Pour nous il s’est agi manifestement d’une mort soudaine. Pour le Père, sans aucune doute, il s’est agi de quelque chose – j’ose le dire – qui a mûri plus dans son âme que dans son corps, parce qu’il faisait de plus en plus souvent, chaque jour, l’offrande de sa vie pour l’Église. »
La chapelle ardente fut installée dans l’oratoire de Notre-Dame-de-la-Paix, au siège central de l’Opus Dei. On revêtit le corps d’une aube et d’une chasuble de fête, par-dessus la soutane. Puis l’abbé del Portillo célébra la première des cinquante et une messes qui furent dites jusqu’au moment de la sépulture.
Beaucoup de gens allèrent pleurer et prier devant le cadavre : de hauts dignitaires ecclésiastiques, d’humbles travailleurs, des membres de l’Œuvre, son frère Santiago. Un cardinal de la Curie romaine fit ce commentaire : « Comme il va faire du bien à l’Église du haut du ciel ! »
Le lendemain, dans les cinq continents, les 62.000 membres de l’Opus Dei tentèrent d’atténuer leur douleur en répétant dans leur prière les mots Omnia in bonum (tout est pour le bien) que le fondateur avait répétés si souvent pendant sa vie. Le jour suivant, dans l’après-midi, on plaça le corps du Père dans un cercueil en acajou, qui fut scellé après les funérailles solennelles, célébrées par l’abbé del Portillo. Le cercueil fut descendu dans la crypte et placé dans un caveau que l’on couvrit d’une plaque de marbre. Sur celle-ci sont inscrites, avec des lettres en relief, les dates de sa naissance et de sa mort, ainsi qu’une biographie qui tient en deux mots : LE PÈRE.
Extrait du livre Des pas sur la neige de Dennis M. Helming
Pendant des années le fondateur de l’Opus Dei avait demandé à Dieu une mort qui lui permettrait de travailler jusqu’à la fin « sans gêner personne ». Mis à part les malaises qu’il eut pendant ses voyages en Amérique latine, il jouissait d’une bonne santé et il se montrait aussi dynamique que toujours.
Il ne travaillait pas simplement à l’achèvement du sanctuaire de Torreciudad, mais aussi à une autre de ses folies : Cavabianca, un ensemble d’édifices qui devaient héberger le Collège Romain de la Sainte Croix, dont les élèves n’arrivaient plus à tenir dans le siège central de l’Œuvre, qui les avait hébergés depuis le début.
Au printemps 1975 – le 28 mars –, le fondateur fêta ses noces d’or sacerdotales, sans solennité, dans la plus stricte intimité. Comme c’était Vendredi Saint, et qu’on ne peut célébrer de messe ce jour-là, il ne renouvela pas le Sacrifice de l’autel. Pressentait-il que sa fin s’approchait ? Il confia autour de lui en plusieurs occasions : « ici, je ne fais que gêner ».
Dès que l’été arrivait, l’abbé del Portillo, chaque fois qu’il le pouvait, essayait de faire en sorte que le fondateur n’ait pas à supporter la chaleur écrasante de Rome et se repose un peu en un lieu plus agréable. Ce qui n’impliquait d’ailleurs pas pour lui qu’il cessât de travailler. Alors qu’on était presque à la fin du mois de juin, Mgr Escrivá se décida à abandonner Rome pour un certain temps et, comme à l’accoutumée, il voulut dire au revoir aux membres de l’Œuvre qui poursuivaient des études à Rome. Il avait prévu de rendre visiter le 26 au matin à ses filles, à Castelgandolfo – siège du Collège Romain de Sainte Marie –, et le 26 après-midi à ses fils du Collège Romain de la Sainte Croix.
Cette matinée-là, alors qu’il était en train de parler avec ses filles, dans la chaleureuse sympathie qui lui était habituelle, il se senti mal, au point de devoir écourter sa visite. Après s’être un peu reposé, il repartit pour Rome, accompagné, comme d’habitude, par les abbés Alvaro del Portillo et Javier Echevarría.
Dans une longue lettre qu’il écrivit quelques jours plus tard à tous les membres de l’Œuvre, l’abbé del Portillo explique ce qui arriva :
« En entrant dans la maison de Bruno Buozzi (nom de la rue où se trouve le siège central de l’Œuvre), quelques minutes avant midi, notre Père a salué le Seigneur, dans son oratoire, par une génuflexion lente, pleine de dévotion, tout en faisant, comme à l’accoutumée, un acte d’amour. Ensuite nous sommes montés à la pièce où il travaillait habituellement. Vous savez tous que c’était mon bureau.
En entrant il eut certainement un regard pour une image de la Vierge de Guadalupe qui se trouvait dans cette pièce.
Quelques secondes après avoir pénétré dans cette pièce, il s’est écrié : « Javi ! ».
Javier (l’abbé Echevarría) était resté derrière pour fermer la porte de l’ascenseur, et le Père répéta avec plus de force : « Javi ! ». Puis, d’une voix plus faible : « je ne me sens pas bien ». Aussitôt le Père s’écroula par terre. Joe Soria (prêtre, docteur en médecine) et moi-même, nous trouvions également dans la pièce. Nous avons mis en œuvre tous les moyens spirituels et médicaux possibles pour le ranimer. Je lui ai donné l’absolution et l’Onction des malades alors qu’il respirait encore. Il y a eu une heure et demie de lutte, d’espoirs : oxygène, piqûres, massages cardiaques. Pendant ce temps j’ai répété plusieurs fois l’absolution. Nous ne pouvions pas croire que le moment de cette très grande douleur était arrivé.
Nous n’arrivions pas à admettre qu’il était mort. Pour nous il s’est agi manifestement d’une mort soudaine. Pour le Père, sans aucune doute, il s’est agi de quelque chose – j’ose le dire – qui a mûri plus dans son âme que dans son corps, parce qu’il faisait de plus en plus souvent, chaque jour, l’offrande de sa vie pour l’Église. »
La chapelle ardente fut installée dans l’oratoire de Notre-Dame-de-la-Paix, au siège central de l’Opus Dei. On revêtit le corps d’une aube et d’une chasuble de fête, par-dessus la soutane. Puis l’abbé del Portillo célébra la première des cinquante et une messes qui furent dites jusqu’au moment de la sépulture.
Beaucoup de gens allèrent pleurer et prier devant le cadavre : de hauts dignitaires ecclésiastiques, d’humbles travailleurs, des membres de l’Œuvre, son frère Santiago. Un cardinal de la Curie romaine fit ce commentaire : « Comme il va faire du bien à l’Église du haut du ciel ! »
Le lendemain, dans les cinq continents, les 62.000 membres de l’Opus Dei tentèrent d’atténuer leur douleur en répétant dans leur prière les mots [i]Omnia in bonum [/i](tout est pour le bien) que le fondateur avait répétés si souvent pendant sa vie. Le jour suivant, dans l’après-midi, on plaça le corps du Père dans un cercueil en acajou, qui fut scellé après les funérailles solennelles, célébrées par l’abbé del Portillo. Le cercueil fut descendu dans la crypte et placé dans un caveau que l’on couvrit d’une plaque de marbre. Sur celle-ci sont inscrites, avec des lettres en relief, les dates de sa naissance et de sa mort, ainsi qu’une biographie qui tient en deux mots : LE PÈRE.
Extrait du livre [i]Des pas sur la neige [/i]de Dennis M. Helming