par Pneumatis » mar. 22 déc. 2009, 0:35
Bonsoir Xavi,
Loin de moi l'intention de condamner qui que ce soit (je ne crois pas l'avoir fait d'ailleurs). Quant à ce qui est de porter atteinte à la liberté des personnes, je reconnais que le ton de mon "exposé" et notamment les titres très radicaux, peuvent en effet avoir cette conséquence. Pourtant, je ne le fais qu'en me soumettant à la règle du débat et de la discussion, et non en imposant mon opinion comme émanant d'une quelconque autorité supérieure à tous les autres participants. Les seules autorités dont je me réclame sont la raison et la foi en l'enseignement de l'Eglise. C'est pourquoi je pars des textes et je propose certains arguments basés dessus. Tout ceci ne reste qu'une interprétation, que chacun peut éventuellement réfuter à loisir. D'ailleurs, je suis très demandeur : comme je l'ai dit, je préférerai n'avoir qu'à voter le jour des élections, plutôt que de répondre au devoir que révèlent ces conclusions de proposer une autre alternative. La politique et moi, vous savez...
Bref, je m'excuse auprès des lecteurs si le ton de mes messages fut trop moralisateur : ce n'était pas l'intention de départ. Je voulais surtout présenter un raisonnement qui s'est présenté à moi, en tant que catholique, au fur et à mesure de mes investigations concernant l'engagement politique au regard de la foi.
Xavi a écrit :Dans un tel cas, il ne me semble pas illicite de favoriser par son vote le moindre mal en votant pour le candidat qui a une chance d'être élu et dont le programme est sensiblement moins mauvais que celui des deux autres éligibles plutôt que de soutenir un candidat ayant de bonnes intentions mais qui n'a pas de chance réelle d'être élu.
Admettons une seconde... (quoique je pense que cela fait prendre certaines libertés avec l'ordre moral). Dans mon précédent message je vous demandais aussi... pourquoi ? Quel est l'intérêt, rationnellement. Ne trouvez-vous pas qu'il y a une certaine incohérence entre le fait de croire d'un côté que votre voix a suffisamment de poids pour peser en faveur de tel "gros parti", mais pas assez pour peser en faveur d'un "petit parti" ? Nous parlons de votre voix. Le principe du vote en démocratie, ce n'est pas, je crois, de faire des calculs, mais d'exprimer librement (comme d'ailleurs vous l'avez souligné) votre opinion politique.
Soyons clair, votre voix ne change pas la donne. Ce qui change la donne c'est ce qui fait nombre. Si tout le monde "calcule" comme vous, alors nous nous enfermons dans une logique d'un choix très limité, qui nous éloigne finalement de la démocratie pour rapprocher un peu plus du totalitarisme. Lorsque l'opinion se réparti très largement sur seulement deux ou trois partis politiques, d'ailleurs très semblables sur bien des points, où est la démocratie ?
C'est seulement lorsque chacun peut exprimer véritablement, et librement, sa position politique, sans calcul de réussite ou d'échec, que la démocratie est à l'oeuvre. La participation à la démocratie, suivant cette logique de liberté et d'ouverture réelle aux opinions de chaque citoyen, ne se limite d'ailleurs pas à la participation électorale, mais à la participation d'une manière générale au fonctionnement des institutions. Tout ceci a pour objectif que la démocratie ne soit pas qu'une vague idée qui utilise le mécanisme du choix des citoyens mais après avoir totalement anéanti leurs libertés. Non par la force, mais de manière beaucoup plus perverse.
Voici ce que dit Jean-Paul II, au sujet de la démocratie dans l'encyclique Centesimus Annus :
Jean-Paul II a écrit :Même dans les pays qui connaissent des formes de gouvernement démocratique, ces droits ne sont pas toujours entièrement respectés. Et l'on ne pense pas seulement au scandale de l'avortement, mais aussi aux divers aspects d'une crise des systèmes démocratiques qui semblent avoir parfois altéré la capacité de prendre des décisions en fonction du bien commun. Les requêtes qui viennent de la société ne sont pas toujours examinées selon les critères de la justice et de la moralité, mais plutôt d'après l'influence électorale ou le poids financier des groupes qui les soutiennent. De telles déviations des moeurs politiques finissent par provoquer la défiance et l'apathie, et par entraîner une baisse de la participation politique et de l'esprit civique de la population, qui se sent atteinte et déçue. Il en résulte une incapacité croissante à situer les intérêts privés dans le cadre d'une conception cohérente du bien commun. Celui-ci, en effet, n'est pas seulement la somme des intérêts particuliers, mais il suppose qu'on les évalue et qu'on les harmonise en fonction d'une hiérarchie des valeurs équilibrée et, en dernière analyse, d'une conception correcte de la dignité et des droits de la personne (98).
En sommes, je me suis permis d'exprimer une position argumentée sur le fait de voter aujourd'hui pour tel et tel parti politique. Mais plus que cela, et vous me permettez de le faire, j'invite ardemment les catholiques à ne pas faire le jeu du système politique en place en le cautionnant plus longtemps. Dans Caritas in Veritate, Benoit XVI nous exhorte à inventer de nouvelles formes de politique. Ca commence par libérer la démocratie de la sclérose dans laquelle nous nous l'avons enfermé, de se mobiliser pour offrir de nouvelles alternatives ; des alternatives non plus réglées sur les questions d'influences électorales ou de poids financier, mais sur la justice et la moralité. Le compendium de la DSE dit ceci :
Compendium de la DSE a écrit :191 La participation [des citoyens à la vie communautaire] peut être obtenue dans toutes les relations possibles entre le citoyen et les institutions: à cette fin, une attention particulière doit être accordée aux contextes historiques et sociaux dans lesquels elle devrait se réaliser. Le dépassement des obstacles culturels, juridiques et sociaux, qui s'interposent souvent comme de véritables barrières dressées contre la participation solidaire des citoyens au sort de leur communauté, requiert une œuvre d'information et d'éducation.409 En ce sens, tous les comportements qui incitent le citoyen à des formes de participation insuffisantes ou incorrectes et à la désaffection répandue pour tout ce qui concerne la sphère de la vie sociale et politique doivent être considérés avec une certaine inquiétude: que l'on pense, par exemple, aux tentatives des citoyens de « négocier » les conditions les plus avantageuses pour eux-mêmes avec les institutions, comme si celles-ci étaient au service des besoins égoïstes, et à la pratique de se limiter à l'expression d'un choix électoral, allant même, dans de nombreux cas, jusqu'à s'en abstenir.
La dernière chose à faire je crois, alors qu'est déjà manifeste cette situation de limitation de la participation à un choix électoral qui n'en est même plus véritablement un, c'est de faire le jeu de ce système encore et encore. Il est temps, le vent tourne, pour de nouvelles alternatives. Il est temps de proposer la nouveauté inspirée de l'évangile, il est temps de se mobiliser pour cela et de croire que c'est possible.
Dans Caritas in Veritate, Benoit XVI a écrit :Aujourd’hui, fort des leçons données par l’actuelle crise économique où les pouvoirs publics de l’État sont directement impliqués dans la correction des erreurs et des dysfonctionnements, une évaluation nouvelle de leur rôle et de leur pouvoir semble plus réaliste; ceux-ci doivent être sagement reconsidérés et repensés pour qu’ils soient en mesure, y compris à travers de nouvelles modalités d’exercice, de faire face aux défis du monde contemporain. A partir d’un rôle mieux ajusté des pouvoirs publics, on peut espérer que se renforceront les nouvelles formes de participation à la politique nationale et internationale qui voient le jour à travers l’action des organisations opérant dans la société civile. En ce sens, il est souhaitable que grandissent de la part des citoyens une attention et une participation plus larges à la res publica.
La participation, selon ce que j'en ai compris, ce n'est plus se limiter à faire le choix le moins pire, mais à faire avancer la société par une force positive et constructive à la vie politique.
Voilà, bref...
Je dois y aller, et je vous souhaite également, si nous ne nous reparlons pas d'ici là, un très joyeux Noël.
Bonsoir Xavi,
Loin de moi l'intention de condamner qui que ce soit (je ne crois pas l'avoir fait d'ailleurs). Quant à ce qui est de porter atteinte à la liberté des personnes, je reconnais que le ton de mon "exposé" et notamment les titres très radicaux, peuvent en effet avoir cette conséquence. Pourtant, je ne le fais qu'en me soumettant à la règle du débat et de la discussion, et non en imposant mon opinion comme émanant d'une quelconque autorité supérieure à tous les autres participants. Les seules autorités dont je me réclame sont la raison et la foi en l'enseignement de l'Eglise. C'est pourquoi je pars des textes et je propose certains arguments basés dessus. Tout ceci ne reste qu'une interprétation, que chacun peut éventuellement réfuter à loisir. D'ailleurs, je suis très demandeur : comme je l'ai dit, je préférerai n'avoir qu'à voter le jour des élections, plutôt que de répondre au devoir que révèlent ces conclusions de proposer une autre alternative. La politique et moi, vous savez...
Bref, je m'excuse auprès des lecteurs si le ton de mes messages fut trop moralisateur : ce n'était pas l'intention de départ. Je voulais surtout présenter un raisonnement qui s'est présenté à moi, en tant que catholique, au fur et à mesure de mes investigations concernant l'engagement politique au regard de la foi.
[quote="Xavi"]Dans un tel cas, il ne me semble pas illicite de favoriser par son vote le moindre mal en votant pour le candidat qui a une chance d'être élu et dont le programme est sensiblement moins mauvais que celui des deux autres éligibles plutôt que de soutenir un candidat ayant de bonnes intentions mais qui n'a pas de chance réelle d'être élu.[/quote]
Admettons une seconde... (quoique je pense que cela fait prendre certaines libertés avec l'ordre moral). Dans mon précédent message je vous demandais aussi... pourquoi ? Quel est l'intérêt, rationnellement. Ne trouvez-vous pas qu'il y a une certaine incohérence entre le fait de croire d'un côté que votre voix a suffisamment de poids pour peser en faveur de tel "gros parti", mais pas assez pour peser en faveur d'un "petit parti" ? Nous parlons de votre voix. Le principe du vote en démocratie, ce n'est pas, je crois, de faire des calculs, mais d'exprimer librement (comme d'ailleurs vous l'avez souligné) votre opinion politique.
Soyons clair, votre voix ne change pas la donne. Ce qui change la donne c'est ce qui fait nombre. Si tout le monde "calcule" comme vous, alors nous nous enfermons dans une logique d'un choix très limité, qui nous éloigne finalement de la démocratie pour rapprocher un peu plus du totalitarisme. Lorsque l'opinion se réparti très largement sur seulement deux ou trois partis politiques, d'ailleurs très semblables sur bien des points, où est la démocratie ?
C'est seulement lorsque chacun peut exprimer véritablement, et librement, sa position politique, sans calcul de réussite ou d'échec, que la démocratie est à l'oeuvre. La participation à la démocratie, suivant cette logique de liberté et d'ouverture réelle aux opinions de chaque citoyen, ne se limite d'ailleurs pas à la participation électorale, mais à la participation d'une manière générale au fonctionnement des institutions. Tout ceci a pour objectif que la démocratie ne soit pas qu'une vague idée qui utilise le mécanisme du choix des citoyens mais après avoir totalement anéanti leurs libertés. Non par la force, mais de manière beaucoup plus perverse.
Voici ce que dit Jean-Paul II, au sujet de la démocratie dans l'encyclique Centesimus Annus :
[quote="Jean-Paul II"]Même dans les pays qui connaissent des formes de gouvernement démocratique, ces droits ne sont pas toujours entièrement respectés. Et l'on ne pense pas seulement au scandale de l'avortement, mais aussi aux divers aspects d'une crise des systèmes démocratiques qui semblent avoir parfois altéré la capacité de prendre des décisions en fonction du bien commun. [u]Les requêtes qui viennent de la société ne sont pas toujours examinées selon les critères de la justice et de la moralité, mais plutôt d'après l'influence électorale ou le poids financier des groupes qui les soutiennent[/u]. De telles déviations des moeurs politiques finissent par provoquer la défiance et l'apathie, et par entraîner une baisse de la participation politique et de l'esprit civique de la population, qui se sent atteinte et déçue. Il en résulte une incapacité croissante à situer les intérêts privés dans le cadre d'une conception cohérente du bien commun. Celui-ci, en effet, n'est pas seulement la somme des intérêts particuliers, mais il suppose qu'on les évalue et qu'on les harmonise en fonction d'une hiérarchie des valeurs équilibrée et, en dernière analyse, d'une conception correcte de la dignité et des droits de la personne (98).[/quote]
En sommes, je me suis permis d'exprimer une position argumentée sur le fait de voter aujourd'hui pour tel et tel parti politique. Mais plus que cela, et vous me permettez de le faire, j'invite ardemment les catholiques à ne pas faire le jeu du système politique en place en le cautionnant plus longtemps. Dans Caritas in Veritate, Benoit XVI nous exhorte à inventer de nouvelles formes de politique. Ca commence par libérer la démocratie de la sclérose dans laquelle nous nous l'avons enfermé, de se mobiliser pour offrir de nouvelles alternatives ; des alternatives non plus réglées sur les questions d'influences électorales ou de poids financier, mais sur la justice et la moralité. Le compendium de la DSE dit ceci :
[quote="Compendium de la DSE"]191 La participation [[i]des citoyens à la vie communautaire[/i]] peut être obtenue dans toutes les relations possibles entre le citoyen et les institutions: à cette fin, une attention particulière doit être accordée aux contextes historiques et sociaux dans lesquels elle devrait se réaliser. Le dépassement des obstacles culturels, juridiques et sociaux, qui s'interposent souvent comme de véritables barrières dressées contre la participation solidaire des citoyens au sort de leur communauté, requiert une œuvre d'information et d'éducation.409 En ce sens, tous les comportements qui incitent le citoyen à des formes de participation insuffisantes ou incorrectes et à la désaffection répandue pour tout ce qui concerne la sphère de la vie sociale et politique doivent être considérés avec une certaine inquiétude: que l'on pense, par exemple, aux tentatives des citoyens de « négocier » les conditions les plus avantageuses pour eux-mêmes avec les institutions, comme si celles-ci étaient au service des besoins égoïstes, et à la pratique de se limiter à l'expression d'un choix électoral, allant même, dans de nombreux cas, jusqu'à s'en abstenir.[/quote]
La dernière chose à faire je crois, alors qu'est déjà manifeste cette situation de limitation de la participation à un choix électoral qui n'en est même plus véritablement un, c'est de faire le jeu de ce système encore et encore. Il est temps, le vent tourne, pour de nouvelles alternatives. Il est temps de proposer la nouveauté inspirée de l'évangile, il est temps de se mobiliser pour cela et de croire que c'est possible.
[quote="Dans Caritas in Veritate, Benoit XVI"]Aujourd’hui, fort des leçons données par l’actuelle crise économique où les pouvoirs publics de l’État sont directement impliqués dans la correction des erreurs et des dysfonctionnements, une évaluation nouvelle de leur rôle et de leur pouvoir semble plus réaliste; ceux-ci doivent être sagement reconsidérés et repensés pour qu’ils soient en mesure, y compris à travers de nouvelles modalités d’exercice, de faire face aux défis du monde contemporain. A partir d’un rôle mieux ajusté des pouvoirs publics, [u]on peut espérer que se renforceront les nouvelles formes de participation à la politique nationale et internationale qui voient le jour à travers l’action des organisations opérant dans la société civile. En ce sens, il est souhaitable que grandissent de la part des citoyens une attention et une participation plus larges à la res publica[/u].[/quote]
La participation, selon ce que j'en ai compris, ce n'est plus se limiter à faire le choix le moins pire, mais à faire avancer la société par une force positive et constructive à la vie politique.
Voilà, bref...
Je dois y aller, et je vous souhaite également, si nous ne nous reparlons pas d'ici là, un très joyeux Noël.