par etienne lorant » sam. 12 déc. 2009, 20:14
En Pologne, 97% de la population appartient officiellement à l’Eglise catholique et près de 40% d’entre eux se rend régulièrement à la messe le dimanche. Comment expliquer le lien étroit qui unit les Polonais au catholicisme ? Et quel rôle l’Eglise catholique joue-t-elle aujourd’hui dans la société polonaise ?[/quote]
«L'Europe a besoin de la Pologne, la Pologne a besoin de l'Europe»: le 19 mai, devant un parterre de pèlerins polonais rassemblés à Rome sur la place Saint-Pierre, le pape Jean-Paul II est entré en campagne. En se prononçant sans ambiguïté pour le «oui». Le dimanche suivant, dans toutes les églises polonaises, les prêtres ont donné lecture aux fidèles d'une lettre rédigée par les épiscopats de huit pays d'Europe centrale et orientale. Sur le thème «l'Europe est une chance». Puis, le 1er juin, nouvelle séance de lecture pendant la messe, avec cette fois une missive du seul épiscopat polonais appelant les catholiques à aller voter et, plus indirectement il est vrai, à faire le bon choix. «L'Eglise polonaise, souligne le père Adam Schultz, porte-parole de l'épiscopat, appuie l'intégration européenne à la condition qu'elle se fasse dans le respect des droits de l'homme et de la spécificité polonaise.» L'épiscopat, qui officiellement ne fait pas de politique, a suivi de très près, dès le début, les négociations. Et obtenu, sur plusieurs points, des autorités polonaises qu'elles adoptent son point de vue et le défendent. C'est à la demande des évêques polonais que Varsovie a obtenu de Bruxelles la garantie qu'il n'y aurait pas de transfert de compétences, sur les dossiers tels que l'avortement, le mariage ou les droits de la famille. Et c'est encore la volonté de l'Eglise que traduit le gouvernement ex-communiste quand il milite pour que la future Constitution européenne fasse référence aux «valeurs chrétiennes».
«Appartenir à une communauté»
Mais, pour les catholiques les plus conservateurs, c'est encore insuffisant et l'Europe reste dangereuse. Ceux-là ont le sentiment que la Pologne risque d'y perdre à la fois son identité et son âme. Des craintes véhiculées par le journal Nasz Dziennik (Notre journal) et surtout par la puissante radio ultracatholique Radio Maryja. Dirigée par le père Tadeusz Rydzyk et financée par la congrégation rédemptoriste, Radio Maryja est régulièrement écoutée par 6 millions de catholiques pratiquants sur les 17 millions (46% de la population) que compte la Pologne. «Radio Maryja a su donner à ses auditeurs, en même temps que la parole, le sentiment d'appartenir à une communauté. Elle a tendu la main aux déçus et aux laissés-pour-compte de la modernisation à un moment où ils se sentaient lâchés par l'Eglise officielle, qui, elle, soutenait les réformes engagées et affichait sa solidarité avec les élites qui les conduisaient», analyse et déplore Marcin Przecieszewski, président de l'Agence catholique d'information.
L'intervention de Jean-Paul II a rendu plus délicate la croisade des ultracatholiques contre une Europe antichrétienne. Quelques jours après la prestation du pape, le père Rydzyk concédait, sur les ondes de Radio Maryja, que «si l'Europe n'était pas un paradis, elle n'était pas non plus un enfer, et peut être pour nous un purgatoire». Tandis que la Ligue des familles polonaises - un parti populiste qui défend selon son président, Roman Giertych, la «loi naturelle» (c'est-à-dire l'interdiction de l'avortement et de l'homosexualité) et milite pour le «non» au référendum - s'efforce, depuis, de développer un argumentaire davantage centré sur l'économie pour justifier sa position.
Reste que, dans les milieux catholiques pratiquants, notamment les plus modestes, ainsi qu'au sein du clergé, même parmi ceux qui voteront «oui», l'entrée de la Pologne dans l'Union européenne suscite une crainte diffuse. Selon une enquête publiée au début de l'année par l'Institut des affaires publiques, 64% des prêtres polonais pensent que l'adhésion aura des conséquences négatives sur la solidité des familles. Interrogés sur les sentiments de leurs paroissiens, 56% d'entre eux évoquent l'appréhension. Et 23% seulement, l'espoir.
En Pologne, 97% de la population appartient officiellement à l’Eglise catholique et près de 40% d’entre eux se rend régulièrement à la messe le dimanche. Comment expliquer le lien étroit qui unit les Polonais au catholicisme ? Et quel rôle l’Eglise catholique joue-t-elle aujourd’hui dans la société polonaise ?[/quote]
«L'Europe a besoin de la Pologne, la Pologne a besoin de l'Europe»: le 19 mai, devant un parterre de pèlerins polonais rassemblés à Rome sur la place Saint-Pierre, le pape Jean-Paul II est entré en campagne. En se prononçant sans ambiguïté pour le «oui». Le dimanche suivant, dans toutes les églises polonaises, les prêtres ont donné lecture aux fidèles d'une lettre rédigée par les épiscopats de huit pays d'Europe centrale et orientale. Sur le thème «l'Europe est une chance». Puis, le 1er juin, nouvelle séance de lecture pendant la messe, avec cette fois une missive du seul épiscopat polonais appelant les catholiques à aller voter et, plus indirectement il est vrai, à faire le bon choix. «L'Eglise polonaise, souligne le père Adam Schultz, porte-parole de l'épiscopat, appuie l'intégration européenne à la condition qu'elle se fasse dans le respect des droits de l'homme et de la spécificité polonaise.» L'épiscopat, qui officiellement ne fait pas de politique, a suivi de très près, dès le début, les négociations. Et obtenu, sur plusieurs points, des autorités polonaises qu'elles adoptent son point de vue et le défendent. C'est à la demande des évêques polonais que Varsovie a obtenu de Bruxelles la garantie qu'il n'y aurait pas de transfert de compétences, sur les dossiers tels que l'avortement, le mariage ou les droits de la famille. Et c'est encore la volonté de l'Eglise que traduit le gouvernement ex-communiste quand il milite pour que la future Constitution européenne fasse référence aux «valeurs chrétiennes».
«Appartenir à une communauté»
Mais, pour les catholiques les plus conservateurs, c'est encore insuffisant et l'Europe reste dangereuse. Ceux-là ont le sentiment que la Pologne risque d'y perdre à la fois son identité et son âme. Des craintes véhiculées par le journal Nasz Dziennik (Notre journal) et surtout par la puissante radio ultracatholique Radio Maryja. Dirigée par le père Tadeusz Rydzyk et financée par la congrégation rédemptoriste, Radio Maryja est régulièrement écoutée par 6 millions de catholiques pratiquants sur les 17 millions (46% de la population) que compte la Pologne. «Radio Maryja a su donner à ses auditeurs, en même temps que la parole, le sentiment d'appartenir à une communauté. Elle a tendu la main aux déçus et aux laissés-pour-compte de la modernisation à un moment où ils se sentaient lâchés par l'Eglise officielle, qui, elle, soutenait les réformes engagées et affichait sa solidarité avec les élites qui les conduisaient», analyse et déplore Marcin Przecieszewski, président de l'Agence catholique d'information.
L'intervention de Jean-Paul II a rendu plus délicate la croisade des ultracatholiques contre une Europe antichrétienne. Quelques jours après la prestation du pape, le père Rydzyk concédait, sur les ondes de Radio Maryja, que «si l'Europe n'était pas un paradis, elle n'était pas non plus un enfer, et peut être pour nous un purgatoire». Tandis que la Ligue des familles polonaises - un parti populiste qui défend selon son président, Roman Giertych, la «loi naturelle» (c'est-à-dire l'interdiction de l'avortement et de l'homosexualité) et milite pour le «non» au référendum - s'efforce, depuis, de développer un argumentaire davantage centré sur l'économie pour justifier sa position.
Reste que, dans les milieux catholiques pratiquants, notamment les plus modestes, ainsi qu'au sein du clergé, même parmi ceux qui voteront «oui», l'entrée de la Pologne dans l'Union européenne suscite une crainte diffuse. Selon une enquête publiée au début de l'année par l'Institut des affaires publiques, 64% des prêtres polonais pensent que l'adhésion aura des conséquences négatives sur la solidité des familles. Interrogés sur les sentiments de leurs paroissiens, 56% d'entre eux évoquent l'appréhension. Et 23% seulement, l'espoir.