philémon.siclone a écrit :Cher citoyen Virgile,
Vous portez le nom d'un fameux citoyen de l'ancienne République romaine, qui ne put quelques siècles plus tard suivre Dante au-delà du Léthé.
Cher Philémon,
j'ai choisi ce pseudonyme de Virgile à cause de l'admiration que je porte depuis mon adolescence à Hermann Broch, l'auteur de
La mort de Virgile... et j’espère bien avoir un jour le temps d'écrire quelques mots sur cet homme et sur ses livres. Je trouvais que pour un pseudonyme "Hermann" faisait un peu lourd, "Broch" par trop "opaque" ; il était hors de question de me faire donner du "Mort", ne restait donc que "Virgile"...
philémon.siclone a écrit :Je vous propose d'embrasser une vision large de l'humanité, autant dans son histoire que dans son espace. Vous savez, vous le savez très bien, vous ne pouvez pas l'ignorer, que l'espèce humaine se divise en bons et en méchants, en justes qui se préoccupent du bien de l'homme, du bien commun, du bien public, de la patrie, de la République, du Salut de l'humanité, des vertus morales et civiques, de la pratique du bien en société ou en privé, des valeurs telles que la fraternité, l'amitié, l'altruisme, et en gens ignobles et iniques qui ne recherchent que leur bien propre, exploitent le prochain, le pillent, le volent, lui mentent, l'ensorcellent, le manipulent, dans un but de domination, de jouissance, d'enrichissement. Vous le savez, n'est-ce pas ? Vous le savez que l'humanité présente ces deux visages.
Pour en revenir à notre sujet, la violence de votre discours n'est pas sans poser un problème.
C'est que constater l'ampleur toujours plus accablante d'une corruption que rien ne semble devoir arrêter et imaginer d'y mettre un terme par la violence n'est pas vraiment suffisant... il faudrait d'abord apprendre à résister et à agir, bien entendu, mais pas de la façon dont vous l'envisagez. En somme, à titre individuel, dire "non" et l'écrire ne suffisent pas et ne protègent de rien.
Il faut frapper précisément là où l’adversaire ne s'y attend pas, sans quoi on prend le risque de sombrer dans le ridicule des protestations vaines et sans efficace.
Il n'y a pas trente-six réponses envisageables face aux gens ignobles et iniques qui ne recherchent que leur bien propre, exploitent le prochain, le pillent, le volent, lui mentent, l'ensorcellent, le manipulent, dans un but de domination, de jouissance, d'enrichissement.
Frapper là ou l'adversaire ne s'y attend pas, c'est d'abord comprendre que la délinquance générale, le vieillissement des populations, les diverses formes de précarité, le chômage, les virus, etc. ne sont que des variables d'une même peur.
Celui qui désire vraiment l'avênement d'une ère de liberté qui correspondent aux réalités de notre époque, doit d'abord réfléchir aux moyens dont il dispose pour sortir lui-même de la peur.
Et pour notre temps, sortir de la peur, c'est sortir de la contrainte et de l'isolement.
Par ailleurs, le catholicisme n'est pas réductible à une idéologie.
Il n'existe donc pour lui que des individus concrets, agissant dans des cas concrets.
Ce que je sais, en conséquence, c'est que le catholicisme ne partage pas exactement l'humanité comme vous le faîtes.
philémon.siclone a écrit :On dit : l'Enfer est pavé de bonnes intentions. Il n'y a rien de plus idiot et de plus absurde que cette formule. L'Enfer est surtout pavé d'intentions en apparence bonnes, mais motivées par un égoïsme secret cherchant à abuser les gens naïfs.
(...)
Le peuple outragé par la malice, par l'ignoble trafic des intérêts particuliers placés au-dessus de l'intérêt national, par les sombres intrigues des comploteurs avides de rapines, ce peuple persécuté n'aurait-il donc pas le droit de se lever une bonne fois, de punir les traîtres et les voleurs, en les frappant impitoyablement, afin de les désarçonner et de les empêcher définitivement de nuire ?
En France, le gouvernement de la République a toujours eu cette conviction, à tout le moins cette opinion implicite, qu'une minorité éclairée de dirigeants avaient, non pas seulement le droit, mais même le devoir d'administrer une majorité considérée comme confuse, inculte et naïve. Méprisable en somme. Nous avons de prestigieuses élites républicaines pour tout savoir et tout connaître mieux que nous, et surtout pour réfléchir à notre place, et une gendarmerie militaire pour contrôler nos campagnes...
Je passe sur des questions naïves et sans intérêt : savoir si le vote est toujours une méthode qui puisse permettre l'expression libre et légale. Ou encore se demander si un électeur à qui l'on affirme qu'il est assuré de son pouvoir simplement parce qu'il met un bulletin dans l'urne peut ensuite vraiment faire valoir son opposition...
Les hommes et les femmes que je rencontre chaque jour sont presque tous confinés dans la crainte des lendemains, quand ce n'est pas dans la peur exagérée de tout une série de choses qui font office de boucs émissaires. Dans cet ordre d'idée, l'immigré est le même dans tous les pays : d'expérience, j'en sais long là-dessus.
Perdu dans la "jungle" économique, ces hommes et ces femmes se voient souvent acculés à une précarité inconfortable, livrés au cynisme implacable de "requins" qui eux-même ne cherchent qu'à tirer leur épingle du jeu, embarqués sur un navire dont tout le monde se dit en privé qu'il est bien prêt de faire naufrage et dont quelques-un disent en public (jusque sur des forums catholiques) qu'il est déjà naufragé... Cette constatation d'ordre général est valable pour le pays où je réside comme pour la France. Elle resterait valide presque partout ailleurs.
Ni vous ni moi n'avons aucune prise sur les événements qui font notre quotidien. Manipulés contre notre gré et conduits à faire ce que l'on attend précisément de nous, même nos angoisses et notre ressentiment sont désormais exploitables sur le marché. Ils rapportent gros.
On nous parle de liberté, et nous sommes sans cesse mobilisés pour des combats qui ne sont pas les nôtres. On nous parle de bien-être, et nous voyons bien qu'il nous faut sans cesse nous agiter et participer au mouvement continu de la consommation, celui-là même que nous dénonçons avec virulence après avoir fait nos courses au supermarché du coin... tout cela dans une société par ailleurs incapable de nous protéger.
Se loger et puis survivre... dans l'isolement, bien entendu. Parce que notre isolement social n'est que le revers d'une solitude personnelle elle aussi imposée.
L'isolement détruit la solidarité, empêche l'émergence d’une communauté. Il est la condition du pouvoir qui ne cherche plus qu'à se prolonger.
L'abrutissement des masses n'a pas d'autres objectif que cet isolement.
On nous impose un ordre et une place en fonction de notre niveau de compétitivité et de la qualité de notre implication. Mais nous savons que cet ordre n'est que le résultat d'exclusions, de concurrences à l'œuvre entre des personnes que parfois nous connaissons très bien.
L'impuissance est la marque propre de notre isolement.
Elle est la marque de notre isolement, tout comme la dépendance est ce qui le maintient à un niveau constant, supportable dirons-nous. Nous sommes dépendants de l'automobile, de la télévision, du portable, de l'ordinateur, du lave-vaisselle, de nos joujoux électroniques, de nos vacances et de nos cartes de crédits.
Vous me direz que chaque époque a eu ses formes de liberté.
La nôtre n'en a presque plus aucune.
Quelques-uns sont capables de s'enfuir et d'aller vivre dans les déserts. Il faut en avoir les moyens...
D'autres sont capables de se créer un désert au coeur des grandes villes.
Très peu sont vraiment capables de rompre la logique déshumanisante du monde moderne.
Si c'est ce que vous vous sentez capable de faire, faites-le.
En ce qui me concerne, j'en suis parfaitement incapable. Et je l'écris après avoir tenté l'aventure...
L'immense majorité des gens ne peuvent plus chercher leur salut que dans les petites actions individuelles de tous les jours, faites de discrétion et d’humilité. Dire un simple "bonjour" ou un "merci" avec le sourire peut être pour certains un grand acte de résistance...
Vous pouvez donc choisir librement une certaine forme d'isolement, de retrait, et vous dire qu'il s'agit-là d'un acte de résistance à une société devenue invivable.
Vous pouvez rompre avec tous ces individus que nous fréquentons et qui se sont perdus dans une sorte de fatalisme de leur propre malheur : "on y peut rien" ; "c'est comme ça" ; "on va pas changer les choses, hein ?", etc.
Il m'apparaît d'ailleurs symptomatique que notre époque soit celle de l'enracinement - surtout des plus jeunes, dans l'imaginaire, dans le mythique, et que le symbolique soit devenu pour beaucoup la seule forme de "résistance" adaptée... il faut savoir reconnaître qu'il y a plusieurs chemins possibles, mais en gardant conscience du fait que tous ne sont pas forcément nécessaires à notre salut, et que certains peuvent même nous amener à la catastrophe.
En ce qui me concerne, je suis bien fatigué de prendre la fuite.
Contre la société marchande et désenchantée, contre la société du grand spectacle politico-médiatique, je préfère choisir la seule forme de résistance qui me semble vraiment efficace.
Parce que je refuse à l'ordre social et politique actuel le droit de m'imposer ses pseudo-valeurs, son égoïsme forcené et son nombrilisme décadent, je ne vois pas d'autres solutions que de rejoindre des frères (et des soeurs) avec lesquels vivre dans la foi, l'espérance et la charité.
Ils ne sont ni parfaits, ni très fort, ni très cultivés ni parfois très intelligents.
Pire encore : la quasi-totalité d'entre eux ignorent totalement le latin que moi, j'aime tellement.
Non seulement, ils n'ont jamais lu une seule ligne d'Hermann Broch, mais en plus certains me demandent si je n'ai pas une cigarette à leur filer à la sortie de la messe!
Ma démarche ne va donc pas sans petits sacrifices!!!
Pour finir, je crois bien que ceux qui réclament des têtes finissent un jour où l'autre par se voir réclamer la leur...
Vous avez raison sur un point: il est temps de réunir les justes dispersés, les amis du bien, de la justice - dans l'Eglise une, sainte, catholique et apostolique, avec notre pape Benoît XVI et tous ensemble tournés vers le Christ.
Amicalement.
Virgile.