Vers une définition du Bien Commun

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Christophe
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Vers une définition du Bien Commun

Message non lu par Christophe » dim. 26 sept. 2004, 23:55

Du Bien Commun
La compréhension de ce concept - pourtant fondamental - de la philosophie politique étant trop souvent approximative, j'ai projeté d'éclaircir un peu cette question aussi difficile que passionnante.
L'article synthétique qui suit mériterait sans doute d'être développé et de faire l'objet d'un travail plus conséquent.


1. Qu’est-ce que le Bien ?

Le Bien est l'objet de la volonté de Dieu. Le Bien est la fin de toute chose. Le bien propre d’une chose est la volonté de Dieu pour cette chose particulière : elle est sa vocation dans le dessein de Dieu. Par application du principe harmonique, tous les biens particuliers trouvent leur cohérence dans leur ordonnancement au bien universel.


2. Qu’est-ce que l'Homme ?

Fait à l'image et à la ressemblance de Dieu, créature rationnelle, douée de conscience et de libre-arbitre, l'Homme est un être tout à la fois charnel et spirituel, ainsi qu'un animal social et politique.

Dépositaire d'une éminente dignité, l'Homme - mâle et femelle - possède dans le dessein de Dieu une vocation toute particulière : celle de contempler la face de Dieu dans l'Eternité. Travaillé par la grâce, tout homme est appelé à la vertu - c’est-à-dire la libre observance du Bien - vocation terrestre universelle du genre humain. Mais, parce que tout être humain est une personne, Dieu a également conçu un dessein unique pour chacun d'entre nous : notre destinée particulière.
Le bien propre de chaque homme sur cette Terre est donc l’accomplissement vertueux de sa destinée unique.

Animal social, le petit d'homme ne se développe pleinement et ne devient véritablement Homme qu'au contact de ses semblables, par l'apprentissage social de son humanité (station debout, langage, logique, morale...) L'Homme est donc un animal naturellement social : la société est son milieu naturel.


3. Qu’est-ce que la Société ?

Le couple étant la plus petite des sociétés, considérer cette micro-société permet - par analogie - de comprendre ce qu'est la société civile. Un couple, ce sont deux personnes unies par une relation interpersonnelle. Un couple, ce n'est donc pas la somme des individus qui le composent, en raison du rôle joué par la relation interpersonnelle. Mais un couple, ce n'est pas non plus une entité autonome, indépendante des personnes individuelles qui le composent : de l'identité de chacun des conjoints va en effet dépendre la spécificité et l'identité du couple.

De même, la société civile ne peut ni être réduite à la somme des personnes individuelles qui la composent, ni être considéré comme une entité indépendante de ses constituants fondamentaux. La Cité humaine est constituée de "corps intermédiaires" qui sont autant de membres du corps social - pour utiliser la métaphore d'un organisme - et qui interragissent les uns avec les autres.

Chacun de ces corps intermédiaires (particuliers, familles, associations, paroisses, collectivités locales...) possède sa finalité particulière, sa vocation propre dans le dessein de Dieu. Ainsi, par exemple, la famille - communauté naturelle de vie et d’amour - a vocation à être le lieu de la génération et la matrice fondamentale du développement des personnes humaines. Et ainsi de chaque corps intermédiaire : chacun a un rôle unique et singulier à jouer, de la même façon que chaque instrument de l'orchestre a sa partition originale a jouer.


4. Qu’est-ce que la Cité ?

La Cité est la communauté politique, c’est-à-dire la communauté humaine soumise à une même autorité souveraine – ou gouvernement. Celui-ci a - comme son nom l'indique - pour fonction dans l’ordre naturel de gouverner la Cité, c’est-à-dire de conduire la Cité vers sa fin : de la même façon que le capitaine conduit son navire vers sa destination, le gouvernement conduit la Cité vers sa fin.


5. Qu’est-ce que le Bien Commun ?

Parce que la Société humaine ne se réduit pas à juxtaposition d’individus, mais est une Communauté humaine, il existe effectivement un Bien Commun, c’est-à-dire un bien à atteindre en commun, tous ensembles, grâce à la collaboration de tous les membres du corps social. Si le bien d’une chose est la fin de cette chose, ce qu’elle doit poursuivre, alors le Bien Commun de la Cité est sa fin, l’idéal que les citoyens doivent collectivement poursuivre.

Le Bien Commun de la Cité est - par définition - le bien propre de cette communauté particulière que l’on appelle Cité. Il est donc tout à la fois la fin, le but, la vocation, la perfection et l’idéal de la Cité. Le gouvernement a pour fonction de conduire la Cité vers le Bien Commun ; l’Etat a donc la responsabilité de défendre, promouvoir, réaliser et accomplir le Bien Commun.

Avant de poursuivre, notons que le Bien Commun de la Cité est lui-même un bien particulier ordonné au Bien Commun de l'Humanité.

Mais quelle est donc la vocation particulière de la Cité ? Filons la métaphore musicale : la vocation de l’orchestre est pleinement réalisée lorsque que chacun des instruments composant l'orchestre interprète parfaitement sa partition, sous la direction du chef d’orchestre, et que - les sons s'harmonisant - s'élève une symphonie nouvelle et magnifique.
De même le Bien Commun de la Cité réside dans l'accomplissement par chaque membre du corps social de sa vocation propre, sous la conduite du gouvernement. Alors, règne l'ordre social naturel tel qu'il préexiste dans le dessein de Dieu et la société civile réalise son but qui est le Bien Commun. Car l'ordre social naturel réuni les conditions nécessaires à l'accomplissement du Bien Commun qui en est le fruit glorieux.

Remarquons que tous les membres du corps social - et pas seulement l'autorité politique - ont une responsabilité à assumer dans la poursuite du Bien Commun. Et, à la suite de la Déclaration des devoirs de 1795, nous pouvons affirmer : «Nul n’est bon citoyen, s’il n’est bon fils, bon père, bon frère, bon ami, bon époux».


6. Qu'est-ce que la politique ?

La politique est la science du gouvernement de la Cité, en vue du Bien Commun.

Le rôle de l’Etat est de faire régner la Justice, en vue du Bien Commun. Pour établir et maintenir la Justice, l'Etat s'attache à ce que chaque corps social accomplisse son devoir et qu’aucun n'outrepasse ses droits ; il peut soutenir les corps sociaux déficients et les suppléer temporairement en cas d'incapacité.


7. Quelles sont les conséquence du Bien Commun ?

Le Bien Commun est le bien de la Société, c’est-à-dire la réalisation de sa nature propre, l’achèvement de sa propre perfection. C'est pourquoi, lorsque le Bien Commun est accompli, la Cité est proprement transfigurée en une communauté humaine authentique, chaque personne sociale pouvant sans obstacle atteindre le plein développement de son être et pratiquer la vertu en vue de son salut...

Alors, nous pourrons dire que la Civilisation de l’Amour est sortie de terre !


Christophe
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Le Bien commun selon Louis Even

Message non lu par Christophe » dim. 13 févr. 2005, 22:28

Ci-dessous un texte très simple du journaliste créditiste Louis Even sur le thème de ce fil. Christophe
Bien commun
Toute association existe pour un but. Le but de l'association est un certain bien commun variant avec le genre d'association. Mais c'est toujours le bien de tous et de chacun des membres de l'association.

C'est justement parce que c'est le bien de tous et de chacun que c'est un bien commun. Ce n'est pas le bien particulier d'un seul, ni d'une section, qui est poursuivi par l'association, mais le bien de tous et de chacun des membres.

Trois personnes s'associent pour une entreprise. Pierre apporte la force de ses muscles; Jean, son initiative et son expérience; Mathieu, son capital argent. Le bien commun c'est le succès de l'entreprise. Mais ce succès de l'entreprise n'est pas cherché pour le bien de Pierre seulement, ni pour le bien de Jean seulement, ni pour le bien de Mathieu seulement. Si l'un des trois est exclu des avantages de l'entreprise, il ne va pas s'associer.

Les trois s'associent pour retirer, pour tous et chacun des trois, un résultat que chacun des trois désire, mais que ni l'un ni l'autre ne peut bien retirer tout seul. L'argent seul ne donnerait pas grand'chose à Mathieu; les bras seuls apporteraient peu de choses à Pierre; l'esprit seul ne suffirait pas à Jean. Les trois s'associant, l'entreprise marche, et chacun en bénéficie. Pas nécessairement tous les trois au même degré; mais chacun des trois retire plus que s'il était seul.

Toute association qui frustre ses associés, ou une partie de ses associés, affaiblit son lien. Les associés sont portés à se dissocier. Lorsque, dans la grande société, les marques de mécontentement s'accentuent, c'est justement parce que des associés de plus en plus nombreux sont de plus en plus frustrés de leur part du bien commun. Dans ce temps-là, les législateurs, s'ils sont sages, cherchent et prennent les moyens de rendre tous et chacun des membres participants du bien commun. Essayer de mater le mécontentement en y ajoutant des punitions est une façon très inadéquate de le faire disparaître.

D'ailleurs, les associations humaines étant faites d'hommes, donc de personnes, donc d'êtres libres et intelligents, leur bien commun doit certainement être en confirmité avec l'épanouissement de cette intelligence et de cette liberté. Autrement ce n'est plus un bien commun, ce n'est plus le bien, par l'association, de tous et de chacun des êtres libres et intelligents qui composent l'association.
:arrow: Louis Even, Sous le Signe de l'Abondance
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Re: Vers une définition du Bien Commun

Message non lu par Gaudeamus » lun. 14 mars 2005, 10:31

Christophe a écrit :Le Bien Commun de la Cité est - par définition - le bien propre de cette communauté particulière que l’on appelle Cité. Il est donc tout à la fois la fin, le but, la vocation, la perfection et l’idéal de la Cité. Le gouvernement a pour fonction de conduire la Cité vers le Bien Commun ; l’Etat a donc la responsabilité de défendre, promouvoir, réaliser et accomplir le Bien Commun.
Ce passage pose problème, car il présuppose que la société puisse être "pilotée" par les gouvernants. Cette vision constructiviste fait fi de l'évidence selon laquelle l'homme n'est pas un seulement un être réagissant, mais aussi et avant tout un être agissant. De plus - et c'est lié - les gouvernants ne peuvent pas contrôler la marche de la Cité pour des raisons d'ordre congnitif : lorsqu'ils prennent une mesure discrétionnaire, ils ne peuvent en mesurer les effets ex ante.

Ensuite, cette vision du rôle du gouvernement me semble contradictoire avec ceci :
Christophe a écrit :Travaillé par la grâce, tout homme est appelé à la vertu - c’est-à-dire la libre observance du Bien - vocation terrestre universelle du genre humain.
L'observance du Bien n'est en effet vertu que si elle est libre.

La philosophie politique libérale prend acte de tout cela en rejetant la vision constructiviste de l'Etat, qui n'aurait plus pour vocation de conduire la société à une situation particulière (de toute façon, une telle "technique" est hors de portée). En revanche, l'Etat aurait pour rôle de faire respecter les règles de vie en société permettant la libre recherche et observance du Bien.

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Message non lu par Christophe » ven. 18 mars 2005, 22:57

Bonsoir Gaudeamus

L'Etat a pour vocation de "gouverner" la société, c'est-à-dire de la diriger vers sa fin qui est le bien commun. De même que le capitaine de navire a pour mission de conduire son vaisseau, l'équipage et son chargement à bon port. Cela ne signifie pas que l'Etat soit la société, de même que le capitaine n'est pas le navire, ni le chef d'orchestre n'est l'orchestre ou le directeur son entreprise.

Effectivement les gouvernants, tout comme les amiraux, les chefs d'orchestres ou les dirigeants d'entreprise peuvent se "planter" magistralement et échouer dans leur mission. Aucun d'eux ne dispose, c'est également exact, ni des capacités coercitives suffisantes pour pouvoir imposer une vision de la société qui "du passé ferait table rase" ( ce qui est le mot d'ordre du constructivisme véritable ), ni des capacités cognitives suffisantes pour garantir avec certitude qu'ils ne feront pas fausse route.

Pour autant, malgré ses imperfections et ses incertitudes, l'autorité semble être une nécessité puisque aucune organisation sociale n'a pu durablement en faire l'économie... Il n'existe vraisemblablement pas - au grand dam des libéraux, libertariens et autres anarchistes - de possibilité d'appliquer des modèles d'intelligence collective à l'ordre politique humain. Et ceux qui rêvent d'une telle utopie sont les seuls véritables constructivistes...

La conception qui est la mienne - et, il me semble, celle de l'Eglise - n'est en rien constructiviste, mais pourrait être qualifié de "dirigiste" : l'Etat n'a pas vocation à construire la société de façon arbitraire, mais à la conduire en tenant compte tant de sa situation actuelle que des exigences morales et ontologiques. Je pense que la distinction ne vous échappe pas. C'est une conception qui reconnaît une place légitime aux pouvoirs publics dans la direction des affaires de la Cité.

Le saint Concile de Vatican II définit le bien commun de la société comme "l'ensemble des conditions de vie sociale permettant à l'homme de parvenir plus pleinement et plus aisément à sa propre perfection" ( déclaration Dignitatis humanae ) et affecte au pouvoir civil comme fin propre de "pourvoir au bien commun temporel". Pour répondre à votre remarque sur la liberté morale et la liberté civile, je ne vois pas où est votre problème : vous admettez que l'Etat ait pour rôle de faire respecter les règles de vie en société. Il fait donc usage de la coaction pour imposer aux citoyens l'observance de certains préceptes moraux ( "Tu ne tueras point"... )

La question - qui est celle des limites du politique - est éminemment complexe et je n'ai pas de réponse définitive ni satisfaisante à vous offrir. Mais il me semble que, si l'on retient la définition conciliaire, favoriser l'exercice de la vertu en démantelant ce que le théologien Karol Wojtyla nomme les "structures sociales de péché" entre pleinement dans les attributions des pouvoirs civils.

Par contre, je précise tout de même qu'ils n'ont pas vocation à punir par des sanctions pénales toutes les transgressions à la loi divine. Afin d'expliquer ce propos, je veux citer l'encyclique Libertas preastantissimum du pape Léon XIII : " Dieu lui-même, dans sa providence, quoique infiniment bon et tout-puissant, permet néanmoins l'existence de certains maux dans le monde, tantôt pour ne point empêcher des biens plus grands, tantôt pour empêcher de plus grands maux. Il convient, dans le gouvernement des États, d'imiter celui qui gouverne le monde. Bien plus, se trouvant impuissante à empêcher tous les maux particuliers, l'autorité des hommes doit permettre et laisser impunies bien des choses qu'atteint pourtant et à juste titre la vindicte de la Providence divine (S. August., De lib. arb., lib. I, cap. 6, nurn. 14.). Néanmoins, dans ces conjectures, si, en vue du bien commun et pour ce seul motif, la loi des hommes peut et même doit tolérer le mal, jamais pourtant elle ne peut ni ne doit l'approuver, ni le vouloir en lui-même, car, étant de soi la privation du bien, le mal est opposé au bien commun que le législateur doit vouloir et doit défendre du mieux qu'il peut. Et en cela aussi la loi humaine doit se proposer d'imiter Dieu, qui, en laissant le mal exister dans le monde, ne veut ni que le mal arrive, ni que le mal n'arrive pas, mais veut permettre que le mal arrive. Et cela est bon. Cette sentence du Docteur angélique contient, en une brève formule, toute la doctrine sur la tolérance du mal. " La doctrine développée dans la déclaration sur la liberté religieuse et qui se base sur des arguments ontologiques est également fondamentale sur cette question.


Cordialement
Christophe
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Message non lu par Christian » sam. 19 mars 2005, 10:29

Cher Christophe, :)

Nous avons déjà eu cette discussion, et je ne peux que rejoindre ici l’opinion de Gaudeamus qui la relance.

L’Etat, si Etat il y a, n’a pas à conduire la société. Ses dirigeants imaginent peut-être poursuivre un ‘Bien’ (ceux animés par cette conviction sont d’ailleurs les plus dangereux, car que de souffrances n’infligera-t-on pas si c’est pour le ‘Bien’ ?), mais en aucun cas, dans une société moderne, ce ‘Bien’ pourrait être commun. Il existera toujours quelqu'un quelque part qui a une autre conception du Bien ou une autre proposition de chemin pour y parvenir.

Dans son exemple, Even confond ‘association’ et ‘Société’. Dans une association, effectivement, les membres se regroupent en fonction du but (monter une pièce de théâtre, éteindre des incendies, fabriquer des ordinateurs). Ils acceptent une discipline visant à coordonner leurs actions dans la mesure où ils perçoivent qu’elle facilite la réalisation du but commun (les rôles doivent être sus, les pompes à incendie entretenues, les ordinateurs testés). S’ils ne sont plus d’accord sur le but lui-même ou les conditions de leur participation, les membres se retirent comme ils sont venus.

Mais quel est le but de la Société ? Quel est le but de la France ? Conquérir le monde ? Apporter la civilisation aux sauvages ? Devenir le pays le plus riche d’Europe ? On ne saurait formuler un seul but qui ne soit aussitôt (et légitimement) contesté par une partie de la population. Or, contrairement à une association, les membres ne peuvent se retirer. Ils sont forcés (par des hommes en bleu armés qui se rendraient chez eux à 5 heures du matin) de participer au but qu’ils rejettent. Et ceux qui diraient ‘allez créer votre pays ailleurs’ se prétendent donc seuls propriétaires du pays, comme si nous n’étions pas aussi bon Français (ou Chinois) qu’eux.

Les hommes de l’Etat ne peuvent donc légitimement poser un futur vers lequel la Société devrait tendre. Ils ne peuvent être dirigistes, car il n’y a pas de direction à suivre. Si le Bien commun existe, il est au présent. Le Bien commun, c’est le Droit.

Au risque de le ressasser, le Droit est le droit de chaque être humain de n’être pas agressé dans son corps et ses possession. Il est assurément la condition « de vie sociale permettant à l'homme de parvenir plus pleinement et plus aisément à sa propre perfection”, comme le souligne Vatican II que vous citez. Ce Bien-là est seul commun. Si Etat il y a, il ne peut avoir d’autre fonction légitime que de le faire respecter.

Cordialement

Christian

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Message non lu par guelfo » lun. 21 mars 2005, 11:46

Je ne peux qu'approuver Gaudeamus et Christian; méfions-nous par ailleurs des analogies comme celle du capitaine et du bateau. Si la société est le bateau, cela implique que les individus sont des choses. Si la société est l'équipage, n'oublions pas qu'il a choisi de travailler sur ce bateau et que le capitaine n'a pas tous pouvoirs.
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Message non lu par Shaka » lun. 21 mars 2005, 18:05

guelfo a écrit :Je ne peux qu'approuver Gaudeamus et Christian; méfions-nous par ailleurs des analogies comme celle du capitaine et du bateau. Si la société est le bateau, cela implique que les individus sont des choses. Si la société est l'équipage, n'oublions pas qu'il a choisi de travailler sur ce bateau et que le capitaine n'a pas tous pouvoirs.
Personne ne choisit de faire partie de la société, c'est un état de fait (par pitié évitons de parler de cette monstruosité roussauiste et chimérique qu'est le contrat social ...) , ceci-étant j'ai l'impression que nos chers "amis" libéraux confondent "bien collectif" et "bien commun", d'autant plus que pour les catholiques le bien commun d'ordre temporel est lui-même subordonné à un bien plus élevé: une fin surnaturelle.
Le moine, cet arhat qui a mis fin au flux impur, a vécu noblement, fait ce qu'il devait faire, déposé son fardeau, atteint le but et brisé les entraves du devenir et s'est libéré par la Connaissance exacte, ô moines, le voici celui qui reconnaît à fond le nirvana comme étant le nirvana. Il ne forge pas la notion : je suis le nirvana, je suis du nirvana, mien est le nirvana; et il ne se complaît pas dans le nirvana. Pourquoi cela? C'est que sa Connaissance est parfaite.

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Message non lu par guelfo » lun. 21 mars 2005, 18:37

Shaka a écrit :
guelfo a écrit :Je ne peux qu'approuver Gaudeamus et Christian; méfions-nous par ailleurs des analogies comme celle du capitaine et du bateau. Si la société est le bateau, cela implique que les individus sont des choses. Si la société est l'équipage, n'oublions pas qu'il a choisi de travailler sur ce bateau et que le capitaine n'a pas tous pouvoirs.
Personne ne choisit de faire partie de la société, c'est un état de fait (par pitié évitons de parler de cette monstruosité roussauiste et chimérique qu'est le contrat social ...)
Tiens ! Pour une fois nous sommes d'accord.
ceci-étant j'ai l'impression que nos chers "amis" libéraux confondent "bien collectif" et "bien commun", d'autant plus que pour les catholiques le bien commun d'ordre temporel est lui-même subordonné à un bien plus élevé: une fin surnaturelle.
Ton usage des guillemets est assez expressif ! :roll: Peux-tu par ailleurs expliquer la différence entre bien "commun" et bien "collectif" ? Quant à la subordination du bien commun à une fin surnaturelle, je suis évidemment d'accord s'il s'agit d'un projet individuel :) .
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Message non lu par Shaka » mar. 22 mars 2005, 12:08

guelfo a écrit :

Ton usage des guillemets est assez expressif ! :roll: Peux-tu par ailleurs expliquer la différence entre bien "commun" et bien "collectif" ?

Le bien commun n'implique pas nécessairement une satisfaction pour tous les individus, le bien collectif en revanche profite à tous les individus d'une collectivité.
Une guerre, par exemple, peut être entreprise pour le bien commun, mais il est évident que le soldat qui se trouve déchiqueté par l'explosion d'un obus n'y trouve pas son bien à lui, c'est d'ailleurs le moins qu'on puisse dire ...





guelfo a écrit :
Quant à la subordination du bien commun à une fin surnaturelle, je suis évidemment d'accord s'il s'agit d'un projet individuel :) .
Avec toi nous sommes toujours dans cette optique nombriliste d'un individu qui agence les choses à sa convenance, même lorsqu'il s'agit de l'au-delà. Tu devrais militer pour que dans la liturgie ne soit plus employé le terme "Royaume des cieux" mais à la place "démocratie libérale céleste".
Le moine, cet arhat qui a mis fin au flux impur, a vécu noblement, fait ce qu'il devait faire, déposé son fardeau, atteint le but et brisé les entraves du devenir et s'est libéré par la Connaissance exacte, ô moines, le voici celui qui reconnaît à fond le nirvana comme étant le nirvana. Il ne forge pas la notion : je suis le nirvana, je suis du nirvana, mien est le nirvana; et il ne se complaît pas dans le nirvana. Pourquoi cela? C'est que sa Connaissance est parfaite.

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Message non lu par guelfo » mar. 22 mars 2005, 12:17

Je trouve assez piquant qu'un type qui est prêt à brûler les "hérétiques" afin de précipiter l'avènement de sa cité hégéliano-céleste traite les autres de nombrilistes, mais bon, je présume que cette inversion du sens des mots est "dialectique". :lol:

Le "bien commun" tel que tu le décris s'appelle, en bon et clair Français, "l'intérêt du (ou des) chef(s)".
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Message non lu par guelfo » mar. 22 mars 2005, 12:29

Shaka a écrit :Tu devrais militer pour que dans la liturgie ne soit plus employé le terme "Royaume des cieux" mais à la place "démocratie libérale céleste".
God for President ! :cool:
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Message non lu par Shaka » mar. 22 mars 2005, 12:53

guelfo a écrit :Je trouve assez piquant qu'un type qui est prêt à brûler les "hérétiques" afin de précipiter l'avènement de sa cité hégéliano-céleste traite les autres de nombrilistes, mais bon, je présume que cette inversion du sens des mots est "dialectique". :lol:
Non ce n'est pas moi qui souhaite les brûler, c'est le bras séculier de l'époque médiévale qui appliquait ce type de châtiment aux relaps, moi je m'efforce de penser l'Histoire dans sa signification dialectique, quitte à déplaire aux adeptes du prêt-à-penser libéral.

guelfo a écrit :
Le "bien commun" tel que tu le décris s'appelle, en bon et clair Français, "l'intérêt du (ou des) chef(s)".
Cela devient caricatural, tu oublies que dans certains cas le sort de populations entières est en jeu, et Saint Thomas d'Aquin a défini ce qu'était une guerre juste, mais dans l'histoire il y a toujours des individus qui trinquent pour ... le bien commun !
Le moine, cet arhat qui a mis fin au flux impur, a vécu noblement, fait ce qu'il devait faire, déposé son fardeau, atteint le but et brisé les entraves du devenir et s'est libéré par la Connaissance exacte, ô moines, le voici celui qui reconnaît à fond le nirvana comme étant le nirvana. Il ne forge pas la notion : je suis le nirvana, je suis du nirvana, mien est le nirvana; et il ne se complaît pas dans le nirvana. Pourquoi cela? C'est que sa Connaissance est parfaite.

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Message non lu par guelfo » mar. 22 mars 2005, 13:54

Shaka a écrit :Non ce n'est pas moi qui souhaite les brûler, c'est le bras séculier de l'époque médiévale qui appliquait ce type de châtiment aux relaps, moi je m'efforce de penser l'Histoire dans sa signification dialectique, quitte à déplaire aux adeptes du prêt-à-penser libéral.
L'intérêt du "prêt-à-penser libéral", c'est qu'il est une pensée, d'ailleurs unique parait-il. :P Par contre, la "signification dialectique de l'histoire" (divinisée à l'aide du "h" majuscule...) derrière laquelle tu tentes de cacher ton autoritarisme, ne me semble pas mériter d'être ainsi qualifiée; il s'agit tout bonnement d'une idéologie millénariste et irrationnelle qui peut servir à "justifier" toute tyrannie quelle qu'elle soit.

guelfo a écrit :Le "bien commun" tel que tu le décris s'appelle, en bon et clair Français, "l'intérêt du (ou des) chef(s)".
Cela devient caricatural, tu oublies que dans certains cas le sort de populations entières est en jeu, et Saint Thomas d'Aquin a défini ce qu'était une guerre juste, mais dans l'histoire il y a toujours des individus qui trinquent pour ... le bien commun !
Je te cède la place, si tu tiens tant à arroser de sang les champs de bataille, qu'au moins ce soit le tien. :cool: Tu oublies par ailleurs qu'à l'époque de Saint Thomas d'Aquin, la conscription n'existait pas. Il ne faut pas confondre Saint Thomas et le Maréchal Joffre.
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le bien commun est... COMMUN

Message non lu par bajulans » sam. 03 sept. 2005, 8:24

Sur le cite "civitas" qui s'intéresse à ces questions :
L’article présente les éléments qui composent le Bien Commun et permettent de comprendre en quoi il n’est pas la somme des biens particuliers mais un bien universel et communicable. Finalité de la société politique, il est cependant qu’une finalité intermédiaire. Principe de la vie communautaire, il est pour une large part spirituel. Enfin, le Bien Commun s’impose à tous les membres de la société. Il s'ensuit que celui qui jouit de l'autorité doit avoir « l'intention habituelle et efficace » de poursuivre le bien commun. En conclusion, le Bien Commun, par l’eurythmie de la société toute entière qu’il permet, s’avère être l’instrument approprié de notre plénitude en tant que sujet politique.
C'est pas facile à comprendre, et ça peut laisser supposer que le bien commun est un bien qui s'impose à tous pour brimer les droits propres. Or comme l'a fait observer Charles De Konninck, le grand philosophe social catholique, si le bien commun n'est pas en même temps un bien propre, il n'est plus commun, il est le bien de certains s'imposant à d'autres.

Oui, le bien commun est en même temps et nécessairement un bien propre à chacun. Il est donc le ciment de toute vie sociale.

A mon avis, on ne pourra discuter valablement du bien commun que si l'on retrouve et médite ces grands textes du philosophe Belgo-Canadien.

Le bien commun ne s'appréciera pas non plus concrètement de la même façon dans une société multi culturelle, multi religieuse que dans une communauté soudée autour de ses croyances, par exemple, il est illusoire donc de réver, à la façon idéaliste, d'un modèle "bien commun" s'appliquant partout et dans toute les sociétés.

Etant du domaine de l'agir, et du domaine moral sa promotion sera intégralement soumise, tant du côté des citoyens que du côté de l'autorité à la vertu de prudence.

Il serait intéressant dans cette perspective de se mettre d'accord sur une définition du bien commun qui rende aussi compte de l'aspect infiniment variable de sa mise en oeuvre.
Loué soit Jésus-Christ

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Christophe
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De la primauté du Bien Commun contre les personnalistes

Message non lu par Christophe » sam. 03 sept. 2005, 9:18

Bonjour

Pour répondre à la demande de Bajulans, voici ci-dessous un lien vers l'oeuvre " De la primauté du Bien Commun contre les personnalistes " de Charles de Koenig.

:arrow: http://www.cite-catholique.org/transfer ... Koenig.doc


Bonne lecture à tous :)
Christophe
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