L'Inquisition

Anthropologie - Sociologie - Histoire - Géographie - Science politique
Avatar de l’utilisateur
Raistlin
Prætor
Prætor
Messages : 8038
Inscription : jeu. 01 mars 2007, 19:26
Localisation : Paris

Re: Eglise et histoire : l'Inquisition et le catharisme

Message non lu par Raistlin »

Je reproduis ci-dessous un article de Patrice de Plunkett sur l'Inquisition (http://plunkett.hautetfort.com/archive/ ... .html#more)
<< Jean-Paul II avait voulu que l’on fasse la vérité sur l’histoire de l’Inquisition dans le cadre de la « purification de la mémoire » nécessaire à l’entrée dans le troisième millénaire. Un volume avait recueilli l’état de la recherche historique au seuil du XXIe siècle, et reste une référence...

Retour sur les conclusions d’un symposium qui a réuni en 1998 les meilleurs spécialistes internationaux (et produit une publication scientifique de référence), alors qu’en 2012 une série télévisée du service public français bafoue la recherche historique :

- La célébration solennelle de demande de pardon du 12 mars 2000 en la basilique Saint-Pierre avait été préparée par des symposiums historico-théologiques sur des points chauds de l’histoire de l’Eglise : notamment l’antijudaïsme en milieu chrétien et les Inquisitions. Au cours de cette célébration, le cardinal Joseph Ratzinger, alors préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, avait demandé pardon pour les membres de l’Eglise qui, au cours de deux mille ans d’histoire, avaient utilisé « des méthodes non évangéliques ». Il ne s’agissait donc pas de défendre le moindre acte de violence perpétré au nom de Dieu.

- Quant à eux, les historiens réunis en symposium international en octobre 1998 (à la demande du pape Jean-Paul II) avaient repris le dossier pour faire le tri entre imaginaire et faits avérés ; et ils avaient publié - dans un volume intitulé : L'Inquisition - cette radiographie des faits historiques.


- On y apprend par exemple, indique aujourd'hui le Pr Agostino Borromeo, qu'au cours des mêmes quatre siècles, les 100 000 procès pour sorcellerie des tribunaux civils d’Europe aboutirent à 50 000 condamnations à mort, tandis que les 120 000 procès religieux de l’inquisition espagnole n'aboutirent qu'à 59 condamnations à mort, certaines exécutées par contumace en brûlant des mannequins. Sans relativiser le moins du monde le caractère évangéliquement inacceptable de tels procès, ces chiffres expliquent pourquoi, dans de nombreux cas, l’accusé demandait à être jugé par un tribunal d’Inquisition plutôt que par un tribunal séculier. Le symposium des historiens a ainsi établi que "le recours à la torture et à la peine de mort", excessivement répandu chez les juges séculiers de la même époque, n’avait "pas été aussi fréquents qu’on l’a longtemps cru" chez les juges d'Inquisition.

- Les actes de ce symposium constituent un matériel de référence pour les recherches, du fait de leur rigueur scientifique (hors des polémiques ou des apologies qui caractérisent une bonne part de la bibliographie ancienne) ; et du fait de l’abondance des données réfutant les lieux communs répandus sur ce sujet depuis l'époque de Voltaire et des écrits de combat anglo-néerlandais.

 Selon le Pr Borromeo, ce volume d'actes est de nature à "relancer le débat intellectuel sur cette question et encourager de nouvelles recherches historiques". >>
59 condamnations à mort sur 120 000 procès, ça fait du 0,05%. 50 000 condamnations à mort sur 100 000, ça fait du 50%, soit 1000 fois plus.

Je ne sais pas si on peut dire que l’Inquisition fut un progrès mais une chose est certaine : elle a introduit un peu plus de justice et de miséricorde dans le système judiciaire. Quant au fait que des personnes aient pu être mises à mort pour cause d’hérésie, c’est certes infiniment regrettable et l’Église a demandé publiquement pardon (quelle autre institution est capable de faire ça ?). Mais qu’on arrête de fantasmer sur des ecclésiastiques assoiffés de sang et sans pitié pour les hérétiques.

Cordialement,
« Dieu fournit le vent. A l'homme de hisser la voile. » (Saint Augustin)
jean_droit
Tribunus plebis
Tribunus plebis
Messages : 8381
Inscription : jeu. 08 déc. 2005, 13:34
Localisation : Périgord

Re: L'Inquisition

Message non lu par jean_droit »

Je ne suis pas un fanatique de l'Inquisition mais il faut savoir sortir des schémas tout faits.
C'est la même chose pour les croisades.

Le diocèse de monseigneur Aillet a précisé :

http://www.diocese-bayonne.org/spip.php?article3093

Du Salon beige et long article sur le diocèse de Bayonne dont voici un petit extrait :
Le diocèse de Bayonne rappelle ce qu'a été l'Inquisition

Sur le site du diocèse de Mgr Aillet, on peut lire cet utile rappel, qui tord le cou à la désinformation :

"[...] On ignore délibérément que c’est l’Inquisition qui a inventé : l’avocat de la défense, jusque-là inconnu dans les procédures judiciaires civiles, le recours aux témoignages alors qu’on se contentait jusque-là des aveux (spontanés ou forcés) ou des dénonciations, la présence obligatoire du médecin lors des tortures, le recours exceptionnel et modéré à la torture qui ne devait pas excéder la durée d’un quart d’heure, la vérification scrupuleuse des dénonciations et les confrontations du prévenu et du dénonciateur, la récusation des témoins par les accusés. Enfin, l’abjuration du prévenu suffisait à une condamnation très allégée. [...]"

Michel Janva
Avatar de l’utilisateur
Maxime62
Censor
Censor
Messages : 124
Inscription : mar. 29 janv. 2013, 22:10
Contact :

Re: Eglise et histoire : l'Inquisition et le catharisme

Message non lu par Maxime62 »

J'ai parcouru avec attention cette discussion et je me permets de la sortir de sa torpeur. Je m'inspirerai ici principalement d'une lecture que j'ai faite pour la fac à l'automne dernier : Audisio Gabriel, Religion et exclusion : XIIe - XVIIe siècle, Le temps de l'histoire, 2001. Certes un livre ne suffit pas pour se faire une opinion, mais il regroupe plusieurs travaux d'historiens dont des gens reconnus comme B. Bennassar, J-P Dedieu, Michel Roquebert (pour ne citer qu'eux). Partant de là je le pense relativement fiable. Il y était beaucoup question de l'Inquisition.

Je partage globalement l'opinion de notre ami Raistlin.

L'Inquisition, du nom "inquisitio", signifie "enquête". C'était une avancée considérable pour le droit, à une époque où l'ordalie était très répandue. Désormais l'accent est placé sur la recherche de la vérité, afin de discerner l'"erreur" dans la foi des personnes suspectées. On se place à une époque où il ne peut y avoir qu'une seule foi. Le concept de minorités n'existe pas et est inconcevable pour l'époque. Tout ce qui n'est pas dans le monde (défini par des normes sociales et les dogmes) est placé hors du monde. Au mieux la marginalisation (cas des Juifs par exemple), au pire la persécution. Dans le cas du catharisme, c'est toute une société parallèle qui s'est mise en place. Les seigneurs néo-convertis s'exemptent de payer les dîmes dues à l'Église. Ils y voient un avantage matériel conséquent (à l'image des seigneurs allemands au début du protestantisme). De ce fait, ils protègent et entretiennent l'hérésie. Cette dernière est brillante, s'appuyant sur des pensées issues des premiers temps du christianisme : le manichéisme par exemple. Le catharisme est multiple et regroupe plusieurs écoles de pensées qui cherchent, disputent entre elles de théologie. Une nouvelle Église se forme avec un clergé exempt de tout reproche, tant d'un point de vue matériel (à l'inverse des prélats catholiques dont l'attitude est souvent indigne et, en tout cas, choque profondément les populations) que spirituel (car les populations locales, y compris les nobles, sont bien en peine de débattre de questions théologiques). C'est un autre monde qui se dessine, une autre voie à travers laquelle certaines aspirations religieuses, culturelles voire économiques trouvent leur moyen d'expression.

Cette "autre société", selon la mentalité de ce temps, ne pouvait être tolérée. La dissidence atteint tous les échelons de la société. La réaction a été à la mesure du phénomène. À la fois religieuse par le biais de l'Inquisition, mais aussi militaire par la croisade.

Oui il y a des abus, des dénonciations calomnieuses, des inquisiteurs zélés parfois en contradiction avec la volonté du pape. Le pillage de Béziers est une horreur sans nom, mais principalement destiné à terrifier les villes voisines pour obtenir leur reddition. C'est un moyen très discutable, mais courant à l'époque.

Il y a aussi des "réussites" pacifiques, comme les nombreuses abjurations obtenues par saint Dominique.

Pour avancer maintenant ma propre opinion, je dirais que condamner l'Inquisition en tant que telle est un non-sens absolu. On ne peut pas réécrire l'Histoire. L'Inquisition était en adéquation avec la pensée du temps. C'était une réponse logique et rationnelle face à une problématique tout de même complexe. Sa violence est le fruit de la violence des hommes de l'époque (dont il ne vaut mieux pas estimer l'ampleur...).

Enfin dernier point, j'ai cru comprendre que certains avançaient l'idée selon laquelle l'Inquisition ne s'attaquait qu'aux hérétiques. C'est faux, y compris dans l'Espagne moderne. Pour prendre cet exemple précis, ce sont les Juifs qui sont principalement visés par les inquisiteurs. Suite à leur expulsion, c'est l'Inquisition qui procédait aux enquêtes de la pureté du sang (limpieza del sangre), tendant à prouver l'absence d'ascendance juive ou morisque dans une parenté (lors d'un annoblissement par exemple). Du temps de la présence des morisques, c'est faute de moyens que l'Inquisition renonçait à leur conversion forcée, les dénonciateurs étant le plus souvent assassinés. Cédant face au nombre, on a alors procédé à l'expulsion. L'Inquisition espagnole a pour but de former la société espagnole en "intégrant" (selon des moyens très discutables de nos points de vue contemporains) les exclus et marginaux : juifs, protestants (quoique protégés par des accords passés avec l'Angleterre), morisques isolés, sorcières (très rares)... Je ferme là la parenthèse espagnole car ce n'était pas le sujet initial.

Pour ceux qui pensent que l'Inquisition n'est traitée que de façon émotionnelle, notamment par le mépris, tournez-vous vers les historiens qui, eux, passent leur vie à dépassionner les débats et à analyser les faits de façon constructive. Je citerai sur ce point Jean-Pierre Dedieu :
"L'Inquisition, et particulièrement l'inquisition espagnole, est une institution qui a mauvaise réputation, parce que des visions de torture et de supplices hantent l'imaginaire et qu'elles suscitent spontanément d'obscurs sentiments de craintes et d'indignation. De ce point de vue et dans un souci d'objectivité historique, il peut être nécessaire de réviser des idées reçues, sans pour autant nier les faits." (Audisio Gabriel, Religion et exclusion : XIIe - XVIIe siècle, Le temps de l'histoire, 2001, p. 93.)
"Et quand je serai allé et que je vous aurai préparé une place,
à nouveau je viendrai et je vous prendrai près de moi,
afin que, là où je suis,
vous aussi, vous soyez.
Et du lieu où je vais, vous savez le chemin."
(Jean, XIV, 3 & 4)
Avatar de l’utilisateur
Fée Violine
Consul
Consul
Messages : 13016
Inscription : mer. 24 sept. 2008, 14:13
Conviction : Catholique ordinaire. Laïque dominicaine
Localisation : France
Contact :

Re: Eglise et histoire : l'Inquisition et le catharisme

Message non lu par Fée Violine »

J'ajouterai qu'il y a eu plusieurs inquisitions, l'inquisition en Languedoc à l'époque cathare n'ayant rien à voir avec l'inquisition espagnole (plus tardive, créée par le roi d'Espagne, et souvent critiquée par le pape pour ses excès, et encore ces excès étaient-ils très inférieurs à ce qu'on en dit généralement), ni avec l'inquisition romaine.
Avatar de l’utilisateur
françois67
Tribunus plebis
Tribunus plebis
Messages : 1341
Inscription : jeu. 28 avr. 2011, 14:37

Re: Eglise et histoire : l'Inquisition et le catharisme

Message non lu par françois67 »

gerardh a écrit :______

bonjour,

J'avais posté un message sur l'Inquisition dans "Eglise et histoire", mais il avait été désapprouvé comme étant hors sujet. Il me semble qu'il entre maintenant dans le sujet de ce fil et je le poste à nouveau :


"Bonjour,
Quel était le but de l'Inquisition ? D'instruire les faits d'hérésie et de confier les hérétiques au pouvoir séculier, d'où il était évident qu'ils seraient châtiés. Est-ce une caractéristique de l'époque qu'on ne peut juger sans anachronisme ? C'est à mon sens au bas mot une importante régression par rapport aux débuts du christianisme. Ainsi par exemple dans les Actes, l'apôtre Paul ne se permit pas même une parole injurieuse contre l'Artémis-Dyane des éphésiens".



J'avais posté aussi un autre message désapprouvé comme étant lui aussi HS :

"Quid du sac de Béziers et du bûcher de Montségur ?


_______
Bonjour,
juste une petite piqure de rappel: qui est-ce qui en 1692 a fait brûler une vingtaine de sorcières à Salem dans le Massachussets?

De plus, est-ce que cela n'aurait pas été criminel de laisser se propager de telles horreurs découlant en droite ligne des abominations du gnostiscisme, alors que les moyens à l'époque se trouvaient là? Car laisser les faux docteurs répendre leurs leurres pour la perte d'âmes, est-ce bien évangélique?
Je crois comprendre que tout a été causé par l'intrusion des comtes toulousains qui portent la responsabilité pour la politisation de l'affaire et par la violence des cathares qui assasinaient les missionaires.
Interressant se trouve être le point de vue de l'école de Salamanca du XVIème siècle quant à la légitimité de la conquêtes des terres amérindiennes. Selon ces moralistes, lesdites terres leur apparatiennent légitimement, et les leur prendre gratuitement ne constituerait qu'un abus. Néanmoins, le refus de laisser faire quelques crimes sans rien faire alors que les moyens se trouvent détenus pour y contrecarrer demeurerait pareillement criminel. Ainsi, arrêter les terribles sacrifices humains aztéques par la force se trouvait légal dès lors que tous les autres recours avaient échoué. Identiquement, l'empêchement de missionaires d'évangéliser les empires américains.
Pour les cathares, je crois pouvoir dire que nous trouvions dans une situation analogique.
Bien à vous.
Avertissement: j'ai sur ce forum peut-être exprimé des avis contraires à la position de l'Église, et /ou de sa sainte Tradition, et/ou à l'avis qui se doit d'être celui d'un vrai chrétien catholique: ne me prenez donc en RÉFÉRENCE POUR RIEN. Ne soyez pas victimes de scandale. Que mon exemple soit rejeté et en aucun cas suivi. Si vous trouvez un endroit où une de mes interventions serait au moins douteuse, si ce n'est pire, faites-en moi part, notamment par mp. Je m'excuse profondément.
Avatar de l’utilisateur
Longin
Censor
Censor
Messages : 69
Inscription : lun. 18 févr. 2013, 9:12

Re: Eglise et histoire : l'Inquisition et le catharisme

Message non lu par Longin »

Maxime62 a écrit :J'ai parcouru avec attention cette discussion et je me permets de la sortir de sa torpeur. Je m'inspirerai ici principalement d'une lecture que j'ai faite pour la fac à l'automne dernier : Audisio Gabriel, Religion et exclusion : XIIe - XVIIe siècle, Le temps de l'histoire, 2001. Certes un livre ne suffit pas pour se faire une opinion, mais il regroupe plusieurs travaux d'historiens dont des gens reconnus comme B. Bennassar, J-P Dedieu, Michel Roquebert (pour ne citer qu'eux). Partant de là je le pense relativement fiable. Il y était beaucoup question de l'Inquisition.
Mon cher Maxime62,
Ce n’est pas le seul livre d’histoire qui aborde ce sujet dans le même esprit.
Que n’a-t-on pas écrit comme âneries au sujet de cette inquisition ! En histoire, il est une faute rédhibitoire, c’est l’anachronisme.
Juger L’inquisition au travers des critères moraux qui sont désormais les nôtres est d’une rare malhonnêteté, car c’est oublier (volontairement) que la foi à cette époque n’est absolument pas une croyance individuelle. Renier sa foi ou la trahir représente alors une faute contre la société toute entière. Comme l’écrivait Régine PERNOUD dans « Pour en finir avec le Moyen-Âge » : ce ne fut qu’une « réaction de défense d’une société à qui la foi paraît aussi importante que de nos jours la santé physique. »
gerardh
Tribunus plebis
Tribunus plebis
Messages : 5031
Inscription : ven. 26 déc. 2008, 20:02
Conviction : chrétien non catholique
Localisation : Le Chambon sur Lignon (France)

Re: Eglise et histoire : l'Inquisition et le catharisme

Message non lu par gerardh »

_

Bonjour,

Je suis sans ambiguïté contre toutes les exactions, qu'elles aient été "catholiques", "protestantes" ou autres. Je confirme qu'elle sont une régression par rapport aux pemiers temps du christianisme, lorsque le Christ nous enseignait d'aimer nos ennemis, de leur faire du bien et de prier pour eux.


________
Avatar de l’utilisateur
Longin
Censor
Censor
Messages : 69
Inscription : lun. 18 févr. 2013, 9:12

Re: Eglise et histoire : l'Inquisition et le catharisme

Message non lu par Longin »

gerardh a écrit :Je suis sans ambiguïté contre toutes les exactions, qu'elles aient été "catholiques", "protestantes" ou autres. Je confirme qu'elle sont une régression par rapport aux pemiers temps du christianisme, lorsque le Christ nous enseignait d'aimer nos ennemis, de leur faire du bien et de prier pour eux.
Certes, mais il n’est pas si simple de tendre l’autre joue ... On peut et on doit même condamner les exactions commises, mais sans les instrumentaliser. Plutôt que de juger, il vaut bien mieux essayer de comprendre, car « Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre. » Winston Churchill.
« Tu es mal à l’aise, tu soupires, ton mal te blesse, tu n’arrives pas à te débarrasser de ta haine. Espère en Dieu, c’est le médecin. » Césaire d’Arles.
Avatar de l’utilisateur
Maxime62
Censor
Censor
Messages : 124
Inscription : mar. 29 janv. 2013, 22:10
Contact :

Re: Eglise et histoire : l'Inquisition et le catharisme

Message non lu par Maxime62 »

gerardh a écrit :Bonjour,

Je suis sans ambiguïté contre toutes les exactions, qu'elles aient été "catholiques", "protestantes" ou autres. Je confirme qu'elle sont une régression par rapport aux pemiers temps du christianisme, lorsque le Christ nous enseignait d'aimer nos ennemis, de leur faire du bien et de prier pour eux.
Il est difficile de vous donner tort sur ces éléments !

En tant que chrétien, on peut penser que la violence est à condamner par principe. Mais, mise à part la période de la persécution des premiers siècles, l'Église s'est ensuite toujours défendue par les armes. Les évêques de la fin de l'Empire organisaient eux-mêmes la défense des cités face aux envahisseurs "barbares". Dès lors, ils avaient accepté l'idée, qu'à un moment donné, l'usage de la force devenait nécessaire. Saint Thomas d'Aquin, bien plus tard, a lui-même a énoncé le concept de "guerre juste".

Ce qui a été dit plus haut s'insère dans ce contexte. Je crois que les contemporains (tout au moins le pape, l'attitude des croisés et des légats étant plus discutable) avaient à coeur de défendre l'unité de la Chrétienté. Les moyens sont scandaleux de notre point de vue, c'est évident. Mais les gens de l'époque ne se posaient pas ces questions. Ils n'avaient pas le sentiment de mal agir, bien au contraire.

Quelle attitude devons-nous avoir par rapport à cela ? Faut-il condamner ces gens, dans un procès tout aussi inutile qu'aberrant ? Je ne le pense pas. Je rejoins tout à fait Longin là dessus. Il faut laisser le passé à sa place, surtout quand il s'agit d'évènements vieux de 800 ans. Trouver des éléments d'explication me semble plus judicieux, afin de ne pas renouveler les mêmes erreurs.

Fraternellement :ciao:
"Et quand je serai allé et que je vous aurai préparé une place,
à nouveau je viendrai et je vous prendrai près de moi,
afin que, là où je suis,
vous aussi, vous soyez.
Et du lieu où je vais, vous savez le chemin."
(Jean, XIV, 3 & 4)
Avatar de l’utilisateur
spk
Quæstor
Quæstor
Messages : 326
Inscription : ven. 20 janv. 2012, 16:38

Re: Eglise et histoire : l'Inquisition et le catharisme

Message non lu par spk »

Maxime62 a écrit :Je crois que les contemporains (tout au moins le pape, l'attitude des croisés et des légats étant plus discutable) avaient à coeur de défendre l'unité de la Chrétienté. Les moyens sont scandaleux de notre point de vue, c'est évident. Mais les gens de l'époque ne se posaient pas ces questions. Ils n'avaient pas le sentiment de mal agir, bien au contraire.
C'est vous qui le dites. Cela ne me paraît pas évident du tout. Je crois que les crimes commis par l'Inquisition ont choqué dès qu'ils ont été commis, sans attendre le verdict des historiens. Parce qu'un crime est un crime, et que la fin, pas toujours très claire d'ailleurs, n'a jamais justifié les moyens.
Mais je suis d'accord avec tout le reste de votre message, et en particulier avec la nécessité de ne pas plaquer sur le passé des jugements d'aujourd'hui, et l'idée qu'il faut d'abord chercher à expliquer avant de juger.
gerardh
Tribunus plebis
Tribunus plebis
Messages : 5031
Inscription : ven. 26 déc. 2008, 20:02
Conviction : chrétien non catholique
Localisation : Le Chambon sur Lignon (France)

Re: Eglise et histoire : l'Inquisition et le catharisme

Message non lu par gerardh »

A l'argument d'anachronisme par rapport à la période contemporaine, (laquelle n'est pas particulmièrement tendre non plus), je réponds : ce n'est pas ce qu"auraient fait les premiers chrétiens. Donc je pense que saint Thomas d'aquin et ses partisans étaient dans l'erreur.



____________
Avatar de l’utilisateur
Maxime62
Censor
Censor
Messages : 124
Inscription : mar. 29 janv. 2013, 22:10
Contact :

Re: Eglise et histoire : l'Inquisition et le catharisme

Message non lu par Maxime62 »

spk a écrit : C'est vous qui le dites. Cela ne me paraît pas évident du tout. Je crois que les crimes commis par l'Inquisition ont choqué dès qu'ils ont été commis, sans attendre le verdict des historiens. Parce qu'un crime est un crime, et que la fin, pas toujours très claire d'ailleurs, n'a jamais justifié les moyens.
Il s'agit d'un point de vue purement personnel c'est sûr, et tout à fait critiquable.

Je me suis fait un petit peu l'"avocat du diable", si je puis dire :rire:
gerardh a écrit :A l'argument d'anachronisme par rapport à la période contemporaine, (laquelle n'est pas particulmièrement tendre non plus), je réponds : ce n'est pas ce qu"auraient fait les premiers chrétiens. Donc je pense que saint Thomas d'aquin et ses partisans étaient dans l'erreur.
Les cathares se revendiquaient précisément être dans la lignée des premiers chrétiens, et pourtant, étaient-ils plus proche du Christ que ne l'étaient les catholiques ?

Ps : Je n'ai absolument rien, personnellement, contre les cathares, que l'on soit bien d'accord. Au contraire, je trouve leur recherche spirituelle au combien intéressante et respectable. Parenthèse refermée.

Fraternellement à tous les deux :ciao:
"Et quand je serai allé et que je vous aurai préparé une place,
à nouveau je viendrai et je vous prendrai près de moi,
afin que, là où je suis,
vous aussi, vous soyez.
Et du lieu où je vais, vous savez le chemin."
(Jean, XIV, 3 & 4)
Avatar de l’utilisateur
Teano
Prætor
Prætor
Messages : 2328
Inscription : sam. 30 avr. 2011, 18:07
Conviction : Catholique romaine

Re: Eglise et histoire : l'Inquisition et le catharisme

Message non lu par Teano »

Bonjour,

Christine THOUZELLIER, Catharisme et valdéisme en Languedoc à la fin du 12ème siècle et au début du 13ème siècle, 1966 (il s'agit de sa thèse de doctorat).
Monique ZERNER, La croisade albigeoise, Paris, 1979
Monique ZERNER, Inventer l'hérésie, Centre d'Etudes Médiévales, 1998
G. GONNET, "Les hérétiques des 11ème et 12ème siècles", Revue d'Histoire et de Philosophie religieuses, 1992, 72, p. 445-462
Raoul MANSELLI, "Evangélisme et mythe dans la foi cathare", Heresis, 5, 1985, p. 5-17
D. MÜLLER, "Les Albigeois, l'Eglise véritable ? recherche sur l'interprétation ecclésiologique de l'Ecclesia Dei", Heresis 6, 1986, p. 15-24
Cahiers de Fanjeaux, en particulier les n° 2, 3, 14 et 20
Annie CAZENAVE, "Langage catholique et discours cathare : les écoles de Montpellier", in l'art des confins, Paris, 1985.
Henri Charles LEA, Histoire de l'Inquisition au Moyen-Âge, 1986
A. ESMEIN, Histoire de la procédure criminelle en France du 13ème siècle à nos jours, Francfort, 1969
Dominique IOGNA-PRAT, Ordonner et exclure : Cluny et la société chrétienne face à l'hérésie, au judaïsme et à l'islam, 1000-1150

In Christo

Teano
"« Sous l’abri de ta miséricorde, nous nous réfugions, sainte Mère de Dieu. Ne repousse pas nos prières quand nous sommes dans l’épreuve, mais de tous les dangers, délivre-nous, Vierge glorieuse et bénie »"


Messages dans cette couleur (ou à peu près...) : modération du forum
Avatar de l’utilisateur
Longin
Censor
Censor
Messages : 69
Inscription : lun. 18 févr. 2013, 9:12

Re: Eglise et histoire : l'Inquisition et le catharisme

Message non lu par Longin »

gerardh a écrit : A l'argument d'anachronisme par rapport à la période contemporaine, (laquelle n'est pas particulmièrement tendre non plus), je réponds : ce n'est pas ce qu"auraient fait les premiers chrétiens. Donc je pense que saint Thomas d'aquin et ses partisans étaient dans l'erreur.
En êtes-vous si sûr ? Que fait donc Pierre au moment de l'arrestation du Christ ? Ne tire-t-il pas l'épée ? (Jean, 18, 4-12) Pourtant, on aurait pu croire que le premier des apôtres aurait compris et intériorisé les commandements du Christ au bout de 3 ans ! Il ne faut pas idéaliser ce qui n'a pas à l'être.
La leçon des erreurs commises par l’Église ressemble à s'y méprendre au précepte développé par le Christ lui même à la fin du récit de la femme adultère : « […] Va, et désormais ne pèche plus. » (Jn. 8, 11).
« Tu es mal à l’aise, tu soupires, ton mal te blesse, tu n’arrives pas à te débarrasser de ta haine. Espère en Dieu, c’est le médecin. » Césaire d’Arles.
Avatar de l’utilisateur
Fée Violine
Consul
Consul
Messages : 13016
Inscription : mer. 24 sept. 2008, 14:13
Conviction : Catholique ordinaire. Laïque dominicaine
Localisation : France
Contact :

Re: Eglise et histoire : l'Inquisition et le catharisme

Message non lu par Fée Violine »

spk a écrit :Je crois que les crimes commis par l'Inquisition ont choqué dès qu'ils ont été commis, sans attendre le verdict des historiens. Parce qu'un crime est un crime, et que la fin, pas toujours très claire d'ailleurs, n'a jamais justifié les moyens.
OK, un crime est un crime, mais il faudrait d'abord démontrer que l'inquisition a commis des crimes, et ne pas lui attribuer les crimes des autres (comme la croisade contre les cathares, qui a été faite non par l'Église mais par le roi de France et ses soudards).
L'inquisition espagnole, qui a fait mourir une cinquantaine de personnes sur 100 000 procès, était infiniment moins criminelle que la justice civile. Et pourtant, les papes ont plusieurs fois protesté contre cette inquisition, qui dépendait du roi d'Espagne et non du pape, si je ne m'abuse.
C'est pour dire qu'en effet dès cette époque des gens protestaient. Mais peut-être pas contre la peine de mort elle-même, qui semblait normale à tout le monde, mais plutôt contre l'usage de la torture (que les espagnols employaient rarement mais quand même parfois).
Par contre, quand je lis (par exemple) la vie de saint Pierre de Vérone, le premier martyr dominicain, qui était inquisiteur, il est dit qu'il a envoyé au bûcher pas mal d'hérétiques, et tout le monde semble trouver ça très bien, c'est un grand saint que tout le monde vénère. En passant, beaucoup d'inquisiteurs ont été assassinés par les cathares en allant prêcher chez eux pour essayer de les ramener à la foi, mais ça ne semble pas émouvoir grand monde.
J'en ai parlé ici:
http://docteurangelique.forumactif.com/ ... rs-martyrs
Répondre

Qui est en ligne ?

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur inscrit et 6 invités