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St Augustin et ses parents

Publié : jeu. 01 oct. 2009, 17:39
par etienne lorant
coeurderoy a écrit :J'aime bien cette méditation Etienne, j'y vois les soins et la prévenance du Seigneur à notre égard. Il m'est arrivé de songer moi-aussi à l'influence des prières de telle grand-mère ou grand-tante religieuse. Pourtant il y a des familles où ce terreau chrétien déjà ancien semble avoir finalement donné peu de fruits malgré prières et sacrifices... Mon père avait huit frères et soeurs (octogénaires aujourd'hui) ayant reçu la même éducation que lui ; je sais que beaucoup sont plus ou moins "fâchés avec l'Eglise", indifférents (en apparence) en tout cas obsédés depuis les années soixante par la prééminence de l'avoir sur l'être. Mes nombreux cousins et cousines se fichent pour la plupart du Christ et de l'Eglise comme de l'an 40 et je fais la même constatation du côté de mon épouse où les grands-parents respectifs étaient particulièrement pieux et généreux... Abus des grâces peut-être ?
J'ai lu l'autre jour quelques pages des "Confessions" de saint Augustin. Celui-ci évoque l'histoire de sa mère, qui avait épousé une brute, mais dont elle a arraché la conversion tout à la fin. En même temps, elle reprenait celles de son entourage, mieux mariées sans doute, en leur reprochant leurs manquements envers leurs époux respectifs. C'était une lecture très intéressante, mais la traduction (de Lammenais ?) rend parfois cet exercice difficile, car que de longues phrases - savoureuses parfois, mais longues, longues ! Et bon courage !

Re: Ces maisons où sont enfouies les vocations

Publié : jeu. 01 oct. 2009, 17:57
par Fée Violine
Mais non, Patrice, le père de st Augustin n'était pas une brute ! Augustin le présente comme un homme bon et généreux, mais certes de tempérament vif. Mais il n'a jamais battu Monique, qui était une fine mouche sachant se faire respecter. Personnellement, j'ai beaucoup de sympathie pour Patrice, et ...très peu pour Monique...

Re: Ces maisons où sont enfouies les vocations

Publié : jeu. 01 oct. 2009, 18:04
par coeurderoy
Je n'avais pas le souvenir non plus d'une brute... Cela me fait toujours penser à mon grand-père paternel grognon et plutôt anticlérical qui, un an après la mort de son épouse (très pieuse) rendait l'âme chrétiennement après acte de contrition et participation aux prières de l'Extrême Onction, ajoutant, pour les assistants, que sa défunte épouse lui envoyait la grâce d'une mort chrétienne...

Re: Ces maisons où sont enfouies les vocations

Publié : jeu. 01 oct. 2009, 18:09
par etienne lorant
Mais alors, qu'est-ce que j'ai lu ?

Je retrouve ceci sur wikipedia:

Monique appelée Sainte Monique, née en 331 ou en 332 à Thagaste (actuelle Souk-Ahras, Algérie) et morte en 387 à Ostie (Italie), berbère, chrétienne, est la mère d'Augustin d'Hippone, reconnue sainte par l'Église catholique romaine et l'Église orthodoxe.

Elle avait dû se marier très jeune à un païen du nom de Patrice qu'Augustin, qui a beaucoup écrit sur ses parents ensuite, décrivait comme un homme violent et porté à l'adultère.

Monique n'aurait cessé toute sa vie de prier pour la conversion aussi bien de son fils et de son mari. Ce dernier attendit l'année précédant sa mort pour exaucer ses vœux ; pour sa part, Augustin s'était converti lorsqu'il est entré à l'école de Saint Ambroise, à Milan.

Ouf, je n'ai pas trop mal lu, tout de même. Mais je continue à chercher et je reviens !

Re: Ces maisons où sont enfouies les vocations

Publié : jeu. 01 oct. 2009, 18:22
par etienne lorant
... et encore ceci, qui me conforte que je n'ai pas rêvé !

http://viechretienne.catholique.org/sai ... te-monique

Re: Ces maisons où sont enfouies les vocations

Publié : jeu. 01 oct. 2009, 23:37
par Fée Violine
Oui, ça c'est la version idéalisée de ste Monique. Mais si on lit directement Augustin, on voit un personnage moins lisse... Augustin, qui pourtant ne cesse de chanter les louanges de sa mère, reconnaît qu'aucune mère n'a été aussi possessive qu'elle. Il a dû utiliser la ruse pour partir en Italie, où elle l'a d'ailleurs suivi.
Une anecdote montre le caractère des parents. Le jour où Augustin, jeune adolescent, a atteint la puberté, son père découvrant la chose aux bains où ils étaient ensemble, est revenu tout joyeux annoncer à sa femme la bonne nouvelle. La mère, au lieu de se réjouir elle aussi que son fils devienne grand, n'a vu que le côté négatif des choses et s'est mise à lui faire la morale, car elle pensait que désormais il allait courir les filles ou pire encore les femmes mariées. Sympa la mère !
Quand je dis que Patrice était bon et généreux, je ne l'invente pas, Augustin le dit lui-même. Patrice n'était pas riche, c'était une famille de "classe moyenne", mais il a fait de gros sacrifices financiers pour que son fils génial poursuive ses études.
En somme, je vois Patrice comme un brave homme au sang chaud, et Monique comme une femme de tête, pas marrante, mais tenace.
Elle a en effet beaucoup prié pour son fils quand il s'égarait dans diverses sectes, manichéens et autres.
Par la suite, elle a été une belle-mère monstrueuse, et je préfère ne pas en parler !

Re: Ces maisons où sont enfouies les vocations

Publié : ven. 02 oct. 2009, 10:26
par etienne lorant
Entre-temps, j'ai retrouvé le chapitre que j'avais lu, mais la difficulté de lecture en moins (http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saint ... c509573584)

Voici ce chapitre où saint Augustin évoque le souvenir de sa mère et où j'ai trouvé l'image d'un homme infidèle et d'humeur violente:

19. Formée à la modestie et à la sagesse, plutôt soumise par vous à ses parents que par eux à vous, à peine nubile, elle fut remise à un homme qu’elle servit comme son maître; jalouse de l’acquérir à votre épargne, elle n’employait, pour vous prouver à lui, d’autre langage que sa vertu. Et vous la rendiez belle de cette beauté qui lui gagna l’admiration et les respectueux amour de son mari. Elle souffrit ses infidélités avec tant de patience que jamais nuage ne s’éleva entre eux à ce sujet. Elle attendait que votre miséricorde lui donnât avec la foi la chasteté. Naturellement affectueux, elle le savait prompt et irascible, et n’opposait à ses emportements que calme et silence. Aussitôt qu’elle le voyait remis et apaisé, il le lui rendait à propos raison de sa conduite, s’il était arrivé qu’il eût cédé trop légèrement à sa vivacité.

Quand plusieurs des femmes de la ville, mariées à des hommes plus doux, portaient sur leur visage quelque trace des sévices domestiques, accusant, dans l’intimité de l’entretien, les moeurs de leurs maris, ma mère accusait leur langue, et leur donnait avec enjouement ce sérieux avis, qu’à dater de l’heure où lecture leur avait été faite de leur contrat de noces, elles avaient dû le regarder comme l’acte authentique de leur esclavage, et ce souvenir de leur condition devait comprimer en elles toute révolte contre leurs maîtres. Et comme ces femmes, connaissant l’humeur violente de Patricius, ne pouvaient témoigner assez d’étonnement qu’on n’eût jamais ouï dire qu’il eût frappé sa femme, ou que leur bonne intelligence eût souffert un seul jour d’interruption, elles lui en demandaient l’explication secrète; et elle leur enseignait le plan de conduite dont je viens de parler. Celles qui en faisaient l’essai, avaient lieu de s’en (446) féliciter; celles qui n’en tenaient compte, demeuraient dans le servage et l’oppression.

Cependant, je n'ai pas fini de lire. Peut-être pourriez-vous me guider dans le texte ?

Re: Ces maisons où sont enfouies les vocations

Publié : ven. 02 oct. 2009, 11:46
par Fée Violine
Il y a beaucoup de passages où Augustin parle de sa mère.

La mère possessive, c'est dans le livre 5 :
"Elle aimait, à la manière des mères mais bien plus fort que bien d'autres, me voir présent à son côté".

Livre 6:
"Cependant on insistait sans relâche pour que je prisse femme. Déjà je faisais ma demande; déjà, aussitôt demande faite, aussitôt engagements conclus. Ma mère plus que personne s'y employait. Une fois marié, j'aurais dans le baptême le bain du salut, où à sa grande joie je me rendais d'un jour à l'autre plus apte. Ma foi réalisait, observait-elle, ses voeux et tes promesses. (...) La demande concernait une fille trop jeune d'environ deux ans pour être nubile, mais, comme elle plaisait, j'attendrais.
(...) Mes péchés se multipliaient. L'on m'avait arraché du flanc, comme un obstacle au mariage, l'habituelle compagne de ma couche; mon coeur portait, sectionné à l'endroit où elle tenait soudée, une blessure qui tirait le sang. Elle, repartie pour l'Afrique, en laissant auprès de moi le fruit de sa chair, mon fils, te fit le voeu de ne plus connaître d'homme, et moi, infortuné, je ne l'imitai pas, simple femme : incapable de supporter, non point par amour du mariage, mais par esclavage de la passion, un délai de deux ans avant d'obtenir celle que je demandais, je m'en procurais une autre, non pas certes à titre d'épouse, mais pour nourrir le mal de mon âme et le faire durer, intact, accru sous la sujétion de l'habitude, jusqu'à l'avènement de l'épouse. Or, loin qu'elle guérît, cette blessure en moi dans l'excision de ma précédente compagne se gangrenait et causait, après l'inflammation et le paroxysme de la souffrance, une souffrance à tout prendre moins cuisante, mais plus désespérée".

Dans le livre 4, il parle de cette jeune femme : "Au cours de ces années, j'avais une femme. Notre commerce n'était pas un mariage comme on dit légitime; ma fougue errante l'avait dénichée. Du moins n'en avais-je qu'une, à qui je gardais la foi du lit nuptial. Ainsi j'expérimentais pleinement sur moi-même quelle distance il y a entre l'accord conjugal, conclu en vue de la génération, et un pacte d'amour passionnel où, au rebours de tout voeu, naissent aussi des enfants, qui d'ailleurs une fois nés se font de force chérir".

Bref : Monique a brisé le coeur de son fils (ainsi que de sa belle-fille et de son petit-fils), mais l'étonnant est qu'Augustin ne semble pas l'en blâmer. Et plus étonnant encore, il semble avoir été d'accord avec cette infamie, dont il a pourtant tellement souffert. Il ne lui est même pas venu à l'esprit d'épouser sa fidèle compagne qu'il adorait. Ça me dépasse !!! (mais elle n'était pas d'assez bonne famille pour l'ambitieuse belle-mère...)

Re: Ces maisons où sont enfouies les vocations

Publié : ven. 02 oct. 2009, 14:46
par etienne lorant
Pénible affaire, en effet... mais les éloges du fils à l'égard de sa mère sont-ils pour autant "suspects" ? Ont-ils été écrits "pour faire bien" ? Je vais continuer à lire, et je me ferai une idée. Merci pour ces infos !

Re: Ces maisons où sont enfouies les vocations

Publié : ven. 02 oct. 2009, 14:48
par coeurderoy
Fichues belles -mères !!! :bomb:

Re: Ces maisons où sont enfouies les vocations

Publié : ven. 02 oct. 2009, 16:09
par Fée Violine
etienne lorant a écrit :Pénible affaire, en effet... mais les éloges du fils à l'égard de sa mère sont-ils pour autant "suspects" ? Ont-ils été écrits "pour faire bien" ? Je vais continuer à lire, et je me ferai une idée. Merci pour ces infos !
Pour faire bien, non. Il était sincère. Mais il a écrit ses Confessions longtemps après les faits, et avec le recul, il voyait certainement les choses autrement.
Monique était certainement une femme très intelligente, courageuse, avec du caractère. Elle a certainement fait de son mieux. Mais les parents ont toujours tort, c'est bien connu !

Re: Ces maisons où sont enfouies les vocations

Publié : ven. 02 oct. 2009, 16:23
par papillon
Fée Violine a écrit :Bref : Monique a brisé le coeur de son fils (ainsi que de sa belle-fille et de son petit-fils), mais l'étonnant est qu'Augustin ne semble pas l'en blâmer. Et plus étonnant encore, il semble avoir été d'accord avec cette infamie, dont il a pourtant tellement souffert.
Je risque une hypothèse:

La pression qu'exercent ces mères possessives, contrôlantes et manipulatrices sur leur fils se manifeste dès le plus jeune âge, et le conditionnement qui en résulte chez l'enfant est très fort. Comme il est très difficile pour un jeune enfant, vu son état de dépendance, de détester sa mère, il préfère la mettre sur un piédestal.
Rendu à l'âge adulte, il est aussi très difficile pour un homme de reconnaître et de s'avouer ces choses:
-l'amour infini que lui portait sa mère....n'était pas de l'amour
-il a été manipulé
-le piédestal est une illusion
-sa mère est une ordure

Est-ce qu'Augustin a gardé inconsciemment ses lunettes roses pour se protéger lui-même de cette souffrance?
Est-ce qu'au contraire il a très bien compris tout ce qui s'est passé entre lui et sa mère mais n'a pas voulu salir sa mémoire?
Je ne peux évidemment répondre à cette question.

Je me souviens d'avoir vu un film relatant une histoire vécue aux EU. Il s'agissait d'une femme comme ça, possessive et contrôlante, mais aussi narcissique et complètement détraquée. Elle semblait vouer un 'amour' sans bornes à son fils qu'elle a entraîné dans le crime (vols, extorsions, meurtres). Une histoire sordide. Son fils la défendait bec et ongles et était incapable de la voir comme elle était. Ce n'est qu'après avoir passé quelques années en prison qu'il a pu prendre du recul et reconnaître que sa mère était coupable de tous les crimes pour lesquels elle avait été condamnée.

Re: Ces maisons où sont enfouies les vocations

Publié : ven. 02 oct. 2009, 17:01
par Fée Violine
Je pense qu'Augustin était très conscient, il n'y a qu'à voir avec quelle finesse et quelle profondeur il analyse tout. Mais sa mère n'était pas une criminelle comme dans l'exemple que vous citez. Elle est tout de même sainte !
Elle est intervenue brutalement dans la vie de son fils, mais il a échappé à son influence par sa conversion, qui est venue de Dieu et que sa mère n'avait pas prévue, du moins elle ne prévoyait pas une conversion aussi radicale. Et quand Augustin s'est converti définitivement, c'est plutôt lui, à ce moment, qui a influencé sa mère.

J'ai tout de même l'impression (mais je n'ai pas lu grand chose sur ce sujet) que la triste expérience personnelle d'Augustin a influé de façon négative sur sa conception de la sexualité, et de là sur toute la chrétienté. Mais c'est sans doute un raccourci trop sommaire...

Re: Ces maisons où sont enfouies les vocations

Publié : sam. 03 oct. 2009, 20:42
par MB
Avé

Dans le cas d'Augustin, ce n'est pas bien compliqué. Le monde de l'Antiquité est incroyablement inégalitaire, et ces hiérarchies sont encore plus fortes dans les derniers siècles. Quand on épouse une femme, on le fait en suivant les formes du droit romain (je rappelle qu'il n'y a pas de mariage religieux à cette époque), c'est-à-dire que l'on conclut une association permettant de transmettre le nom, les patrimoines, etc.

Augustin provenait d'une bonne famille : il lui était donc tout simplement impossible de se marier avec quelqu'un qui ne fût pas de la même condition sociale. Point barre. Cela explique la non-épousaille de sa maîtresse, qui visiblement n'était pas du même niveau. Il a suivi la manière habituelle de l'époque, qui est de vivre en concubinage avec le choix de son coeur ; à l'inverse, l'amour n'a rien à faire dans le choix des époux, il ne s'agit que de tractations familiales (il peut naître avec le temps, à la rigueur, mais il n'est pas à l'origine du mariage).
Il ne pouvait pas l'épouser, car le statut social des enfants aurait été très amoindri, et partant leur avenir ; en l'épousant, il aurait trahi sa propre famille, et ce faisant, il aurait commis l'une des pires choses que l'on puisse faire dans une société communautariste comme l'était celle de son temps. Probablement d'ailleurs, des clercs lui en auraient fait reproche, et tout le monde aurait été d'accord avec eux.
Cela explique aussi son sentiment de méfiance vis-à-vis des emportements de l'amour - et peut-être aussi, son influence par la suite - : suivre son coeur, c'est entrer en contradiction avec ses devoirs d'état, qui sont aussi sacrés aux yeux d'un homme antique, que les obligations religieuses.

Amicalement
MB

Re: Ces maisons où sont enfouies les vocations

Publié : sam. 03 oct. 2009, 22:56
par zélie
Ben là, qu'est-ce que je suis déçue! Moi qui ne voyait dans la sainteté que des Benoit et des François, acquis à l'abstinence, à la pureté la plus parfaite, à la chasteté la plus acceptée et cultivée... Alors Saint Augustin a fait tout ça? Coucher par soumission à la chair, incapable de voir que son épouse, même sous la loi romaine, était peut être le choix de Dieu, comme Joseph pour Marie, incapable de retenir sa nature, préférant remplacer un amour par une maitresse d'attente, incapable même de rester fidèle au souvenir de la femme aimée, et après aujourd'hui on exige des hommes délaissés par leur épouse qu'ils ne se remarient pas ni ne forniquent, comme quelqu'un s'en désolait dans un assez récent post, alors que le pauvre touriste du post, lui, n'avait pas demandé à être ainsi abandonné par son épouse, et appréhendait de devoir finir sa vie seul?