Discerner paisiblement
Publié : mer. 12 août 2009, 13:57
J’ai lu récemment le fil de Michael sur les voyants, et je trouve à ce fil le mérite d’appeler à la prudence.
http://www.cite-catholique.org/viewtopi ... 399#p81399
Il n’empêche qu’il appelle à la réflexion sur le discernement (en deux axes). Je souhaite simplement rappeler en préambule que je ne demande qu’une aide à la réflexion, qu’en aucun cas je ne me permets de juger qui que ce soit, et que si je me suis permise de reprendre des idées ou des exemples, c’est dans l’esprit « cas d’école » pour faire avancer la réflexion. Merci de ne pas faire dégénérer un dialogue en polémique, c’est justement pour échapper à toute polémique que j’ouvre un nouveau fil.
D’abord sur le discernement personnel : en surfant en juin dernier, je suis tombée sur un forum inconnu (mais comme ça date d’avant les vacances je ne sais plus où c’était) qui m’a semblé très dur envers une femme (Guerrerro), étiquetée « voyante » dans le sens que Michael en fait sur le fil « voyants ». Le peu que j’en ai compris est le suivant :
-Elle dit voir Jésus, rien d’exceptionnel comparé à Padre Pio ou d’autres ; ce n’est bien sûr pas déjà reconnu par l’Eglise, tant mieux, c’est sa façon de procéder et je suis d’accord, le temps décante bien des choses. Padre Pio a aussi subi pas mal de mesures de rétorsion sévères tout au long de sa vie, et il a finalement été reconnu saint après sa mort. Cette attitude de l’Eglise est traditionnelle, habituelle, et les « favorisés par un charisme divin » semblent tous être passés par des moments pénibles de la part de l’Eglise et des gens de leur époque.
-Elle dit recevoir des messages ou des directives, finalement rien d’exceptionnel non plus, toujours comparé à moult saints ; il faudra attendre longtemps pour avoir un avis d’Eglise aussi. Le problème serait plutôt que les « messages » des "voyants" qui commencent à bien foisonner sur le net concerneraient une urgence à croire, à changer, qui posent un problème entre le temps qui nous est imparti pour y croire, et le temps que demande l’Eglise pour les adouber.
-Elle semblerait ne pas savoir se défendre face à ses accusateurs, rien de bien exceptionnel là non plus.
Donc, comment fait-on pour discerner, sachant qu’assez classiquement, Dieu utilise des « riens », des illettrés, des pas très cultivés pour mieux faire briller son action, donc finalement des personnes qui ne sont peut-être pas les championnes de l’éloquence pour se défendre, ni même des championnes de la sainteté au départ et qui ont peut-être eu une vie de péché avant les apparitions et même après, le temps qu’elles apprennent des règles de vie correctes ?
Je ne vois pas en ces personnes « voyantes » des personnes saintes et infaillibles, mais certaines de ces personnes ont des apparences de sincérité… et tout ça m’interroge. Où est le défaut, ou au contraire l’indice qui permettrait de se situer ?
Le deuxième axe de réflexion sur le discernement, c’est ne pas induire les autres en erreur.
Je prends un exemple facile à retrouver : il y a sur le forum un fil sur Medjugorje(1), par pitié ne le faites pas rebondir ici.
Pour les opposants, Medjugorje est une vaste fumisterie, au mieux un truc positif au départ en train de péricliter dangereusement vers l’idolâtrie. Pour les tenants, il faut attendre la fin de l’année une décision romaine pour établir enfin la véracité ou non de ces « apparitions ».
Il se trouve qu’en attendant, nous croisons tous des gens qui partent ou reviennent de Medjugorje. Donc, en privé, les uns essaient d’amener leur entourage à la méfiance en estimant que l’Eglise s’est déjà prononcée par l’évêque du lieu et par tout un faisceau de faits scandaleux et désobéissants, et estiment en toute bonne foi de leur devoir de combattre la foi en ce lieu.
D’autres qui croient vrais les phénomènes là-bas, encouragent et applaudissent les personnes croyantes qui se rendent là-bas, et certaines personnes d’ailleurs qui vont là-bas ne supportent pas qu’on leur parle de méfiance de ce lieu, tellement la Paix et les Grâces y règnent, et d’autres encore disent y être encouragées par les convictions personnelles de religieux.
Tout ça, ça fait pas mal de frottements et de controverses, et c’est pas bon. Mais surtout c’est pas facile à la fin pour s’y retrouver paisiblement dans le discernement, parce qu’on soutienne l’une ou l’autre position, on prend le risque d’entrainer du monde dans nos propres chutes, et je trouve cela bien grave.
Je sais pertinemment que si j’étais foncièrement contre Medjugorje dans mon cœur, avant toute idée extérieure sur la question, la position de l’évêque de Mostar me suffirait, et quoi qu’on m’en dise, je m’acharnerais à toujours trouver la petite bête qui emporterait l’adhésion de mon entourage, et en faisant cela je serais honnête, avec un bémol que je tairais : suis-je vraiment sûre de ce que j’avance, quelles que soient les apparences contre, au vu de tout ce qui s’y passe de bon malgré le moins bon ? Ne suis-je pas orgueilleuse dans mon obstination ? Mon honnêteté n’est-elle pas refus de dialogue, n’est-elle pas sur certains aspects poutre qui m’empêche de m’ouvrir, rigidité qui finalement n’a pas lieu d’être (au vu des grâces toujours) ? Et tout un tas de questions du même crû.
Je sais pertinemment que si j’étais pour Medjugorje dans mon cœur, on pourrait m’en dire ce qu’on veux, je m’accrocherais à la décision romaine de fin 2009 en priant pour que la décision papale soit la bonne, tout en taisant que si cette décision devait être négative et m’imposer l’obéissance… je n’aime pas lâcher une position, je pense que là aussi je marchanderais pas mal dans ma tête entre l’extérieur et ma pensée profonde.
Donc voilà, même en se sentant sûr et honnête dans son discernement, comment peut-on orienter la foi de quelqu’un alors qu’on est encore dans le flou simplement du fait de la date récente des soi-disantes apparitions, qui seront peut-être finalement reconnues au bout d’un siècle ou deux de péripéties, après moult débats comme celui que l’actualité nous sert ?
(1) Medjugorje n’est pris que comme cas d’école, puisqu’il a une actualité qui m’aide à poser mon questionnement ; mais on pourrait remplacer par Garabandal, Naju, et tout un tas d’autres endroits, par moments décriés comme pestiférés après avoir été glorifiés et admis par exemple (ou vice-versa). Des endroits où le chrétien de base entend une rumeur puis son contraire quelques années après, qui laissent perplexe, et qui peuvent tout aussi bien être de futurs Lourdes ou Fatima, ou pas, mais après notre mort, ce qui pose un problème face à la fréquentation de ces endroits.
En espérant n'avoir heurté personne, ce n'est encore une fois pas le but,
Que Dieu vous bénisse,
Zélie
http://www.cite-catholique.org/viewtopi ... 399#p81399
Il n’empêche qu’il appelle à la réflexion sur le discernement (en deux axes). Je souhaite simplement rappeler en préambule que je ne demande qu’une aide à la réflexion, qu’en aucun cas je ne me permets de juger qui que ce soit, et que si je me suis permise de reprendre des idées ou des exemples, c’est dans l’esprit « cas d’école » pour faire avancer la réflexion. Merci de ne pas faire dégénérer un dialogue en polémique, c’est justement pour échapper à toute polémique que j’ouvre un nouveau fil.
D’abord sur le discernement personnel : en surfant en juin dernier, je suis tombée sur un forum inconnu (mais comme ça date d’avant les vacances je ne sais plus où c’était) qui m’a semblé très dur envers une femme (Guerrerro), étiquetée « voyante » dans le sens que Michael en fait sur le fil « voyants ». Le peu que j’en ai compris est le suivant :
-Elle dit voir Jésus, rien d’exceptionnel comparé à Padre Pio ou d’autres ; ce n’est bien sûr pas déjà reconnu par l’Eglise, tant mieux, c’est sa façon de procéder et je suis d’accord, le temps décante bien des choses. Padre Pio a aussi subi pas mal de mesures de rétorsion sévères tout au long de sa vie, et il a finalement été reconnu saint après sa mort. Cette attitude de l’Eglise est traditionnelle, habituelle, et les « favorisés par un charisme divin » semblent tous être passés par des moments pénibles de la part de l’Eglise et des gens de leur époque.
-Elle dit recevoir des messages ou des directives, finalement rien d’exceptionnel non plus, toujours comparé à moult saints ; il faudra attendre longtemps pour avoir un avis d’Eglise aussi. Le problème serait plutôt que les « messages » des "voyants" qui commencent à bien foisonner sur le net concerneraient une urgence à croire, à changer, qui posent un problème entre le temps qui nous est imparti pour y croire, et le temps que demande l’Eglise pour les adouber.
-Elle semblerait ne pas savoir se défendre face à ses accusateurs, rien de bien exceptionnel là non plus.
Donc, comment fait-on pour discerner, sachant qu’assez classiquement, Dieu utilise des « riens », des illettrés, des pas très cultivés pour mieux faire briller son action, donc finalement des personnes qui ne sont peut-être pas les championnes de l’éloquence pour se défendre, ni même des championnes de la sainteté au départ et qui ont peut-être eu une vie de péché avant les apparitions et même après, le temps qu’elles apprennent des règles de vie correctes ?
Je ne vois pas en ces personnes « voyantes » des personnes saintes et infaillibles, mais certaines de ces personnes ont des apparences de sincérité… et tout ça m’interroge. Où est le défaut, ou au contraire l’indice qui permettrait de se situer ?
Le deuxième axe de réflexion sur le discernement, c’est ne pas induire les autres en erreur.
Je prends un exemple facile à retrouver : il y a sur le forum un fil sur Medjugorje(1), par pitié ne le faites pas rebondir ici.
Pour les opposants, Medjugorje est une vaste fumisterie, au mieux un truc positif au départ en train de péricliter dangereusement vers l’idolâtrie. Pour les tenants, il faut attendre la fin de l’année une décision romaine pour établir enfin la véracité ou non de ces « apparitions ».
Il se trouve qu’en attendant, nous croisons tous des gens qui partent ou reviennent de Medjugorje. Donc, en privé, les uns essaient d’amener leur entourage à la méfiance en estimant que l’Eglise s’est déjà prononcée par l’évêque du lieu et par tout un faisceau de faits scandaleux et désobéissants, et estiment en toute bonne foi de leur devoir de combattre la foi en ce lieu.
D’autres qui croient vrais les phénomènes là-bas, encouragent et applaudissent les personnes croyantes qui se rendent là-bas, et certaines personnes d’ailleurs qui vont là-bas ne supportent pas qu’on leur parle de méfiance de ce lieu, tellement la Paix et les Grâces y règnent, et d’autres encore disent y être encouragées par les convictions personnelles de religieux.
Tout ça, ça fait pas mal de frottements et de controverses, et c’est pas bon. Mais surtout c’est pas facile à la fin pour s’y retrouver paisiblement dans le discernement, parce qu’on soutienne l’une ou l’autre position, on prend le risque d’entrainer du monde dans nos propres chutes, et je trouve cela bien grave.
Je sais pertinemment que si j’étais foncièrement contre Medjugorje dans mon cœur, avant toute idée extérieure sur la question, la position de l’évêque de Mostar me suffirait, et quoi qu’on m’en dise, je m’acharnerais à toujours trouver la petite bête qui emporterait l’adhésion de mon entourage, et en faisant cela je serais honnête, avec un bémol que je tairais : suis-je vraiment sûre de ce que j’avance, quelles que soient les apparences contre, au vu de tout ce qui s’y passe de bon malgré le moins bon ? Ne suis-je pas orgueilleuse dans mon obstination ? Mon honnêteté n’est-elle pas refus de dialogue, n’est-elle pas sur certains aspects poutre qui m’empêche de m’ouvrir, rigidité qui finalement n’a pas lieu d’être (au vu des grâces toujours) ? Et tout un tas de questions du même crû.
Je sais pertinemment que si j’étais pour Medjugorje dans mon cœur, on pourrait m’en dire ce qu’on veux, je m’accrocherais à la décision romaine de fin 2009 en priant pour que la décision papale soit la bonne, tout en taisant que si cette décision devait être négative et m’imposer l’obéissance… je n’aime pas lâcher une position, je pense que là aussi je marchanderais pas mal dans ma tête entre l’extérieur et ma pensée profonde.
Donc voilà, même en se sentant sûr et honnête dans son discernement, comment peut-on orienter la foi de quelqu’un alors qu’on est encore dans le flou simplement du fait de la date récente des soi-disantes apparitions, qui seront peut-être finalement reconnues au bout d’un siècle ou deux de péripéties, après moult débats comme celui que l’actualité nous sert ?
(1) Medjugorje n’est pris que comme cas d’école, puisqu’il a une actualité qui m’aide à poser mon questionnement ; mais on pourrait remplacer par Garabandal, Naju, et tout un tas d’autres endroits, par moments décriés comme pestiférés après avoir été glorifiés et admis par exemple (ou vice-versa). Des endroits où le chrétien de base entend une rumeur puis son contraire quelques années après, qui laissent perplexe, et qui peuvent tout aussi bien être de futurs Lourdes ou Fatima, ou pas, mais après notre mort, ce qui pose un problème face à la fréquentation de ces endroits.
En espérant n'avoir heurté personne, ce n'est encore une fois pas le but,
Que Dieu vous bénisse,
Zélie