L'être-pour-la-mort
Publié : ven. 31 juil. 2009, 16:26
Je vais ici présenter deux résultats fondamentaux et incontournables auxquels la réflexion philosophique est parvenue. Pour qui fait de la philosophie avec sérieux, celui-là sait que la pensée philosophique n’est pas une pioche dans un amas disparate de doctrines hétéroclites, mais une pensée articulée et organisée rationnellement dont chaque moment prend appui sur le précédent. Il ne sert donc de rien d’afficher son platonisme, son aristotélisme, son thomisme, son spinozisme etc...mais il faut au contraire suivre tous les mouvements de la pensée et voir comment ils se déduisent les uns des autres pour arriver aux résultats actuels.
Voici donc les deux résultats philosophiques fondamentaux qu’un homme de notre temps ne peut ignorer, sous peine de sombrer dans la facticité :
A) L’existence de l’homme n’a aucun sens
B) La mort rétablit le sens
I) En guise de prolégomènes j’analyse la pertinence de distinguer au sein de l’être les en-soi et les pour-soi et la légitimité d’une telle terminologie :
Pour cela posons nous la question : « Qu’est-ce qu’un être conscient de lui-même ? »
Réponse : c’est un être qui se réfléchit en lui-même pour lui-même.
Explicitons : pour que l’être puisse se regarder en face il faut qu’il se pose face à lui-même, il lui faut donc sortir hors de lui pour se faire objet, mais ensuite il doit revenir à lui en tant que sujet pour s’approprier cet objet auquel il s’identifie. Nous avons donc trois moments :
1) l’être en-soi : l’être demeure en lui-même, il n’est pas conscient de lui-même
2) l’être-hors-de-soi : l’être sort de lui-même et s’objective, il n’est toujours pas conscient de lui-même
3) l’être pour-soi : l’être fait retour sur lui-même et se subjective s’appropriant au passage son être objectivé, c’est-à-dire l’être-hors-de-soi du moment précédent.
Je ferais remarquer que les trois moments de ce processus correspondent à une nécessité de nature et non à un libre choix, notre réflexion philosophique se situe en amont de la liberté. Nous ne choisissons pas d’être conscient de nous-mêmes. Mais pour bien insister sur cette nécessité de nature propre à l’être conscient de lui-même, je vais prendre un exemple :
Lorsqu’un homme se regarde dans un miroir, d’abord il a le choix de se regarder ou non dans le miroir, ce qui n’est pas le cas de l’être conscient de lui-même qui de par sa nature ne peut qu’être conscient de lui-même. Ensuite l’homme peut toujours refuser l’image que lui renvoie le miroir et dire « Non ! ce n’est pas moi ! », comme le producteur ou l’artiste peut toujours répudier sa production ou son œuvre, mais cette possibilité n’existe pas pour la conscience d’elle-même, qui par une nécessité de nature ne peut que s’approprier elle-même. Dans les cas contraires, la conscience pourrait s’abstenir de se réfléchir et une conscience pourrait s’approprier et s’identifier à la conscience réfléchie d’une autre conscience réfléchissante, un peu comme un individu s’identifie à l’image d’un autre individu, or nous savons bien que tel n’est pas le cas. Nous sommes donc bien dans le cadre d’une nécessité de nature.
En ce qui concerne la terminologie, pourquoi appeler l’être conscient de lui-même l’être-pour-soi alors qu’il se caractérise par un processus scindé en trois moments et que l’être-pour-soi ou moment d’auto-appropriation n’est que le troisième moment de ce processus ?
Parce que l’être-pour-soi est le terme ou la fin du processus conscientiel et que les deux moments précédents sont ordonnés à ce moment ultime.
Voilà donc pour ce qui concerne l’être-pour-soi, ou en abrégé le « pour-soi ».
Mais en scrutant les différentes régions de l’être nous nous apercevons qu’il existe des êtres qui manifestement ne sont pas conscients d’eux-mêmes, comme les minéraux, comme les phénomènes naturels… Ne pas être conscient de soi, au vu de ce qui a été exposé plus haut, cela revient à ne pas entrer dans un processus d’extériorisation et de retour à soi, cela revient donc à demeurer tout le temps en soi. Voilà pourquoi nous convenons d’appeler « en-soi » les êtres qui demeurent constamment en eux-mêmes, sans activité intérieure, qui ne franchissent jamais le cap de l’ « être-en-soi », le premier moment du processus conscientiel.
II) Passons maintenant à la question du sens, qu’est-ce donc que le sens, qu’est-donc qu’avoir un sens ? Dans le cas qui nous préoccupe nous allons montrer qu’avoir un sens équivaut à « être pour un autre »
Partons d’un exemple concret : l’archéologue qui déchiffrant des hiéroglyphes s’exclame : « Mais cela n’a aucun sens ! » veut dire par là qu’il ne parvient pas à saisir le pourquoi du texte qu’il a déchiffré, il a trouvé la clef du déchiffrement, il n’a pas trouvé la clef du pourquoi, pourquoi ce texte a-t-il été écrit ?dans quel but ? Nous voyons donc que le problème du sens est celui de la finalité. Lorsque l’archéologue aura réussi à déterminer que ce texte est un texte de malédiction et que donc sa finalité était de faire fuir les pilleurs de tombe, il pourra dire : « ça y est, j’en ai trouvé le sens ».
La venue à l’existence de cet être qu’est le texte de malédiction est ordonnée à un autre être, en l’occurrence une action, la mise en fuite des pilleurs de tombe. Il existe pour faire fuir les pilleurs, c’est un être-pour-un-autre, raison pour laquelle il a un sens, et si l’on va au-delà du sens prochain, on peut encore trouver un sens supérieur : il existe pour Pharaon, pour que celui-ci repose en paix.
Dans le même ordre d’idée la venue à l’existence d’un marteau a du sens, le marteau existe pour l’homme, pour que l’homme puisse planter des clous.
Notons que la plupart du temps les êtres qui font sens sont des êtres créés de main d’homme (ou par des animaux, comme par exemple les barrages construits par les castors) et que le questionnement du sens appliqué à des êtres naturels s’avère souvent des plus saugrenus : « Quel est le sens de l’existence de cette montagne ?de ce caillou? de cette pluie etc… », questionnement qui il faut bien le dire est de nature à faire douter de la santé mentale du questionneur, quoique la superstition puisse faire dire que si la foudre s’abat sur un homme c’est pour le punir, mais à ce moment-là nous sortons de la rationalité et du même coup de la philosophie. Gardons donc à l’esprit qu’il y a une bonne partie des êtres qui ne tombent pas sous le questionnement rationnel du sens.
III) Etant donné qu’en I) il a été montré que l’homme, être conscient de lui-même, est un être-pour-soi et qu’en II) il a été établi qu’un être qui a du sens est forcément un être-pour-un-autre, il en résulte, puisque l’homme est par nature pour soi et non pour un autre, que l’homme n’a aucun sens, d’où le A) annoncé en début :
A) L’existence de l’homme n’a aucun sens
J’attire votre attention sur le fait qu’il ne s’agit pas ici de jugements moraux ou de simples opinions, car nous nous situons à la racine de l’être, au niveau ontologique, mais de propositions déduites de la nature même de l’être-pour-soi et de l’être-pour-un-autre, et de leur radicale incompatibilité. Et pour aller plus loin nous voyons corrélativement que toutes les solutions politiques, religieuses ou humanistes pour trouver un sens à l’existence de l’homme sont factices car elles viennent après-coup, en aval de l’ontologie, alors que l’absence de sens est déjà assurée à la racine même de l’être.
IV) L’existence de l’homme est donc ontologiquement absurde, mais alors la mort, qui est la fin de l’existence humaine, doit être désormais comprise comme le terme qui met fin à un non-sens, à une absurdité, et par-là le sens est sauvé puisque le non-sens a été détruit. La réflexion philosophique nous amène donc à ce résultat surprenant pour l’homme de la rue, mais l’homme de la rue ne philosophe pas, que c’est la mort qui sauve le sens en mettant un terme à une existence absurde dans sa constitution-même.
Ainsi se trouvé établie la proposition B) du début :
B) La mort rétablit le sens
Pour conclure sur la substitution sémantique de l’être-pour-la-mort à l’être-pour-soi, il s’agit pour la philosophie de rester sur une note de sens, c’est à dire d’assigner à cet être absurde la seule destination qui puisse lui redonner un sens, car qu’est-ce qui peut donner du sens à un non-sens si ce n’est sa fin annoncée?
Enfin pour revenir à des considérations plus historiques, nous sommes entrés dans une ère grouillant d’existences et de conduites absurdes et ce de manière flagrante, la flagrance de l’absurdité de l’existence fut bien moindre à certaines époques, non pas que l’existence fut moins absurde, car elle l’a toujours été, mais parce que les solutions factices élaborées par les différents pouvoirs ou autorités étaient plus durables du fait du contexte socio-historique, le spectacle actuel est donc bien l’illustration fidèle et grandeur nature de ce que la pensée philosophique a déduit rationnellement, à savoir que l’être-pour-soi est aussi un être-pour-la-mort envisagé du point de vue du sens.
Voici donc les deux résultats philosophiques fondamentaux qu’un homme de notre temps ne peut ignorer, sous peine de sombrer dans la facticité :
A) L’existence de l’homme n’a aucun sens
B) La mort rétablit le sens
I) En guise de prolégomènes j’analyse la pertinence de distinguer au sein de l’être les en-soi et les pour-soi et la légitimité d’une telle terminologie :
Pour cela posons nous la question : « Qu’est-ce qu’un être conscient de lui-même ? »
Réponse : c’est un être qui se réfléchit en lui-même pour lui-même.
Explicitons : pour que l’être puisse se regarder en face il faut qu’il se pose face à lui-même, il lui faut donc sortir hors de lui pour se faire objet, mais ensuite il doit revenir à lui en tant que sujet pour s’approprier cet objet auquel il s’identifie. Nous avons donc trois moments :
1) l’être en-soi : l’être demeure en lui-même, il n’est pas conscient de lui-même
2) l’être-hors-de-soi : l’être sort de lui-même et s’objective, il n’est toujours pas conscient de lui-même
3) l’être pour-soi : l’être fait retour sur lui-même et se subjective s’appropriant au passage son être objectivé, c’est-à-dire l’être-hors-de-soi du moment précédent.
Je ferais remarquer que les trois moments de ce processus correspondent à une nécessité de nature et non à un libre choix, notre réflexion philosophique se situe en amont de la liberté. Nous ne choisissons pas d’être conscient de nous-mêmes. Mais pour bien insister sur cette nécessité de nature propre à l’être conscient de lui-même, je vais prendre un exemple :
Lorsqu’un homme se regarde dans un miroir, d’abord il a le choix de se regarder ou non dans le miroir, ce qui n’est pas le cas de l’être conscient de lui-même qui de par sa nature ne peut qu’être conscient de lui-même. Ensuite l’homme peut toujours refuser l’image que lui renvoie le miroir et dire « Non ! ce n’est pas moi ! », comme le producteur ou l’artiste peut toujours répudier sa production ou son œuvre, mais cette possibilité n’existe pas pour la conscience d’elle-même, qui par une nécessité de nature ne peut que s’approprier elle-même. Dans les cas contraires, la conscience pourrait s’abstenir de se réfléchir et une conscience pourrait s’approprier et s’identifier à la conscience réfléchie d’une autre conscience réfléchissante, un peu comme un individu s’identifie à l’image d’un autre individu, or nous savons bien que tel n’est pas le cas. Nous sommes donc bien dans le cadre d’une nécessité de nature.
En ce qui concerne la terminologie, pourquoi appeler l’être conscient de lui-même l’être-pour-soi alors qu’il se caractérise par un processus scindé en trois moments et que l’être-pour-soi ou moment d’auto-appropriation n’est que le troisième moment de ce processus ?
Parce que l’être-pour-soi est le terme ou la fin du processus conscientiel et que les deux moments précédents sont ordonnés à ce moment ultime.
Voilà donc pour ce qui concerne l’être-pour-soi, ou en abrégé le « pour-soi ».
Mais en scrutant les différentes régions de l’être nous nous apercevons qu’il existe des êtres qui manifestement ne sont pas conscients d’eux-mêmes, comme les minéraux, comme les phénomènes naturels… Ne pas être conscient de soi, au vu de ce qui a été exposé plus haut, cela revient à ne pas entrer dans un processus d’extériorisation et de retour à soi, cela revient donc à demeurer tout le temps en soi. Voilà pourquoi nous convenons d’appeler « en-soi » les êtres qui demeurent constamment en eux-mêmes, sans activité intérieure, qui ne franchissent jamais le cap de l’ « être-en-soi », le premier moment du processus conscientiel.
II) Passons maintenant à la question du sens, qu’est-ce donc que le sens, qu’est-donc qu’avoir un sens ? Dans le cas qui nous préoccupe nous allons montrer qu’avoir un sens équivaut à « être pour un autre »
Partons d’un exemple concret : l’archéologue qui déchiffrant des hiéroglyphes s’exclame : « Mais cela n’a aucun sens ! » veut dire par là qu’il ne parvient pas à saisir le pourquoi du texte qu’il a déchiffré, il a trouvé la clef du déchiffrement, il n’a pas trouvé la clef du pourquoi, pourquoi ce texte a-t-il été écrit ?dans quel but ? Nous voyons donc que le problème du sens est celui de la finalité. Lorsque l’archéologue aura réussi à déterminer que ce texte est un texte de malédiction et que donc sa finalité était de faire fuir les pilleurs de tombe, il pourra dire : « ça y est, j’en ai trouvé le sens ».
La venue à l’existence de cet être qu’est le texte de malédiction est ordonnée à un autre être, en l’occurrence une action, la mise en fuite des pilleurs de tombe. Il existe pour faire fuir les pilleurs, c’est un être-pour-un-autre, raison pour laquelle il a un sens, et si l’on va au-delà du sens prochain, on peut encore trouver un sens supérieur : il existe pour Pharaon, pour que celui-ci repose en paix.
Dans le même ordre d’idée la venue à l’existence d’un marteau a du sens, le marteau existe pour l’homme, pour que l’homme puisse planter des clous.
Notons que la plupart du temps les êtres qui font sens sont des êtres créés de main d’homme (ou par des animaux, comme par exemple les barrages construits par les castors) et que le questionnement du sens appliqué à des êtres naturels s’avère souvent des plus saugrenus : « Quel est le sens de l’existence de cette montagne ?de ce caillou? de cette pluie etc… », questionnement qui il faut bien le dire est de nature à faire douter de la santé mentale du questionneur, quoique la superstition puisse faire dire que si la foudre s’abat sur un homme c’est pour le punir, mais à ce moment-là nous sortons de la rationalité et du même coup de la philosophie. Gardons donc à l’esprit qu’il y a une bonne partie des êtres qui ne tombent pas sous le questionnement rationnel du sens.
III) Etant donné qu’en I) il a été montré que l’homme, être conscient de lui-même, est un être-pour-soi et qu’en II) il a été établi qu’un être qui a du sens est forcément un être-pour-un-autre, il en résulte, puisque l’homme est par nature pour soi et non pour un autre, que l’homme n’a aucun sens, d’où le A) annoncé en début :
A) L’existence de l’homme n’a aucun sens
J’attire votre attention sur le fait qu’il ne s’agit pas ici de jugements moraux ou de simples opinions, car nous nous situons à la racine de l’être, au niveau ontologique, mais de propositions déduites de la nature même de l’être-pour-soi et de l’être-pour-un-autre, et de leur radicale incompatibilité. Et pour aller plus loin nous voyons corrélativement que toutes les solutions politiques, religieuses ou humanistes pour trouver un sens à l’existence de l’homme sont factices car elles viennent après-coup, en aval de l’ontologie, alors que l’absence de sens est déjà assurée à la racine même de l’être.
IV) L’existence de l’homme est donc ontologiquement absurde, mais alors la mort, qui est la fin de l’existence humaine, doit être désormais comprise comme le terme qui met fin à un non-sens, à une absurdité, et par-là le sens est sauvé puisque le non-sens a été détruit. La réflexion philosophique nous amène donc à ce résultat surprenant pour l’homme de la rue, mais l’homme de la rue ne philosophe pas, que c’est la mort qui sauve le sens en mettant un terme à une existence absurde dans sa constitution-même.
Ainsi se trouvé établie la proposition B) du début :
B) La mort rétablit le sens
Pour conclure sur la substitution sémantique de l’être-pour-la-mort à l’être-pour-soi, il s’agit pour la philosophie de rester sur une note de sens, c’est à dire d’assigner à cet être absurde la seule destination qui puisse lui redonner un sens, car qu’est-ce qui peut donner du sens à un non-sens si ce n’est sa fin annoncée?
Enfin pour revenir à des considérations plus historiques, nous sommes entrés dans une ère grouillant d’existences et de conduites absurdes et ce de manière flagrante, la flagrance de l’absurdité de l’existence fut bien moindre à certaines époques, non pas que l’existence fut moins absurde, car elle l’a toujours été, mais parce que les solutions factices élaborées par les différents pouvoirs ou autorités étaient plus durables du fait du contexte socio-historique, le spectacle actuel est donc bien l’illustration fidèle et grandeur nature de ce que la pensée philosophique a déduit rationnellement, à savoir que l’être-pour-soi est aussi un être-pour-la-mort envisagé du point de vue du sens.