"L'Amour n'est pas aimé !" Petit récit en vers...
Publié : sam. 27 juin 2009, 17:15
Ceux que j’ai rencontrés, je les ai tant aimés
Je les ai tant veillés, attendus, espérés !
Du matin jusqu’au soir, travaillant sans repos,
J’ai servi, j’ai donné, j’ai fait craquer mes os.
Avec eux, sans compter, j’ai partagé mon pain,
Je n’ai pas mesuré quand ils voulaient du vin.
Et jusque dans mes nuits, je n’ai songé qu’à eux
Tellement j’avais faim de les vouloir heureux !
J’en ai vu des visages ! Aux uns qui souriaient,
J’ai souri moi aussi. Aux autres qui pleuraient,
J’ai écrit des mots : doux comme des nids d’oiseaux !
J’ai porté leurs messages en traversant les eaux
Quand leur ciel était noir, lorsque l’espoir, vaincu,
Se mourrait dans leurs cœurs, soudain tout dévêtus,
J’ai ouvert mon manteau pour garder leurs secrets
Et essuyé leurs pleurs de mes propres regrets.
Et puis, ils sont partis. Celui-ci, celle-là,
Un autre encore… Où étaient-ils ? Je ne sais pas.
Je les attendus, je les ai espérés,
J’ai allumé des feux, j’étais le naufragé
De mon île au trésor, dont ils ne voulaient plus :
L’amitié ! Tout donner sans compter, rester nu
Pour s’habiller de joie et se chauffer de bleu :
De bleu des cieux nouveaux entrevus dans leurs yeux !
Mais tous s’en sont allés, pas un seul n’est resté.
Mes feux se sont éteints, mon île d’amitié
Ne fut plus qu’un rocher, un morceau de caillou
Perdu dans le désert. J’avais donc été fou
De croire en ce bonheur et d’en faire un destin ?
J’avais même oublié, entre soirs et matins,
De me vouloir du bien, du confort, du secours,
Et je devins errant au Sahara d’amour.
Durant douze ans, j’ai avancé, pas après pas,
Cherchant une oasis, mais ne la trouvant pas.
J’étais un inconnu dans ma propre maison,
Un étranger, souvent, pour ma propre raison,
Voyageur sans boussole, étonné d’être un homme
Au pays des humains. J’avais franchi leur norme
En voulant les aimer ! Je n’étais plous d’ici
Sans pouvoir être ailleurs – mais comment vivre ainsi ?
Enfin je suis tombé sans avoir rien maudit :
Et mon cœur s’arrêtant, j’ai crié : « C’est fini ! »
Ce n’était pas fini. Quand je me suis cru mort,
Je revins à la vie ! J’ai redressé mon corps :
Il me sembla plus lourd. Quand je fus à genoux
Je vis son ombre s’étaler. Enfin debout,
Je sus qu’il avait pris la forme d’une Croix :
Voilà ce qu’il advient lorsqu’on ouvre ses bras !
Et je compris soudain ce qui s’était passé :
J’avais aimé l’Amour qui ne jamais nommé.
L’Amour qu’on n’aime pas, l’Amour souffrant d’amour !
Celui qu’ils disent « Dieu » en marchant à rebours,
Comme si ce nom ne devait plus paraître
Et n’être qu’un rebus de la conscience d’être,
Un héritage ancien, devenu encombrant
Et toujours repoussé, mais toujours revenant !
L’Amour n’est pas aimé, mais demeure à jamais.
Injurié, renié, blasphémé, cependant Il se tait.
Il n’ouvre pas la bouche et il offre son dos.
Il ne fait rien de mal, il prend tous les fardeaux.
Il ne refuse rien, il accepte les coups,
Il rejette le sort et il va jusqu’au bout.
Finalement cloué sur le bois du gibet,
La mort ne L’atteint pas. Crucifié, Il renaît !
L’Amour n’est pas aimé, mais nous n’avons que Lui.
Si nous ne L’avions pas, nous n’aurions que la nuit.
Il est comme le vent : nul ne sait d’où il vient,
Ni peut dire où il va. Il console. Il soutient,
Il réveille, Il endort, Il conforte, Il relève
Et sans jamais se plaindre, Il travaille sans trêve.
Et tu auras beau dire : « Il n’a pas de visage »
Cependant, c’est le tien et tu es Son image !
Voici un des rares poèmes que j'ai sauvés de l'époque où je me suis cru une vocation de poète... Mais en fait, je ne peux pas parler ainsi. J'ai eu ma période poétique, dont je n'ai gardé que très peu de traces, ensuite la conversion est intervenue et j'ai bien tenté de mettre en vers certains passages d'Evangile... je me suis vite rendu compte que je n'étais pas à la hauteur de mon sujet !
Mais au moment de faire un premier bilan, une quinzaine d'années après la rencontre de Jésus crucifié, qui m'a donné sa joie, c'est le texte qui est sorti de moi. Je ne l'ai pas écrit tout seul, c'est comme pour la plupart de mes partages, je me suis laissé inspirer.
Grosso modo, les quatre premières strophes rapportent les trois années de Joie et de partage intensif qui ont suivi ma conversion. J'ai raconté ailleurs comment, n'ayant pas réussi à entrer dans un ordre religieux, je m'étais retrouvé tout simplement à mon travail - où sont venus me trouver une foule de jeunes, garçons et filles, qui sortaient d'institutions de placement et étaient pour le moins désorientés. Ce furent trois années presque insoutenables à force d'être joyeuses et riches de partages, de dons, de prières exaucées.
Et puis plus rien... je me suis rendu compte plus tard que j'avais péché par présomption. J'étais retombé dans la pensée d'une réussite personnelle qui eût pris une forme tout à fait inédite. Billevesées !
Mon confesseur, un charmant Rédemptoriste flamand, âgé de 88 ans, mais qui lisait en moi comme dans un livre, m'a dit un matin: "Vous allez droit au désert, vous n'y pouvez mais...Le démon déteste les convertis, il réclame toujours sa part".
La cinquième et la sixième strophe sont tout à fait particulières. Je ne savais pas quoi écrire et je ne peux dire autrement qu'elles m'ont été soufflées... Les choses ne se sont pas passées comme çà, mais c'était la seule façon de les raconter. Elles signifient en réalité que je suis passé d'une foi ouverte sur autrui - et qui dépendait trop de lui, à une foi dans laquelle tout ce qui pouvait se faire découlait uniquement de l'Amour. (Les deux dernières ligne de la sixième strophe ont été empruntées à Aragon ("L'homme... à peine a-t-il ouvert les bras qu'il se retrouve en croix".)
Ces deux étapes franchies, les rimes des trois dernières strophes sont "tombées" très facilement jusqu'à l'homme devenu "à l'image de Jésus-Christ".
Entre le moment où j'ai commencé ce poème et celui où je l'ai fini, il s'est bien écoulé dix ans !
Je les ai tant veillés, attendus, espérés !
Du matin jusqu’au soir, travaillant sans repos,
J’ai servi, j’ai donné, j’ai fait craquer mes os.
Avec eux, sans compter, j’ai partagé mon pain,
Je n’ai pas mesuré quand ils voulaient du vin.
Et jusque dans mes nuits, je n’ai songé qu’à eux
Tellement j’avais faim de les vouloir heureux !
J’en ai vu des visages ! Aux uns qui souriaient,
J’ai souri moi aussi. Aux autres qui pleuraient,
J’ai écrit des mots : doux comme des nids d’oiseaux !
J’ai porté leurs messages en traversant les eaux
Quand leur ciel était noir, lorsque l’espoir, vaincu,
Se mourrait dans leurs cœurs, soudain tout dévêtus,
J’ai ouvert mon manteau pour garder leurs secrets
Et essuyé leurs pleurs de mes propres regrets.
Et puis, ils sont partis. Celui-ci, celle-là,
Un autre encore… Où étaient-ils ? Je ne sais pas.
Je les attendus, je les ai espérés,
J’ai allumé des feux, j’étais le naufragé
De mon île au trésor, dont ils ne voulaient plus :
L’amitié ! Tout donner sans compter, rester nu
Pour s’habiller de joie et se chauffer de bleu :
De bleu des cieux nouveaux entrevus dans leurs yeux !
Mais tous s’en sont allés, pas un seul n’est resté.
Mes feux se sont éteints, mon île d’amitié
Ne fut plus qu’un rocher, un morceau de caillou
Perdu dans le désert. J’avais donc été fou
De croire en ce bonheur et d’en faire un destin ?
J’avais même oublié, entre soirs et matins,
De me vouloir du bien, du confort, du secours,
Et je devins errant au Sahara d’amour.
Durant douze ans, j’ai avancé, pas après pas,
Cherchant une oasis, mais ne la trouvant pas.
J’étais un inconnu dans ma propre maison,
Un étranger, souvent, pour ma propre raison,
Voyageur sans boussole, étonné d’être un homme
Au pays des humains. J’avais franchi leur norme
En voulant les aimer ! Je n’étais plous d’ici
Sans pouvoir être ailleurs – mais comment vivre ainsi ?
Enfin je suis tombé sans avoir rien maudit :
Et mon cœur s’arrêtant, j’ai crié : « C’est fini ! »
Ce n’était pas fini. Quand je me suis cru mort,
Je revins à la vie ! J’ai redressé mon corps :
Il me sembla plus lourd. Quand je fus à genoux
Je vis son ombre s’étaler. Enfin debout,
Je sus qu’il avait pris la forme d’une Croix :
Voilà ce qu’il advient lorsqu’on ouvre ses bras !
Et je compris soudain ce qui s’était passé :
J’avais aimé l’Amour qui ne jamais nommé.
L’Amour qu’on n’aime pas, l’Amour souffrant d’amour !
Celui qu’ils disent « Dieu » en marchant à rebours,
Comme si ce nom ne devait plus paraître
Et n’être qu’un rebus de la conscience d’être,
Un héritage ancien, devenu encombrant
Et toujours repoussé, mais toujours revenant !
L’Amour n’est pas aimé, mais demeure à jamais.
Injurié, renié, blasphémé, cependant Il se tait.
Il n’ouvre pas la bouche et il offre son dos.
Il ne fait rien de mal, il prend tous les fardeaux.
Il ne refuse rien, il accepte les coups,
Il rejette le sort et il va jusqu’au bout.
Finalement cloué sur le bois du gibet,
La mort ne L’atteint pas. Crucifié, Il renaît !
L’Amour n’est pas aimé, mais nous n’avons que Lui.
Si nous ne L’avions pas, nous n’aurions que la nuit.
Il est comme le vent : nul ne sait d’où il vient,
Ni peut dire où il va. Il console. Il soutient,
Il réveille, Il endort, Il conforte, Il relève
Et sans jamais se plaindre, Il travaille sans trêve.
Et tu auras beau dire : « Il n’a pas de visage »
Cependant, c’est le tien et tu es Son image !
"L’amour ne consiste pas à sentir de grandes choses,
Mais à se tenir dans un grand dénuement et une
grande souffrance pour l’Aimé » (Saint Jean de la Croix)
Mais à se tenir dans un grand dénuement et une
grande souffrance pour l’Aimé » (Saint Jean de la Croix)
Voici un des rares poèmes que j'ai sauvés de l'époque où je me suis cru une vocation de poète... Mais en fait, je ne peux pas parler ainsi. J'ai eu ma période poétique, dont je n'ai gardé que très peu de traces, ensuite la conversion est intervenue et j'ai bien tenté de mettre en vers certains passages d'Evangile... je me suis vite rendu compte que je n'étais pas à la hauteur de mon sujet !
Mais au moment de faire un premier bilan, une quinzaine d'années après la rencontre de Jésus crucifié, qui m'a donné sa joie, c'est le texte qui est sorti de moi. Je ne l'ai pas écrit tout seul, c'est comme pour la plupart de mes partages, je me suis laissé inspirer.
Grosso modo, les quatre premières strophes rapportent les trois années de Joie et de partage intensif qui ont suivi ma conversion. J'ai raconté ailleurs comment, n'ayant pas réussi à entrer dans un ordre religieux, je m'étais retrouvé tout simplement à mon travail - où sont venus me trouver une foule de jeunes, garçons et filles, qui sortaient d'institutions de placement et étaient pour le moins désorientés. Ce furent trois années presque insoutenables à force d'être joyeuses et riches de partages, de dons, de prières exaucées.
Et puis plus rien... je me suis rendu compte plus tard que j'avais péché par présomption. J'étais retombé dans la pensée d'une réussite personnelle qui eût pris une forme tout à fait inédite. Billevesées !
Mon confesseur, un charmant Rédemptoriste flamand, âgé de 88 ans, mais qui lisait en moi comme dans un livre, m'a dit un matin: "Vous allez droit au désert, vous n'y pouvez mais...Le démon déteste les convertis, il réclame toujours sa part".
La cinquième et la sixième strophe sont tout à fait particulières. Je ne savais pas quoi écrire et je ne peux dire autrement qu'elles m'ont été soufflées... Les choses ne se sont pas passées comme çà, mais c'était la seule façon de les raconter. Elles signifient en réalité que je suis passé d'une foi ouverte sur autrui - et qui dépendait trop de lui, à une foi dans laquelle tout ce qui pouvait se faire découlait uniquement de l'Amour. (Les deux dernières ligne de la sixième strophe ont été empruntées à Aragon ("L'homme... à peine a-t-il ouvert les bras qu'il se retrouve en croix".)
Ces deux étapes franchies, les rimes des trois dernières strophes sont "tombées" très facilement jusqu'à l'homme devenu "à l'image de Jésus-Christ".
Entre le moment où j'ai commencé ce poème et celui où je l'ai fini, il s'est bien écoulé dix ans !