Que notre sel ne s'affadisse pas !

« J'enlèverai votre cœur de pierre, et je vous donnerai un cœur de chair. » (Ez 36.26)
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etienne lorant
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Que notre sel ne s'affadisse pas !

Message non lu par etienne lorant »

Vous êtes le sel de la terre, mais si le sel vient à s'affadir, avec quoi le salera-t-on ? (Mt 5:13)

Si le sel devrait perdre le goût du sel, et toutes ses autres particularités, il n'est plus bon à rien. Mais comment le sel pourrait-il perdre son goût ? Eh bien, sans doute de la même manière, si j'en crois Bernanos, que nous pourrions perdre la faculté d'aimer :

"Ne plus aimer, cela sonne à vos oreilles ainsi qu’une expression familière. Ne plus aimer signifie pour un homme vivant aimer moins, ou aimer ailleurs. Et si cette faculté qui nous paraît inséparable de notre être, notre être même – comprendre est encore une façon d’aimer – pouvait disparaître, pourtant? Ne plus aimer, ne plus comprendre, vivre quand même, ô prodige!"

Nous sommes tellement certains que notre coeur restera toujours le même, qu'il nous poussera de manière invincible à nous rapprocher des autres, et si ce n'est des autres, du moins à leurs traces, leurs oeuvres ! Nous nous disons que nous pouvons aimer mal, aimer trop ou pas assez, et ne pas être aimé -évidement, mais : ne plus aimer ?!? Voilà pourquoi Bernanos décrit un enfer tout froid (on se brûle aussi en touchant du doigt un métal qui a gelé !), un enfer de l'indifférence, de la totale et absolue indifférence...

"L’erreur commune à tous est d’attribuer à ces créatures abandonnées quelque chose encore de nous, de notre perpétuelle mobilité alors qu’elles sont hors du temps, hors du mouvement, fixées pour toujours. Hélas! Si Dieu nous menait par la main vers une de ces choses douloureuses, eût-elle été jadis l’ami le plus cher, quel langage lui parlerions-nous? Certes, qu’un homme vivant, notre semblable, le dernier de tous, vil entre les vils, soit jeté tel quel dans ces limbes ardentes, je voudrais partager son sort, j’irais le disputer à son bourreau. Partager son sort!... Le malheur, l’inconcevable malheur de ces pierres embrasées qui furent des hommes, c’est qu’elles n’ont plus rien à partager."

Plus rien à partager. Non à consommer, mais à partager. C'est la qu'est le sel. En tout cas pour moi. Aussi longtemps que je peux partager la Parole, aussi longtemps que je peux communier, aussi longtemps que je peux souffrir en aimant des personnes qui me rejettent pourtant, il y a toujours du sel en moi. S'il advient un jour - et en réalité, c'est inévitable, où je me retrouverais séparé de tous, comme un homme sur une île déserte, il me restera le partage par la prière - c'est encore du sel.

Le sel c'est ce qui donne du goût aux aliments, et on peut le comparer à la pincée de levain qui lever la pâte. J'aime bien le mot "ferment" car il révèle une potentialité cachée. Les disciples, les fidèles et tous ceux qui croient en Dieu sont le sel de la terre. C'est-à-dire, en quelque sorte, que sans eux, le monde deviendrait absolument invivable...
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )

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