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Une question sur 1968...

Publié : jeu. 25 juin 2009, 18:14
par etienne lorant
Avec "Ce qui reste de jour" (Journal de Julien Green 1966-1972), je découvre des événements qui ont fait la une en 1968, spécialement: les revers américains au Vietnam (février), l'assassinat de Marthin Luther King (avril) suivi de celui de Robert Kennedy en juin, révolte estudiantine en France (mai), soulèvement de Prague en août... et je n'ai pas fini, je me souviens d'avoir lu un entrefilet sur la mini-jupe et la "libération des moeurs" ... l'année suivante, en juillet, l'homme mettra le pied sur la lune. Ce qui est frappe, en parallèle, c'est le nombre de remarques attristées de l'auteur sur un apparent déclin de l'Eglise. J'essaie de me représenter comment coordonner tous ces événements, mais j'imagine que d'autres auteurs l'ont fait avant moi ? Sans me renvoyer à des ouvrages, quelqu'un, dans cette honorable assemblée, peut-il me citer quelques conclusions intéressantes sur cetté époque ? Par exemple, je serais tenté de dire qu'en 68, le matérialisme et le pessimisme des années d'après-guerre ont commencé de montrer leurs fruits quelque peu pervers.

Merci d'avance pour votre coopération !

Re: Une question sur 1968...

Publié : jeu. 25 juin 2009, 19:02
par coeurderoy
Deux souvenirs "d'Eglise" personnels :

1968, j'ai onze ans ans, vais au catéchisme à Auxerre, Messe en latin, pas de show-bizz, je suis sensible à l'Art Sacré sans doute puisque, à la rentrée de septembre je "coupe" en traversant la cathédrale Saint-Etienne pour me rendre au collège. Mes parents, arrivés dans cette ville en 66 se sont intégrés sans problème à la paroisse Saint-Pierre-en Vallée où nous nous rendons chaque dimanche. C'est une jeune religieuse qui fait le catéchisme. Je reçois, en juin 68, la confirmation des mains de Mgr Sturm. Mes parents m'ont dit plus tard n'avoir quasiment rien ressenti de la crise du mois de mai en cette ville provinciale, plutôt patriarcale.

1969, changement de décor : mutation de mon père à Troyes. Eglise d'un quartier neuf, Saint-Bruno des Chartreux : liturgie en français : pour mes parents (et moi-même) sentiment d'être assez étrangers à ces bavardages, réunions, projets... La laideur (édifice et musique liturgique) font que la Messe devient un pensum, une corvée certains dimanches...Pour moi 69-70 c'est la découverte des premières "grandes surfaces" (Mammouth !) dans la banlieue de Troyes. Mes parents leur préfèrent un petit commerce de quartier mais tout le monde en parle...
Impression générale de davantage de laisser-aller (moeurs, habillement) ; la télévision devient de plus en plus la référence culturelle : mon père s'en méfie et n'apprécie guère les séries ou fictions, ma mère en revanche a tendance à prendre pour argent comptant la plupart des informations.

Suite à des évènements familiaux personnels, 68-70 marque par ailleurs pour moi une charnière, l'adieu à une certaine douceur de vivre, aux maisons calmes et silencieuses, aux "vieilles gens" et à leurs coutumes ou habitudes (mort de mes grands-parents) : le monde me semble plus inquiétant, plus féroce : mais là mon expérience personnelle est toute subjective...
Cordialement !

Re: Une question sur 1968...

Publié : ven. 26 juin 2009, 16:36
par etienne lorant
Le 24 juillet 1967, dans son fameux discours de Montréal, le général de Gaulle jetait lui-même un ferment de contestation dont il recueillerait les fruits l'année d'après !

http://archives.radio-canada.ca/c_est_arrive_le/07/24/

Ma conviction est qu'il s'est passé, dans le monde, au cours des années soixante, quelque chose qui ressemble à un mouvement situé un peu au-dessus (ou en-dessous) de la sphère "strictement humaine". Et ce "déchaînement" des libertés, de toutes les libertés - jusqu'au pires violences, ne m'apparaît pas comme positif. Si JFK avait vécu... si Martin Luther King avait vécu... si Robert Kennedy avait vécu... on dirait que c'est la violence de l'expression, plutôt que la pensée, qui l'a emporté...