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L'économie de la rédemption

Publié : mar. 12 mai 2009, 20:53
par zélie
voilà je ne sais pas si je poste au bon endroit,... mais Christophe veille :/ .
Donc on verra bien.

En préambule, je voudrais dire que mon questionnement est sincère et n'est en aucun cas destiné à faire dégranuler nos lecteurs juifs. Je ne cherche qu'à comprendre l'histoire et la nature humaine.

Le figaro.fr, entre autres, se fait l'écho de l'arrestation d'un ancien nazi, gardien sadique à Sobibor, camp de sinistre mémoire et passé dans la littérature.
le lien pour vous faire une idée des faits:
http://www.lefigaro.fr/international/20 ... bibor-.php

Ailleurs, sur des sites de journaux juifs, on parle d'autres atrocités qu'il aurait commises avec un sadisme consommé, avec épées et lances, et on décrit son esprit ignoble.

Mais voilà, il a 88 ans, il est malade, et les journaux s'interrogent sur le fait qu'il soit jugé ou non, au vu de son état, vu que pour les crimes de guerres il n'y a pas prescription.

Là où moi je m'interroge, c'est sur le reste de sa vie, après la guerre, et sur sa rédemption.
j'essaie d'expliquer: il a 88 ans, ce qu'on lui reproche s'est passé de mars à septembre 43, il y a donc 66 ans. Il avait donc 22 ans au moment des faits, en pleine guerre mondiale.

Et c'est là que le malaise commence: qui va lui jeter la première pierre? A 22 ans, on est parfois d'une c......nnerie sidérante, je ne l'apprendrais à personne. Ce jeune homme était ukrainien, né dans un endroit-poudrière, enfoncé dans la guerre depuis ses 18 ans, élevé avec on ne sait quelles belles idées qu'il n'a peut-être pas eu le temps de bien analyser, et il s'est conduit comme un cochon, comme un démon, comme un monstre. Par grâce, il a eu ensuite des années et des années pour vivre autre chose, un temps de paix, pendant lequel il s'est terré, mais aussi pendant lequel il n'a jamais recommencé ses horreurs, pendant lequel il a été citoyen sans histoire et bon père.

Il aurait aussi pu naître américain ou loin de la guerre, ne l'avoir jamais connue et de ce fait ne s'être jamais conduit comme un bourreau. D'autre part, autour de nous, on connaît tous des personnes tellement pas belles que si une guerre éclatait, elles seraient à coup sûr mêlées à des crimes. Mais comme il n'y a pas de guerre, elles ne sont pas inquiétées, parce que l'occasion ne leur est pas donnée d'être sadiques; elles ne seront donc pas juges ni poursuivies, et pourtant elles ont peut être l'âme bien plus noire et méchante que ne l'a jamais eue ce si jeune homme, presque encore un enfant, lorsque lui a eu la malchance de se trouver en pleine guerre et a largement déc...nné sans peut-être tout à fait réaliser à quel point ce qu'il faisait était cruel, parce que de par sa situation de gardien, il était entraîné largement et tous les jours à se montrer sadique, ne serait-ce que pour survivre sans se faire inquiéter à son tour. Je veux dire, à un si jeune âge, il était entouré d'hommes plus vieux, qui l'ont encouragé à cette conduite infâme au lieu de le retenir, il était entouré de nazis gradés qui pareillement ont applaudi à ses abjections; tout son monde, tout son entourage humain était démoniaque, et il a suivi le mouvement en devenant à son tour une honte pour l'humanité. Je trouve que son erreur est là, dans son non-discernement du bien et du mal, dans sa bestialité sans âme ni intelligence ou éducation solides pour la désactiver; n'aurait-il pas été un simple et vrai paysan ukrainien sans cette guerre?

Encore une fois, autour de nous, et je pense à tous ceux qui sont dans l'enseignement parmi nous, ne connaissons-nous pas des jeunes ou des moins jeunes qui serait capables d'être pires? Combien d'entre nous, honnêtes gens à la vie facile, sans choix cornéliens ni épée de Damoclès au-dessus de notre droit à vivre, deviendraient pires que lui si on nous en donnait l'occasion?

Cet homme, ce nazi d'avant-hier, au vu de ce qu'il a su devenir ensuite, au vu de la situation et de son âge, ne peut-il pas espérer qu'il soit jugé, non seulement sur les faits, mais aussi en prenant compte de toutes les nuances de la situation à laquelle il a été soumis du fait de la guerre et de son jeune âge?
Quelle rédemption peut-il espérer? N'y a-t-il pas droit, ne peut-on pas regarder aussi ce qu'il a fait après, adoucir la soif de vengeance qui pèse sur lui?
Doit-on se venger?

D'une façon plus générale, quelqu'un peut-il m'expliquer le fonctionnement de la rédemption, sa "gestion"?
Est-ce moi qui en me posant un cas de conscience à propos d'un inexcusable marche à coté de mes pompes?

Re: L'économie de la rédemption

Publié : mer. 13 mai 2009, 11:33
par Raistlin
Chère zélie,

En effet, c'est un problème compliqué. Bien loin de moi l'idée de juger cette situation, qui me dépasse forcément, mais voici ce que j'en pense : la Rédemption est un don de Dieu, pas un dû ni quelque chose que l'homme peut s'offrir lui-même ou offrir à son prochain.

Du strict point de vue de la justice humaine (et même de la justice divine dans une certaine mesure), cet homme n'a pas payé pour ses crimes et, même si sa jeunesse et les circonstances de l'époque sont des circonstances atténuantes, il doit le faire.
Mais du point de vue de Dieu, cet homme peut en effet espérer être pardonné et entièrement lavé de ses fautes. Là se situe la seule et vraie rédemption.

Prions donc pour cet homme et pour que Dieu lui accorde son pardon.

Fraternellement,

Re: L'économie de la rédemption

Publié : mer. 13 mai 2009, 11:53
par gerardh
_________

Bonjour,

Normalement un procès est destiné à examiner les éléments à charge comme à décharge (notamment l'éloignement dans le temps des actes commis).

De toutes manières Dieu le jugera justement dans le futur.


_________

Re: L'économie de la rédemption

Publié : jeu. 14 mai 2009, 18:15
par zélie
Je vous remercie tous deux de vos réponses qui m'ont permise de resituer le cadre de la justice humaine.

Mais j'ai une question: admettons, -mais je sais que là nous glissons vers le cas d'école parce que cet homme n'a pas l'air vraiment repentant-, que ce nazi ne soit qu'un homme qui ait fait une monumentale erreur de jeunesse, mais qu'ensuite il a passé sa vie à regretter amèrement son acte, à atteindre une rare qualité de repentir. Malgré tout, il n'en aurait pas parlé pour ne pas se faire pincer, incapable de supporter un procès qui risquait en Israel de l'amener à la peine capitale; après tout, la mort n'est jamais facile à envisager, encore moins la mort par violence d'autrui. Durant ses années de repentir qui l'ont torturé, il n'a eu de cesse de faire du bien autour de lui, même s'il savait au fond de lui que si un jour la justice le rattrapait, cela pèserait peu. Pourtant, ayant cultivé un bon fond en lui, il a su tirer les enseignements de ses erreurs et être généreux et humble etc... tout le restant de sa vie.
Ma question est: quel enseignement tirera-t-il de plus pour le rapprocher de Dieu s'il finit sa vie en prison et pendu? Ne va-t-il pas au contraire en nourrir de la peur, de l'angoisse, du désespoir et finalement cela ne sera-t-il pas dommageable à son salut?
Doit-on vraiment tous les condamner à mort ces nazis si longtemps après?

Re: L'économie de la rédemption

Publié : jeu. 14 mai 2009, 22:44
par Nanimo
zélie a écrit :voilà je ne sais pas si je poste au bon endroit,... mais Christophe veille :/ .
Il vous embête? (Non, chère Zélie, ne répondez pas à ma question, car je ne saurais que faire.) :clown:
Raistlin vous a bien répondu. Est-ce que tout cela en vaut la peine? Je ne sais pas.

Re: L'économie de la rédemption

Publié : jeu. 14 mai 2009, 23:56
par Invité
Je ferai la distinction entre les actes et la personne. Les actes doivent être jugés si non il n'y a pas de respect de la dignité de celui que l'on juge ni de celle des victimes. Cela peut permettre à l'accusé une prise de conscience de la portée de ce qu'il a fait.
Le jugement de la personne dans sa conscience revient à Dieu. Nous ne saurons jamais ce qui se passe entre l'homme et Dieu.
Faut-il qu'il y ait une peine de mort? C'est encore une grosse question.Personnellement je répondrai non pour des raisons de foi. Dieu a mis un signe sur Caïn pour qu'il ne soit pas venger. En tant que créature nous ne pouvons pas nous prévaloir un droit qui ne revient qu'à Dieu. La dignité de l'homme lui donne droit à l'espérance, à la possibilité d'un changement de vie. Les actes les plus affreux ne sont pas le tout de la personne

Re: L'économie de la rédemption

Publié : ven. 15 mai 2009, 12:34
par zélie
Je comprends tout à fait votre position et sur le papier je la partage. Dans un cas général aussi.
Mais là en fait j'essaie de me mettre dans la peau de quelqu'un de 88 ou 89 ans, au soir du soir de sa vie. Si j'en crois toutes les personnes âgées qu'il m'a été donné de voir, à cet âge, un rien vous tue, un rien vous fatigue, la journée ressemble à une éloge de la lenteur, l'épuisement arrive avec le café de 17 heures, même la télé vous saoûle en quelques instants.
Ce n'est pas facile de vieillir, c'est le genre de chemin où la foi en Dieu est une aide primordiale, mais ça il faut être un hypercroyant pour le comprendre et savoir le faire vivre en nous au quotidien.
Tandis que là, je vois un homme traqué, qui a vécu sa vie avec son erreur sans savoir ni avoir le courage de la gérer, et cet homme maintenant, il est vieux, très vieux, très fragile, proche, si proche de la mort... Il est pour quelques temps encore dans l'instant crucial de la vieillesse, dans la dernière ligne droite qui peut lui permettre de sauver son âme...

Je crois qu'en fait mon souci d'analyse de cette affaire vient de mon positionnement. Je n'arrive pas à dissocier un positionnement républicain, en accord avec des lois dont je ne nie pas la portée pédagogique réelle, avec une position catholique, de la personne qui s'inquiète pour le salut d'un âme vieille et faible, fût-elle celle d'un ex-monstre.
Au fond c'est peut-être moi qui biaise le débat. :(

Re: L'économie de la rédemption

Publié : ven. 15 mai 2009, 12:41
par zélie
Nanimo a écrit :
zélie a écrit :voilà je ne sais pas si je poste au bon endroit,... mais Christophe veille :/ .
Il vous embête? (Non, chère Zélie, ne répondez pas à ma question, car je ne saurais que faire.) :clown:
Ooooooooooooooh, ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii! :cry:
Si vous saviez comme il nous embête Christophe, chère Nanimo! :cali:
A cause de lui on ne peut pas s'écharper "grave" sur le meilleur forum du monde, on ne peut pas se tutoyer, se déconsidérer, s'envoyer des noms d'oiseaux, des tas de choses comme ça! :diable:
D'ailleurs on devrait lancer un fil: "tout ce qu'on ne peut pas faire parce que Christophe veille!" :spy:

En Christ....ophe, ;)

Zélie

Re: L'économie de la rédemption

Publié : sam. 16 mai 2009, 2:39
par Anne
Oh, mais nous pouvons nous tutoyer! Il s'agit que les interlocuteurs concernés soient d'accord!
:oui:

Re: L'économie de la rédemption

Publié : sam. 16 mai 2009, 10:12
par coeurderoy
Bon les filles, z'en faites du tintoin et des politesses, si Christophe vous chauffe :non: faut l'dire !
Non, sans blague, on sait bien qu'on l'aime notre Chef (qui sait si bien prendre la place du Serviteur :saint: ) alors là, ça devrait plaire au Chef mes p'tites flatteries catho non ? :hypocrite:
Pour revenir à ce fil, chère zélie, il me touche d'assez près (l'amour et le pardon, la compassion qu'avait Maximilien Kolbe pour les bourreaux qui ne pouvaient supporter son regard, celui de Jésus..) et les droits de la justice humaine.

Mais peu de temps ce jour : espère revenir bientôt.
Je déteste l'expression "chasseur de nazis" : cf "les chasses du Comte Zarof" : en prétendant réduire un homme, si vil soit-il, à un gibier, en l'animalisant, on adopte l'attitude des bourreaux envers leurs victimes : à méditer...
A bientôt, et ma prière et soutien fraternels vous accompagnent zélie : "per angusta ad augusta !"

Re: L'économie de la rédemption

Publié : dim. 17 mai 2009, 23:16
par zélie
Bon allez, pour Christophe :bise: , sinon c'est Coeurderoy qui va rafler le prix du meilleur flatteur! :hypocrite:


Anne, ça vous dirait qu'on se tutoie? :fleur:

Amicalement, :ciao:

Zélie

Re: L'économie de la rédemption

Publié : lun. 18 mai 2009, 0:25
par Anne
zélie a écrit :Bon allez, pour Christophe :bise: , sinon c'est Coeurderoy qui va rafler le prix du meilleur flatteur! :hypocrite:

Anne, ça vous dirait qu'on se tutoie? :fleur:
Mais certainement, Zélie!
:fleur:
:D