Église et théâtre
Église et théâtre
Bonjour :>
C'est assez loin et confus dans mes souvenirs, mais au collège (en 5ème ou 4ème), notre prof d'histoire nous avait dit qu'au Moyen Âge (je crois, c'est peut-être plus tardif...), l'Église considérait très mal le métier de comédien et n'était pas tendre avec le théâtre. Je me rappelle vaguement qu'il nous avait dit que les acteurs étaient mal vus car, comme le diable, ils se dissimulaient sous de fausses apparences et jouaient un faux rôle.
Je vous le dit comme je m'en souviens (et je ne m'en souviens pas trop).
Comme je l'ai dit, ça date un peu, et j'aimerais savoir plusieurs petites choses :
- Pour commencer, est-ce que l'Église a réellement mal considéré le théâtre et les comédiens à une époque ?
- Et deuxième question, si oui, pourquoi ?
Bref, si vous avez la moindre information sur ce sujet, je prend !
C'est assez loin et confus dans mes souvenirs, mais au collège (en 5ème ou 4ème), notre prof d'histoire nous avait dit qu'au Moyen Âge (je crois, c'est peut-être plus tardif...), l'Église considérait très mal le métier de comédien et n'était pas tendre avec le théâtre. Je me rappelle vaguement qu'il nous avait dit que les acteurs étaient mal vus car, comme le diable, ils se dissimulaient sous de fausses apparences et jouaient un faux rôle.
Je vous le dit comme je m'en souviens (et je ne m'en souviens pas trop).
Comme je l'ai dit, ça date un peu, et j'aimerais savoir plusieurs petites choses :
- Pour commencer, est-ce que l'Église a réellement mal considéré le théâtre et les comédiens à une époque ?
- Et deuxième question, si oui, pourquoi ?
Bref, si vous avez la moindre information sur ce sujet, je prend !
- coeurderoy
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Re: Église et théâtre
Bonjour Dubida,
le théatre liturgique, mais aussi profane, a connu un remarquable essor au Moyen-Age. Je vous recherche rapidement des sources. Ce sont les humanistes du XVIème s. qui ont commencé à brocarder les "Confréries de la Passion" amenant leur interdiction. L'Eglise (en réalité des prélats mondains qui ornaient leurs appartements, évéchés et jardins de statues de Vénus, Mercure et autres niaiseries antiquisantes...) a contribué à déraciner ces troupes destinées à l'édification populaire... Sous Louis XIV (Grand Siècle ? bof...
), les comédiens sont effectivement excommuniés... ce qui n'empêche pas la Cour de fréquenter assidument le théâtre . Toujours est-il que tous les historiens reconnaissent que c'est à l'Eglise qu'on doit la naissance du théâtre (sacré à l'origine, ou paraliturgique comme il l'était en Grèce par exemple).
Je recherche mes sources mais des spécialistes complèteront sans doute ces infos !
Belle fin de semaine à vous !
le théatre liturgique, mais aussi profane, a connu un remarquable essor au Moyen-Age. Je vous recherche rapidement des sources. Ce sont les humanistes du XVIème s. qui ont commencé à brocarder les "Confréries de la Passion" amenant leur interdiction. L'Eglise (en réalité des prélats mondains qui ornaient leurs appartements, évéchés et jardins de statues de Vénus, Mercure et autres niaiseries antiquisantes...) a contribué à déraciner ces troupes destinées à l'édification populaire... Sous Louis XIV (Grand Siècle ? bof...
Je recherche mes sources mais des spécialistes complèteront sans doute ces infos !
Belle fin de semaine à vous !
Ce que l'Eglise et beaucoup de directeurs de conscience reprochaient au théâtre (au XVII-XVIIIème s.) était d'attiser les "passions", bref de fournir à l'imagination les éléments dangereux qui minent une âme portée à la rêverie, au romanesque (ce qui n'est pas faux !). Pour la même raison les romans sont souvent mis à l'index : Thérèse d'Avila se reproche le temps consacré à leur lecture dans sa jeunesse. Ayant trop regardé les niaiseries diffusées à la télévision dans ma jeunesse, j'avoue comprendre les mises-en-garde d'un François de Sales, par exemple, vis-à-vis des dangers du théâtre profane... Que diraient aujourd'hui les directeurs de conscience de l'époque classique devant les intrigues tordues et malodorantes diffusées par le biais de la "lucarne à ordures" ???
"Le coeur qui rayonne vaut mieux que l'esprit qui brille"
Saint Bernard de Clairvaux
Saint Bernard de Clairvaux
Re: Église et théâtre
Merci coeurderoy
Vos informations sont déjà très intéressantes.
Ah ah, je ne saisis pas forcément toutes les allusions, alors dites-moi : pourquoi pensez-vous que le "Grand Siècle" n'en a pas été un ? J'imagine qu'il y a une autre raison que l'excommunication des comédiens ?coeurderoy a écrit :Sous Louis XIV (Grand Siècle ? bof...)
- coeurderoy
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Re: Église et théâtre
"Ainsi le XIIIe siècle aura été en France un grand siècle, le grand siècle, celui des Cathédrales, visibles et universels témoins de sa gloire. Que l'Université de Paris, celle de Toulouse et celle de Montpellier soient leurs contemporaines n'est pas pour nous un mince sujet d'orgueil. Elles attestent le développement de l'intelligence dans le cadre de la foi, laquelle ne découvre entre elles nulle contradiction. N'est-ce pas un siècle classique que celui qui présente une telle unité, du philosophe au plus humble artisan, avec seulement chez celui-là une élaboration profonde et chez celui-ci un abandon enfantin, de l'inspirateur ou de Maître d'oeuvre au plus modeste de ses maçons et des tailleurs d'images qu'il dirige ?
Que l'architecture comme la sculpture soit l'expression concrétisée de la philosophie, c'est là un phénomène unique et grandiose, qui ne se présente semble-t-il, au même degré que dans le siècle de Périclès et dans celui de Louis XIV. Au reste le XIIIe siècle pourrait aussi s'appeler le siècle de saint Louis, qu'il est légitime de revendiquer pour lui, car seul un roi saint convient au siècle des cathédrales. On l'appelerait encore le siècle de saint Thomas, si celui-ci n'était venu tard et ne représentait trop exclusivement le rationalisme religieux de la seconde moitié du siècle. (...)
Ce qui caractérise encore un âge classique, c'est le développement simultané de tous les arts. L'architecture n'entend pas se suffire à elle-même, le constructeur imagine tout ce que la sculpture, inspirée de la vie humaine, autant que de la vie divine, peut lui apporter d'éléments signifiants. (...)
On n'aura jamais fini d'exalter la cathédrale, et d'en rendre grâce au siècle de saint Louis, au grand siècle, le XIIIe siècle"
Gustave Cohen, la Grande Clarté du Moyen-Age, Gallimard 1945.
Pour la France de Louis XIV, Dubida, je trouve qu'elle sent trop son...Bourgeois Gentilhomme et la poudre des perruques (sans parler d'une hygiène déplorable, du harem royal, du Gallicanisme, des guerres stupides lancées par Colbert, etc, etc...) Ce "Grand" siècle (dont j'apprécie l'architecture, la musique, la littérature, la peinture...) plaît beaucoup à ceux (toujours nombreux) qui chavirent d'émotion devant les chevalières armoriées ("hochets de la vanité" dixit saint François de Sales ), non je me sens nettement plus proche de l'esprit du sire de Joinville que de celui médisant et médiocre de Saint-Simon !!!
Que l'architecture comme la sculpture soit l'expression concrétisée de la philosophie, c'est là un phénomène unique et grandiose, qui ne se présente semble-t-il, au même degré que dans le siècle de Périclès et dans celui de Louis XIV. Au reste le XIIIe siècle pourrait aussi s'appeler le siècle de saint Louis, qu'il est légitime de revendiquer pour lui, car seul un roi saint convient au siècle des cathédrales. On l'appelerait encore le siècle de saint Thomas, si celui-ci n'était venu tard et ne représentait trop exclusivement le rationalisme religieux de la seconde moitié du siècle. (...)
Ce qui caractérise encore un âge classique, c'est le développement simultané de tous les arts. L'architecture n'entend pas se suffire à elle-même, le constructeur imagine tout ce que la sculpture, inspirée de la vie humaine, autant que de la vie divine, peut lui apporter d'éléments signifiants. (...)
On n'aura jamais fini d'exalter la cathédrale, et d'en rendre grâce au siècle de saint Louis, au grand siècle, le XIIIe siècle"
Gustave Cohen, la Grande Clarté du Moyen-Age, Gallimard 1945.
Pour la France de Louis XIV, Dubida, je trouve qu'elle sent trop son...Bourgeois Gentilhomme et la poudre des perruques (sans parler d'une hygiène déplorable, du harem royal, du Gallicanisme, des guerres stupides lancées par Colbert, etc, etc...) Ce "Grand" siècle (dont j'apprécie l'architecture, la musique, la littérature, la peinture...) plaît beaucoup à ceux (toujours nombreux) qui chavirent d'émotion devant les chevalières armoriées ("hochets de la vanité" dixit saint François de Sales ), non je me sens nettement plus proche de l'esprit du sire de Joinville que de celui médisant et médiocre de Saint-Simon !!!
Dernière modification par coeurderoy le ven. 08 mai 2009, 22:34, modifié 1 fois.
"Le coeur qui rayonne vaut mieux que l'esprit qui brille"
Saint Bernard de Clairvaux
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Re: Église et théâtre
Ou comment en savoir plus sur l'histoire de France avec coeurderoy
Je comprend très bien que vous n'aimiez pas trop la France de Louis XIV... Moi aussi je lui préfère Saint Louis !
Vous avez écrit plus haut que la Cour (sous Louis XIV) fréquentait assidument le théâtre. Je me demande comment ce dernier était considéré (tout au long du Moyen Âge et après) : comme un loisir ? une obligation qui permet d'être bien vu ? Est-ce qu'il était réservé à la Noblesse ou pas du tout ?
Et dernière question : assister à une pièce de théâtre était-il considéré comme un péché ?
Vous avez écrit plus haut que la Cour (sous Louis XIV) fréquentait assidument le théâtre. Je me demande comment ce dernier était considéré (tout au long du Moyen Âge et après) : comme un loisir ? une obligation qui permet d'être bien vu ? Est-ce qu'il était réservé à la Noblesse ou pas du tout ?
Et dernière question : assister à une pièce de théâtre était-il considéré comme un péché ?
- coeurderoy
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Re: Église et théâtre
J'essaierai d'être plus complet...après-demain (d'ici-là quelqu'un vous répondra peut-être). Il existait un théâtre populaire farces et sotties et ses dérivés. Certains saints furent très sévères, d'autres moins (François de Sales y voit surtout du temps perdu : tout est question de modération). Nos ancêtres savaient rire (Deo gratias: preuve de santé !) Le jansénisme a dû, je crois, tirer à boulets rouges sur "la comédie". Comme l'Opéra (ah ! ces Italiens) elle devient omniprésente dans les moeurs aristocratiques (et bourgeoises, par imitation) à l'époque baroque et classique (que de chefs-d'oeuvre tout-de-même ! Théophane ne me contredira pas !) .
Je ne suis pas spécialiste de la période, je crois comprendre que le Protestantisme (et son esprit moraliste et sérieux...) et le Jansénisme ne se sont pas fait faute d'attaquer le théâtre profane pour salir notamment la Monarchie Française, protectrice de cet art (cela se voit déjà sous Henri III très injustement attaqué par les "prédicantereaux de Genève"). Le débat est vaste : le simplisme du film d'Ariane Mnouchkine, Molière, traduit bien, me semble-t-il le regard "gauchisé" de nos contemporains vis-à-vis du mécénat louis-quatorzien...
j'ai peu de temps...à bientôt
Je ne suis pas spécialiste de la période, je crois comprendre que le Protestantisme (et son esprit moraliste et sérieux...) et le Jansénisme ne se sont pas fait faute d'attaquer le théâtre profane pour salir notamment la Monarchie Française, protectrice de cet art (cela se voit déjà sous Henri III très injustement attaqué par les "prédicantereaux de Genève"). Le débat est vaste : le simplisme du film d'Ariane Mnouchkine, Molière, traduit bien, me semble-t-il le regard "gauchisé" de nos contemporains vis-à-vis du mécénat louis-quatorzien...
j'ai peu de temps...à bientôt
Dernière modification par coeurderoy le ven. 15 mai 2009, 22:17, modifié 6 fois.
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Re: Église et théâtre
A bientôt, je ne tiens pas à vous manger tout votre temps
Vous m'avez déjà bien renseignée !
Si il y a des spécialistes (ou juste des gens un peu plus cultivés que moi), ils sont les bienvenus.
Si il y a des spécialistes (ou juste des gens un peu plus cultivés que moi), ils sont les bienvenus.
- coeurderoy
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Re: Église et théâtre
A bientôt Dubida. A la Cour de Louis XIV bien des ecclésiastiques assistaient à des représentations théâtrales : en principe ce n'est pas un péché mortel (les confesseurs précisent spectacles dangereux pour la foi ou les moeurs). Idem pour la danse, concernant les laïcs : Elisabeth de Hongrie se parait et dansait pour plaire à son époux. François de Sales précise qu'on peut danser (par civilité) du moment que le coeur n'y est pas attaché. Le Curé d'Ars était beaucoup plus sévère à cet égard (il a reconnu avoir été trop dur sur certains points, le jansénisme fin XVIIIe s. l'avait atteint dans sa jeunesse).
En tout cas le théâtre (issu des drames et mystères d'Eglise) a affiné dans notre civilisation la psychologie et l'étude de l'âme humaine, rendons-lui (ainsi qu'à la confession auriculaire) cet hommage !
En tout cas le théâtre (issu des drames et mystères d'Eglise) a affiné dans notre civilisation la psychologie et l'étude de l'âme humaine, rendons-lui (ainsi qu'à la confession auriculaire) cet hommage !
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Re: Église et théâtre
Avé
Je connais mal le sujet, mais il me semble que cela remonte au Bas-Empire romain (il y a une belle page de Saint Augustin sur la fascination de l'amphithéâtre, quelque part dans les Confessions), et peut-être, implicitement, aux Romains qui, tout en les adulant, méprisaient et frappaient d'infamie tous ceux qui se produisaient sur scène.
A bientôt
MB
Je connais mal le sujet, mais il me semble que cela remonte au Bas-Empire romain (il y a une belle page de Saint Augustin sur la fascination de l'amphithéâtre, quelque part dans les Confessions), et peut-être, implicitement, aux Romains qui, tout en les adulant, méprisaient et frappaient d'infamie tous ceux qui se produisaient sur scène.
A bientôt
MB
- coeurderoy
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Re: Église et théâtre
Mais Saint Augustin vivait en un temps où ces spectacles...ne volaient pas toujours très haut, la brutalité des mises-en-scène, la licence des moeurs qui s'y étalaient expliquent je crois ses mises-en-garde...
Dubida, je vous avais oublié, peut-être un spécialiste vous éclairerait-il davantage ?
Bonne journée à vous !
Dubida, je vous avais oublié, peut-être un spécialiste vous éclairerait-il davantage ?
Bonne journée à vous !
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Re: Église et théâtre
Merci MB.
Mais je vous souhaite bonne soirée quand même :>
Vraiment ? Vous avez des exemples ?coeurderoy a écrit :Mais Saint Augustin vivait en un temps où ces spectacles...ne volaient pas toujours très haut, la brutalité des mises-en-scène, la licence des moeurs qui s'y étalaient expliquent je crois ses mises-en-garde...
Quelle infamie !coeurderoy a écrit :Dubida, je vous avais oublié
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Re: Église et théâtre
St Augustin allait voir les spectacles de gladiateurs.
Coeurderoy : le Molière de Mnouchkine ne prétend pas être exact historiquement, je pense, c'est surtout une sublime oeuvre d'art, ce film est une merveille de créativité !
Coeurderoy : le Molière de Mnouchkine ne prétend pas être exact historiquement, je pense, c'est surtout une sublime oeuvre d'art, ce film est une merveille de créativité !
- coeurderoy
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Re: Église et théâtre
Je l'avais apprécié lorsqu'il est sorti Dominique...je le trouve plutôt..."biaisé", côté gauche aujourd'hui...C'est vrai qu' historiquement la Cour (qui par certains côtés était une ...sacrée ménagerie, je le concède
)...est peu vraisemblable...Il y a des morceaux d'une très grande poésie (l'homme-oiseau), allez, parce que je l'ai aimé à vingt et un ans
et que j'avais même acheté "la musique du film", je reconnais que mon jugement est partial...J'ai préféré, concernant le "Grand" Siècle l'adaptation télévisée de "L'Allée du Roi", même si toute la finesse de Françoise Chandernagor analysant les querelles "spirituelles" de l'époque est quasi absente du film (mais Loulou chantant sa propre gloire à la guitare : plutôt sympa non ?)
Amicalement,
Gilles
(les p'tites plantes prospèrent
)
Sans doute en sais-tu bien plus que moi sur le théâtre et l'Eglise pour répondre à Dubida non ???
et...bonne soirée à vous Dubida !
Amicalement,
Gilles
Sans doute en sais-tu bien plus que moi sur le théâtre et l'Eglise pour répondre à Dubida non ???
et...bonne soirée à vous Dubida !
"Le coeur qui rayonne vaut mieux que l'esprit qui brille"
Saint Bernard de Clairvaux
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Re: Église et théâtre
Voilà le passage de Saint AUgustin (Cité de Dieu, livre 6) :
"Nourri par ses parents dans l’enchantement des voies du siècle, loin de les délaisser, il m’avait précédé à Rome pour y apprendre le droit; et là, il fut pris d’une étrange passion pour les combats de gladiateurs, et de la façon la plus étrange. Il avait pour ces spectacles autant d’aversion que d’horreur, quand un jour, quelques condisciples de ses amis, au sortir de table, le rencontrent, et malgré l’obstination de ses refus et de sa résistance, l’entraînent à l’amphithéâtre avec une violence amicale, au moment de ces cruels et funestes jeux. En vain il s’écriait: « Vous pouvez entraîner mon corps et le placer près de vous, mais pourrez-vous ouvrir à ces spectacles mon âme et mes yeux? J’y serai absent, et je triompherai et d’eux et de vous.» Il eut beau dire, ils l’emmenèrent avec eux, curieux peut-être d’éprouver s’il pourrait tenir sa promesse.
Ils arrivent, prennent place où ils peuvent; tout respirait l’ardeur et la volupté du sang. Mais lui, fermant la porte de ses yeux, défend à son âme de descendre dans cette arène barbare; heureux s’il eût encore condamné ses oreilles! car, à un incident du combat, un grand cri s’étant élevé de toutes parts, il est violemment ému, cède à la curiosité, et se croyant peut-être assez en garde pour braver, et vaincre même après avoir vu, il ouvre les yeux. Alors son âme est plus grièvement blessée que le malheureux même qu’il a cherché d’un ardent regard, il tombe plus misérable que celui dont la chute a soulevé cette clameur: entré par son oreille, ce cri a ouvert ses yeux pour livrer passage au coup qui frappe et renverse un coeur plus téméraire que fort, d’autant plus faible qu’il plaçait sa confiance en lui-même au lieu de vous. A peine a-t-il vu ce sang, il y boit du regard la cruauté. Dès lors il ne détourne plus l’oeil; il l’arrête avec complaisance; il se désaltère à la coupe des furies, et sans le savoir, il fait ses délices de ces luttes féroces; il s’enivre des parfums du carnage. Ce n’était plus ce même homme qui venait d’arriver, c’était l’un des habitués de cette foule barbare; c’était le véritable compagnon de ses condisciples. Que dirai-je encore? il devint spectateur, applaudisseur, furieux enthousiaste, il remporta de ce lieu une effrayante impatience d’y revenir. Ardent, autant et plus. que ceux qui l’avaient entraîné, il entraînait les autres. Et c’est pourtant de si bas que votre main puissante et miséricordieuse l’a retiré, et vous lui avez appris .à ne point s’assurer en lui, mais en vous, bien longtemps après néanmoins."
"Nourri par ses parents dans l’enchantement des voies du siècle, loin de les délaisser, il m’avait précédé à Rome pour y apprendre le droit; et là, il fut pris d’une étrange passion pour les combats de gladiateurs, et de la façon la plus étrange. Il avait pour ces spectacles autant d’aversion que d’horreur, quand un jour, quelques condisciples de ses amis, au sortir de table, le rencontrent, et malgré l’obstination de ses refus et de sa résistance, l’entraînent à l’amphithéâtre avec une violence amicale, au moment de ces cruels et funestes jeux. En vain il s’écriait: « Vous pouvez entraîner mon corps et le placer près de vous, mais pourrez-vous ouvrir à ces spectacles mon âme et mes yeux? J’y serai absent, et je triompherai et d’eux et de vous.» Il eut beau dire, ils l’emmenèrent avec eux, curieux peut-être d’éprouver s’il pourrait tenir sa promesse.
Ils arrivent, prennent place où ils peuvent; tout respirait l’ardeur et la volupté du sang. Mais lui, fermant la porte de ses yeux, défend à son âme de descendre dans cette arène barbare; heureux s’il eût encore condamné ses oreilles! car, à un incident du combat, un grand cri s’étant élevé de toutes parts, il est violemment ému, cède à la curiosité, et se croyant peut-être assez en garde pour braver, et vaincre même après avoir vu, il ouvre les yeux. Alors son âme est plus grièvement blessée que le malheureux même qu’il a cherché d’un ardent regard, il tombe plus misérable que celui dont la chute a soulevé cette clameur: entré par son oreille, ce cri a ouvert ses yeux pour livrer passage au coup qui frappe et renverse un coeur plus téméraire que fort, d’autant plus faible qu’il plaçait sa confiance en lui-même au lieu de vous. A peine a-t-il vu ce sang, il y boit du regard la cruauté. Dès lors il ne détourne plus l’oeil; il l’arrête avec complaisance; il se désaltère à la coupe des furies, et sans le savoir, il fait ses délices de ces luttes féroces; il s’enivre des parfums du carnage. Ce n’était plus ce même homme qui venait d’arriver, c’était l’un des habitués de cette foule barbare; c’était le véritable compagnon de ses condisciples. Que dirai-je encore? il devint spectateur, applaudisseur, furieux enthousiaste, il remporta de ce lieu une effrayante impatience d’y revenir. Ardent, autant et plus. que ceux qui l’avaient entraîné, il entraînait les autres. Et c’est pourtant de si bas que votre main puissante et miséricordieuse l’a retiré, et vous lui avez appris .à ne point s’assurer en lui, mais en vous, bien longtemps après néanmoins."
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