Les églises des trois premiers siècles
Publié : lun. 23 févr. 2009, 11:37
Les Églises des trois premiers siècles : généralités
L’Église de Jérusalem (Palestine)
Jérusalem est le berceau de l’Église. C’est en ce lieu qu’a réellement vu le jour la toute première communauté des disciples du Christ, la plupart de ces disciples étant issus du judaïsme. Le fait le plus marquant de cette Église aura été le concile apostolique de 49 qui devait permettre d’écarter la menace de repli sur elle-même qui pesait sur l’Église, mais ce sera au prix d’un premier déchirement, celui de la partition des judéo-chrétiens.
Les dernières décades du I° siècle auront été assez ternes pour l’Église mère, ceci étant lié au départ des Apôtres en mission, puis à la destruction du Temple en 70. Face à ces crises, la communauté de Jérusalem se sent un peu abandonnée, et surtout dépassée par les Églises d’origine païenne, en particulier celle d’Antioche, comme si cette Église de Jérusalem avait tout donné d’un seul coup avec le Christ et le départ des Apôtres pour essaimer la grande nouvelle, comme si elle s’était épuisée. Toujours est-il que le cœur de la Chrétienté naissante se trouve désormais à Rome, à Alexandrie, à Carthage et à Antioche… On notera cependant au IV° siècle la grande figure de Cyrille de Jérusalem.
L’Église d’Antioche (Syrie)
Antioche était l’une des grandes villes de l’époque. Ce sera le premier des lieux où la semence chrétienne devait pousser en terre païenne, et ce à partir de 38. C’est d’ailleurs de cette ville que saint Paul et saint Barnabé allaient retourner à Jérusalem pour s’expliquer à l’occasion du concile de 49. Antioche sera surtout le point de départ des grandes missions de saint Paul. C’est aussi à Antioche que devait être vraisemblablement rédigée la Didachè, ainsi que peut-être les Odes de Salomon. Outre par celle de saint Paul, cette Église est dominée par l’immense figure d’Ignace d’Antioche.
Elle allait cependant connaître tout au long du II° siècle les affres de l’hérésie gnostique, ce qui affaiblira sa renommée, même si elle devait retrouver à la fin du III° siècle, avec l’Évêque Paul et le Prêtre Julien une position enviée, suite à la création d’une école exégétique dont le seul équivalent resta pour l’époque l’Église d’Alexandrie.
L’Église d’Éphèse (Asie mineure)
Éphèse, qui connut saint Paul, aura d’abord été le point d’ancrage de Timothée, même si l’Apôtre saint Jean devait s’y imposer, y mourant même vers 100. Elle conservera son influence tout au long du II° siècle, même si l’hérésie de Marcion allait y naître et s’y développer, à côté des figures majeures de deux de ses Évêques : Papias d’Hiérapolis et Polycarpe de Smyrne. Terre de débats, elle aura aussi à affronter au III° siècle diverses hérésies, dont l’hérésie manichéenne qui naît en Asie mineure. L’Asie mineure reste à cette époque le centre de la Chrétienté, puisque c’est sur ses terres qu’aura lieu en 325 le premier Concile de Nicée.
L’Église de Rome (Italie)
Saint Pierre devait mourir à Rome en 64, victime de la persécution de Néron… Saint Paul y fut décapité en 67… Le Pape Clément, avant beaucoup d’autre de ses successeurs y mourra martyr… Pourtant, la succession du siège de Pierre ne s’éteint pas, d’autant plus que la première partie du II° siècle fut relativement calme (c’est l’époque du Pasteur d’Hermas). Mais, dès le milieu de ce siècle, et notamment à l’époque de l’enseignement de Justin, la persécution reprend, ce dernier Père connaissant le martyre. Au III° siècle, la persécution allait s’intensifier, hargneuse, haineuse ; c’est la période de l’Église des catacombes, sous Rome. C’est aussi la période où la communauté allait connaître des schismes l’ébranlant, en particulier ceux d’Hyppolite, puis de Novation sous les pontificats de Calixte et de Corneille… C’est aussi à cette époque que les Papes Corneille et Étienne allaient connaître de graves controverses avec le “Pape“ de Carthage, Cyprien, le premier à propos de la réintégration des lapsi, le second à propos du re-baptême des hérétiques convertis… Cette Église allait encore connaître des luttes, plus politiques cette fois, à l’occasion de l’avènement de l’empereur Constantin…
L’Église d’Alexandrie (Égypte)
Avec l’implantation du Christianisme à Alexandrie, on commence à assister à l’émergence de la pensée. Alexandrie aura en effet été la ville des philosophies religieuses, de la gnose et du néo-platonisme… L’Égypte est la patrie du gnosticisme, avec notamment Basilide au début du II° siècle… Mais c’est aussi là qu’allait naître la pensée chrétienne par delà la stricte théologie, qu’elle allait prendre racine, notamment avec Pantène, Clément et Origène… C’est aussi de cette ville qu’allait partir vers les déserts de son sud le vaste élan spirituel des Pères du désert, ces déserts se peuplant de milliers de moines aux III° et IV° siècles, notamment autour de saint Antoine et de saint Pacôme… Et Alexandrie allait continuer à tenir son rang au IV° siècle avec Athanase ou encore Cyrille…
L’Église de Carthage (Afrique)
Le tout premier témoignage que nous ayons de l’existence de l’Afrique chrétienne reste celui relatif au martyre des Scilitains, le 17 juillet 180… Carthage est aussi la terre de Tertullien qui allait devenir chrétien en 193, même s’il allait sombrer dans l’hérésie montaniste un peu moins de vingt ans plus tard…C’est aussi la terre de l’Évêque Cyprien qui allait devoir faire face à la terrible persécution de Dèce, mais aussi au schisme de Novat, ainsi qu’à la révolte des lapsi. Cet Évêque reste aussi remarquable car il semble être l’un des tous premiers, si ce n’est le premier en Afrique, à réunir fréquemment autour de lui ses collègues voisins afin de former un groupe compact d’Évêques africains afin de trancher des questions de dogme ou de vie sociale ; si ceci était vertueux, cela allait aussi entraîner des heurts fréquents avec Rome quant aux questions de discipline sacramentaire… Il allait mourir martyr en 258. Si le reste du II° siècle ainsi que le III° allaient être relativement calmes, le IV° siècle allait voir l’émergence de l’immense figure de saint Augustin, sous la pression des invasions qui ébranlaient alors tout l’empire romain s’effondrant…
Les Églises de Gaule
Il est très vraisemblable que le Christianisme ait pénétré très tôt la Gaule par le sud, tout particulièrement par la région de Marseille, un certain nombre de témoignages archéologiques du I° siècle allant dans ce sens, malgré certaines divergences d’interprétation entre archéologues, mais le plus souvent non catholiques. Reste que nous n’avons trace historique que d’un seul siège épiscopal jusqu’au milieu du III° siècle, celui de Lyon, avec Pothin puis Irénée. Pourtant, la tradition donne dès la fin du I° siècle des Évêques à Arles et à Marseille, avec saint Lazare Évêque dans le second cas. En fait, tout porte à croire, et cela est logique vues les échanges commerciaux de l’époque, que des communautés chrétiennes ont très tôt existé en Gaule narbonnaise et en Gaule lyonnaise, notamment à Vienne à Autun, à Narbonne, à Toulouse, à Nîmes et à Béziers, sans revenir sur Arles et Marseille…
À partir de 250, il est possible de distinguer dans les Gaules deux grands axes de diffusion de la foi chrétienne :
- l’un au sud où les évêchés devaient se multiplier à partir de Toulouse et d’Arles ;
- l’un vers le nord-est, le nord et l’ouest, avec l’émergence des diocèses de Paris, de Reims, de Trêves, de Bordeaux et de Tours.
Ce développement harmonieux de la foi chrétienne en Gaule aura été favorisé par trois facteurs :
- le nombre relativement restreint de persécutions par rapport au reste de l’empire ;
- le grand brassage des populations, les grandes invasions y commençant dès cette époque ;
- l’excellence de l’administration en place, tant romaine qu’autochtone, qui gérait de manière quasi-parfaite ces territoires. C’était là un grand facteur de paix, ce qui facilitait les voyages et les échanges, permettait la création de liens de bonne entente et d’amitié entre habitants et occupants, mais aussi entre habitants de diverses villes.
On remarquera que lorsque Constantin convoquera en 314 le Concile d’Arles, ce seront seize Églises gauloises qui y seront représentées, dont Arles, Vienne, Lyon, Reims, Vaison, Marseille, …, ce qui montre bien la grande antiquité de ces Églises.
Source : Diocèse de Marseille, Textes choisis des Pères de l'Église, pp. 116-117 (polycopié, vers 1980)
L’Église de Jérusalem (Palestine)
Jérusalem est le berceau de l’Église. C’est en ce lieu qu’a réellement vu le jour la toute première communauté des disciples du Christ, la plupart de ces disciples étant issus du judaïsme. Le fait le plus marquant de cette Église aura été le concile apostolique de 49 qui devait permettre d’écarter la menace de repli sur elle-même qui pesait sur l’Église, mais ce sera au prix d’un premier déchirement, celui de la partition des judéo-chrétiens.
Les dernières décades du I° siècle auront été assez ternes pour l’Église mère, ceci étant lié au départ des Apôtres en mission, puis à la destruction du Temple en 70. Face à ces crises, la communauté de Jérusalem se sent un peu abandonnée, et surtout dépassée par les Églises d’origine païenne, en particulier celle d’Antioche, comme si cette Église de Jérusalem avait tout donné d’un seul coup avec le Christ et le départ des Apôtres pour essaimer la grande nouvelle, comme si elle s’était épuisée. Toujours est-il que le cœur de la Chrétienté naissante se trouve désormais à Rome, à Alexandrie, à Carthage et à Antioche… On notera cependant au IV° siècle la grande figure de Cyrille de Jérusalem.
L’Église d’Antioche (Syrie)
Antioche était l’une des grandes villes de l’époque. Ce sera le premier des lieux où la semence chrétienne devait pousser en terre païenne, et ce à partir de 38. C’est d’ailleurs de cette ville que saint Paul et saint Barnabé allaient retourner à Jérusalem pour s’expliquer à l’occasion du concile de 49. Antioche sera surtout le point de départ des grandes missions de saint Paul. C’est aussi à Antioche que devait être vraisemblablement rédigée la Didachè, ainsi que peut-être les Odes de Salomon. Outre par celle de saint Paul, cette Église est dominée par l’immense figure d’Ignace d’Antioche.
Elle allait cependant connaître tout au long du II° siècle les affres de l’hérésie gnostique, ce qui affaiblira sa renommée, même si elle devait retrouver à la fin du III° siècle, avec l’Évêque Paul et le Prêtre Julien une position enviée, suite à la création d’une école exégétique dont le seul équivalent resta pour l’époque l’Église d’Alexandrie.
L’Église d’Éphèse (Asie mineure)
Éphèse, qui connut saint Paul, aura d’abord été le point d’ancrage de Timothée, même si l’Apôtre saint Jean devait s’y imposer, y mourant même vers 100. Elle conservera son influence tout au long du II° siècle, même si l’hérésie de Marcion allait y naître et s’y développer, à côté des figures majeures de deux de ses Évêques : Papias d’Hiérapolis et Polycarpe de Smyrne. Terre de débats, elle aura aussi à affronter au III° siècle diverses hérésies, dont l’hérésie manichéenne qui naît en Asie mineure. L’Asie mineure reste à cette époque le centre de la Chrétienté, puisque c’est sur ses terres qu’aura lieu en 325 le premier Concile de Nicée.
L’Église de Rome (Italie)
Saint Pierre devait mourir à Rome en 64, victime de la persécution de Néron… Saint Paul y fut décapité en 67… Le Pape Clément, avant beaucoup d’autre de ses successeurs y mourra martyr… Pourtant, la succession du siège de Pierre ne s’éteint pas, d’autant plus que la première partie du II° siècle fut relativement calme (c’est l’époque du Pasteur d’Hermas). Mais, dès le milieu de ce siècle, et notamment à l’époque de l’enseignement de Justin, la persécution reprend, ce dernier Père connaissant le martyre. Au III° siècle, la persécution allait s’intensifier, hargneuse, haineuse ; c’est la période de l’Église des catacombes, sous Rome. C’est aussi la période où la communauté allait connaître des schismes l’ébranlant, en particulier ceux d’Hyppolite, puis de Novation sous les pontificats de Calixte et de Corneille… C’est aussi à cette époque que les Papes Corneille et Étienne allaient connaître de graves controverses avec le “Pape“ de Carthage, Cyprien, le premier à propos de la réintégration des lapsi, le second à propos du re-baptême des hérétiques convertis… Cette Église allait encore connaître des luttes, plus politiques cette fois, à l’occasion de l’avènement de l’empereur Constantin…
L’Église d’Alexandrie (Égypte)
Avec l’implantation du Christianisme à Alexandrie, on commence à assister à l’émergence de la pensée. Alexandrie aura en effet été la ville des philosophies religieuses, de la gnose et du néo-platonisme… L’Égypte est la patrie du gnosticisme, avec notamment Basilide au début du II° siècle… Mais c’est aussi là qu’allait naître la pensée chrétienne par delà la stricte théologie, qu’elle allait prendre racine, notamment avec Pantène, Clément et Origène… C’est aussi de cette ville qu’allait partir vers les déserts de son sud le vaste élan spirituel des Pères du désert, ces déserts se peuplant de milliers de moines aux III° et IV° siècles, notamment autour de saint Antoine et de saint Pacôme… Et Alexandrie allait continuer à tenir son rang au IV° siècle avec Athanase ou encore Cyrille…
L’Église de Carthage (Afrique)
Le tout premier témoignage que nous ayons de l’existence de l’Afrique chrétienne reste celui relatif au martyre des Scilitains, le 17 juillet 180… Carthage est aussi la terre de Tertullien qui allait devenir chrétien en 193, même s’il allait sombrer dans l’hérésie montaniste un peu moins de vingt ans plus tard…C’est aussi la terre de l’Évêque Cyprien qui allait devoir faire face à la terrible persécution de Dèce, mais aussi au schisme de Novat, ainsi qu’à la révolte des lapsi. Cet Évêque reste aussi remarquable car il semble être l’un des tous premiers, si ce n’est le premier en Afrique, à réunir fréquemment autour de lui ses collègues voisins afin de former un groupe compact d’Évêques africains afin de trancher des questions de dogme ou de vie sociale ; si ceci était vertueux, cela allait aussi entraîner des heurts fréquents avec Rome quant aux questions de discipline sacramentaire… Il allait mourir martyr en 258. Si le reste du II° siècle ainsi que le III° allaient être relativement calmes, le IV° siècle allait voir l’émergence de l’immense figure de saint Augustin, sous la pression des invasions qui ébranlaient alors tout l’empire romain s’effondrant…
Les Églises de Gaule
Il est très vraisemblable que le Christianisme ait pénétré très tôt la Gaule par le sud, tout particulièrement par la région de Marseille, un certain nombre de témoignages archéologiques du I° siècle allant dans ce sens, malgré certaines divergences d’interprétation entre archéologues, mais le plus souvent non catholiques. Reste que nous n’avons trace historique que d’un seul siège épiscopal jusqu’au milieu du III° siècle, celui de Lyon, avec Pothin puis Irénée. Pourtant, la tradition donne dès la fin du I° siècle des Évêques à Arles et à Marseille, avec saint Lazare Évêque dans le second cas. En fait, tout porte à croire, et cela est logique vues les échanges commerciaux de l’époque, que des communautés chrétiennes ont très tôt existé en Gaule narbonnaise et en Gaule lyonnaise, notamment à Vienne à Autun, à Narbonne, à Toulouse, à Nîmes et à Béziers, sans revenir sur Arles et Marseille…
À partir de 250, il est possible de distinguer dans les Gaules deux grands axes de diffusion de la foi chrétienne :
- l’un au sud où les évêchés devaient se multiplier à partir de Toulouse et d’Arles ;
- l’un vers le nord-est, le nord et l’ouest, avec l’émergence des diocèses de Paris, de Reims, de Trêves, de Bordeaux et de Tours.
Ce développement harmonieux de la foi chrétienne en Gaule aura été favorisé par trois facteurs :
- le nombre relativement restreint de persécutions par rapport au reste de l’empire ;
- le grand brassage des populations, les grandes invasions y commençant dès cette époque ;
- l’excellence de l’administration en place, tant romaine qu’autochtone, qui gérait de manière quasi-parfaite ces territoires. C’était là un grand facteur de paix, ce qui facilitait les voyages et les échanges, permettait la création de liens de bonne entente et d’amitié entre habitants et occupants, mais aussi entre habitants de diverses villes.
On remarquera que lorsque Constantin convoquera en 314 le Concile d’Arles, ce seront seize Églises gauloises qui y seront représentées, dont Arles, Vienne, Lyon, Reims, Vaison, Marseille, …, ce qui montre bien la grande antiquité de ces Églises.
Source : Diocèse de Marseille, Textes choisis des Pères de l'Église, pp. 116-117 (polycopié, vers 1980)