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L'intolérance

Publié : sam. 08 nov. 2008, 3:14
par Philon
Bonsoir aux frères et soeurs en Christ,

à la lecture d'un essai de René Girard me viennent quelques réflexions à propos de la croix.
Dans "Je vois Satan tomber comme l'éclair", Girard développe une théoriede l'homme. L'homme est sujet à l'envie, son désir est mimétique et il a tendance à imiter les autres même dans la violence d'où l'escalade possible de la violence dans une foule ou dans un peuple.
Les interdits nous mettent en quelque sorte à l'abri de cette violence ( la notre, celle du voisin) en la contenant.
Mais lorsque la foule se déchaine contre un bouc émissaire innocent et le sacrifie pour calmer la violence, elle oublie que la victime est innocente. Les comptes rendus mythiques présentent les victimes comme coupables de ce qui leur arrive. Les comptes rendus biblique les représentent comme innocentes. Dans la Passion, les auteurs évangéliques ont d'abord été emportés par l'emballement mimétique de la foule mais ensuite ils ont été détrompés.Ils ont donc repéré l'innocence de la victime. La mort librement consentie du Christ rend cette innocence manifeste ainsi que celle de tous les boucs émissaires.

Il y a deux ans j'ai eu l'occasion de faire partie d'un groupe associatif luttant pour l'aide au citoyen et critique de l'économie néolibérale. Nos buts me paraissaient s'inscrire dans une défense précisément des "boucs émissaires" de ce système, exclus, chômeurs, etc.
Malheureusement nous avons vu se former au sein du groupe des rivalités et des violences insidieuses, des luttes pour le pouvoir.
Elles ont beaucoup nui à l'efficacité de l'association et fait fuir un bon nombre d'adhérents de bonne volonté.
Pour ma part, j'ai été en butte aux idées des personnes "dominantes" de ce groupe, à leur hostilité vis-à-vis de la religion chrétienne vue par eux comme une façon de culpabiliser le plaisir et de se croire supérieur aux autres. Je consacrais beaucoup de mon temps à du bénévolat dans cette association, prenais une bonne part de la paperasserie. On me supposais des motifs égoistes. Un philosophe m'a envoyé notamment des extraits d'"Aurore" de Nietzsche où les réactions par rapport à nos agresseurs sont interprétées comme des revanches mesquines dans le but de "reprendre le pouvoir" et la religion comme une morale de "faibles".
Ce texte faisait directement allusion à la situation où je me trouvais face à quelqu'un du groupe qui usait de son charme sans scrupule et avec qui je n'arrivais plus à travailler. J'étais dans un conflit de conscience et j'ai fini par m'en aller pour éviter la "tentation" mais ce fut sous l'hostilité déclarée de ses amis qui semblaient me considérer comme une bourgeoise rigide, indigne de faire partie de l'association parce que je ne partageais pas leur grille de lecture un peu trop "libertaire".
Mon souci des victimes s'étendait aux victimes de la "libération sexuelle". Une psychanalyste faisant partie de cette association m'a expliqué que les prétendues victimes (celles d'abus et d'inceste notamment) ne faisaient que projeter sur des hommes innocents leurs problèmes avec le désir...
C'est une opinion qui était très répandue dans certains milieux jusqu'à ce que les affaires belges révèlent des réalités très objectives, même si on a pu commettre des abus dans l'autre sens ensuite.

Depuis que j'ai quitté cette association, je ne cesse de repasser dans ma tête ce qui s'est passé et d'essayer de comprendre pourquoi ces personnes m'ont "accueillie" avec autant de méfiance.
J'essaie de comprendre en quoi j'ai pu les agresser. J'ai fait ce que j'ai pu dans l'association au plan des travaux concrets et de l'administration mais je n'ai pas pu me laisser convaincre par des convictions "gauchistes" qui n'étaient pas les miennes et dont j'avais déjà fait les frais dans d'autres situations.
Je me sens encore très mal et coupable de n'avoir pas été plus "tolérante".
Le texte de Girard m'aide un peu mais je me dis que j'ai probablement des torts et que les idées sur lesquelles je m'appuie pour rester debout ont pu heurter des persones habituées à vivre leurs envies "au jour le jour" sans se poser de questions, qu'elles ont pu se sentir attaquées.
C'est souvent la réaction que soulèvent le idées des chrétiens chez les athées militants et c'est dommage parce que mon but n'était pas de les "convertir" ou de les "juger" mais d'en parler ouvertement. Je croyais que nous étions dans une relation de confiance. C'est la même chose dans ma famile d'origine très fermement acquise à la cause des homosexuels ( pour leur mariage et l'homoparentalité) aux yeux de qui je passe pour intolérante ou "réac". Cela fait très mal quand il s'agit de ses proches parce que critiquer certaines lois ne veut pas dire forcément être "homophobe".
Merci de m'avoir lue. J'ai été un peu longue mais j'ai encore mal à cause de ces années d'engagement associatif aux côtés de personnes avec qui je croyais partager des idéaux.

En Christ


Philon