De ma conversion, du surnaturel, du manque de curiosité

« Alors il leur ouvrit l'esprit à l'intelligence des Écritures. » (Lc 24.45)
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etienne lorant
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De ma conversion, du surnaturel, du manque de curiosité

Message non lu par etienne lorant »

Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc 15,1-10.
De même, je vous le dis : Il y a de la joie chez les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se convertit. »

C'est aujourd'hui que l'Évangile me reporte au jour de ma conversion, et cela me cause toujours une impression profonde. Le mot le plus significatif que je puisse trouver, c'est que les murs de ma chambre se sont retrouvés tapissés de haut en bas par une légion d'anges qui reprenaient cette parole de Jésus en la proclamant: "Il y a plusde la joie chez les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se convertit que pour cent justes qui n'ont pas besoin de repentir !" (Ce sont en tout cas les mots exacts que j'ai entendus)

J'avais été longtemps cette brebis perdue. A un moment, elle ignorait qu'elle était perdue. Ensuite, elle a su qu'elle s'était égarée: mille et un signaux venus du Ciel parlaient dans mon malheur et m'obligeaient à me rendre compte. Durant quelques années encore, j'ai erré ainsi en aveugle, les bras tendus... Je cherchais de nouveau à aimer et être aimé, mais finalement, tout s'est précisé du jour où j'ai décrété: "Je ne travaillerai plus, et je ne ferai plus rien de toute ma vie aussi longtemps que je ne saurai pas pourquoi les hommes sont aussi malheureux dans l'existence." Le dimanche suivant, à mon réveil, je vis le Seigneur donner librement sa vie pour moi, parce qu'Il ne supportait pas de me voir dans cet état - geste m'a secoué de fond en comble, car je n'avais jamais songé que l'amour pût aller jusqu'à cette extrémité. J'ai donc vu ce crucifix s'animer, mais autant à l'intérieur qu'à l'extérieur de moi: vision double, mais ce qui se passait à l'intérieur était tellement plus fort qu'à l'extérieur ! J'ai entendu également: "Mon Père, entre Tes mains, mon esprit". Le Seigneur me regardait et je n'avais pas su, jusqu'à ce moment-là, qu'un coeur d'homme eût de telles profondeurs ! Il mourrait, Il me rendait la vie et en même temps, Il me laissait cette Parole: Remets toi aussi ton esprit entre les mains du Père. C'était la réponse à mon désir de vérité, Jésus m'a montré ce chemin et, vingt-trois ans plus tard, j'y suis toujours.

Parmi ceux qui liront ce partage, quelques-uns connaissent déjà ce témoignage. Si je le reprends à nouveau, c'est que je me sens le devoir de continuer à le rappeler chaque fois que l'occasion s'en présentera.

Je ne suis pas un mystique. Par la suite, j'ai connu deux années de joie évangélique :tout ce que je vivais au quotidien, l'Evangile le commentait en moi par des "locutions intérieures" qui me faisaient monter les larmes aux yeux; j'ai entendu un jour un prêtre dire, dans la lecture d'un Evangile, des mots qui n'y figuraient pas (*); et enfin, pour rassurer un prêtre qui doutait du bien-fondé de mon engagement dans l'ordre "Faustinum" (Apôtres de la Miséricorde divine), je lui ai montré sa bibliothèque et lui ai dit: prenez n'importe quel livre au hasard, vous aurez la confirmation que vous demandez. Et de ce livre se sont échappés deux "images pieuses" datant des années cinquante (je suis né en 1956) qui demandaient que l'on prie pour la béatification de soeur Faustine Kowalska... Au jour d'aujourd'hui, je ne comprends toujours pas le mouvement qui m'a poussé à lever le bras pour désigner cette bibliothèque et dire les mots que j'ai dits. Il ne s'est jamais rien passé d'autre.

Au fil des années, cependant, mon attention est devenue comme ces antennes de radar, de forme incurvée, qui tournent sur eux-mêmes à toute vitesse en quête d'un écho. Les coïncidences ne sont plus pour moi des articles du hasard. Exemple: je vais à la messe de Toussaint, le sermon m'ennuie, et je me représente des défunts venus assister à cette Eucharistie en vêtements blancs; l'après-midi, j'ouvre le journal de Julien Green et je lis un passage écrit une veille de Toussaint; ce passage évoque, au cours d'une réunion de famille, un moment où l'auteur a ressenti la présence de ses parents et des sœurs disparues. Cela fait trois coïncidences et deux me suffisent désormais pour attester que le surnaturel est collé au naturel comme une seconde peau.

Dans la préface du "Matin des Magiciens", Jacques Bergier donne l'exemple de ce corbeau égaré en plein Paris. Sans doute du fait du brouillard qui était soudainement tombé sur la ville, l'oiseau d'un instant à l'autre s'était retrouvé au ras du sol en pleine rue. Et il avait poussé un cri affreux avant de reprendre de la hauteur, ce que Bergier expliquait en disant: il suffit d'un incident pour se retrouver, comme cet oiseau, dans un monde totalement étranger au nôtre. Ce qui vaut pour cet oiseau vaut aussi pour nous SAUF si nous décidons d'être totalement réfractaire, si nous décidons que tout, définitivement, est hasard, et dans ce cas, il s'agit d'un manque de curiosité pathologique...


(*) Ces mots étaient: "Vous désirez le bien, mais vous ne savez pas résister au mal". Cherchez dans les Evangiles tant que vous voudrez, vous ne les trouverez pas.
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )

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