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Par l'auteur de "Quand les sirènes se taisent"

Publié : sam. 04 oct. 2008, 15:49
par etienne lorant
Je viens de terminer "L'Elu" de Maxence van der Meersch, qui rapporte l'histoire d'une conversion douloureuse.

L'histoire se déroule dans le Nord durant les années 1920/1930. Siméon dirige une usine qui fabrique de la dynamite. On mélange d'abord de la glycérine avec de l'acide nitrique, puis on y incorpore de la cellulose, le tout s'effectuant dans des cuves en plomb ("parce que le plomb ne provoque pas d'étincelles"...) Rien que la description des mesures de sécurité donne froid dans le dos... du fait qu'en dépit d'elles, une usine se volatilisait dans les airs en moyenne tous les sept ans. Le héros du roman perd son fils unique, qui est atteint de tuberculose et finira par mettre fin à ses jours par désespoir (il se suicide du fait de l'infidélité de son épouse). De père affligé, il va très tôt devenir veuf et se retrouver seul. Cependant, très impressionné par la foi dans laquelle Françoise, sa femme, a puisé la sérénité jusque dans son agonie, l'a tellement marqué qu'il décide finalement de tout quitter et après avoir rendu visite aux moines à Hautecombe, et puis à la Grande Chartreuse, il finit par entrer, d'abord comme simple retraitant, à la Trappe de l'abbaye du Mont des Cats. Roman régional, oui, mais on est très loin de l'ambiance des "Cht'is" !

Jugez plutôt avec cette réflexion que lui fait son ami Vhuilst, lui-même demeuré complètement seul après le décès de sa propre femme:

« Cherche le plus heureux d’entre nous. Suis-le. Toute sa vie n’est qu’arrachement, séparation. Il va, entouré de fantômes, des ombres des êtres aimés, et de tout ceux qu’il aurait pu être et qu’il n’est pas devenu. A soixante ans, il n’est plus entouré que de morts. Ses douleurs, ses joies, personne n’est plus qui puisse les comprendre et les partager. Ses triomphes ne pourraient humilier ou réjouir que des morts. Il a trouvé chez ceux qui restent, ingratitude ou indifférence, ou souffrance comme chez lui. Et il va vers le déclin, avec l’obsession de ces ténèbres où nous courons tous, de ces derniers instants épouvantables, dont la peur nous hante, n’est-ce pas ? Car si belle que soit la vie, la fin s’achève en cauchemar. Le dernier acte est sanglant, quelque belle que soit la comédie en tout le reste : on jette de la terre sur la tête, et en voilà pour jamais. Et l’attente de cette pelletée de terre nous gâche tout le reste, mon vieux ! » L’âpre jansénisme de Vhuilst trouvait dans la pensée pascalienne son aliment accoutumé. »

Beaucoup de citations de Pascal, en effet, mais certes pas les plus joyeuses. Au total, un bon livre - le "retour" de Siméon manque décidément de ces petites touches de couleurs vives qui rendent de la vie aux tableaux les plus sombres. Les conversions sans joie sont-elles possibles ?