Jésus avait-il les yeux bleus ? Possible !
Publié : sam. 07 mars 2026, 7:12
Je présente ici de multiples arguments montrant que la physionomie des populations du Levant antique était variée, avec des cheveux bruns et blonds, des yeux foncés et clairs. Celle des Hébreux devait donc l’être également.
En 2018, l'analyse génétique d'ossements d'une importante nécropole en Galilée datant d'environ 4 500 ans av. J.-C. montra que « des gens aux yeux bleus et à la peau claire » ont habité la région et le Pr D. Reich (Harvard) précisa : « La population de Peki'in (nord d'Israël) avait des ancêtres originaires du nord – similaires à ceux qui vivaient alors en Iran et en Turquie – et ce de manière substantielle » (1)(2).
En 2017, l’étude de Haber et al. (3) a montré une forte continuité génétique entre les Cananéens de l’âge du bronze (Sidon, ~1700 av. J.-C.) et les Libanais actuels. La pigmentation était majoritairement foncée (yeux et cheveux bruns, peau intermédiaire claire), mais des variants associés à des traits plus clairs étaient présents à faible fréquence, suggérant une minorité d’individus aux yeux clairs – comparable aux ~5 % d’yeux bleus observés aujourd’hui au Liban. En 2020, l’étude d’Agranat-Tamir et al. (4) sur plus de 70 Levantins de l’âge du bronze (six sites en Israël et Jordanie) a confirmé cette continuité génétique avec les Libanais actuels et ce mélange (ancêtres locaux + influences du Zagros (Iran actuel) ou du Caucase). Les populations juives actuelles partagent elles aussi une ascendance d'environ 50 % avec ces anciennes populations cananéennes (3d)(4, 4c, d).
Actuellement, une fraction non négligeable de la population libanaise a les yeux clairs (6)(7)(8), et la génétique montre que « Les yeux bleus des Libanais ne sont pas hérités des Croisés », comme le titrait L’Orient-Le Jour (19 avril 2019) (9), mais constituent un héritage des Levantins antiques (3)(10).
Dès ~2300 av. J.-C., les chroniques égyptiennes décrivent un groupe ethnique nouveau à la peau claire et aux yeux bleus, parfois blonds : les Temehou (ou Tamehou). Les pharaons du Moyen Empire durent souvent les combattre. Sous le Nouvel Empire, ils sont fréquemment représentés sur les bas-reliefs. Au XIIIe-XIIe siècles av. J.-C., Ramsès II et Ramsès III en incorporèrent dans leurs armées, où ils acquirent une influence prépondérante (11). Des représentations d’hommes blonds aux yeux bleus apparaissent dès la XIIe dynastie (1991-1780 av. J.-C.) (12). J.-F. Champollion trouva des représentations de Tamhou dans plusieurs tombes royales : « peau blanche... yeux bleus, barbe blonde ou rousse, taille haute... On les nomme Tamhou. Il faut entendre ici tous les peuples de race blonde et à la peau blanche, habitant non seulement l'Europe, mais encore l'Asie, leur point de départ ». (13) (L'Égypte antique a contrôlé des parties de l'actuel Israël (Canaan) de 1550 à environ 1100 av. J.-C., avec une influence variable avant et après.)
À L’ÂGE DU FER, LES PEUPLES D’UNE VASTE ZONE D'ASIE PORTAIENT UN PHÉNOTYPE NORD-EUROPÉEN ET ONT LAISSÉ LEUR TRACE GÉNÉTIQUE AU LEVANT
Plusieurs études génétiques (14)(15)(16)(16b) montrent que les populations du sud de la Sibérie et des steppes eurasiatiques de l’âge du bronze et du fer (cultures Andronovo, groupes scythes et apparentés) présentaient des fréquences élevées d’allèles associés à la pigmentation claire, incluant yeux clairs (bleus, gris, verts), peau claire et cheveux blonds à châtains, avec présence ponctuelle de variants associés au roux. Ces populations steppiques, ancêtres ou proches parents des Scythes (peuples nomades iranophones), ont essaimé vers trois destinations majeures : l’Europe de l’Est (incluant le nord du Caucase), le sud de la Sibérie et, via l’Asie centrale, le plateau iranien lors de l'expansion indo-iranienne.
De multiples descriptions antiques corroborent leur apparence : « Au Ve siècle av. J.-C., l'historien grec Hérodote décrit les Scythes comme étant roux avec des yeux gris. Au IIIe siècle av. J.-C., le poète grec Callimaque décrit les Arimaspes de Scythie comme étant blonds... ; le médecin grec Galien déclare que les Sarmates, les Scythes... ont les cheveux roux. Au IIe siècle, le philosophe grec Polémon englobe les Scythes parmi les peuples nordiques caractérisés par les cheveux blonds ou roux et les yeux bleu-gris. Zhang Qian, explorateur et envoyé impérial chinois de la dynastie des Han, décrit les "Sai" (Scythes) comme étant blonds avec les yeux bleus. Etc. » (17).
Au VIIe siècle av. J.-C., des Scythes établis au nord de l’Iran s’allient aux Assyriens et exercent une influence notable sur la Mésopotamie et le Levant. Vers 630 av. J.-C., lors d'une incursion vers l’Égypte, le pharaon les rencontre à Ashdod (sud de l’actuel Israël) et, « les persuade, par des dons et des prières, de ne pas avancer plus loin » (18). Au cours des siècles suivants, ils servent dans les armées achéménides, puis comme mercenaires dans les armées hellénistiques (Séleucides, Lagides). Ces contingents scythes participèrent ainsi aux invasions et aux occupations successives du Levant sous l'égide de ces différents empires. Cette présence prolongée au Levant est illustrée par la place forte de Beth-Shéan (nord d’Israël), renommée Scythopolis après Alexandre. Ce toponyme pourrait résulter soit d’une occupation ancienne (vers 630 av. J.-C.), soit de l’installation ultérieure de vétérans scythes intégrés aux armées grecques (19). Les données génétiques révèlent que les Libanais modernes ont hérité d’environ 7 % d’ascendance steppique. Selon Haber et al. (20), la période de ce mélange coïncide avec le déclin de l'Empire égyptien et les conquêtes successives par « les Assyriens, les Perses et les Macédoniens, dont l’un ou l’autre, voire tous, auraient pu être porteurs de l’ascendance steppique observée ici au Levant après l’âge du bronze».
L'HISTOIRE D’ISRAËL EST FAÇONNÉE PAR LES INVASIONS, LES DÉPORTATIONS ET LES BRASSAGES DÉMOGRAPHIQUES
Par exemple :
À partir du VIIIe siècle av. J.-C., les Assyriens envahirent toute la région et amorcèrent une politique de déportation massive à l’encontre des tribus du nord d’Israël. Au VIe siècle av. J.-C., les Babyloniens envahirent la région, détruisirent Jérusalem et déportèrent une large partie de la population du royaume de Juda. La Bible rapporte que les cités de Samarie furent alors repeuplées par des gens venant de Babylone, de Cutha, d’Avva, de Hamath et de Shepharvaïm (II Rois 17:24).
Après la conquête de Babylone par les Perses (539 av. J.-C.), le roi Cyrus autorisa le retour des exilés hébreux sur leur terre d'origine. Toutefois, une partie d'entre eux choisit de demeurer en Mésopotamie. À peine 80 ans après ce retour en Israël, selon le livre d'Esdras (10.1-44), « ... nous avons installé chez nous des femmes étrangères, issues des peuples qui habitent le pays. (...) et certains avaient eu des enfants d'elles ». La Samarie et la Galilée, deviennent « carrefour des nations » comme le soulignent à la fois le prophète Isaïe (8, 23) et l’évangéliste Matthieu (4,15).
Les armées romaines étaient une mosaïque ethnique ; Gaulois, Bataves, Germains... composaient environ 50 % des effectifs sous forme d'auxiliaires ou de mercenaires. Ces troupes ont massivement opéré au Levant lors des conquêtes de Pompée, des campagnes de Marc Antoine en Syrie et contre les Parthes, et lors des guerres civiles (César, Octave), assurant la domination romaine et la sécurité des royaumes alliés comme la Judée. Hérode le Grand disposait d'ailleurs d'une garde royale de 400 Germains, de 400 Gaulois, de Thraces et même d'archers babyloniens. Or l'armée romaine n'était pas seulement une machine de guerre, c'était une agence matrimoniale géante à l'échelle du monde antique. Autour de chaque grand camp romain, des agglomérations civiles (Canabae) se créaient. Au bout de 25 ans de service, les Auxiliaires recevaient la citoyenneté romaine et le droit de mariage légal (conubium), permettant de régulariser leurs unions avec les femmes locales, transformant ainsi définitivement le paysage démographique et culturel des provinces occupées (42).
SELON LA BIBLE, IL Y A EU DE MULTIPLES MÉTISSAGES DU PEUPLE HÉBREU AVEC LES POPULATIONS VOISINES
Dès ses origines, et à de nombreuses reprises au fil des siècles, les récits bibliques témoignent du métissage du peuple hébreu avec les populations voisines.
Ainsi, Abraham épouse Sarah, mais également une Cananéenne nommée Kétura, avec laquelle il aura plusieurs enfants (Genèse 25:1). Son petit-fils, le roux Ésaü, frère jumeau de Jacob, épouse deux femmes cananéennes ainsi qu'une Ismaélite (Genèse 26:34). Juda, fils de Jacob, prend lui aussi pour épouse une Cananéenne (Genèse 38:2).
Josué, successeur de Moïse, épouse Rahab, une Cananéenne originaire de Jéricho (Josué 6:25). Manassé, fils de Joseph et petit-fils de Jacob, a des enfants avec une concubine araméenne (1 Chroniques 7:14), et les territoires attribués à sa tribu restent peuplés de Cananéens :
« Manassé ne chassa pas les habitants de Beth-Shéan, Thaanac, Dor, Jibleam, Meguiddo et des villes qui en dépendaient. Les Cananéens voulurent rester dans ce pays. » (Juges 1:27)
Le livre des Juges décrit même un métissage largement généralisé :
« Les Israélites habitèrent au milieu des Cananéens, des Hittites, des Amoréens, des Phéréziens, des Héviens et des Jébusiens. Ils prirent leurs filles pour femmes, donnèrent leurs propres filles à leurs fils, et ils servirent leurs dieux. » (Juges 3:5–6)
David, roi d’Israël, épouse Bethsabée, l’épouse d’Urie le Hittite (2 Samuel 11:3–27), et leur fils Salomon deviendra roi. Ce dernier contracte des alliances matrimoniales avec de nombreuses femmes étrangères, issues de peuples voisins :
« Le roi Salomon aima beaucoup de femmes étrangères […] des Moabites, des Ammonites, des Édomites, des Sidoniennes, des Hittites. » (1 Rois 11:1)
Après le retour de l’exil babylonien, ces unions mixtes persistent. Le livre de Néhémie rapporte : « À cette même époque, je vis des Juifs qui avaient pris des femmes ashdodiennes, ammonites et moabites. » (Néhémie 13:23)
DONNÉES ARCHÉOLOGIQUES : UNE AGRÉGATION DE PEUPLES DANS LA FORMATION D'ISRAËL
Les découvertes archéologiques corroborent cette origine pluraliste du peuple israélite. Les travaux de Nadav Na'aman (Université de Tel-Aviv) et de Pierre de Miroschedji (CNRS) soulignent que, dès l'installation en « terre promise », le peuplement ne correspond pas à un exode massif et univoque depuis l'Égypte, mais plutôt à l'agrégation progressive de divers groupes. Ceux-ci, souvent issus de populations locales — cananéennes, amoréennes, araméennes, voire hittites — ont fusionné autour de traditions communes. Il s'agissait, selon Historia, d'un « patchwork de peuples, sédentaires ou nomades, qui se seraient peu à peu agrégés » (21). Cette hypothèse est également soutenue par Israel Finkelstein (Université de Tel-Aviv) et Neil Asher Silberman dans The Bible Unearthed (2001), ainsi que par William Dever dans Who Were the Early Israelites and Where Did They Come From? (2003).
Les études génétiques (2020) sur les Cananéens de l'âge du bronze montrent que les populations juives actuelles ont une part significative de leur ADN provenant de ces anciennes populations cananéennes, elles-mêmes issues du métissage avec des populations du Zagros (Iran) (4, b, c, d).
DAVID ET ÉSAÜ ÉTAIENT BLONDS OU ROUX
La Vierge Marie et Joseph descendent du roi David, qui est décrit comme blond ou roux dans la Bible (le terme hébreu admoni utilisé peut désigner les deux couleurs). À propos du roi David, il est aussi précisé qu’il avait de beaux yeux, ce qui pourrait indiquer qu’il avait les yeux bleus.
« Jessé le fit donc venir : le garçon était blond, avec de beaux yeux… » (1 Samuel 16,12)
« Le Philistin regarda, et, lorsqu’il aperçut David, il le méprisa, ne voyant en lui qu’un enfant blond… » (1 Samuel 17,42)
Ésaü, fils d’Isaac, était lui aussi roux :
« Le premier sortit entièrement roux, comme un manteau de poil ; et on lui donna le nom d’Ésaü. » (Genèse 25,25)
Il est également notable que le nom Édom, attribué à Ésaü et à ses descendants, signifie littéralement « roux » ou « rouge » en hébreu. Le royaume d’Édom, ainsi nommé, se situait au sud de l’ancien territoire d’Israël.
Durant l'Inquisition espagnole, toutes les personnes rousses étaient identifiées comme juives, et en Italie, la rousseur fut longtemps associée aux Juifs. Des écrivains comme Shakespeare ou Dickens représentaient leurs personnages juifs avec des cheveux roux (37)(38)(39)(40).
Les cheveux roux se trouvent également chez divers peuples d'ascendance iranienne, comme les Persans et les Lors (région du Zagros), ainsi que chez d'autres groupes d'Asie centrale et du Moyen-Orient, révélant une origine ancienne des cheveux roux en Asie centrale (41).
APRÈS LA CONQUÊTE ARABO-MUSULMANE, UN APPORT DE GÈNES AFRICAINS DANS LES POPULATIONS DU LEVANT
Les études génétiques indiquent qu'après la conquête arabo-musulmane (VIIe–Xe siècle de notre ère), il y eut l'introduction de 4 à 15 % de gènes d'origine africaine subsaharienne dans les populations levantines à partir du bas Moyen Âge. Cet apport est probablement en lien avec des contacts prolongés avec l’Égypte médiévale ou l'Empire ottoman. Ces gènes africains proviennent, par exemple, de la traite arabo-musulmane d'esclaves transsahariens entre 650 et 1900 (Richards, 2003 ; Moorjani, 2011) (22)(23).
Selon l'étude de Marc Haber et al. (2013), « avant l'expansion islamique, la structure génétique de la population du Levant était plus proche de celle des Européens que de celle des populations du Moyen-Orient » (24), et « nous montrons que les chrétiens libanais, les druzes libanais et les juifs ont été génétiquement isolés, avec un métissage limité avec les populations voisines. Nous proposons que ces populations offrent un éclairage sur la génétique d’un Levant préislamique» (24) (10).
Au début du XXe siècle, les chrétiens libanais présentaient environ 10 à 20 % d'yeux bleus ou gris (6)(7). Certaines autres communautés du Liban, de la Syrie, de l'Irak et de l'Iran ont également été moins affectées par ces flux génétiques, notamment les Kurdes, les Yézidis, les Syriaques, etc. (25)(26). Ces groupes sont d'ailleurs connus pour présenter des traits phénotypiques distinctifs, tels que des yeux bleus (27)(28)(29)(30)(31).
PHYSIONOMIE AU DÉBUT DU XXE SIÈCLE
Au début du XXe siècle, les 15 populations juives échantillonnées à travers le monde (4 500 individus) présentaient toutes une proportion significative de personnes aux yeux clairs, notamment bleus, de 40 % en moyenne (E. G. Hirsch et al., 1906) (32). Pour les Ashkénazes, cette forte proportion pourrait témoigner d'un métissage avec les populations d'Europe de l'Est. Cependant, on trouve aussi en moyenne 30 % d'yeux clairs parmi les populations séfarades, comme celles de Bosnie, d'Italie, etc. (32).
Même dans des communautés juives isolées depuis des siècles au milieu de populations majoritairement brunes, une fraction notable d’individus avait les yeux clairs. C’est notamment le cas de la communauté séfarade de Ghardaïa, restée isolée dans le Sahara depuis le XIIᵉ ou le XIVᵉ siècle (voire dès l’époque romaine via l’Espagne), qui comptait encore 11 % d’yeux clairs (bleus ou gris) – contre 0 à 2 % seulement chez les Touaregs ou les Mozabites (33). L’ancienne communauté juive d’Irak présentait également des individus aux yeux clairs au XXᵉ siècle (34).
RÉSUMÉ :
Les données génétiques ainsi que les descriptions anciennes montrent qu'entre 4 500 av. J.-C. et les premiers siècles de notre ère, de vastes régions d’Asie étaient occupées par des peuples majoritairement ou partiellement blonds ou roux, aux yeux clairs (Scythes, Temehous, Perses de l'Antiquité, Galates (36), Cananéens, etc.). Les Égyptiens eux-mêmes témoignent, entre 2300 et 1000 av. J.-C., de multiples contacts avec des peuples aux yeux bleus et aux cheveux clairs. Certaines de ces populations s'installèrent en Israël et ont laissé une empreinte génétique notable dans les populations juives et du Levant.
À l'époque de Jésus, les nombreuses migrations et les brassages des peuples de la région suggèrent que la physionomie des Hébreux était diversifiée, avec une minorité d'individus aux yeux et aux cheveux clairs — un héritage des peuples qui les ont précédés, de ceux avec lesquels il y eut des unions, ou encore des envahisseurs successifs. Au début du XXe siècle, les 15 populations juives échantillonnées à travers le monde avaient en moyenne 40 % d'yeux clairs (bleus ou gris) ; même la communauté séfarade du Sahara, isolée depuis le XIIe ou le XIVe siècle, comptait plus de 10 % d'yeux clairs.
Vers le Moyen Âge, le patrimoine génétique levantin s'est enrichi d'un apport d'origine africaine (de 4 à 15 %), via par exemple l'esclavage arabe transsaharien. Toutefois, l'étude du Pr M. Haber (2013) montre qu'« avant l'expansion islamique, le Levant était génétiquement plus proche des Européens que des populations du Moyen-Orient » et que les chrétiens libanais n'ayant eu qu'un métissage limité « offrent un éclairage sur la génétique d'un Levant préislamique ». Au début du XXe siècle, les chrétiens libanais présentaient environ 10 à 20 % d'yeux bleus ou gris. Aujourd'hui, au moins 5 % des Libanais ont les yeux clairs, ainsi que 12 % des Turcs (35), et certaines communautés du Levant, demeurées relativement isolées, comptent également des individus aux yeux bleus.
La couleur de peau ou des yeux du Christ n’a, en soi, aucune importance. Mais l’idée contemporaine selon laquelle tous les Hébreux de l’Antiquité auraient été bruns aux yeux foncés est aussi réductrice — et erronée — que l’ancien stéréotype des Juifs systématiquement roux. L’histoire des Hébreux fut marquée par de nombreux métissages. Même si la majorité était brune, leur apparence physique devait être aussi variée que leur histoire.
Dès lors, bien que minoritaire, une physionomie aux yeux bleus et aux cheveux clairs était possible chez le Christ ; cela pouvait aider les Hébreux à reconnaître en lui le « fils de David » attendu, car ils espéraient un roi-sauveur issu de la lignée de David (43). Voir en Jésus des traits rappelant ceux de leur grand roi — décrit dans la Bible comme blond ou roux (admoni) avec de beaux yeux — renforçait leur foi qu'il était bien le sauveur promis, d'autant que la Vierge Marie et Joseph descendaient effectivement du roi David.
En 2018, l'analyse génétique d'ossements d'une importante nécropole en Galilée datant d'environ 4 500 ans av. J.-C. montra que « des gens aux yeux bleus et à la peau claire » ont habité la région et le Pr D. Reich (Harvard) précisa : « La population de Peki'in (nord d'Israël) avait des ancêtres originaires du nord – similaires à ceux qui vivaient alors en Iran et en Turquie – et ce de manière substantielle » (1)(2).
En 2017, l’étude de Haber et al. (3) a montré une forte continuité génétique entre les Cananéens de l’âge du bronze (Sidon, ~1700 av. J.-C.) et les Libanais actuels. La pigmentation était majoritairement foncée (yeux et cheveux bruns, peau intermédiaire claire), mais des variants associés à des traits plus clairs étaient présents à faible fréquence, suggérant une minorité d’individus aux yeux clairs – comparable aux ~5 % d’yeux bleus observés aujourd’hui au Liban. En 2020, l’étude d’Agranat-Tamir et al. (4) sur plus de 70 Levantins de l’âge du bronze (six sites en Israël et Jordanie) a confirmé cette continuité génétique avec les Libanais actuels et ce mélange (ancêtres locaux + influences du Zagros (Iran actuel) ou du Caucase). Les populations juives actuelles partagent elles aussi une ascendance d'environ 50 % avec ces anciennes populations cananéennes (3d)(4, 4c, d).
Actuellement, une fraction non négligeable de la population libanaise a les yeux clairs (6)(7)(8), et la génétique montre que « Les yeux bleus des Libanais ne sont pas hérités des Croisés », comme le titrait L’Orient-Le Jour (19 avril 2019) (9), mais constituent un héritage des Levantins antiques (3)(10).
Dès ~2300 av. J.-C., les chroniques égyptiennes décrivent un groupe ethnique nouveau à la peau claire et aux yeux bleus, parfois blonds : les Temehou (ou Tamehou). Les pharaons du Moyen Empire durent souvent les combattre. Sous le Nouvel Empire, ils sont fréquemment représentés sur les bas-reliefs. Au XIIIe-XIIe siècles av. J.-C., Ramsès II et Ramsès III en incorporèrent dans leurs armées, où ils acquirent une influence prépondérante (11). Des représentations d’hommes blonds aux yeux bleus apparaissent dès la XIIe dynastie (1991-1780 av. J.-C.) (12). J.-F. Champollion trouva des représentations de Tamhou dans plusieurs tombes royales : « peau blanche... yeux bleus, barbe blonde ou rousse, taille haute... On les nomme Tamhou. Il faut entendre ici tous les peuples de race blonde et à la peau blanche, habitant non seulement l'Europe, mais encore l'Asie, leur point de départ ». (13) (L'Égypte antique a contrôlé des parties de l'actuel Israël (Canaan) de 1550 à environ 1100 av. J.-C., avec une influence variable avant et après.)
À L’ÂGE DU FER, LES PEUPLES D’UNE VASTE ZONE D'ASIE PORTAIENT UN PHÉNOTYPE NORD-EUROPÉEN ET ONT LAISSÉ LEUR TRACE GÉNÉTIQUE AU LEVANT
Plusieurs études génétiques (14)(15)(16)(16b) montrent que les populations du sud de la Sibérie et des steppes eurasiatiques de l’âge du bronze et du fer (cultures Andronovo, groupes scythes et apparentés) présentaient des fréquences élevées d’allèles associés à la pigmentation claire, incluant yeux clairs (bleus, gris, verts), peau claire et cheveux blonds à châtains, avec présence ponctuelle de variants associés au roux. Ces populations steppiques, ancêtres ou proches parents des Scythes (peuples nomades iranophones), ont essaimé vers trois destinations majeures : l’Europe de l’Est (incluant le nord du Caucase), le sud de la Sibérie et, via l’Asie centrale, le plateau iranien lors de l'expansion indo-iranienne.
De multiples descriptions antiques corroborent leur apparence : « Au Ve siècle av. J.-C., l'historien grec Hérodote décrit les Scythes comme étant roux avec des yeux gris. Au IIIe siècle av. J.-C., le poète grec Callimaque décrit les Arimaspes de Scythie comme étant blonds... ; le médecin grec Galien déclare que les Sarmates, les Scythes... ont les cheveux roux. Au IIe siècle, le philosophe grec Polémon englobe les Scythes parmi les peuples nordiques caractérisés par les cheveux blonds ou roux et les yeux bleu-gris. Zhang Qian, explorateur et envoyé impérial chinois de la dynastie des Han, décrit les "Sai" (Scythes) comme étant blonds avec les yeux bleus. Etc. » (17).
Au VIIe siècle av. J.-C., des Scythes établis au nord de l’Iran s’allient aux Assyriens et exercent une influence notable sur la Mésopotamie et le Levant. Vers 630 av. J.-C., lors d'une incursion vers l’Égypte, le pharaon les rencontre à Ashdod (sud de l’actuel Israël) et, « les persuade, par des dons et des prières, de ne pas avancer plus loin » (18). Au cours des siècles suivants, ils servent dans les armées achéménides, puis comme mercenaires dans les armées hellénistiques (Séleucides, Lagides). Ces contingents scythes participèrent ainsi aux invasions et aux occupations successives du Levant sous l'égide de ces différents empires. Cette présence prolongée au Levant est illustrée par la place forte de Beth-Shéan (nord d’Israël), renommée Scythopolis après Alexandre. Ce toponyme pourrait résulter soit d’une occupation ancienne (vers 630 av. J.-C.), soit de l’installation ultérieure de vétérans scythes intégrés aux armées grecques (19). Les données génétiques révèlent que les Libanais modernes ont hérité d’environ 7 % d’ascendance steppique. Selon Haber et al. (20), la période de ce mélange coïncide avec le déclin de l'Empire égyptien et les conquêtes successives par « les Assyriens, les Perses et les Macédoniens, dont l’un ou l’autre, voire tous, auraient pu être porteurs de l’ascendance steppique observée ici au Levant après l’âge du bronze».
L'HISTOIRE D’ISRAËL EST FAÇONNÉE PAR LES INVASIONS, LES DÉPORTATIONS ET LES BRASSAGES DÉMOGRAPHIQUES
Par exemple :
À partir du VIIIe siècle av. J.-C., les Assyriens envahirent toute la région et amorcèrent une politique de déportation massive à l’encontre des tribus du nord d’Israël. Au VIe siècle av. J.-C., les Babyloniens envahirent la région, détruisirent Jérusalem et déportèrent une large partie de la population du royaume de Juda. La Bible rapporte que les cités de Samarie furent alors repeuplées par des gens venant de Babylone, de Cutha, d’Avva, de Hamath et de Shepharvaïm (II Rois 17:24).
Après la conquête de Babylone par les Perses (539 av. J.-C.), le roi Cyrus autorisa le retour des exilés hébreux sur leur terre d'origine. Toutefois, une partie d'entre eux choisit de demeurer en Mésopotamie. À peine 80 ans après ce retour en Israël, selon le livre d'Esdras (10.1-44), « ... nous avons installé chez nous des femmes étrangères, issues des peuples qui habitent le pays. (...) et certains avaient eu des enfants d'elles ». La Samarie et la Galilée, deviennent « carrefour des nations » comme le soulignent à la fois le prophète Isaïe (8, 23) et l’évangéliste Matthieu (4,15).
Les armées romaines étaient une mosaïque ethnique ; Gaulois, Bataves, Germains... composaient environ 50 % des effectifs sous forme d'auxiliaires ou de mercenaires. Ces troupes ont massivement opéré au Levant lors des conquêtes de Pompée, des campagnes de Marc Antoine en Syrie et contre les Parthes, et lors des guerres civiles (César, Octave), assurant la domination romaine et la sécurité des royaumes alliés comme la Judée. Hérode le Grand disposait d'ailleurs d'une garde royale de 400 Germains, de 400 Gaulois, de Thraces et même d'archers babyloniens. Or l'armée romaine n'était pas seulement une machine de guerre, c'était une agence matrimoniale géante à l'échelle du monde antique. Autour de chaque grand camp romain, des agglomérations civiles (Canabae) se créaient. Au bout de 25 ans de service, les Auxiliaires recevaient la citoyenneté romaine et le droit de mariage légal (conubium), permettant de régulariser leurs unions avec les femmes locales, transformant ainsi définitivement le paysage démographique et culturel des provinces occupées (42).
SELON LA BIBLE, IL Y A EU DE MULTIPLES MÉTISSAGES DU PEUPLE HÉBREU AVEC LES POPULATIONS VOISINES
Dès ses origines, et à de nombreuses reprises au fil des siècles, les récits bibliques témoignent du métissage du peuple hébreu avec les populations voisines.
Ainsi, Abraham épouse Sarah, mais également une Cananéenne nommée Kétura, avec laquelle il aura plusieurs enfants (Genèse 25:1). Son petit-fils, le roux Ésaü, frère jumeau de Jacob, épouse deux femmes cananéennes ainsi qu'une Ismaélite (Genèse 26:34). Juda, fils de Jacob, prend lui aussi pour épouse une Cananéenne (Genèse 38:2).
Josué, successeur de Moïse, épouse Rahab, une Cananéenne originaire de Jéricho (Josué 6:25). Manassé, fils de Joseph et petit-fils de Jacob, a des enfants avec une concubine araméenne (1 Chroniques 7:14), et les territoires attribués à sa tribu restent peuplés de Cananéens :
« Manassé ne chassa pas les habitants de Beth-Shéan, Thaanac, Dor, Jibleam, Meguiddo et des villes qui en dépendaient. Les Cananéens voulurent rester dans ce pays. » (Juges 1:27)
Le livre des Juges décrit même un métissage largement généralisé :
« Les Israélites habitèrent au milieu des Cananéens, des Hittites, des Amoréens, des Phéréziens, des Héviens et des Jébusiens. Ils prirent leurs filles pour femmes, donnèrent leurs propres filles à leurs fils, et ils servirent leurs dieux. » (Juges 3:5–6)
David, roi d’Israël, épouse Bethsabée, l’épouse d’Urie le Hittite (2 Samuel 11:3–27), et leur fils Salomon deviendra roi. Ce dernier contracte des alliances matrimoniales avec de nombreuses femmes étrangères, issues de peuples voisins :
« Le roi Salomon aima beaucoup de femmes étrangères […] des Moabites, des Ammonites, des Édomites, des Sidoniennes, des Hittites. » (1 Rois 11:1)
Après le retour de l’exil babylonien, ces unions mixtes persistent. Le livre de Néhémie rapporte : « À cette même époque, je vis des Juifs qui avaient pris des femmes ashdodiennes, ammonites et moabites. » (Néhémie 13:23)
DONNÉES ARCHÉOLOGIQUES : UNE AGRÉGATION DE PEUPLES DANS LA FORMATION D'ISRAËL
Les découvertes archéologiques corroborent cette origine pluraliste du peuple israélite. Les travaux de Nadav Na'aman (Université de Tel-Aviv) et de Pierre de Miroschedji (CNRS) soulignent que, dès l'installation en « terre promise », le peuplement ne correspond pas à un exode massif et univoque depuis l'Égypte, mais plutôt à l'agrégation progressive de divers groupes. Ceux-ci, souvent issus de populations locales — cananéennes, amoréennes, araméennes, voire hittites — ont fusionné autour de traditions communes. Il s'agissait, selon Historia, d'un « patchwork de peuples, sédentaires ou nomades, qui se seraient peu à peu agrégés » (21). Cette hypothèse est également soutenue par Israel Finkelstein (Université de Tel-Aviv) et Neil Asher Silberman dans The Bible Unearthed (2001), ainsi que par William Dever dans Who Were the Early Israelites and Where Did They Come From? (2003).
Les études génétiques (2020) sur les Cananéens de l'âge du bronze montrent que les populations juives actuelles ont une part significative de leur ADN provenant de ces anciennes populations cananéennes, elles-mêmes issues du métissage avec des populations du Zagros (Iran) (4, b, c, d).
DAVID ET ÉSAÜ ÉTAIENT BLONDS OU ROUX
La Vierge Marie et Joseph descendent du roi David, qui est décrit comme blond ou roux dans la Bible (le terme hébreu admoni utilisé peut désigner les deux couleurs). À propos du roi David, il est aussi précisé qu’il avait de beaux yeux, ce qui pourrait indiquer qu’il avait les yeux bleus.
« Jessé le fit donc venir : le garçon était blond, avec de beaux yeux… » (1 Samuel 16,12)
« Le Philistin regarda, et, lorsqu’il aperçut David, il le méprisa, ne voyant en lui qu’un enfant blond… » (1 Samuel 17,42)
Ésaü, fils d’Isaac, était lui aussi roux :
« Le premier sortit entièrement roux, comme un manteau de poil ; et on lui donna le nom d’Ésaü. » (Genèse 25,25)
Il est également notable que le nom Édom, attribué à Ésaü et à ses descendants, signifie littéralement « roux » ou « rouge » en hébreu. Le royaume d’Édom, ainsi nommé, se situait au sud de l’ancien territoire d’Israël.
Durant l'Inquisition espagnole, toutes les personnes rousses étaient identifiées comme juives, et en Italie, la rousseur fut longtemps associée aux Juifs. Des écrivains comme Shakespeare ou Dickens représentaient leurs personnages juifs avec des cheveux roux (37)(38)(39)(40).
Les cheveux roux se trouvent également chez divers peuples d'ascendance iranienne, comme les Persans et les Lors (région du Zagros), ainsi que chez d'autres groupes d'Asie centrale et du Moyen-Orient, révélant une origine ancienne des cheveux roux en Asie centrale (41).
APRÈS LA CONQUÊTE ARABO-MUSULMANE, UN APPORT DE GÈNES AFRICAINS DANS LES POPULATIONS DU LEVANT
Les études génétiques indiquent qu'après la conquête arabo-musulmane (VIIe–Xe siècle de notre ère), il y eut l'introduction de 4 à 15 % de gènes d'origine africaine subsaharienne dans les populations levantines à partir du bas Moyen Âge. Cet apport est probablement en lien avec des contacts prolongés avec l’Égypte médiévale ou l'Empire ottoman. Ces gènes africains proviennent, par exemple, de la traite arabo-musulmane d'esclaves transsahariens entre 650 et 1900 (Richards, 2003 ; Moorjani, 2011) (22)(23).
Selon l'étude de Marc Haber et al. (2013), « avant l'expansion islamique, la structure génétique de la population du Levant était plus proche de celle des Européens que de celle des populations du Moyen-Orient » (24), et « nous montrons que les chrétiens libanais, les druzes libanais et les juifs ont été génétiquement isolés, avec un métissage limité avec les populations voisines. Nous proposons que ces populations offrent un éclairage sur la génétique d’un Levant préislamique» (24) (10).
Au début du XXe siècle, les chrétiens libanais présentaient environ 10 à 20 % d'yeux bleus ou gris (6)(7). Certaines autres communautés du Liban, de la Syrie, de l'Irak et de l'Iran ont également été moins affectées par ces flux génétiques, notamment les Kurdes, les Yézidis, les Syriaques, etc. (25)(26). Ces groupes sont d'ailleurs connus pour présenter des traits phénotypiques distinctifs, tels que des yeux bleus (27)(28)(29)(30)(31).
PHYSIONOMIE AU DÉBUT DU XXE SIÈCLE
Au début du XXe siècle, les 15 populations juives échantillonnées à travers le monde (4 500 individus) présentaient toutes une proportion significative de personnes aux yeux clairs, notamment bleus, de 40 % en moyenne (E. G. Hirsch et al., 1906) (32). Pour les Ashkénazes, cette forte proportion pourrait témoigner d'un métissage avec les populations d'Europe de l'Est. Cependant, on trouve aussi en moyenne 30 % d'yeux clairs parmi les populations séfarades, comme celles de Bosnie, d'Italie, etc. (32).
Même dans des communautés juives isolées depuis des siècles au milieu de populations majoritairement brunes, une fraction notable d’individus avait les yeux clairs. C’est notamment le cas de la communauté séfarade de Ghardaïa, restée isolée dans le Sahara depuis le XIIᵉ ou le XIVᵉ siècle (voire dès l’époque romaine via l’Espagne), qui comptait encore 11 % d’yeux clairs (bleus ou gris) – contre 0 à 2 % seulement chez les Touaregs ou les Mozabites (33). L’ancienne communauté juive d’Irak présentait également des individus aux yeux clairs au XXᵉ siècle (34).
RÉSUMÉ :
Les données génétiques ainsi que les descriptions anciennes montrent qu'entre 4 500 av. J.-C. et les premiers siècles de notre ère, de vastes régions d’Asie étaient occupées par des peuples majoritairement ou partiellement blonds ou roux, aux yeux clairs (Scythes, Temehous, Perses de l'Antiquité, Galates (36), Cananéens, etc.). Les Égyptiens eux-mêmes témoignent, entre 2300 et 1000 av. J.-C., de multiples contacts avec des peuples aux yeux bleus et aux cheveux clairs. Certaines de ces populations s'installèrent en Israël et ont laissé une empreinte génétique notable dans les populations juives et du Levant.
À l'époque de Jésus, les nombreuses migrations et les brassages des peuples de la région suggèrent que la physionomie des Hébreux était diversifiée, avec une minorité d'individus aux yeux et aux cheveux clairs — un héritage des peuples qui les ont précédés, de ceux avec lesquels il y eut des unions, ou encore des envahisseurs successifs. Au début du XXe siècle, les 15 populations juives échantillonnées à travers le monde avaient en moyenne 40 % d'yeux clairs (bleus ou gris) ; même la communauté séfarade du Sahara, isolée depuis le XIIe ou le XIVe siècle, comptait plus de 10 % d'yeux clairs.
Vers le Moyen Âge, le patrimoine génétique levantin s'est enrichi d'un apport d'origine africaine (de 4 à 15 %), via par exemple l'esclavage arabe transsaharien. Toutefois, l'étude du Pr M. Haber (2013) montre qu'« avant l'expansion islamique, le Levant était génétiquement plus proche des Européens que des populations du Moyen-Orient » et que les chrétiens libanais n'ayant eu qu'un métissage limité « offrent un éclairage sur la génétique d'un Levant préislamique ». Au début du XXe siècle, les chrétiens libanais présentaient environ 10 à 20 % d'yeux bleus ou gris. Aujourd'hui, au moins 5 % des Libanais ont les yeux clairs, ainsi que 12 % des Turcs (35), et certaines communautés du Levant, demeurées relativement isolées, comptent également des individus aux yeux bleus.
La couleur de peau ou des yeux du Christ n’a, en soi, aucune importance. Mais l’idée contemporaine selon laquelle tous les Hébreux de l’Antiquité auraient été bruns aux yeux foncés est aussi réductrice — et erronée — que l’ancien stéréotype des Juifs systématiquement roux. L’histoire des Hébreux fut marquée par de nombreux métissages. Même si la majorité était brune, leur apparence physique devait être aussi variée que leur histoire.
Dès lors, bien que minoritaire, une physionomie aux yeux bleus et aux cheveux clairs était possible chez le Christ ; cela pouvait aider les Hébreux à reconnaître en lui le « fils de David » attendu, car ils espéraient un roi-sauveur issu de la lignée de David (43). Voir en Jésus des traits rappelant ceux de leur grand roi — décrit dans la Bible comme blond ou roux (admoni) avec de beaux yeux — renforçait leur foi qu'il était bien le sauveur promis, d'autant que la Vierge Marie et Joseph descendaient effectivement du roi David.
