En quête de sens - Dieu, Simone Weil, l'art (et moi)
Publié : mar. 14 oct. 2025, 21:12
Bonsoir à tous,
Je ne me suis pas présenté dans le fil dévolu. Dites moi si cela est nécessaire. Je me suis dis que ce post ferait office de présentation. Je compte m'attacher plus à la lecture de vos messages empreints de sagesse et de connaissances qu'à une contribution qui ne sera que modeste voire très imparfaite, du moins en l'état actuel des choses.
Par où commencer ? Peut-être dire que je suis baptisé et que j'ai effectué ma communion durant mon enfance. Désormais adulte, je me suis éloigné durant de nombreuses années de toute pratique. La vie contemporaine m'a attrapé par la manche avec ses tentations et ses vanités. Totalement éloigné de tout rapport à Dieu ? Pas vraiment. Je cultivais en secret, par périodes, des moments où je m'investissais un peu plus spirituellement. Voire où je lisais même des passages de l'Ancien ou du Nouveau Testament. Comme je l'ai dit ce n'était que par périodes et de par ma faiblesse, mon environnement familial et amical, une trop grande conscience de ce que je pouvais projeter à l'extérieur, je revenais à une vie très laïque et très moderne.
Que me restait-il alors ? L'art, qui tient une place importante dans ma vie. Et peu à peu, au cours de mon existence je dois bien faire un bilan culturel qui pose en grandes figures des personnes qui eux aussi sont en quête spirituelle plus ou moins avancée. Certains font droit à la Grâce, d'autres sont mystiques, d'autres encore ont un regard très contemplatif, spirituel, profond sur le monde et son sens (sans être forcément catholiques). Amoureux de cinéma, je tiens dans mon petit panthéon personnel des réalisateurs comme Tarkovski, Bresson, Malick, Weerasethakul, Kiarostami, Schrader... 'The Tree of Life' de Terrence Malick est ainsi un film qui ne cesse de me fasciner par sa matière, sa beauté, son message. En musique, je pourrais tirer à peu près le même bilan avec des goûts encore plus hétérogènes qu'au cinéma : cela va d'Arvo Pärt à Sufjan Stevens, de Bach aux tourments de Kanye West, du chant grégorien à Nick Cave. Et que dire de la peinture et de l'architecture...
Alors tout ceci ne tient-il que d'une sensibilité, d'un affect particulier, d'une psychologie pour ainsi dire ? La vie étant ce qu'elle est avec ses ruptures dans la continuité, son nécessaire chemin et sa quête de sens, au fil des ans et d'une solitude apprivoisée, j'ai ressenti un besoin de lecture et de profondeur. C'est là où je dois dire aussi que je suis politiquement de gauche, d'une gauche que l'on dirait radicale. Anti-capitaliste, pour une refondation politique, pour une vie plus harmonieuse, égalitaire et soucieuse du bien-être de chacun. 'De chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins'. Peu goûteur néanmoins de la prose trop matérialiste de pas mal de penseurs de cet univers, je suis toutefois tombé sur quelques 'méditations' de François Bégaudeau quant à la foi chrétienne qui m'ont fait me poser des questions dans mon propre rapport à la religion et dans cet alliage gauche/catholicisme que je pensais insoluble. Puis je me suis tourné vers Simone Weil. Et vous pouvez le sentir venir, là est la révélation. Révélation politique, révélation humaniste. Et enfin révélation spirituelle de ce que peut être l'amour de Dieu. De Weil (je suis loin d'en avoir tout lu, et encore moins d'en avoir tout saisi), je suis revenu aux Évangiles, puis j'ai lu Thérèse de Lisieux, puis Saint-Augustin, puis j'envisage par exemple là de lire Eckhart. Et voilà que je passe d'entractes de quelques jours à une période sans discontinuer de fortification de l'âme depuis plusieurs semaines. Et d'un sentiment de plein accord à la fois avec moi-même et avec le monde tel qu'il m'entoure.
Oui mais... Simone Weil peut susciter la discussion. Elle a rejeté l'Ancien Testament. Surtout, elle a rejeté l'Eglise en tant que magistère et a refusé de se faire baptiser déclarant vivre déjà sa relation au monde selon 'l'inspiration chrétienne'. Moi-même, sans déclarer comme elle avoir eu 'l'impression d'être né à l'intérieur du christianisme' et ayant été baptisé sans en avoir eu le choix, je ne sais toutefois pas quoi faire de ma relation à l'Eglise catholique. Je suis là avec ce qui me semble être de la foi et en portant de plus en plus en mon coeur la charité. Charité à laquelle j'ai souvent essayé de faire droit mais sans cadre et barré par des obstacles personnels. J'ai envie de croire que cela suffit, cela devrait suffire non ? On me dit que non. Qui me dit que non ? Des gens eux-mêmes intégrés depuis tout jeune ou depuis des années dans le bain de l'Eglise catholique et de son sacerdoce. Et donc je ne me sens pas entièrement légitime. Pas du tout légitime évidemment et avant tout parce que je ne suis qu'au début d'un chemin que j'espère désormais entretenir jusqu'à mes plus vieux jours sur terre, et je fais preuve d'une grande humilité de ce point de vue tant j'ai à apprendre, comprendre, ressentir. Pas légitime aussi parce que j'ai une certaine méfiance envers l'institution, envers ses dogmes, envers une homogénéité sociale et culturelle telle que je l'observe et la ressens. Je pense aussi comme Weil que s'il y a des inclus, c'est qu'il y a des exclus. Et je continue de ne pas savoir auprès de qui me tenir et autour de qui me réunir.
Je tiens à signaler que j'envisage de rencontrer un prêtre et/ou de faire appel à un accompagnement spirituel de mon diocèse.
Désolé pour le côté fourre-tout et la longueur de ce texte.
Je me rends compte aussi qu'il n'y a aucune question.
En vous souhaitant beaucoup de joie et au plaisir de vous lire.
Je ne me suis pas présenté dans le fil dévolu. Dites moi si cela est nécessaire. Je me suis dis que ce post ferait office de présentation. Je compte m'attacher plus à la lecture de vos messages empreints de sagesse et de connaissances qu'à une contribution qui ne sera que modeste voire très imparfaite, du moins en l'état actuel des choses.
Par où commencer ? Peut-être dire que je suis baptisé et que j'ai effectué ma communion durant mon enfance. Désormais adulte, je me suis éloigné durant de nombreuses années de toute pratique. La vie contemporaine m'a attrapé par la manche avec ses tentations et ses vanités. Totalement éloigné de tout rapport à Dieu ? Pas vraiment. Je cultivais en secret, par périodes, des moments où je m'investissais un peu plus spirituellement. Voire où je lisais même des passages de l'Ancien ou du Nouveau Testament. Comme je l'ai dit ce n'était que par périodes et de par ma faiblesse, mon environnement familial et amical, une trop grande conscience de ce que je pouvais projeter à l'extérieur, je revenais à une vie très laïque et très moderne.
Que me restait-il alors ? L'art, qui tient une place importante dans ma vie. Et peu à peu, au cours de mon existence je dois bien faire un bilan culturel qui pose en grandes figures des personnes qui eux aussi sont en quête spirituelle plus ou moins avancée. Certains font droit à la Grâce, d'autres sont mystiques, d'autres encore ont un regard très contemplatif, spirituel, profond sur le monde et son sens (sans être forcément catholiques). Amoureux de cinéma, je tiens dans mon petit panthéon personnel des réalisateurs comme Tarkovski, Bresson, Malick, Weerasethakul, Kiarostami, Schrader... 'The Tree of Life' de Terrence Malick est ainsi un film qui ne cesse de me fasciner par sa matière, sa beauté, son message. En musique, je pourrais tirer à peu près le même bilan avec des goûts encore plus hétérogènes qu'au cinéma : cela va d'Arvo Pärt à Sufjan Stevens, de Bach aux tourments de Kanye West, du chant grégorien à Nick Cave. Et que dire de la peinture et de l'architecture...
Alors tout ceci ne tient-il que d'une sensibilité, d'un affect particulier, d'une psychologie pour ainsi dire ? La vie étant ce qu'elle est avec ses ruptures dans la continuité, son nécessaire chemin et sa quête de sens, au fil des ans et d'une solitude apprivoisée, j'ai ressenti un besoin de lecture et de profondeur. C'est là où je dois dire aussi que je suis politiquement de gauche, d'une gauche que l'on dirait radicale. Anti-capitaliste, pour une refondation politique, pour une vie plus harmonieuse, égalitaire et soucieuse du bien-être de chacun. 'De chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins'. Peu goûteur néanmoins de la prose trop matérialiste de pas mal de penseurs de cet univers, je suis toutefois tombé sur quelques 'méditations' de François Bégaudeau quant à la foi chrétienne qui m'ont fait me poser des questions dans mon propre rapport à la religion et dans cet alliage gauche/catholicisme que je pensais insoluble. Puis je me suis tourné vers Simone Weil. Et vous pouvez le sentir venir, là est la révélation. Révélation politique, révélation humaniste. Et enfin révélation spirituelle de ce que peut être l'amour de Dieu. De Weil (je suis loin d'en avoir tout lu, et encore moins d'en avoir tout saisi), je suis revenu aux Évangiles, puis j'ai lu Thérèse de Lisieux, puis Saint-Augustin, puis j'envisage par exemple là de lire Eckhart. Et voilà que je passe d'entractes de quelques jours à une période sans discontinuer de fortification de l'âme depuis plusieurs semaines. Et d'un sentiment de plein accord à la fois avec moi-même et avec le monde tel qu'il m'entoure.
Oui mais... Simone Weil peut susciter la discussion. Elle a rejeté l'Ancien Testament. Surtout, elle a rejeté l'Eglise en tant que magistère et a refusé de se faire baptiser déclarant vivre déjà sa relation au monde selon 'l'inspiration chrétienne'. Moi-même, sans déclarer comme elle avoir eu 'l'impression d'être né à l'intérieur du christianisme' et ayant été baptisé sans en avoir eu le choix, je ne sais toutefois pas quoi faire de ma relation à l'Eglise catholique. Je suis là avec ce qui me semble être de la foi et en portant de plus en plus en mon coeur la charité. Charité à laquelle j'ai souvent essayé de faire droit mais sans cadre et barré par des obstacles personnels. J'ai envie de croire que cela suffit, cela devrait suffire non ? On me dit que non. Qui me dit que non ? Des gens eux-mêmes intégrés depuis tout jeune ou depuis des années dans le bain de l'Eglise catholique et de son sacerdoce. Et donc je ne me sens pas entièrement légitime. Pas du tout légitime évidemment et avant tout parce que je ne suis qu'au début d'un chemin que j'espère désormais entretenir jusqu'à mes plus vieux jours sur terre, et je fais preuve d'une grande humilité de ce point de vue tant j'ai à apprendre, comprendre, ressentir. Pas légitime aussi parce que j'ai une certaine méfiance envers l'institution, envers ses dogmes, envers une homogénéité sociale et culturelle telle que je l'observe et la ressens. Je pense aussi comme Weil que s'il y a des inclus, c'est qu'il y a des exclus. Et je continue de ne pas savoir auprès de qui me tenir et autour de qui me réunir.
Je tiens à signaler que j'envisage de rencontrer un prêtre et/ou de faire appel à un accompagnement spirituel de mon diocèse.
Désolé pour le côté fourre-tout et la longueur de ce texte.
Je me rends compte aussi qu'il n'y a aucune question.
En vous souhaitant beaucoup de joie et au plaisir de vous lire.