Finalement, je n'ai pas pu "y résister" .... Car ce n'est pas la première fois qu'Altior mets ce sujet sur le tapis.
Altior a écrit : ↑dim. 23 févr. 2025, 23:21
Dans mon Missel, il est indiqué clairement que les fidèles prononcent à haute voix seulement le
libera nos a malo. La créativité en matière liturgique n'a pas sa place dans le rite traditionnel.
la nature liturgique du « notre père » est évidente et découle du « notre », elle s’inscrit dans la lignée de l’évangile selon Saint Mathieu (18 : 20). De la prière liturgique elle a toutes les caractéristiques : mémorial, sacrifice, communion, et action de grâce.
Pour évidente qu’elle soit, sa place dans la liturgie demeure néanmoins historiquement problématique. Le premier témoignage certain est celui de St Cyrille de Jérusalem (+ en 386). Mais si les Constitutions Apostoliques n’en parlent pas, ce qui peut s’expliquer (il n’est pas strictement nécessaire au sacrement de l’eucharistie, la « fraction du pain » étant venue s’ajouter initialement à l’office en cours dans les synagogues), il a pu être pratiqué plus tôt. Il n’a probablement pas été adopté partout et en même temps. Ainsi retrouve-t-on trace de sa préconisation au concile de Tolède (le 4e, en 635), pour l’Espagne.
S’il s’agit toujours d’un rite préparatoire à la communion, sa place varie entre le canon et celle-ci :
• Après la fraction du pain en Gaule, en Syrie oriental, en Egypte, et à Rome jusqu’à St Grégoire le Grand (fin VIème siècle).
• Juste après la fin du canon et avant la Fraction du pain : Byzance et Jérusalem.
St Grégoire le Grand a imité Byzance (certes parce qu’il avait résidé longtemps à Constantinople, mais…) parce qu’il voulait surtout que le Notre Père soit dit sur les Dons consacrés, or l’usage romain était à cette époque de retirer les Dons de l’autel aussitôt après leur consécration (ils étaient mis sur un autel secondaire devant le trône pontifical). Il en a donc déplacé l’instant.
Il est toujours introduit par un préambule évoquant l’audace, celle d’oser dire à Dieu « notre Père », parce que Jésus nous l’avait enseigné ainsi. Ce préambule est tantôt variable (Gaule) tantôt invariable (Rome) et parfois long (en Orient, surtout avec la Liturgie de St Basile). Il est ensuite suivi d’une prière :
• A Byzance : par la doxologie, à laquelle on a ajouté « Père, Fils et Saint-Esprit » (on a christianisé la doxologie juive).
• En Gaule, à Rome, à Jérusalem, en Egypte, en Arménie : par un « embolisme » qui reprend les termes de la 7e demande, fait un petit commentaire puis se termine par la doxologie.
• Dans la Liturgie de Jérusalem (St Jacques), d’Alexandrie (St Marc) et d’Arménie, il reprend aussi la 6e demande.
L’usage de le dire à voix basse (par conséquent par le seul prêtre) vient probablement de l’époque où il y avait beaucoup de catéchumènes, et donc de païens aussi aux environs. Ainsi dans les offices accessibles à tous (non eucharistiques) et donc aux catéchumènes, il était dit à voix basse parce que c’était une prière « secrète » qui ne devait pas être révélée aux païens. Il était révélé aux catéchumènes au moment de leur baptême (on en retrouve trace dans les étapes de préparation au baptême, en marge des scrutins) et présent dans la partie eucharistique de la liturgie réservée aux Chrétiens :
• En Orient et en Gaule : il était chanté par tous (repris depuis 1958)
• A Rome et en Afrique : il était chanté par le célébrant, la 7e demande étant à Rome (jusque 1958, et pour l’Eglise catholique) comme un répond par tous.
• En Espagne : il était dit par le célébrant, mais ponctué par les « amen » du peuple après chaque demande.
• En Arménie : il était chanté par le clergé, les bras en croix.
Attention donc aux généralisations et simplifications hâtives, qui ne font que refléter une courte vue et falsifier la tradition.
C’est Vatican II qui a décidé de reprendre le merveilleux parcours catéchuménal antique pour les adultes, avec l’appel décisif, les scrutins, etc.
Dans ce parcours très beau, très noble, il est prévu « la remise du notre père » : ceux qui y auront assisté comprendront mieux l’explication qui précède, et d’où les traditionalistes aujourd’hui retirent l’habitude que le prêtre seul le dise tout bas – mais de toute évidence, ils ne savent plus pourquoi et y sont attachés « bêtement ». Cela explique que ce soit le prêtre seul qui la dise pour une question de rythme, et leur argument qui veut s’en servir pour dire que de le faire dire tout haut par l’assemblée est « depuis Vatican II » une façon d’encore réduire le rôle et l’importance du prêtre est tout à fait spécieux et indigne, un non-sens et une contre-vérité absolue qui manie plein de préjugés : sur le canon, sur le notre père, sur le rôle et la place des fidèles.
Leur « reconstruction » d’une vérité historique plausible leur a servi à construire ainsi de toute pièce un argument théologique totalement fallacieux, pour défendre une « opinion » médisante qui relève de leur seule sensibilité et qui en dénonce ou montre l’artifice.
Une autre hypothèse serait que cela marque le fait que le prêtre récite au nom de tous. D'ailleurs, comme dans toute la Messe dans son ensemble quand il « joue sa partie » ...
En effet, mais comme quand nous y sommes et que notre participation est demandée, cela ne se justifie plus si facilement, sauf à en faire une partie de la prière eucharistique, ce qu’elle n’est pas vu que cette prière se termine par le « per ipsum, cum ipsum… » qui en est la conclusion récapitulative et l’apothéose…
Ainsi, en être réduit à faire des suppositions (comme souvent quand il s’agit de défendre une tradition qui n’est qu’une option, et de la rendre intouchable), c’est aussi montrer pour le moins une faiblesse dans l’argumentation.
Car je ne vois pas en quoi le magistère n’aurait pas le droit de changer l’organisation et la logique liturgiques, d’autant plus qu’il y avait déjà une sorte de bizarrerie et la permission d’y déroger.
Mais le magistère ce n’est pas Altior…
De là à y voir encore une manière détournée de réduire la valeur du sacerdoce, il n’y a que l’apanage d’une contestation qui a besoin d’arguments et d’exagération pour s’affermir et qui devient déplacée.
Pie XII donna l’autorisation de le dire ou de le chanter, à l’assemblée. Antérieurement donc (en 1958) au dernier concile et cela se pratiquait même couramment avec la messe de St Pie V, quand il n’y avait encore qu’elle. Ce sont les traditionalistes « newlook » qui ont décidé d’en faire un article de différentiation - car plus il y en aura mieux ce sera sans doute pour eux et selon eux, ce qui fait vraiment pitié.
Pourtant, toutes ces classifications regroupant des populations marginales attachées à des différences qui prennent ainsi de l’importance au détriment de l’essentiel, sont bien dommageables...
La première objection qui vient à l’esprit ne demande qu’un esprit d’observation : pourquoi la monition introductive au Pater, dite par le célébrant, dirait-elle dans son expression latine maintenue dans la forme extraordinaire du rite romain : « Praeceptis salutaribus moniti et divina institutione formati AUDEMUS dicere ». En français, cela se traduit par : « NOUS osons dire. »
Remarque fort judicieuse, mais fallait-il manquer de profiter d’une occasion pour lancer une pique et « faire le malin » !
Si au moins elle nous permettait de mieux comprendre en l’occurrence le pourquoi et le comment de la liturgie, peu importe laquelle, ce serait profitable, car si ce n’est pas avec des à priori que se font des idées, à plus forte raison ne fait-on pas une liturgie avec des conclusions, ce devrait être le contraire.
Aussi masquent-t-ils les leurs sous la forme d’une accusation, celle d’une analyse prétendue mais erronée d’un existant (condamnant ainsi les chefs de l’Eglise qui s’y sont adonnés à être des « sous-théologiens ») : et si c’était la nouvelle messe qui avait raison de considérer que le Pater ne fait pas partie de la prière eucharistique, réservée au prêtre ?
Sans pour autant dire qu’il fait partie de la communion, d’ailleurs...
Car c’est (selon moi) une explosion de joie d’être ses fils, et qui profite de la réconciliation offerte par le Saint sacrifice, pour ne pas manquer à l’appel et sans aucun retard !
Le Pater est à lui tout seul une partie de la messe ! Ce qui est plus que normal pour la prière enseignée par le Christ à ses disciples, prière qui s’appelait autrefois l’oraison « dominicale » par référence à qui ? Au Dominus : au Seigneur.
Il aurait été dommage de priver la messe de cette prière…
Explosion disais-je, et de joie, un peu à l’image de ce « O salutaris Hostia », qui a été remis au goût du jour (après l’élévation) par les traditionalistes « moyen look », alors qu’il était tombé en désuétude, et à cause de quoi ?
Sinon pour copier la nouvelle messe… Pas si mauvaise, donc, dans ses intuitions exprimées !
Il reste à considérer que ce pluriel est un pluriel de noblesse ou de courtoisie, mais ne donne-t-il pas malgré tout l'impression d'être de trop ce pluriel et que dans ce cas, il nous donnerait envie de nous en aller ailleurs, pour ne pas nous sentir « inutiles » ou « récupérés ». Ne sommes-nous pas assez grands pour la faire seuls, cette prière, et si nous venons à la messe, n’est-ce pas pour y participer (un des arguments qui fut donné pour expliquer les changements) ? Or pourquoi pas là mais si ailleurs, par quel arbitrage ? Et pourquoi devrions-nous sinon prier en silence quand nous nous serions précisément réunis pour prier en ensemble !
Le « notre père » est-il réservé aux prêtres ? Non, alors...
Car avant Vatican II, selon Altior qui le râbache, le Pater n'était traditionnellement pas chanté par toute l'assemblée ! C'est Saint Grégoire le Grand, pape du sixième siècle, qui avait introduit cette prière à son emplacement actuel, à la fin de la Prière Eucharistique. Légat du pape à Constantinople, il avait connu la liturgie byzantine dans laquelle elle est chanté par toute l'assemblée, depuis un temps immémorial.
Prétendre donc que ce chant par l’assemblée serait une innovation des années suivant le concile et qui se confondrait avec la nouvelle messe plus dialoguée, et qui ferait une croix sans raison apparente sur toute la tradition latine, où l'assemblée n'aurait jamais dit ou chanté le Pater, c’est se rendre ignorant de son origine et donner une valeur absolue à une Tradition qui n’a pas eu d’autre mérite que de se l’incorporer, c’est surtout la réduire à la connaissance qu’en avait les vivants les plus âgés du moment, selon ce qui se pratiquait quand ils étaient enfants : à cela se réduit leur histoire de l’Eglise - à donc une habitude.
La récitation (chantée ou non) du Pater par toute l'assemblée a effectivement une logique différente dans le rite byzantin : puisque sa place s’y trouve isolée après la commixtion, et non à la fin du canon. C’est donc le rite latin qui l’a déplacée avant la commixtion et même la fraction du pain, ce qui ne veut pas dire qu’elle appartienne pour autant au canon (réservé au prêtre et sa fonction), puisque c’est après la conclusion de ce dernier.
Cette insertion prétendue dans le canon n’est qu’un prétexte aujourd’hui invoqué depuis peu pour justifier à posteriori que cette prière devrait être dite par le prêtre, et se démarquer d’un changement estimé préjudiciable. Elle en serait, de ce canon, une sorte de prolongation hardie ou amoureuse, langoureuse. Mais cette logique liturgique est fausse, qui elle-même plaide pour un changement antérieur et non justifié, qui aura eu lieu pendant la transposition. Elle leur a servi à construire ainsi de toute pièce un argument théologique totalement fallacieux, pour défendre une « opinion » médisante qui relève de leur seule sensibilité et en dénonce ou montre l’artifice.
Celui qui ne voudra voir et considérer toujours que le changement dans un changement, et pour le dénigrer, cela pourrait bien finir par se retourner contre lui…
En ce qui concerne la non créativité des traditionalistes, elle est évidente puisqu'à partir du moment où il ne devint plus utile de dire à voix basse ce pater, ils ont continué, et cela même quand un pape a eu l'intelligence de dire stop : pas de quoi en être fier !
En revanche, elle est aussi fausse, puisque l'initiative de le dire à voix basse est bien le fruit d'une créativité à l'égard de la présence éventuelle de catéchumènes à la messe.
Bref, la leur est tout simplement inappropriée et mauvaise, car décalée !