Nous sommes tous invités à lire et à méditer la quatrième encyclique du Pape François publiée ce 24 octobre 2024.
Une encyclique est un enseignement solennel et rare et cette nouvelle encyclique
Dilexit nos «
sur l’amour humain et divin du cœur de Jésus-Christ » surprend par sa relative et apparente abstraction par rapport aux agitations et aux actualités concrètes dans l’Église et dans le monde. On se retrouve soudain avec des réflexions qui auraient pu être écrites il y a longtemps dans un tout autre contexte.
Le Pape n’y développe guère de lien direct avec des préoccupations présentes.
Il nous parle d’amour et certains se demanderont ce qui peut bien encore être dit de neuf sur un tel sujet.
Parler de l’amour humain et divin du cœur de Jésus-Christ semble d’emblée nous emmener à un haut niveau d’abstraction.
Et pourtant, cela ne manque pas d’intérêt bien concret et actuel.
Car, si l’encyclique nous tourne vers le cœur de Jésus de Nazareth où se retrouve la plénitude de son amour aussi bien humain que divin pour chacun de nous, c’est aussi parce que ce «
Sacré-Cœur » nous révèle l’importance de notre propre cœur et le chemin de liberté, de vie et d’amour qui lui est ouvert.
Et ça, c’est d’une grande actualité.
ChristianK a écrit : ↑mar. 29 oct. 2024, 15:30
La différence entre sacré coeur et coeur tout court n'est pas assez appuyée. Le coeur tout court, c'est l'approche existentielle (anti ou a-dogmatique) post conciliaire, qui a partie liée avec la pasto mielleuse, sans défense anticonsumériste puisque ce dernier est justement lui aussi une émotion.
Bref le sacré coeur est vertical, mais pas le coeur tout court.
Appuyer la différence entre le «
Sacré-Cœur » et le cœur «
tout court » pourrait certes montrer davantage la différence entre le cœur du Fils de Dieu incarné et celui d’un être pécheur, mais il me semble que l’encyclique cherche plutôt à montrer ce qui rapproche Dieu fait homme des humains pécheurs que nous sommes et en quoi le cœur parfait de Jésus-Christ peut aider les humains pécheurs que nous sommes avec toutes nos tendances naturelles qui nous éloignent souvent de Dieu.
Appuyer la différence ou la ressemblance dépend de l’objectif que nous poursuivons car, quoi qu’il en soit, on ne peut cesser de veiller à proclamer indivisiblement autant la pleine divinité du Christ que sa pleine humanité.
Le Sacré-Cœur de Jésus, parfaitement tourné vers son Père, est, bien sûr, pleinement «
vertical » alors que le cœur «
tout court » d’un humain pécheur peut, hélas, se détourner de ce mouvement vertical, mais toute l’encyclique veut nous rappeler que Jésus vient, avec un cœur humain comme le nôtre, ouvrir un chemin pour restaurer ce mouvement vertical vers le Père dans notre propre cœur.
L’encyclique commence par présenter longuement (n°s 2 à 30) ce qu’est le cœur humain «
tout court ». Et, à cet égard, le Sacré-Cœur de Jésus est pleinement un cœur humain. «
Le Fils éternel de Dieu, qui me transcende infiniment, a aussi voulu m’aimer avec un cœur humain. » (n° 60)
Citant son prédécesseur Benoît XVI, le Pape François rappelle que «
De l’horizon infini de son amour, Dieu a voulu entrer dans les limites de l’histoire et de la condition humaine, prenant un corps et un cœur ; si bien que nous pouvons contempler et rencontrer l’infini dans le fini, le Mystère invisible et ineffable dans le Cœur humain de Jésus, le Nazaréen » (n° 64).
Mais, «
Prenons garde : rendons-nous compte que notre cœur n’est pas autosuffisant, qu’il est fragile et blessé. » (n° 30). La différence est là essentielle par rapport au Sacré-Cœur du Christ, même si l’encyclique ne reprend pas ici tout l’enseignement sur le péché originel et sur notre nature pécheresse héritée de nos premiers parents.
ChristianK a écrit : ↑mar. 29 oct. 2024, 15:30
Une autre erreur est de dire que la philo a négligé le coeur au profit de la raison. C'est faux car la philo du coeur est encore de la philo, c'est la pensée existentielle, émotive, manipulable et molle à souhait.
Parler du cœur, ce n’est pas une ouverture à de la mièvrerie ou du mondain, ni une approche «
pasto-mielleuse » par une pensée «
émotive, manipulable et molle à souhait », bien au contraire. C’est un chemin solide et puissant qui délivre des déterminismes et restaure l’espérance dans nos propres chemins obstrués.
Le Pape observe que beaucoup de sentent en sécurité «
dans le domaine plus contrôlable de l’intelligence et de la volonté afin de construire leurs systèmes de pensée. » (id., n° 10)
À cet égard, le cœur pleinement humain autant que divin de Jésus de Nazareth vient nous enseigner que notre cœur est capable de la perfection, même si, pour les pécheurs que nous sommes, il a besoin d’être guéri du péché qui le blesse et souvent l’égare.
L’encyclique nous enseigne ce qu’est le cœur humain, comment il «
fonctionne », toute la puissance qu’il permet de déployer, et en quoi il est un chemin qui assure la liberté à chaque humain et lui permet de vivre en harmonie avec les autres, avec toute la création et avec son Père des Cieux. En bref, d’aimer.
Citant une catéchèse de saint Jean-Paul II, le Pape François attire l’attention sur le fait que «
L’homme contemporain est souvent perturbé, divisé, presque privé d’un principe intérieur qui crée l’unité et l’harmonie de son être et de son agir. Malheureusement, des modèles de comportement assez répandus amplifient sa dimension rationnelle et technologique, ou à l’inverse sa dimension instinctive » (Audience du 8 juin 1994, cité par
Dilexit nos, n° 9).
Cette même catéchèse rappelait, en outre, qu’en réalité, «
le centre de la personne n'est ni pure raison ni pur instinct. Le centre de la personne est ce que la Bible appelle le "cœur" ».
Hélas, le Pape François doit faire ce constat fondamental : «
Le cœur fait défaut ».
À cet égard, à notre époque et surtout dans le monde occidental, la référence à la dimension instinctive ou intuitive de l’humain est devenue, pour beaucoup, un véritable tabou car ils pensent qu’une telle référence ne fait que nourrir des populismes irrationnels alors que la vérité objective devrait simplement être un fait reconnu scientifiquement, sans Dieu et du seul fait de la raison.
La pensée dominante de notre époque fait croire à une toute puissance du savoir humain qui donnerait accès au vrai et au bien par une démonstration de type technique qui n’aurait besoin ni d’amour, ni de Dieu, ni d’aucune spiritualité au-delà de la raison terrestre. La vraie connaissance serait exclusivement rationnelle, scientifique et technique. Nous n’aurions aucune liberté d’appréciation, mais seulement la possibilité de découvrir le vrai et le bien au moyen du meilleur savoir éclairé par les meilleurs experts.
Voilà la grande
fake news de notre époque !
Aujourd’hui, il y a une tendance lourde à penser de manière binaire en considérant qu’il existerait ainsi un bien collectif démontrable par des arguments scientifiques ou objectifs. Sans aucune liberté, l’humain n’aurait pas d’autre choix que de la chercher et de la trouver. Et, il en résulte, pour ceux qui adhèrent à cette idéologie, que ceux qui pensent autrement ou contestent ce «
bien » connu par «
ceux qui savent » sont considérés comme étant soit mal informés ou désinformés par la propagande de gens mauvais, soit eux-mêmes mauvais ou sous influence trompeuse.
Mais, si certains croient posséder cette vérité, ce bien objectif, au point de considérer tout avis contraire comme des
fake news, de la désinformation contraire au bien dont il faudrait préserver la société des influences néfastes, n’est-ce pas un chemin vers un nouveau totalitarisme où le bien c’est moi et le mal c’est l’autre ?
Et demain, lorsque l’intelligence artificielle aura supplanté les raisonnements humains, l’humanité n’aura-t-elle plus d’autre choix que de suivre les injonctions de la technologie, des experts, de ceux qui savent, en considérant les opinions autres comme méprisables ?
L’encyclique
Dilexit nos ouvre un tout autre regard sur les possibilités du cœur humain qui n’enferme pas notre liberté mais constitue, au contraire, un centre unificateur bien plus large que les connaissances humaines.
Notre cœur est comme un super «
disque dur » dont les algorithmes intègrent toutes les connaissances de l’être humain de manière harmonieuse, y compris une «
connaissance » spirituelle par laquelle Dieu est proche de nous.
L’être humain est un être créé libre.
L’organisation rationnelle du monde que la science fait connaître sans cesse davantage n’épuise pas le réel.
Non, l’homme n’est pas obligé de suivre nécessairement un choix prédéterminé que des arguments scientifiques ou rationnels lui imposent.
Et, c’est ici que l’enseignement du Pape François s’avère très pertinent.
Non, la vérité ou le bien ne résulte pas uniquement d’une accumulation d’arguments et de constats objectifs, d’un savoir déterminé par des experts de la technique ou du droit.
Il faut observer l’athéisme de cette position contemporaine qui n’accepte pas que la vérité puisse se nourrir ailleurs que dans les argumentaires rationnels ou technologiques.
Le vote d’électeurs et les décisions personnelles des humains (pensons aux engagements pour la vie dans le mariage ou la vie consacrée) ne dépendent pas seulement de la raison et des arguments qu’elle peut développer.
Il y a une réalité spirituelle au-delà de ce monde visible et de ce que la raison peut saisir par des mots humains.
Le croyant se met à l’écoute d’un vis-à-vis dans ce monde spirituel qu’il nomme «
Dieu ». Il croit que ce «
Dieu » vient vers lui, lui parle et agit.
Le chrétien proclame que Dieu s’est fait humain en Jésus de Nazareth qui a révélé pleinement ce que nous sommes en franchissant la mort physique qui, pour la seule raison, est une limite infranchissable.
Il y a un au-delà et nous n’y sommes pas étrangers.
Au-delà de tout ce que le cerveau de notre corps nous permet de comprendre, il y a Dieu et un lien avec le «
monde » de Dieu. Avec nos pauvres mots, nous qualifions ce monde de «
spirituel ». On dit aussi les «
cieux ».
C’est sur notre lien avec cette réalité spirituelle que le Pape François attire notre attention.
Car, nous avons un cœur qui a accès, non seulement à toutes nos connaissances et sensibilités terrestres, mais aussi simultanément à cette réalité spirituelle et qui peut agir en harmonie avec elle.
Sur le plan physique, chacun comprend parfaitement que le muscle cardiaque fait circuler le sang dans tout notre corps et en cela il est généralement considéré comme l’organe principal de notre corps, même si la science moderne a davantage mis en avant notre cerveau en tant que moteur de notre intelligence et de tout notre système neurologique.
Ce cœur physique du corps a, de tous temps, été retenu comme une image pertinente pour exprimer le plus profond des affections, des désirs et des volontés des humains.
Dans une belle et courte synthèse philosophique, le Pape François rappelle que «
Dans le grec classique profane, le terme kardia désigne le tréfonds des êtres humains, des animaux et des plantes. Il indique chez Homère, non seulement le centre corporel, mais aussi le centre émotionnel et spirituel de l’homme », que «
Le cœur acquiert chez Platon une fonction de “synthèse” du rationnel et des tendances de chacun » et que «
nous voyons depuis l’antiquité l’importance de considérer l’être humain non pas comme une somme de diverses facultés, mais comme un ensemble âme-corps avec un centre unificateur qui donne à tout ce que vit la personne un sens et une orientation » (id., n° 3)
À cet égard, le Pape François rappelle que l’être humain complet est une «
personne corporelle et spirituelle » (id., n° 15).
«
Tout s’unifie dans le cœur qui peut être le siège de l’amour avec la totalité de ses composantes spirituelles, émotionnelles et même physiques. » (id., n° 21)
Beaucoup redoutent à notre époque les dérapages possibles des références à du spirituel non rationnel.
Et, en effet, au-delà de la raison, où serait la limite ? Tous les délires semblent possibles et redoutables sans restriction.
Mais, le cœur humain est ce centre unificateur qui, au plus profond de l’être humain, parvient à faire une synthèse qui, mystérieusement, peut unifier toute la rationalité et ses exigences autant que des inflexions qui viennent d’un ailleurs indéfinissable et qu’il ressent au plus profond de lui-même. Dieu Lui-même se trouve à la porte, prêt à venir dans le cœur qui s’ouvre à Lui.
Dans son cœur, l’humain a accès à un au-delà de la rationalité, une vraie liberté d’accueillir en lui des tendances, des désirs, des émotions, des sensibilités qui lui viennent d’une réalité à laquelle la science ou la technologie n’ont pas accès seuls.
C’est parce le cœur humain a accès à cet au-delà de la science et de la technologie que la démocratie prend tout son sens et n’est jamais totalement enfermable dans les arguments et des discussions qui peuvent précéder un choix.
C’est parce que le plus pauvre et le moins éduqué a accès à cet au-delà aussi bien que le plus riche et le mieux informé que la démocratie universelle où chacun a une voix prend tout son sens.
Car le pauvre seul et mal informé peut parfois trouver dans son cœur assez de conviction pour percevoir une vérité que les meilleurs savants ou une majorité dominante ne perçoit pas.
Cela rejoint l’idée démocratique que le bien collectif se trouve par la confrontation de points de vue divergents et par le dialogue auquel tous peuvent participer et pas seulement ceux qui se croient détenteurs ou experts d’un savoir prédéterminé.
Le Pape François observe que «
lorsqu’une réalité est saisie avec le cœur il est possible de mieux la connaître, et plus complètement » (n° 16).
Le cœur ne méprise pas la raison, ni les réalités visibles, mais, au tréfonds de l’humain, il réalise une synthèse avec d’autres réalités.
Il peut le faire parce qu’il n’est pas seulement un être corporel, mais aussi et indivisiblement, un être spirituel.
Lors de sa création, l’humain a reçu un souffle divin qui l’a fait exister avec un corps, par un corps et dans un corps pour en faire une nature unique indivisiblement corporelle et spirituelle.
La trace ou la caractéristique laissée par le souffle créateur spécifique de l’humanité, c’est ce que nous pouvons nommer «
l’esprit humain ». Cet esprit humain demeure en nous le moyen d’accès à un au-delà du monde scientifiquement observable, qui nous permet de percevoir une parole spirituelle dans notre cœur.
Cet esprit dans et avec un corps muni d’un cerveau intelligent et rationnel autant que d’un système neurologique qui façonne le tempérament et la sensibilité, voilà ce qui singularise l’humain.
Nous sommes corps, esprit et âme (1 Thess 5, 23). Mais, notre personne, notre âme, est façonnée par cette union de l’esprit insufflé par Dieu et d’un corps singulier. Au plus profond de notre âme, notre cœur fait sans cesse la synthèse de tout ce qui influence notre vie pour faire émerger les choix libres de notre affection, de nos désirs et de notre volonté.
En Jésus de Nazareth, ce cœur atteint la perfection dans une unité et une harmonie parfaites avec le Père vers qui le cœur du Christ penche infailliblement de sorte que ses affections, ses désirs et sa volonté s’unissent dans une parfaite communion avec ceux du Père.
C’est ce cœur sacré qui est devenu, pour toute l’Église, le Sacré-Cœur.
Un modèle pour comprendre notre propre cœur. Un modèle pour le sauver.