aldebaran a écrit : ↑jeu. 11 avr. 2024, 13:50
Cecile42 a écrit :J'aurais pu écrire, mot pour mot, vos quatre premiers paragraphes ! Ils sont le strict reflet de notre histoire. Je trouve cette correspondance effrayante parceque ça voudrait dire, un peu, que c'est une fatalité.
Bonjour Cecile42,
J'ai essayé de réfléchir à comment continuer de vous répondre au mieux ; on pourrait écrire des romans sur ce genre de situation, mais puisque nous partageons à la fois le vécu et le ressenti, autant aller à l'essentiel.
Fatalité peut se comprendre sous plusieurs sens. Je préfère considérer le cas comme une épreuve, dans le sens positif. C'est ce que j'ai compris de Jésus au travers de plusieurs écrits mystiques (recommandés par lui et donc partageables et enseignables pour tous).
Beaucoup ne comprendront pas, ou s'offusqueront, mais peu importe que chacun avance avec sa conscience. Jésus est exigent, vraiment, et d'une exigence croissante (discuté et approuvé avec des prêtres confesseurs), mais il ne fait qu'éprouver notre foi et c'est à l'échelle de son intérêt. Pour sa gloire et notre destinée, le pendant du "faites vous des trésors dans le Ciel". A nous d'avancer conformément à Ses commandements de charité et d'humilité. "Ordre, patience, constance, charité". "Résignation, remerciement, ...".
Notre place est d'être fidèle à Dieu et à notre conjoint, nous sommes exactement où nous devons être soyez en persuadée comme je le suis.
Je vous soupçonne plus jeune que moi, et je n'aurais pas dit cela avant tant oui c'est dur, très dur. Et puis cela s'est dégagé comme une évidence, avec la paix et la joie.
Juste mes très humbles conseils:
- Ne restez pas seule, car vraiment par moment c'est très pesant, presque insupportable. Le "mais qu'est ce que j'ai fait au bon Dieu pour en arriver là" m'est venu combien de fois au bord des lèvres pour le crier?
Et quelle meilleure compagnie que celle de Dieu / Jésus Lui-Même. Jésus et la Vierge Marie sont très accessibles en réalité (créature immaculée mais créature, et Dieu incarné une parcelle de notre temps). J'espère que la prière vous est facile (ce n'est pas le cas de tout le monde), mais vraiment nouez un dialogue serré avec eux. Incluez les saints intercesseurs. Pas besoin de demander, leur parler intimement et avec amour est la voie, ils savent mieux que nous ce dont nous avons besoin.
- Les déplacements sur les lieux saints sont d'un grand réconfort. Pour nous c'est Lisieux (plus proche), et Lourdes tous les ans (on couple avec un séjour de vacances dans ce quart de France. Lourdes non pour la guérison, mais pour sa force vivifiante. Quand on entre dans le sanctuaire, c'est comme si toute la noirceur de monde restait à l'extérieur, et tous les démons imaginables.
La foi a également beaucoup aidé ma femme (comme pour votre mari), et à ma grande satisfaction elle progresse dans ce sens (la foi est en réalité un long cheminement, qui évite le chemin trompeur facile).
- Si vous avez la chance d'avoir des amis chrétiens charitables, ce sont des moments de respiration. Nous avons rencontré il y a peu un couple vraiment admirable (tradis FSSP et qui vivent la foi à chaque instant, ils sont formidables).
- Et évidemment si vous connaissez un prêtre ouvert et attentif à la direction de conscience, il sera la personne à consulter régulièrement. Mon expérience a été décevante mais ce n'est que mon pauvre petit cas.
Au final, sachez que je vous comprends, oh oui je vous comprends parfaitement. Mais je vous encourage : vous êtes sur le bon chemin, persistez avec force, et je l'espère une joie surnaturelle réelle ou à venir. La vie terrestre est courte au final, mais je sais que tout et tout le monde est là pour nous persuader que c'est le seul moment qui compte. Alors que c'est tout le contraire. Il suffit de contempler Jésus sur le tableau de la Miséricorde pour s'en imprégner.
Mes pensées et mes prières vont vers vous. Courage...
Bonjour Aldebaran,
Je vous réponds bien tard, mais soyez assuré de l'importance pour moi de vos messages.
J'ai confiance dans le Seigneur et je sais que mon chemin est encore long et sera rempli d'épreuves.
J'ai passé mon baptême et ma communion, puis nous avons tous fait notre confirmation. Entre ces sacrements, mon conjoint était en crise, tourmenté, tournant le dos au Seigneur, à la Sainte Messe. Il a fui. Il a fait un scandale le jour de mon baptême. Je sentais venir la "crise"...Il a même déclaré qu'il 'r croyait plus.
Je conduisais seule la famille à la Messe. Je l'excusais. ("Il a beaucoup de travail en ce moment" , "C'est le retour des pollens, il est fatigué"). J'ai bien vu qu'il traversait un moment de crise, qu'il cherchait à tout faire rater car lui-même se croit incapable et faible face à la maladie. Taraudé par le diable, fâché de ma conversion ?
Je suis restée constante, terre à terre, l'endurance, la patience, le long terme. Les petites choses. Le réconfort des petites choses. Faire un cours d'anglais à mon fils. Apprendre l'alphabet à ma fille. Tricoter une écharpe.
Il s'est libéré, m'a confié ses doutes, ses craintes , ses hantises. Des espérances aussi, son désir d'aller mieux.
On a commencé une thérapie de couple catholique pour nous aider à mieux communiquer ; il a aussi passé sa confirmation avec moi et mon aîné, ce qu'il repoussait sans cesse.
Il trouve du réconfort dans la confession. Je le sens commencer d'habiter sa foi.
En ce qui me concerne, j'etaye la mienne. J'ai choisi Cécile comme prénom de confirmation, car c'est une sainte qui a emmené son mari à la Foi.
J'ai également eu un moment de noirceur. Le quatrième dimanche d'absence de mon conjoint à la Messe....je n'ai plus voulu déranger le Seigneur avec notre souffrance.
Mi-juin nous ferons le pèlerinage au Sanctuaire de Montligeon pour les âmes du purgatoire. J'aimerais beaucoup aller à Lourdes, j'en ai parlé à mon mari, mais pour l'instant il refuse étrangement de mêler ses soins à sa foi. Je pense que ça viendra.
Nous essayons de nouer des amitiés à la paroisse mais cela est compliqué par l'instabilité des crises. Je devais rencontrer à nouveau ma marraine de baptême, mais je n'ai pu...
Nous nous ouvrons désormais en confession, avec les aléas du confesseur du jour, mais c'est une question d'organisation au final. Mon mari commence d'apprécier certains abbés dans leurs conseils.
En ce qui me concerne, je suis encore tellement touchée de simplement faire acte de contrition, confession, pénitence que ce sont les actes en eux-même qui me portent.
Si seule notre vie terrestre comptait, elle serait triste et vaine. Nous serions des animaux vivants dans l'instant et nulle beauté, nulle espérance ne pourrait nous toucher. On vivrait pour nous-mêmes, sans dépassement de soi, tels du bétail qui se laisse loger, nourrir, séparer et abattre par le fermier.
Mais non, on est faits pour croître, nous élever et choisir toujours, tous les jours , de continuer ou non le chemin de vie, l'édification.
Ça ne va pas sans heurts, blessures, chutes. Mais quels trésors on récolte en chemin.
Le regard de mon fils, quand je regagnais ma place de confirmée, en est un.