Ceci étant un texte pour réfléchir, j'expose une simple réflexion sur le sujet :
ChristianK a écrit : ↑lun. 26 févr. 2024, 23:57
Voici un texte pour réfléchir. Somme I Q 20
"4. Rien n’empêche d’éprouver, à l’égard du même objet, de l’amour sous un certain rapport, et de la haine sous un
autre. Dieu aime les pécheurs en tant qu’ils sont des natures déterminées et qu’ils sont par lui.
Mais en tant qu’ils
sont pécheurs, ils ne sont pas, ils manquent à l’être, et en eux cela n’est pas de Dieu : c’est pourquoi, sous ce rapport,
ils sont haïs par Dieu."
Et pourtant, ils sont...
Disons qu'il faut distinguer l'être de l'avoir.
Le problème est que dans nos langages, nous avons pris l'habitude de parler de ce qui est de l'ordre de l'avoir avec le verbe être.
Ex : je suis pécheur / j'ai péché.
Le péché est-il de l'ordre de l'être ou de l'avoir, du substantiel ou de l'accidentel, du fondement ou du superficiel ?
"et en eux cela n’est pas de Dieu"
Et donc, ce qui
en eux n'est pas de Dieu est "haï".
Un passage que j'avais déjà cité d'un livre "une jeunesse sexuellement libérée (ou presque)" de Thérèse Hargot exprimait de façon intéressante cette idée :
"Or, être ou ne pas être homosexuel, telle est la question qu'il ne faudrait pas se poser. Tout simplement parce qu'" être homosexuel ", ça n'existe pas. Absolument, c'est une pure construction idéologique ! Tu es Marcel, Estelle, Gabriel ou Michelle mais tu n'es pas" homosexuel(le)" ni même "hétérosexuel(le)", " transsexuel(le)", "bisexuel(le)" ou n'importe quelle autre catégorie dans laquelle on voudrait te faire rentrer, si flexible semble-t-elle.
Certes, tu peux avoir un désir amoureux et sexuel envers une personne de même sexe, tu peux avoir des fantasmes en tout genre, tu peux avoir une tendance à te comporter d'une certaine manière, tu peux avoir du plaisir dans telle ou telle situation, tu peux choisir de vivre ta vie intime avec telle ou telle personne... Mais en aucun cas, ces expériences ne déterminent l'être profond ; tout cela relève de l'ordre de la possession, pas de l'existence. L'existence d'un être ne dépend pas de ses désirs, de ses amours, de ses fantasmes, de ses activités sexuelles, de sa situation matrimoniale ou de ses valeurs. Quand bien même ils prennent une place importante dans la vie, la personne ne saurait s'y réduire.
Et cela est d'autant plus vrai qu'il s'agit ici de la sexualité qui, par nature, est une expérience humaine complexe, multiple et contradictoire. En s'identifiant à ce qui n'est en fait que des " identités superficielles" - parce que temporelles et partielles - on empêche toute perspective d'évolution, on emprisonne l'individu derrière une étiquette, on lui retire sa liberté. Au lieu de dire, "je suis hétérosexuel", " je suis amoureux ", " je suis avec... ", le vécu doit apprendre à s'exprimer avec le verbe avoir : " j'ai une attirance sexuelle envers... ", " j'ai un sentiment amoureux pour... ", " j'ai une relation de couple avec... ". Car je ne suis ni mes attirances, ni mes sentiments, ni mes relations."
D'ailleurs, si l’être se confondait avec le péché alors il n'y aurait rien de sauvable, le péché n'étant pas sauvable, et cette confusion entre l'être et le péché empêcherait toute distance salvifique.
"c’est pourquoi, sous ce rapport,
ils sont haïs par Dieu"
"Dieu hait le pécheur"
En-dehors de l'indistinction entre l'être et le péché, cette idée de haine serait comme si c'était le péché qui provoquait, imposait une réaction en Dieu. Comme si le non-être du péché était
en relation avec l'absolu, l'Être.
Or, la nature du péché est justement l'absence de relation, la relation étant le propre de l'être, de l'amour.
Plutôt que de haine, il s'agirait davantage du fait que le péché est incompatible avec le divin, qu'il ne peut y avoir union des deux, unité.
Même si Dieu est accueil, ouverture, il ne peut pas accueillir ce qui est refus, division.
La haine ce serait comme s'il y avait conflit en Dieu. Or, Dieu est égal à lui-même. Sa volonté va dans un sens et pas dans l'autre. Elle va dans un sens et ne va pas en son contraire. Ce n'est pas le péché (le refus de la créature) qui oriente la volonté divine (volonté conséquente), mais c'est la volonté divine qui oriente.
«Vois ! Je suis Dieu. Vois ! Je suis en toute chose. Vois ! Je fais toute chose ! Vois ! Je ne retire jamais ma main de mes œuvres, et jamais je ne la retirerai dans les siècles des siècles. Vois ! Je conduis toute chose à la fin que je lui ai assignée de toute éternité, avec la même puissance, la même sagesse, le même amour que lorsque je l'ai créée. Comment pourrait-il se faire qu'aucune soit mauvaise ?» ("Le livre des révélations", Julienne de Norwich)
La volonté, l'être, l'intellect ne sont pas séparés, partitionnés en Dieu mais en l'homme car l'homme n'est pas unifié mais divisé.
Or, Dieu est Un en lui-même, sa volonté exprime son être alors que la volonté de l'homme n'exprime pas systématiquement l'être mais peut être dirigé par des forces, des contraires en lui.
Il n'y a pas de contraires en Dieu.
D'ailleurs, est-il tout à fait correct de parler de ce que Dieu
ne voudrait
pas ? La volonté divine peut-elle être négative ?
Il me semble qu'il est généralement parlé de ce que Dieu veut davantage que de ce que Dieu ne veut pas (Expression de l'être qui n'est que positive, affirmative). Et certainement que lorsqu'il est parlé de ce que Dieu ne veut pas, il s'agit surtout d'une façon de parler. C'est subtil mais davantage que de dire "Dieu ne veut pas le péché ", il paraît plus adéquat de dire "Dieu veut que l'homme ne pèche pas " et mieux encore "Dieu veut que l'homme se tourne vers lui".
Lorsque l'on entre dans le "ne veut pas", dans une volonté négative, n'entre-t-on pas dans un rapport, dans une relation avec le péché en ce qu'il n'y a plus expression de la volonté/être mais intéraction avec le péché ? De même pour la haine. Dieu est amour, c'est l'expression de son être. Or, que Dieu haïsse et cela le fait entrer en intéraction avec le péché. Le problème étant ici qu'il ne s'agit plus seulement d'une réponse de Dieu au problème du péché, mais d'une réaction en son être-même au péché. Il est atteint en sa divinité.
Or, ce n'est pas le péché qui agit sur Dieu mais c'est Dieu par l'incarnation qui transforme un mal en bien, qui agit sur le péché.
Est-il d'ailleurs tout à fait correct l'idée de condamnation par Dieu ? N'est-ce pas l'homme en relation avec le péché qui se condamne ? Alors que Dieu sauve ?
C'est le propre de ce qui est divisé que d'être dans une volonté négative, d'être dans les contraires.
Ainsi, Dieu n'est que volonté positive car Un. Confronté aux contraires du créé, il le dépasse par sa volonté positive. L'homme dit "non", Dieu prévoit la rédemption. L'homme veut l'enfer, Dieu veut le salut.
Par conséquent, il m'apparaît difficilement concevable l'idée de haine en Dieu.