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Désignation d'un Pontife Romain
Publié : mer. 08 nov. 2023, 15:06
par Olivier JC
Bonjour,
Sans doute en avez-vous entendu parler, des rumeurs existent selon lesquelles le pape souhaiterait réformer les règles gouvernant la période de Sede Vacatante et l'élection du Pontife Romain. Quoiqu'il en soit de la crédibilité de ces rumeurs et de ce qui deviendra réalité, ces rumeurs font surgir une question intéressant d'ordre théologique (c'est à dessein que ce sujet n'est pas ouvert dans la section relative à la Vie de l'Eglise, mais celle relative à la Théologie).
Il relève de la constitution divine de l'Eglise que l'évêque de l'Eglise de Rome est Souverain Pontife de l'Eglise universelle, sujet du pouvoir suprême et plénier au sein de l'Eglise.
Depuis plus d'un millénaire, le Souverain Pontife est élu par le collège des cardinaux, qui représente à l'origine le presbyterium de l'Eglise de Rome et représente également depuis le dernier Concile, selon ce qu'indiquait S. Jean-Paul II dans la Constitution Universi Dominici Gregis, l'universalité de l'Eglise à raison de l'origine géographique et culturelle de ses membres.
Jusqu'où le Souverain Pontife, dont il est acquis qu'il lui est loisible de modifier les règles de désignation de son successeur comme le rappelle S. Jean-Paul II dans la Constitution Universi Dominici Gregis, peut-il aller sans se heurter à une règle minimale relevant de la constitution divine de l'Eglise et, comme telle, qu'il ne serait pas en son pouvoir d'amender, abroger ou contredire ?
Pour aller jusqu'à la caricature, le Souverain Pontife peut-il décider qu'il lui revient de désigner son successeur ?
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Re: Désignation d'un Pontife Romain
Publié : mer. 08 nov. 2023, 16:43
par Perlum Pimpum
le Souverain Pontife peut-il décider qu'il lui revient de désigner son successeur ?
Non, car si la nomination prend effet avant la vacance du siège, il y aura deux papes (non pas un pape émérite et un pape réel, mais deux papes réels), ce qui est impossible, tandis que si la nomination n’est effective qu’à la vacance du siège, le siège étant vacant, n’est aucun pape régnant pour nommer validement.

Re: Désignation d'un Pontife Romain
Publié : mer. 08 nov. 2023, 16:50
par Perlum Pimpum
Jusqu'où le Souverain Pontife… peut-il aller sans se heurter à une règle minimale relevant de la constitution divine de l'Eglise ?
Jusqu’aux limites de cette constitution.

Re: Désignation d'un Pontife Romain
Publié : mer. 08 nov. 2023, 17:34
par Olivier JC
Perlum Pimpum a écrit : ↑mer. 08 nov. 2023, 16:43
le Souverain Pontife peut-il décider qu'il lui revient de désigner son successeur ?
Non, car si la nomination prend effet avant la vacance du siège, il y aura deux papes (non pas un pape émérite et un pape réel, mais deux papes réels), ce qui est impossible, tandis que si la nomination n’est effective qu’à la vacance du siège, le siège étant vacant, n’est aucun pape régnant pour nommer validement.
Vous voilà fort peu inspiré sur le sujet... Ne serait-il pas loisible en pareille hypothèse au Souverain Pontife de décréter la prise d'effet concomitante à la réception par ses soins de sa convocation devant Notre Seigneur ?
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Re: Désignation d'un Pontife Romain
Publié : mer. 08 nov. 2023, 18:06
par Perlum Pimpum
Il faudrait donc qu’à l’instant de son trépas, le pape soit encore vivant (pour conférer la juridiction), mais déjà mort (pour éviter la dualitè des papes). Bref, vous ressuscitez ici votre instant des morts-vivants, qui me fait toujours autant rire. Mieux, en cet instant grand-guignolesque, vous aurez deux papes, votre mort étant encore vivant, et vivant encore pape, concurremment à l’autre…
Je vous ai connu mieux inspiré.

Re: Désignation d'un Pontife Romain
Publié : mer. 08 nov. 2023, 18:24
par Olivier JC
Perlum Pimpum a écrit : ↑mer. 08 nov. 2023, 18:06Il faudrait donc qu’à l’instant de son trépas, le pape soit encore vivant (pour conférer la juridiction), mais déjà mort (pour éviter la dualitè des papes).
Je suis perplexe face à votre réponse... Le Souverain Pontife ne reçoit sa juridiction de personne sinon de Notre Seigneur Lui-même au moment prescrit par le droit ecclésiastique, à savoir à ce jour et selon le canon 332 par l'acceptation de son élection.
Vous usez de la facilité de l'ironie pour éviter, manifestement, de reconnaître votre ignorance en la matière (je ne vous la reproche pas, je la partage)...
Il semble cependant que ce soit tout à fait possible puisque déjà survenu. Boniface II fut en effet désigné par son prédécesseur Félix IV, non sans contestations cependant, et il reste à ce jour regardé comme ayant été un légitime évêque de Rome (c'est d'ailleurs à lui que le second Concile d'Orange de 529 doit son approbation pontificale).
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Re: Désignation d'un Pontife Romain
Publié : mer. 08 nov. 2023, 19:38
par Toto2
Olivier JC a écrit : ↑mer. 08 nov. 2023, 15:06
Jusqu'où le Souverain Pontife, dont il est acquis qu'il lui est loisible de modifier les règles de désignation de son successeur comme le rappelle S. Jean-Paul II dans la Constitution
Universi Dominici Gregis, peut-il aller sans se heurter à une règle minimale relevant de la constitution divine de l'Eglise et, comme telle, qu'il ne serait pas en son pouvoir d'amender, abroger ou contredire ?
Pour aller jusqu'à la caricature, le Souverain Pontife peut-il décider qu'il lui revient de désigner son successeur ?
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Bonsoir,
Le dictionnaire de la théologie catholique, article "ÉLECTION DES PAPES I. Le mode d'élection à la papauté est-il de droit divin ? II. Le pape peut il choisir son successeur?", répond à vos deux questions :
1. le mode d'élection du Pape n'est pas une règle de droit divin
2. Un pape n'a pas à choisir son successeur. Sur votre exemple, qui est un cas manifestement unique, le DTC relève que :
saint Félix IV (526-530) choisit pour coadjuteur un prêtre romain, Boniface, et le désigna aux suffrages des électeurs pour sa succession.
Mais il ne le nomma pas lui-même définitivement. Du moins, cela n’est pas démontré.
Le reste de l'article montre qu'il faut faire la différence entre une désignation "je nomme Bidule comme mon successeur, que cela vous plaise ou non" et une recommandation "il me plairait que vous envisagiez sérieusement l'hypothèse de Bidule comme pape, mais bien sûr votre vote est libre et vous pouvez décider de prendre quelqu'un d'autre".
Perlum Pimpum, vous écrivez :
si la nomination n’est effective qu’à la vacance du siège, le siège étant vacant, n’est aucun pape régnant pour nommer validement.
Vraie question : supposons que le Pape François nomme Gérard évêque de Lyon, à compter du 1er décembre 2023. Supposons que le pape François décède le 15 novembre, et que le 1er décembre, il n'y ait eu aucune élection du nouveau Pape. Gérard prendra-t-il son poste à Lyon le 1er décembre 2023, nonobstant la vacance du Siège apostolique ? Pour moi, oui, les actes d'un Pape, même à date d'effet ultérieure à son décès, sont censés s'appliquer tant qu'un nouveau Pape ne les a pas infirmés. Il est tout à fait possible aussi que je me trompe.
Mais si j'ai raison, si le Pape François nomme Albert évêque de Rome à compter du 20 novembre et décède le 15 novembre, je ne vois pas en quoi la vacance du Siège apostolique empêcherait la validité de l'acte de nomination.
Je ne dis évidemment pas que le Pape pourrait nommer son successeur : je me borne à indiquer que j'ai un doute quant à la recevabilité de cet argument (il en existe heureusement d'autres), mais je reconnais que je ne suis pas du tout un expert sur la question.
Re: Désignation d'un Pontife Romain
Publié : mer. 08 nov. 2023, 20:09
par Perlum Pimpum
Olivier JC a écrit : ↑mer. 08 nov. 2023, 18:24
Je suis perplexe face à votre réponse... Le Souverain Pontife ne reçoit sa juridiction de personne sinon de Notre Seigneur Lui-même au moment prescrit par le droit ecclésiastique, à savoir à ce jour et selon le canon 332 par l'acceptation de son élection.
Et comment pourrait-il accepter sa nomination si le pape l’ayant précédemment nommé est passé à trépas ? Vous supposez que la nomination puisse perdurer à ce trépas, de sorte que le nominé n’ait plus qu’à l’accepter, là où je dis que le trépas rend la nomination caduque. Le point en litige mérite vérification. J’essaierais de voir ça en soirée ou demain.
Olivier JC a écrit : ↑mer. 08 nov. 2023, 18:24
Vous usez de la facilité de l'ironie pour éviter, manifestement, de reconnaître votre ignorance en la matière (je ne vous la reproche pas, je la partage)...
Il semble cependant que ce soit tout à fait possible puisque déjà survenu. Boniface II fut en effet désigné par son prédécesseur Félix IV, non sans contestations cependant, et il reste à ce jour regardé comme ayant été un légitime évêque de Rome (c'est d'ailleurs à lui que le second Concile d'Orange de 529 doit son approbation pontificale).
Quant à Boniface II, j’ignorais le fait, et vais me renseigner.

Re: Désignation d'un Pontife Romain
Publié : mer. 08 nov. 2023, 20:28
par Toto2
Bonjour Perlum Pimpum (et autre),
Veuillez noter que mon message s'est immiscé, postérieurement au vôtre d'un point de vue au vôtre, mais antérieurement au vôtre d'un point de vue géométrique
J'en profite pour dire que la thèse du "l'acte d'un pape décédé doit être ratifié par le pape suivant pour prendre effet" est, réflexion faite, également logique. Je ne sais pas ce qu'il en est en vrai.
Merci
Re: Désignation d'un Pontife Romain
Publié : mer. 08 nov. 2023, 22:04
par Altior
Olivier JC a écrit : ↑mer. 08 nov. 2023, 15:06
Jusqu'où le Souverain Pontife, dont il est acquis qu'il lui est loisible de modifier les règles de désignation de son successeur comme le rappelle S. Jean-Paul II dans la Constitution
Universi Dominici Gregis, peut-il aller
Il peut aller loin. Vous êtes, sans doutes, au courant du fait que dans la plus grande partie du premier millénaire le Pape était choisi par le vote des chrétiens de Rome, parfois même par acclamations.
De même, vous vous rappeler peut-être que le pape Jean Paul II avait changé la majorité nécessaire, en passant de la majorité qualifiée de deux tiers à la majorité simple. Pour que le pape suivant, Benoît VI, revienne à la formule de deux tiers.
Pour aller jusqu'à la caricature, le Souverain Pontife peut-il décider qu'il lui revient de désigner son successeur ?
Non, là c'est la ligne rouge.
Par ailleurs, en dépit de mon opinion plus que réservée sur l'actuel Pape régnant, je ne crois pas que le Pape soit le principal problème de l'Église de nos jours. Oui, il a eu des affirmations et même des démarches critiquables, voire modernistes, mais il est moins moderniste que le curé de mon coin. Moins moderniste que mon évêque du lieu. Moins moderniste que la plupart des évêques de France. Cela se voit bien aux derniers conciles/synodes. Rappelez-vous que le Pape a dû mettre quelques bémols aux hurluberleries votées aux Synode sur l'Amazonie et, sans doutes, il devra faire de même au "Synode sus la synodalité". Dites merci que c'est Franciscus Pp à Rome, le prochain pourrait être Reinhard Marx.
Re: Désignation d'un Pontife Romain
Publié : jeu. 09 nov. 2023, 0:35
par Toto2
Altior a écrit : ↑mer. 08 nov. 2023, 22:04
Par ailleurs, en dépit de mon opinion plus que réservée sur l'actuel Pape régnant, je ne crois pas que le Pape soit le principal problème de l'Église de nos jours.
Bonsoir
C'est ce que je dis à mon frère. C'est un point de désaccord entre nous ; il est persuadé que l'Eglise ira beaucoup mieux avec un autre pape, je me tue à lui dire qu'il se pourrait fort bien qu'il regrette le pape François une fois le successeur élu.
Mon ancien vicaire disait que Mgr Marx était progressiste, mais qu'il louvoyait, il pouvait lui arriver de faire un pas sur le côté ou même en arrière, d'émettre des nuances, tandis que son successeur à la tête de la Conférence épiscopale allemande, Mgr Georg Bätzing, est beaucoup plus radical apparemment : pro diaconesse, pro célibat optionnel des prêtres, pro bénédiction des couples de personnes de même sexe. En revanche, Mgr Bâtzing s'est exprimé contre le fait que des gens impliqués dans l'AfD accomplissent des tâches d'Eglise.
Re: Désignation d'un Pontife Romain
Publié : jeu. 09 nov. 2023, 9:34
par Olivier JC
Bonjour,
Je vous remercie, Toto2, pour les précisions apportées par le DTC, notamment concernant Boniface II.
Il semble donc que les modalités de désignation du Souverain Pontife ne relève pas de la constitution divine de l'Eglise, i.e. qu'elles ne relèvent pas d'une décision ou orientation posée par Notre Seigneur.
Je relève qu'hormis le cas de Boniface II (et peut-être les premiers papes, l'historiographie étant limitée les concernant), la désignation par voie d'élections par l'Eglise de Rome au suffrage direct ou indirect est une constante. S'agissant de Boniface II, quoiqu'il en soit de la discussion présentée par le DTC, la décision de Félix IV a été plus que contestée.
Il semble cependant plus que délicat de voir dans cette quasi-unanimité une tradition apostolique faute de la moindre preuve historiographique allant dans ce sens.
Dès lors, il me semble difficile de poser la moindre limite à ce que le Souverain Pontife peut faire en la matière, si ce n'est la nécessaire reconnaissance de la personne désignée conformément au droit comme le légitime évêque de Rome par l'Eglise universelle. En d'autres termes, dans l'hypothèse limite évoquée, le Souverain Pontife pourrait désigner son successeur mais il ne pourrait l'imposer.
Quant à prétendre qu'il ne pourrait désigner son propre successeur, à défaut de loi divine le prohibant directement ou indirectement, une objection ne pourrait relever que du droit naturel. Je ne vois pas laquelle. La pratique a montré qu'il pouvait y avoir un pape régnant et un pape émérite. Je ne vois pas ce qui s'opposerait, en droit, à ce qu'il y ait un pape régnant et un pape coadjuteur.
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Re: Désignation d'un Pontife Romain
Publié : jeu. 09 nov. 2023, 12:12
par Perlum Pimpum
Bonjour Toto,
Toto2 a écrit : ↑mer. 08 nov. 2023, 19:38
Perlum Pimpum, vous écrivez :
si la nomination n’est effective qu’à la vacance du siège, le siège étant vacant, n’est aucun pape régnant pour nommer validement.
Vraie question : supposons que le Pape François nomme Gérard évêque de Lyon, à compter du 1er décembre 2023. Supposons que le pape François décède le 15 novembre, et que le 1er décembre, il n'y ait eu aucune élection du nouveau Pape. Gérard prendra-t-il son poste à Lyon le 1er décembre 2023, nonobstant la vacance du Siège apostolique ? Pour moi, oui, les actes d'un Pape, même à date d'effet ultérieure à son décès, sont censés s'appliquer tant qu'un nouveau Pape ne les a pas infirmés. Il est tout à fait possible aussi que je me trompe.
Mais si j'ai raison, si le Pape François nomme Albert évêque de Rome à compter du 20 novembre et décède le 15 novembre, je ne vois pas en quoi la vacance du Siège apostolique empêcherait la validité de l'acte de nomination.
Je ne dis évidemment pas que le Pape pourrait nommer son successeur : je me borne à indiquer que j'ai un doute quant à la recevabilité de cet argument (il en existe heureusement d'autres), mais je reconnais que je ne suis pas du tout un expert sur la question.

CIC 1983, Canon 143 §1 : «
Le pouvoir ordinaire s’éteint par la perte de l’office auquel il est attaché. »
- Canons liés
C. 991 CCEO/1990 : « §1. Le pouvoir ordinaire se perd par la perte de l'office auquel il est attaché. »
C. 208 CIC/1917 : « Conformément à la règle du can.. 183 p. 2, le pouvoir ordinaire ne s'éteint pas par la disparition du droit de celui qui a conféré l'office auquel le pouvoir est lié; mais ce pouvoir cesse par la perte de l'office auquel il est attaché; il est suspendu à la suite d'un appel légitimement interjeté, à moins que cet appel n'ait un effet purement dévolutif, tout en tenant compte des can. 2264 ; can. 2284. »

CIC 1983, Canon 153 §1. «
La provision d’un office qui n’est pas vacant en droit est nulle de plein droit et n’est pas validée par une vacance subséquente. » CIC 1983, Canon 153 §3. «
La promesse de conférer un office, quel qu’en soit l’auteur, ne produit aucun effet juridique »
- Canons liés
C. 943 CCEO/1990 « §1. La provision d'un office qui n'est pas vacant en droit, est nulle de plein droit et elle n'est pas validée par une vacance subséquente de l'office. » « §3. La promesse de conférer un office, quel qu'en soit l'auteur, n'a aucun effet canonique.«
C. 150 CIC/1917 « §1. L'attribution d'un office qui n'est pas vacant de droit, suivant les règles ducan. 183 p. 1 est par le fait même invalide ; elle n'est pas validée par une vacance subséquente. » « §2. La promesse d'attribuer un office, quel que soit son auteur, ne produit aucun effet juridique.«
Toto2 a écrit : ↑mer. 08 nov. 2023, 19:38
Le dictionnaire de la théologie catholique, article "ÉLECTION DES PAPES I. Le mode d'élection à la papauté est-il de droit divin ? II. Le pape peut il choisir son successeur?", répond à vos deux questions :
1. le mode d'élection du Pape n'est pas une règle de droit divin
Le mode d’élection n’est que de droit ecclésiastique, mais le principe de l’élection est de droit divin. Or
l’impossibilité d’élire validement un pape tant que le siège n’est pas vacant est manifestement de droit divin. En effet, admette la validité d’une telle élection en l’absence de vacance du siège, c’est admettre que deux papes formellement papes puissent simultanément régner, en nêgation de la divine constitution de l’Église, la plénitude de juridiction du pape sur l’ensemble de l’Église étant niée par la concurrence même des deux prétendus titulaires de cette juridiction primatiale. Et comment l’unité de la communion ecclésiale pourrait-elle se trouver, si l’obédience va simultanément à deux papes concurrentiels.
Pour éviter l’objection, Olivier a envisagé que l’acceptation de l’élection fut consécutive au trépas du pape ayant nominé. Mais comment celui qui n’est pas encore pape, et qui est censé ne le devenir que suite à son acceptation de sa désignation par son prédécesseur, pourrait-il, en acceptant une charge dont il n’est pas encore titulaire, donner une quelconque valeur juridique à un acte de nomination de soi invalide puisque constitutif d’une élection au souverain pontificat en l’absence de vacance du siège apostolique ? C’est strictement impossible car contraire à la divine constitution de l’Église, comme démontré au § précédent.
Je réitère donc ce que j’écrivais tantôt : si la nomination n’est effective qu’à la vacance du siège, le siège étant vacant, n’est aucun pape régnant pour nommer validement ; tandis que si le pape est encore régnant, il ne peut nommer son successeur sans attenter à la divine constitution de l’Église : de droit divin, la nomination est invalide.
Toto2 a écrit : ↑mer. 08 nov. 2023, 19:38
2. Un pape n'a pas à choisir son successeur. Sur votre exemple, qui est un cas manifestement unique, le DTC relève que :
saint Félix IV (526-530) choisit pour coadjuteur un prêtre romain, Boniface, et le désigna aux suffrages des électeurs pour sa succession.
Mais il ne le nomma pas lui-même définitivement. Du moins, cela n’est pas démontré.
Le reste de l'article montre qu'il faut faire la différence entre une désignation "je nomme Bidule comme mon successeur, que cela vous plaise ou non" et une recommandation "il me plairait que vous envisagiez sérieusement l'hypothèse de Bidule comme pape, mais bien sûr votre vote est libre et vous pouvez décider de prendre quelqu'un d'autre".
Il est d’abord évident que si Boniface II n’a pas été traité en intrus, c’est qu’une fraction du collège électoral a ratifié le souhait de Félix IV. Mais remarquez que cette fraction était minoritaire, la majorité du collège électoral ayant élu pape Dioscore. De sorte qu’en bonne logique Boniface II n’était qu’un anti-pape. Conséquemment, il y eut schisme, Boniface étant sacré au Latran, Dioscore à la basilique Constantinienne. Mais remarquez encore que Dioscore est mort 28 jours après son élection, consécutivement à quoi Boniface a obtenu, en faisant pression, la « rétractation humiliante » (aux dires des historiens) de ceux ayant voté pour Dioscore, par laquelle ils reconnaissaient Boniface comme pape en désavouant leur précédent choix. C’est en cette reconnaissance, équiparée à une élection, que le pontificat de Boniface II trouve son fondement.
Re: Désignation d'un Pontife Romain
Publié : jeu. 09 nov. 2023, 15:34
par Olivier JC
Bonjour,
Perlum Pimpum a écrit : ↑jeu. 09 nov. 2023, 12:12Le mode d’élection n’est que de droit ecclésiastique, mais le principe de l’élection est de droit divin. Or
l’impossibilité d’élire validement un pape tant que le siège n’est pas vacant est manifestement de droit divin. En effet, admette la validité d’une telle élection en l’absence de vacance du siège, c’est admettre que deux papes formellement papes puissent simultanément régner, en nêgation de la divine constitution de l’Église, la plénitude de juridiction du pape sur l’ensemble de l’Église étant niée par la concurrence même des deux prétendus titulaires de cette juridiction primatiale. Et comment l’unité de la communion ecclésiale pourrait-elle se trouver, si l’obédience va simultanément à deux papes concurrentiels.
Voilà qui est fort intéressant, bien qu'un peu court malheureusement. Si le principe de l'élection est de droit divin, où se situe le décret divin ? Cela vient-il en quelque manière des Ecritures, ou bien est-ce le constat que ce principe a toujours été respecté, sous les réserves évoquées pour Boniface II auxquelles vous avez apporté des éléments de réponse pertinents ? Auquel cas, dans quelle mesure cela peut-il être rattaché à la constitution divine de l'Eglise et non à une tradition apostolique ?
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Re: Désignation d'un Pontife Romain
Publié : jeu. 09 nov. 2023, 15:48
par Toto2
Bonjour,
Merci Perlum Pimpum pour vos citations appropriées, que je n'avais pas trouvées, et qui permettent de résoudre la question
Cordialement