Bonjour,
1. Est-il possible que l’Église enseigne aujourd’hui des doctrines contraires à celles qu’elle enseignait auparavant en matière de foi et de morale, que ce soit par le Pape ex cathedra, ou selon les définitions d’un Concile œcuménique, ou encore selon le Magistère ordinaire universel des Évêques dispersés dans le monde (cf. Lumen Gentium 25) ?
Une telle question revient à demander au Souverain Pontife si l'Eglise peut enseigner une doctrine contraire à une doctrine infaillible. Spontanément, la réponse venant à l'esprit ne peut qu'être négative.
Cependant, au regard des circonstances actuelles, il me semble qu'il faut être plus nuancé selon la forme que prendrait un tel enseignement contraire à une doctrine infaillible :
1. Si la forme est celle du Magistère extraordinaire ou ordinaire, la réponse ne peut qu'être négative dès lors que si une telle chose se produisait, il faudrait en conclure que les portes de l'Enfer ont prévalu contre l'Eglise et que, par conséquent, notre Foi est aussi vaine qu'elle le serait si Notre Seigneur n'était pas ressuscité d'entre les morts.
2. SI la forme n'est pas celle du Magistère extraordinaire ou ordinaire, la réponse peut être positive dès lors que si, comme Notre Dame l'annonçait à La Salette,
Rome perdra la foi, il faut bien que cela se manifeste visiblement.
2. Est-il possible que, dans certaines circonstances, un pasteur puisse bénir des unions entre personnes homosexuelles, laissant ainsi entendre que le comportement homosexuel en tant que tel ne serait pas contraire à la loi de Dieu et au cheminement de la personne vers Dieu ? En lien avec ce dubium, il est nécessaire d’en soulever un autre : l’enseignement constant du Magistère ordinaire universel, selon lequel tout acte sexuel en dehors du mariage, et en particulier les actes homosexuels, constituent un péché objectivement grave contre la loi de Dieu, indépendamment des circonstances dans lesquelles ils ont lieu et de l’intention avec laquelle ils sont accompli, est-il toujours valable ?
Sur le premier point, d'un strict point de vue doctrinal, la réponse est négative. Une situation pécheresse ne peut faire l'objet d'une bénédiction dès lors que dire du bien du mal n'a strictement aucun sens. Cependant, il faut encore être plus nuancé : l'Eglise pourrait-elle décider de le faire ? Incontestablement. L'assistance divine n'a pas été promise à l'Eglise en tout domaine. Sera-ce un scandale ? Incontestablement.
Sur le second point, la réponse ne peut qu'être positive. En revanche, et c'est d'ailleurs tout le sens d'
Amoris Laetitia, la question est surtout de savoir si l'accent est mis sur le versant objectif ou sur le versant subjectif. Ces deux versants sont légitimes, même s'il est évident qu'il est bien plus facile de 'déraper' sur le second que sur le premier et de passer de la considération selon laquelle tel acte n'est pas subjectivement un péché grave à la considération selon laquelle ce même acte n'est pas objectivement peccamineux.
3. Le Synode des évêques qui se tiendra à Rome, et qui ne comprendra qu’une sélection choisie de pasteurs et de fidèles, exercera-t-il, au sujet des questions doctrinales ou pastorales sur lesquelles il sera appelé à s’exprimer, l’autorité suprême de l’Église, qui appartient exclusivement au Pontife romain et, una cum capite suo, au Collège des Évêques (cf. can. 336 C.I.C.)
La réponse ne peut là encore qu'être négative, dès lors qu'un synode n'est pas titulaire de l'autorité suprême dans l'Eglise. Dans les apparences, cependant, les choses risquent d'être un peu plus compliquées puisque la législation applicable à l'assemblée synodale prévoit désormais deux hypothèses :
1. Soit le Souverain Pontife, auquel l'assemblée synodale transmet ses conclusions, les approuve spécifiquement, auquel cas ces conclusions deviennent partie intégrante du Magistère. Elles le deviennent donc, non pas par elles-mêmes, mais du fait de l'approbation pontificale.
2. Soit le Souverain Pontife a délégué un pouvoir particulier à l'assemblée synodale pour voter sur telle ou telle question, auquel cas le résultat de ce vote fera partie intégrante du Magistère pour autant qu'il soit approuvé ou ratifié par le Souverain Pontife. Là encore, c'est le sceau pontifical qui donne sa valeur magistérielle à l'énoncé.
Il est aisé de voir comment l'acte qui donne à l'énoncé sa valeur magistérielle peut être passé sous silence.
4. L’Église pourrait-elle à l’avenir avoir la faculté de conférer l’ordination sacerdotale à des femmes, contredisant ainsi le fait que la réservation exclusive de ce sacrement à des hommes baptisés appartient à la substance même du sacrement de l’ordre, que l’Église ne peut pas changer ?
En droit, la réponse est négative puisque cette question est tranchée, n'en déplaise au Souverain Pontife qui estime, dans sa réponse, que ce qu'il faut entendre par
définitif ne serait pas clair et devrait être approfondi.
En fait, là encore, rien ne s'y oppose. Une telle ordination serait naturellement et nécessairement invalide. Mais ce n'est pas parce qu'elle interviendrait, fut-ce en la Basilique Saint Jean de Latran, qu'il faudrait en tirer comme conséquences que les portes de l'Enfer auraient prévalu contre l'Eglise.
5. Un pénitent peut-il validement recevoir l’absolution sacramentelle si, tout en avouant un péché, il refuse de prendre d’une quelconque manière la résolution de ne pas le commettre à nouveau ?
Là encore, la réponse à cette question est à l'évidence négative. Toute la subtilité, cependant, se situe dans
"d'une quelconque manière". En substance, ce que le Souverain Pontife soutient, c'est que le seul fait de faire la démarche d'aller se confesser est de nature à manifester une attrition suffisante, et c'est comme cela qu'il justifie le fait qu'il ait pu enseigner à des séminaristes qu'un prêtre doit toujours et en toutes circonstances accorder l'absolution. C'est discutable. Cela ne me semble pas être, de soi, contraire à l'enseignement tridentin à défaut d'être conforme à la prudence.
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Plus généralement, la question qui se trouve en filigrane de ces
dubias, comme au demeurant de celles qui avaient suivi
Amoris Laetitia, est la suivante : l'Eglise de Rome peut-elle faillir dans l'office qui est le sien de présider à la foi et à la charité au sein de l'Eglise universelle ? Avec cette deuxième question qui surgit immédiatement : si l'Eglise de Rome devait ainsi faillir, cela impliquerait-il la défaillance de l'Eglise universelle et, par conséquent, la vacuité des promesses de Notre Seigneur ?
Le Catéchisme de l'Eglise catholique promulgué par S. Jean-Paul II a déjà, me semble-t-il, répondu à ces questions, certes d'une manière moins explicite. Oui à la première. Non à la deuxième.
Mon propos peut paraître apocalyptique en première lecture. Sommes-nous dans les derniers temps et le retour de Notre Seigneur est-il plus proche qu'il ne l'a jamais été ? C'est une question, et je l'ai dit ailleurs, que je me garderai bien de trancher. Mais il me semble qu'il faut la garder à l'esprit pour rester serein dans la situation très particulière qui est celle de l'Eglise aujourd'hui pour rester ancré dans la Foi. L'Eglise doit suivre son Seigneur dans la mort, enseigne le Catéchisme de l'Eglise catholique. Y sommes-nous ? Dieu le sait. Mais le savoir permet de garder, me semble-t-il, une grande sérénité. La connaissance de l'histoire de l'Eglise le permet aussi. Quelle que soit la spécificité de la situation actuelle, en vérité sans précédent dans cette histoire, il n'en demeure pas moins que les hommes s'acharnent depuis 2000 ans contre l'Eglise et qu'elle est toujours là.
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