Hymne pour le Dimanche des Rameaux (Anonyme, VIIIème-IXème siècle)
Giotto, Entrée du Seigneur à Jérusalem, Chapelle Scrovegni, Padoue, 1304-1306.
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Vocaris ad vitam, sacrum Dei genus,
Creator asciscens amat, quae condidit ;
Redemptor attrahit benigno spiritu :
Venite, dicit, vester unus sum Deus. Tu es appelée à la vie, sainte race de Dieu :
Le Créateur agrée et aime ceux qu’il a créés ;
Le Rédempteur les attire à lui dans la bonté de son esprit :
« Venez, dit-il, je suis votre seul Dieu.
Damnationis vos iugum pressit grave,
Collum dedistis ponderi nequitiae,
Obstrangulavit guttur et percinies,
Substare quidquid adfuit, totum ruit. Le joug de la damnation a lourdement pesé sur vous,
Vous avez plié le cou sous le poids du péché,
Et le malheur vous a saisi à la gorge ;
Tout ce qui vous soutenait s’est totalement effondré.
Prorsus relicto claritatis lumine
Ingens chaos vos pessime concluserat,
Locus beatitudinis iam non erat,
Cruenta terra, quare mors intraverat. Dans le rayon de la lumière qui vous était resté,
Un immense chaos vous avait englobé de la pire façon ;
Il n’y avait plus de place pour le bonheur,
La terre était sanglante, car la mort y avait pénétré.
En, mitis adveni, creans et recreans,
Deus potens, infirmitatis particeps,
In me valenter vos feram ; concurrite,
Ut iam receptet vos ovile et gaudium. Et voici, je suis venu avec douceur, Dieu puissant,
Créateur et recréateur, et participant à votre faiblesse.
Je vous porterai puissamment en moi ; accourez
Pour que le bercail vous reçoive dans la joie.
Signo crucis frons praenotetur indito,
Aures et os perfusa signet unctio,
Praebete dictis cordis aurem, vividum
Confessionis personate canticum. Que votre front soit marqué du signe de la croix,
Que l’onction soit répandue sur vos oreilles et vos bouches ;
Prêtez l’oreille du coeur à ces paroles,
Et chantez le cantique vivant de la confession.
Omnes novo estote laeti nomine,
Omnes novae sortis fovet hereditas,
Nullus manebit servus hosti subditus,
Unius eritis Dei regnum manens. Soyez tous heureux de votre nouveau nom,
Que l’héritage de votre nouveau destin vous ranime tous,
Que nul ne reste l’esclave soumis de l’Ennemi :
Vous serez le royaume éternel d’un seul Dieu. »
Note : Dom Guéranger, dans son Année liturgique, cite cet hymne au jeudi de la 4ème semaine de Carême ; il le fait précéder de cette courte présentation : “Nous plaçons ici ce beau cantique de l'Eglise gothique d'Espagne, aux premiers siècles. Il s'adresse aux Catéchumènes admis au Baptême ; mais plus d'un de ses traits peut s'appliquer aux pécheurs qui vont être réconciliés.”
Il est encore utilisé dans l’actuel rite mozarabe aux vêpres du dimanche des Rameaux.
***
Voici le salut du monde : Dieu vient vers la croix et le désiré des nations fait son entrée dans Sion ; la lumière vient, crions avec le peuple : « Hosanna au Fils de David ». Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Le Seigneur Dieu nous est apparu à nous qui étions assis dans les ténèbres et à l'ombre de la mort. Il est apparu, résurrection de ceux qui sont tombés, libération des captifs, lumière des aveugles, consolation des affligés, repos des faibles, source des assoiffés, vengeur des persécutés, rachat de ceux qui sont perdus, union des divisés, médecin des malades, salut des égarés. Hier, le Christ ressuscitait des morts Lazare, aujourd'hui, il court à la mort ; hier, il arrache Lazare aux bandelettes qui le liaient, aujourd'hui, il tend les mains à ceux qui veulent le ligoter. Hier, il arrachait cet homme aux ténèbres, aujourd'hui, pour les hommes, il s'enfonce dans les ténèbres et l'ombre de la mort. Et l'Église est en fête. Elle commence la fête des fêtes, car elle reçoit son roi comme un époux, car son roi se tient au milieu d'elle.
Saint Épiphane de Salamine, évêque.
Re: Hymnes pour la Semaine Sainte
Publié : mar. 18 mars 2008, 12:13
par VexillumRegis
Hymne pour le Jeudi Saint (In Cena Domini) (Saint Flavius de Chalon, fin du VIème siècle)
Duccio di Buoninsegna, Le lavement des pieds, 1308-1311.
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Mandátum novum do vobis : ut diligátis ínvicem, sicut diléxi vos, dicit Dóminus (Jn XIII, 34).
Je vous donne un commandement nouveau : c'est de vous aimer les uns les autres, comme je vous ai aimés, dit le Seigneur.
Antienne pour le Mandatum (lavement des pieds)
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Tellus ac aethera iubilent
In magni coena Principis
Qui protoplasti pectora
Vitae purgavit ferculo.
Tellus ac aethera iubilent
In magni coena Principis. Que la terre et les cieux jubilent
En la Cène du grand Prince
Qui a purifié le coeur
De sa créature par l’aliment de vie ;
Que la terre et les cieux jubilent
En la Cène du grand Prince.
Hac nocte factor omnium
Potentis ac mysterii
Carnem suam cum sanguine
In escam transfert animae.
Qui protoplasti pectora
Vitae purgavit ferculo. Cette nuit, l’auteur de toute chose
Et du grandiose mystère
Transforme sa chair avec son sang
En nourriture de l’âme.
Il a purifié le coeur
De sa créature par l’aliment de vie.
A celsis surgens dapidus,
Praebet formam mortalibus ;
Humilitatis gratia
Petri petens vestigia.
Tellus ac aethera iubilent
In magni coena Principis. Délaissant les agapes célestes,
Il revêt une forme pour les mortels,
Et par la grâce de l’humilité,
Il se baisse vers les pieds de Pierre :
Que la terre et les cieux jubilent
En la Cène du grand Prince.
Pallet servus obsequio
Cum angelorum Dominum
Ferendo lympham et linteum
Cernit coeno procumbere,
Qui protoplasti pectora
Vitae purgavit ferculo. Le serviteur pâlit de respect
En voyant le Seigneur des anges
Porter l’aiguière et les linges
Et se pencher vers l’ordure,
Lui qui a purifié le coeur
De sa créature par l’aliment de vie.
***
Le monde visible proclame la bonté de Dieu, mais rien ne la proclame aussi clairement que la venue de Dieu parmi les hommes. Ainsi, celui qui était dans la condition de Dieu a pris la condition de serviteur. Il n’a pas rabaissé sa dignité, mais magnifié son amour pour les hommes. Et le mystère redoutable qui s’accomplit aujourd’hui nous fait voir les conséquences de cet abaissement. Mais de quel événement faisons-nous mémoire aujourd’hui ? (...) Le Seigneur de l’univers lava les pieds de ses disciples. Il n’offensa pas sa dignité, mais montra son immense amour pour les hommes. Pourtant, quelque immense que fût cet amour, Pierre n’oublia pas la majesté du Seigneur. Aussi bien, l’homme que son ardeur portait toujours à croire, fut également prompt à reconnaître l’exacte vérité. Les autres disciples, non par indifférence mais par crainte, laissèrent le Seigneur leur laver les pieds, et ne trouvèrent rien à redire. Mais le respect empêcha Pierre de le laisser faire, et il dit : Toi, Seigneur, tu veux me laver les pieds ! Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais ! (Jn 13,8).
Pierre parla avec beaucoup de rudesse. Il jugeait bien, mais, ignorant la façon dont Dieu agit, c’est par esprit de foi qu’il refusa ; puis il obéit de bon cœur. Vraiment, le fidèle chrétien doit se comporter ainsi ; il ne doit pas s’obstiner dans ses décisions, mais céder à la volonté de Dieu. Car, si Pierre a exprimé son opinion d’une manière tout humaine, il s’est repenti par amour de Dieu.
Et pourquoi le Seigneur a-t-il lavé uniquement les pieds ? C’est en raison des voyages que devaient faire les Apôtres. En lavant leurs pieds, non seulement il les a nettoyés, mais il a encore affermi les pas des saints. Cette belle ablution des pieds, Isaïe l’avait vue bien des siècles auparavant. Sachant qu’elle n’était pas une ablution humaine mais une divine purification, il avait proclamé d’une voix éclatante : Qu’ils sont beaux, les pieds des messagers de la bonne nouvelle, des messagers de paix (Is 52,7) ! Le Sauveur a touché leurs pieds, faits de limon, pour les rendre forts, car ils devaient parcourir toute la terre qui est sous le ciel.
Sévérien de Gabala, évêque († après 408)
Re: Hymnes pour la Semaine Sainte
Publié : mar. 18 mars 2008, 13:28
par Boris
Alors vous signez Vexillum Regis et vous ne mettez même pas le "Vexilla Regis" comme Hymne de la semaine Sainte ?
Re: Hymnes pour la Semaine Sainte
Publié : mar. 18 mars 2008, 14:03
par VexillumRegis
Boris a écrit :Alors vous signez Vexillum Regis et vous ne mettez même pas le "Vexilla Regis" comme Hymne de la semaine Sainte ?
Je l'ai déjà employé pour la fête de la Croix glorieuse (14 septembre) !
- VR -
Re: Hymnes pour la Semaine Sainte
Publié : mer. 19 mars 2008, 18:53
par VexillumRegis
Séquence pour le Vendredi Saint (In Passione Domini) (Anonyme, XIIème siècle)
Paolo Veneziano, Crucifixion, v. 1340.
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Crucem tuam adorámus, Dómine, et sanctam resurrectiónem
tuam laudámus et glorificámus : ecce enim propter lignum venit gáudium in univérso mundo.
Nous adorons votre croix, Seigneur : nous célébrons et glorifions votre sainte résurrection ;
car c'est par cet arbre que la joie est venue dans le monde entier.
Antienne pour l'adoration de la croix
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Aram crucis
Omnes lucis
Adorate filii, Enfants de lumière,
Adorez tous
L’autel de la croix,
Qua damnatis
Datur gratis
Spes et res auxilii. Par lequel l’espérance
Et la réalité du secours
sont donné gracieusement aux condamnés.
Agni sanguis hanc sacravit,
Praesul pacis hac piavit
Crimen Adae veteris ; Le sang de l’Agneau l’a consacré,
Le chef de la paix a expié sur lui
L’ancien péché d’Adam ;
Ligni Fructus iam redemit,
Ligni gustu quos peremit
Mater nostri generis. Le Fruit de l’arbre a racheté
Ceux que la mère de notre espèce
Avait perdus pour avoir goûté de l’arbre.
Hoc pependit,
Hoc tetendit
Se salutis Opifex ; C’est sur lui que s’est pendu,
C’est sur lui que s’est étendu
L’Artisan du salut ;
Hinc captivos
Reddit vivos
Primae fraudis artifex. Là, l’auteur de la première perfidie
A rendu ses captifs
Vivants.
Botro, vecte qui portatur,
Botrus iste figuratur
Ligno pendens,
Sed transcendens
Omnem sensum hominis. Par la grappe qui est portée à la cuve
Est figurée cette grappe
Suspendu à l’arbre,
Mais transcendant
Toute intelligence humaine.
Iste mortis tulit prelum,
Liquor huius pandit caelum,
Dat virtutem,
Dat salutem
Fide suis nominis. Celui-ci a supprimé le pressoir de la mort ;
Sa liqueur a ouvert le ciel :
Elle donne la force,
Elle donne le salut
Par la foi en son nom.
Signum crucis,
Donum lucis,
Terror hosti
Fit, si posti
Fide sit illitum ; Que le signe de croix,
Don de lumière,
Soit la terreur de l’ennemi,
Si toutefois la foi
L’a apposé sur le jambage [de la porte].
Cessat caedens,
Fugit laedens,
Mors non nocet,
Qua se docet
Dominus inditum. Elle cesse de tuer,
Elle s’enfuit blessée,
Elle ne nuit plus, la mort,
Lorsque la croix indique
L’entrée des maisons.
Ipsa crucis quadra forma
Spiritali monstrat norma,
Spes ut sursum sit in caelis,
Mens profundo sit fidelis,
Caritate dilatetur,
Feret longum, quo probetur. La forme carrée même de la croix
Montre la règle spirituelle :
Pour que l’espérance soit en haut dans les cieux,
Et l’âme profondément fidèle,
Il faut qu’elle soit dilatée par la charité,
Et qu’elle porte longtemps ce par quoi elle sera éprouvée.
Mortem vastat, caelum ditat,
Hos relinquit, hos invitat,
Hins Iudaeos, illinc gentes,
Hos aversos, has credentes,
Crux tribunal Iudicantis,
Factis aequa compensantis. Elle dévaste la mort, elle enrichit le ciel ;
Elle abandonne les uns, elle invite les autres,
Ici, les Juifs, là, les païens,
Ici, les impies, là, les croyants,
La croix, tribunal du Juge
Qui pèse les actes de chacun avec équité.
Per transversum duo ligna
Dant alternae pacis signa
Pias mentes, quas benigna
Semper nectit caritas. Les deux bois en travers
Forment l’étendard d’une paix mutuelle,
[Signifiant] les âmes pieuses que la charité
Pleine de bonté assemble toujours.
Cruce praedo mundi perit,
Crux hostiles vires ferit,
Crux salutem mundo gerit,
Crux est mundi claritas. Par la croix, le brigand du monde périt :
La croix frappe les forces ennemies,
La croix porte le salut au monde,
La croix est l’illustration du monde.
Regnum mortis iam decrescit,
Regnum vitae convalescit,
Sceptrum pacis late splendet,
Ex quo Pax in cruce pendet. Le royaume de la mort maintenant décline,
Le royaume de la vie s’accroît,
Le sceptre de la paix brille au loin,
Par lequel la Paix pend sur la croix.
Orbis crucis per tropaeum
Credit unum verum Deum ;
Larvae ruunt idolorum,
Fides pollet electorum. Par le trophée de la croix, l’univers
Croit en un seul vrai Dieu,
Les fantômes des idoles s’abattent,
La foi des élus l’emporte.
Mare sonet,
Aer tonet,
Haerens ligno
Sub maligno
Nunquam fluctu mergitur. La mer retentit,
L’air tonne :
Qui s’attache à l’arbre
Sous le flot méchant
Jamais ne sera submergé.
Pandat velum,
Spectet caelum,
Fides cruce
Fida duce
Patriam pervehitur. Que la voile s’ouvre,
Que le ciel regarde,
La foi en la croix,
La conduite de la croix
Nous transporte en notre patrie.
Agne Dei, cuius sanguis
Dirum virus fugat anguis,
Tuae crucis
beneficio
Nos ab omni
sana vitio. Agneau de Dieu, dont le serpent
Fuit le poison cruel qu’est son sang,
Par le bienfait
De la croix
Guéris-nous
De tout vice.
Tuum Pneuma nobis dona,
Nos illustra fide bona,
Sanctae pacis
reple gratia,
Tui vultus
luce satia. Donne-nous ton Esprit,
Illumine-nous par la foi bonne,
Comble-nous de la grâce
De la sainte paix,
Rassasie-nous de la clarté
De ton visage.
***
Aujourd'hui s'avance la croix, la création exulte ; la croix, chemin des égarés, espoir des chrétiens, prédication des Apôtres, sécurité de l'univers, fondement de l'Église, fontaine pour ceux qui ont soif. Aujourd'hui s'avance la croix et les enfers sont ébranlés. Les mains de Jésus sont fixées par les clous, et les liens qui attachaient les morts sont déliés. Aujourd'hui, le sang qui ruisselle de la croix parvient jusqu'aux tombeaux et fait germer la vie dans les enfers. Dans une grande douceur Jésus est conduit à la Passion, bénissant ses douleurs à toute heure : il est conduit au jugement de Pilate qui siège au prétoire ; à la sixième heure on le raille ; jusqu'à la neuvième heure, il supporte la douleur des clous, puis sa mort met fin à sa Passion. A la douzième heure, il est déposé de la croix : on dirait un lion qui dort. Alors il descend aux enfers, désirant voir les justes qui se reposent de leurs fatigues et il les passe en revue comme un roi regardant son armée au repos à l'heure de midi, il dit : « Me voici, je viens. » Et toute l'armée se dresse aussitôt. (...)
Désormais, par la croix, les ombres sont dissipées et la vérité se lève, comme nous le dit l'Apôtre : « L'ancien monde est passé, toutes choses sont nouvelles. » La mort est dépouillée, l'enfer livre ses captifs, l'homme est libre, le Seigneur règne, la création est dans la joie. La croix triomphe et toutes les nations, tribus, langues et peuples viennent pour l'adorer. Nous trouvons en elle notre joie avec le bienheureux Paul qui s'écrie : « Loin de moi la pensée de trouver ma gloire ailleurs que dans la croix de Jésus-Christ notre Seigneur. » La croix rend la lumière à l'univers entier, elle chasse les ténèbres et rassemble les nations de l'Occident, du Nord, de la mer et de l'Orient en une seule Église, une seule foi, un seul baptême dans la charité. Elle se dresse au centre du monde, fixée sur le calvaire... (...) Cette croix paraîtra lors du retour du Christ, la première dans le ciel, sceptre précieux, vivant, véritable et saint du Grand Roi : « Alors, dit le Seigneur, apparaîtra dans le ciel le signe du Fils de l'homme. » Nous la verrons, escortée par les anges, illuminant la terre, d'un bout de l'univers à l'autre, plus claire que le soleil, annonçant le jour du Seigneur.
Saint Ephrem le Syrien, diacre
La croix est une richesse plus précieuse que toute autre richesse ; un refuge très sûr pour les chrétiens, un poids léger sur leurs épaules ; une très douce consolation pour les âmes affligées, un guide irrésistible vers le ciel.
La force et la puissance de la croix signifient la destruction de tout pouvoir ennemi ; ses deux poutres croisées embrassent l’étendue de l’univers céleste ; sa figure et son aspect sont plus harmonieux que tout autre ; son rayonnement est plus splendide que celui du soleil, et son éclat plus étincelant que celui de la lumière ; sa grâce et sa gloire sont des dons plus gracieux que tout autre.
La croix pacificatrice réconcilie le ciel et la terre ; son nom sanctifie lorsqu’il est prononcé ou entendu ; elle tue la mort et rend Adam à la vie, par elle, tout apôtre est glorifié, tout martyr couronné, tout saint sanctifié ; par elle, nous revêtons le Christ en nous dépouillant du vieil homme ; par elle, les brebis du Seigneur sont réunies en un seul troupeau et conduites au bercail céleste ; par elle, nous attaquons nos ennemis et remportons sur eux une grande victoire ; par elle, nous fuyons les passions et sommes élevés à la vie surnaturelle.
Celui qui porte la croix sur ses épaules devient imitateur du Christ et accède à la gloire de celui-ci ; par la Croix, l’Ange est honoré, le Démon confondu ; par elle, le malfaiteur entre au paradis et obtient le Royaume en échange de ses vols ; celui qui embrasse la croix est libéré de la crainte, il retrouve la paix ; celui que protège la croix n’est pas la proie des brigands, il reste indemne ; celui qui aime la Croix déteste le monde, il devient amant du Christ. La Croix est la plus grande gloire des chrétiens, la principale prédication des apôtres, le diadème royal des martyrs, l’emblème le plus précieux des prophètes, le couronnement splendide de la perfection.
Saint Théodore Studite
Re: Hymnes pour la Semaine Sainte
Publié : ven. 21 mars 2008, 6:24
par VexillumRegis
Hymne pour la Vigile pascale (aux Fonts Baptismaux) (Saint Venance Fortunat, v.530-v.600)
Duccio du Buoninsegna, Descente du Seigneur aux Enfers, Maestà, 1308-1311.
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Tibi laus, perennis auctor,
Baptismatis sacrator,
Qui sorte passionis
Das praemium salutis. Louange à toi, Créateur éternel,
Qui as consacré le baptême
Et qui, par l’héritage de ta Passion,
Nous as donné la récompense du salut.
Nox clara plus et alma
Quam luna, sol vel astra,
Quae luminum corona
Reddis diem per umbram, C’est une nuit plus claire et plus féconde
Que la lune, que le soleil ou qu’une étoile,
Celle où dans une auréole de lumière,
Tu nous as rendu le jour pour l’ombre.
Dulcis, sacrata, blanda,
Electa, pura, pulchra,
Sudans honore mella,
Rigans odore chrisma, Jour si doux, sacré, délicieux,
Elu, pur, beau,
Ruisselant du miel de la gloire
Et imprégné du parfum de l’onction,
In qua redemptor orbis
De morte vivus exit
Et, quos catena vinxit,
Sepultus ille solvit. Celui où le Rédempteur du monde
Est sorti vivant de la mort
Et, enseveli, a délivré
Ceux qui étaient enchaînés.
Quam Christus aperuit
Ad gentium salutem,
Cuius salubre cura
Redit novata plasma. C’est le Christ qui a ouvert
Aux peuples le salut,
Et qui, par sa sollicitude salvatrice,
A régénéré la créature.
Accedite ergo digni
Ad gratiam lavacri,
Quo fonte recreati
Refulgeatis agni. Approchez donc, dignes maintenant
Du bain de la grâce :
Par cette source recréés,
Vous resplendissez comme des agneaux.
Hic gurges est fidelis,
Purgans liquore mentes,
Dum rore corpus udat,
Peccata tergit unda. Cette fontaine ne trompe pas,
Son eau purifie les âmes ;
En baignant le corps par son ruissellement,
Cette onde lave les péchés.
Gaudete, candidati,
Electa vasa regni,
In morte consepulti,
Christi fide renati. Réjouissez-nous, ô vous qui êtes blanchis,
O vases d’élection du Royaume :
Ensevelis avec le Christ dans la mort,
Vous renaissez du Christ par la foi.
***
C’est à bon droit, mes bien-aimés, qu’aujourd’hui le ciel exulte et la terre se réjouit, car en ce jour où nous sommes la lumière a jailli plus brillamment à partir du sépulcre qu’elle n’a resplendi à partir du soleil. En voici la raison : de même qu’avant de naître à notre humanité, notre Seigneur et Sauveur a éclairé le monde, de même aujourd’hui, où il est mort corporellement, il a éclairé les enfers à la fois par la puissance de sa divinité, et par son âme humaine.
Aujourd’hui, à la visite du Seigneur, les enfers ont dansé de joie parce que s’est accompli l’oracle prophétique : Le peuple qui marchait dans les ténèbres, c’est-à-dire tout le genre humain plongé dans l’obscurité des enfers, a vu se lever une grande lumière (Is 9,1). Parce que celui-là même qui créa l’homme, c’est lui en personne qui est allé le chercher dans les enfers et l’en a délivré par sa puissance. Étonnante et inexprimable bonté de notre Dieu ! La mort avait pris d’assaut le paradis, mais la vie a terrassé les enfers ; et le Fils de Dieu, qui avait revêtu la condition mortelle, a écrasé la loi de la mort, accomplissant ainsi l’affirmation du prophète : O mort, je serai ta mort (cf. Os 13,14) ! Parce que ceux que tu as fait mourir par le péché, moi, par ma mort, je les rassemblerai hors de ce lieu de ruine éternelle et je les délivrerai de la mort perpétuelle.
Voilà de quels liens est ligoté et immobilisé ce qui fait la perte des hommes ; car, de même que la mort a trompé, elle a été trompée ; alors qu’elle tuait, elle a été anéantie.
Donc le Seigneur, quand son corps fut enseveli, descendit tout au fond des demeures infernales ; mais alors qu’on le jugeait captif du séjour des morts, c’est là qu’ayant lié la mort, il a délivré les morts de leurs liens. Et de ce séjour, d’où jamais personne, même seul, n’était revenu, il pénétra dans les cieux en emportant de riches dépouilles.
Voilà tout ce qu’a fait l’immense bonté de Dieu pour notre salut et notre rétablissement ! Pour nous, il a été pareil à une brebis conduite à l’abattoir (cf. Is 53,7) ; pour nous, il a subi les maux présents, afin de nous accorder les biens éternels.
Attribué à saint Augustin, évêque.
Re: Hymnes pour la Semaine Sainte
Publié : dim. 23 mars 2008, 12:17
par VexillumRegis
Hymne pour le Dimanche de la Résurrection (Saint Pierre Damien, 1007-1072)
Duccio di Buoninsegna, Apparition de l'ange aux saintes femmes myrophores, Maestà, 1308-1311.
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Paschalis festi gaudium mundi replet ambitum,
Caelum, tellus ac maria laeta promant carmina,
Et Alleluia consonis modulemur organis. La joie de la fête de Pâques remplit l’orbite du monde ;
Que le ciel, la terre et la mer entonnent de joyeux cantiques
Et jouons des Alléluias sur nos instruments harmonieux.
Solus ululet tartarus rapta praeda vacuus,
Fractos vectes et ferrea strata ploret moenia,
Quae subruit rex gloriae cum signo victoriae. Que seul hurle le Tartare dépouillé de la proie qui lui a été ravie ;
Qu’il pleure ses verroux brisés et ses remparts de fer renversés,
Que le Roi de gloire a abattus pour sceller sa victoire.
Stupenda lex mysterii, novum genus proelii !
Ligatus nexos liberat, mortuus vivificat,
Dumque vita perimitur, mortis mors efficitur. Surprenante loi de ce mystère, combat d’un genre nouveau !
Celui qui est lié délivre les enchaînés, la mort donne la vie,
L’anéantissement de la vie réalise la mort de la mort.
Statera crucis pendulum mundi librat pretium,
Quod dum exactor petiit, ius antiquam perdidit,
Escam glutire nititur, sed hamo transfigitur. Comme une balance, la croix pèse la rançon du monde qui y est suspendue ;
Ce qu’a réclamé le percepteur, le droit antique l’a perdu :
Il cherche à engloutir l’appât, mais l’hameçon le transperce.
Composuit chirographum protoplastus hominum,
Quod Christus post in alia solvit ligni tabula ;
Quae primus Adam scripserat, secundus obliterat. Le premier homme créé a contracté une dette
Que le Christ a acquittée par une autre tablette, le bois de sa croix ;
Ce que le premier Adam avait écrit, le second l’a effacé.
Cum auctor vitae moritur, orbis et commoritur,
Sol radios operuit, lugens terra tremuit,
Templi velum dividitur, vis saxorum scinditur. Lorsque l’auteur de la vie meurt, le monde meurt aussi avec lui :
Le soleil a voilé ses rayons, la terre en larmes a pleuré,
Le voile du temps s’est déchiré, le roc puissant s’est fendu.
Brevi sepulcro clauditur, qui caelo non capitur,
Praeda vallatus divite victo mortis principe
Triumphali potentia surgit die tertia. Il est enfermé dans un tombeau étroit, Celui que le ciel ne peut contenir ;
Mais, fortifié par une proie magnifique - le prince de la mort vaincu -
Il ressuscite le troisième jour avec une puissance triomphale.
Reddite Christum, vigile quam servastis, milites !
Vel mortuum ostendite, vel in vivum credite !
Cur gratis vera dicitis, empti falsa fingitis ? Rendez le Christ que vous gardiez, vigilants soldats !
Ou montrez-le mort, ou croyez qu’Il est vivant !
Pourquoi dire la vérité pour rien et feindre des mensonges pour de l’argent ?
Mox intonat angelicus sermo mulieribus,
Apostolis ut dulcia haec deferrent nuntia :
In Galilaeum pergite, ibi Christum cernite. Bientôt retentissent les paroles de l’ange aux femmes,
Pour qu’elle rapportent la douce nouvelle aux apôtres :
“Rendez-vous en Galilée, vous y verrez le Christ !”
Iam regis Aegyptiaci servitute liberi
Post maris rubri transitum novum demus canticum,
Mortis soluti legibus Christo consurreximus. Délivrée maintenant de la servitude du roi d’Egypte,
Après le passage de la mer Rouge, chantons un nouveau cantique ;
Libérés des lois de la mort, ressuscitons avec le Christ.
Colite, novi populi, rite pascha Domini.
Paschalis agni sanguine postes domus tingite,
Fermentum vetus pellite, azyma comedite. Honorez comme il convient, ô peuples rénovés, la Pâque du Seigneur ;
Teignez du sang de l’agneau pascal les montants des portes de vos maisons.
Eliminez le vieux ferment et mangez du pain sans levain.
Totis, Christe, visceribus tibi laudes reddimus,
Qui resurgens a mortuis ultra iam non moreris ;
Sit patri laus et parili decus omne flamini. O Christ, c’est du fond de notre coeur que nous te rendons hommage,
Toi qui, ressuscité d’entre les morts, ne mourra jamais plus à l’avenir.
Louange au Père et tout honneur à l’Esprit son semblable.
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Comment vous expliquerai-je les choses cachées? Comment proclamerai-je ce qui surpasse tout langage et toute intelligence ? Comment ferai-je connaître le mystère de la résurrection du Seigneur ? Sa croix aussi est un mystère, et sa mort pendant trois jours, et tout ce qui est arrivé à notre Sauveur est mystère. De même, en effet, qu'il est né du sein inviolé de la Vierge, de même il est ressuscité du tombeau fermé. De même que le Fils unique de Dieu est devenu premier-né en naissant d'une mère, de même il est devenu le premier-né d'entre les morts par sa résurrection. De même, assurément, que sa naissance n'a pas fait perdre à la Vierge mère sa virginité, de même sa résurrection n'a pas brisé les sceaux du sépulcre. Je ne puis donc pas définir par des mots sa naissance ni comprendre sa sortie du sépulcre.
Venez voir l'endroit où reposait le Seigneur (Mt 28,6). Venez voir l'endroit où fut rédigé l'acte garantissant votre résurrection. Venez voir l'endroit où la mort fut ensevelie. Venez voir l'endroit où un corps, grain non semé par l'homme, a produit une multitude d'épis d'immortalité. Allez annoncer à mes disciples, allez annoncer à mes frères qu'ils doivent se rendre en Galilée : c'est là qu'ils me verront (Mt 28,10). Annoncez à mes disciples les mystères que vous avez contemplés."
Voilà ce que le Seigneur a dit aux femmes. Et maintenant encore, au bord de la piscine baptismale, il se tient invisible auprès des croyants, il embrasse les nouveaux baptisés comme des amis et des frères, il remplit leurs coeurs et leurs âmes d'allégresse et de joie. Il lave leurs souillures dans les fontaines de sa grâce. Il oint du parfum de l'Esprit ceux qui ont été régénérés. Le Seigneur devient celui qui les nourrit et il devient leur nourriture. Il procure à ses serviteurs leur part de nourriture spirituelle. Il dit à tous les fidèles : "Prenez, mangez le pain du ciel, recevez la source qui jaillit de mon côté, celle où l'on puise toujours sans que jamais elle se tarisse. Vous qui avez faim, rassasiez-vous ; vous qui avez soif, enivrez-vous d'un vin sobre et salutaire."
O Christ, notre Dieu, toi seul es vraiment le seul Seigneur, plein de bonté et d'amour pour les hommes. Avec ton Père exempt de toute souillure et avec l'Esprit vivifiant, à toi reviennent la gloire et la puissance, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles.
De saint Jean Chrysostome, évêque.
Re: Hymnes pour la Semaine Sainte
Publié : dim. 23 mars 2008, 14:12
par VexillumRegis
Séquence de Pâques Victimae Paschali laudes (Wipon de Bourgogne, v. 990-1050)
Cantata Singers of Ottawa, 30 janvier 2000
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Victimae Paschali laudes
immolent Christiani. A la Victime pascale,
Chrétiens, offrez le sacrifice de louanges.
Agnus redemit oves :
Christus innocens Patri
reconciliavit peccatores. L'agneau a racheté les brebis ;
Le Christ innocent a réconcilié
L'homme pécheur avec le Père.
Mors et vita duello
conflixere mirando :
dux vitae mortuus,
regnat vivus. La mort et la vie s'affrontèrent
En un duel prodigieux.
Le Maître de la vie mourut ;
Vivant, il règne.
Dic nobis Maria,
Quid vidisti in via ?
Sepulcrum Christi viventis,
et gloriam vidi resurgentis, - Dis-nous, Marie [Madeleine],
Qu'as-tu vue en chemin ?
"J'ai vu le sépucre du Christ vivant,
J'ai vu la gloire du Ressuscité.
Angelicos testes,
sudarium et vestes.
Surrexit Christus spes mea :
praecedet suos in Galilaeam. J'ai vu les anges ses témoins,
Le suaire et les vêtements.
Le Christ, mon espérance, est ressuscité !
Il vous précèdera en Galilée."
Scimus Christum surrexisse
a mortuis vere :
Tu nobis, victor Rex, miserere.
Nous le savons : le Christ
Est vraiment ressuscité des morts.
Roi victorieux, aie pitié de nous !