Indissolubilité, qu'est-ce à dire ?
Publié : jeu. 11 mai 2023, 15:27
Bonjour,
Pour lutter contre l'affadissement du forum, je propose de réfléchir sur cet épineux sujet en s'efforçant d'éviter deux écueils, à savoir en premier lieu se contenter de redire l'état actuel de la question d'un point de vue théologie et canonique, et en second lieu, de rester au plus près de la doctrine catholique en la matière, pour d'évidentes raisons.
Le point de départ ne peut-être que le Christ lui-même et ce qui est rapporté de ses propos dans les Evangiles : "Ce que Dieu a uni, que l'homme ne le sépare pas". Ce qui aurait pu être interprété comme signifiant qu'une séparation est possible mais peccamineuse, mais a toujours été compris par l'Eglise comme signifiant que ce n'est pas possible.
Les évolutions de la théologie du mariage, et c'est peu dire qu'il y a eu approfondissement en ce domaine, permettent de comprendre la justesse de cette compréhension puisqu'il s'agit d'un don de soi réciproque et que ce qui est donné ne saurait être repris. C'est un résumé lapidaire mais, me semble-t-il, assez exact ce la théologie du mariage aujourd'hui telle qu'elle est proposée par le Concile Vatican II et l'enseignement, notamment, de S. Jean-Paul II.
Concrètement, le Concile de Trente a adopté une formule que l'on retrouve toujours dans le Code de droit canonique, à savoir que "Matrimonium validum ratum et consummatum nulla humana potestate nullaque causa, praeterquam morte, dissolvi potest". Ainsi, l'indissolubilité du lien conjugal est acquise dès lors que deux conditions cumulatives sont réunies : ratum et consummatum.
Le ratum concerne la validité du consentement, au regard des qualités requises pour ce consentement ainsi que de l'absence d'empêchements tels que prévus par le droit. Si le ratum est déficient, le mariage est nul. Dans cette hypothèse, ce n'est pas qu'il y a un lien dissoluble, c'est qu'il n'y a jamais eu de lien. Il n'y a pas grand chose à en dire pour la question présente.
Pour le consummatum, il me semble que la pratique actuelle mériterait d'être interrogée, avec peut-être une certaine audace. En effet, lorsque la formule adoptée par le Concile de Trente a été forgée, la théologie du mariage n'était pas tout à fait ce qu'elle est aujourd'hui. Le mariage était surtout considéré comme un remède à la concupiscence dont la finalité première était la procréation. Ce qui est mis en avant aujourd'hui sur le don réciproque et la place centrale de l'amour entre l'homme et la femme n'existait tout simplement pas à l'époque. Il s'ensuit que le consummatum était compris comme l'union sexuelle faisant suite à l'échange des consentements ce qui, au regard des finalités du mariage, était d'une logique inattaquable.
C'est encore ainsi que le droit canonique considère les choses. Pour celui-ci, en effet, dans un mariage "validum ratum" existe un lien, qui n'est cependant pas indissoluble, puisque le mariage non consummatum peut être dissous par pontife romain. C'est le consummatum qui rend indissoluble le lien né de l'échange valide des consentements. Sachant qu'il y a eu sur ce point une évolution puisqu'il semble, à ce que j'ai pu constater (il n'est pas aisé de consulter la jurisprudence des officialités ou de la Rote romaine), que le mariage ne puisse être consummatum lorsque l'union sexuelle s'avère avoir été un viol. Ce n'est donc pas uniquement la matérialité de l'acte qui est prise en compte.
Le terme consummatum signifie 'accompli', 'achevé'. Tant que l'on regarde le mariage comme ordonné à la procréation des enfants et constitutif d'un remède à la concupiscence, considérer qu'il est accompli après la première union sexuelle s'inscrivant dans la suite cohérente de l'échange des consentements, c'est-à-dire la première union sexuelle librement consenti par chacun des époux est, comme je le disais plus haut, parfaitement logique.
Mais à partir du moment où le mariage est considéré comme le don réciproque de l'homme et de la femme, peut-on encore considérer que cette première union suffit à le considérer comme accompli ? La notion canonique de consummatum n'est-elle pas aujourd'hui trop étroitement comprise en lien avec la théologie qui l'a vue naître et qui s'est depuis grandement approfondie ?
N'y aurait-il pas là une piste qui permettrait de faire face aux défis actuels d'une manière restant fidèle à l'enseignement de l'Eglise et à son évolution, en faisant simplement un pas en avant pour traduire dans le droit canonique les évolutions de la théologie du mariage ? Car, en effet, la théologie du mariage nous parle de l'idéal, en quelque sorte. De l'objectif à atteindre, de l'espérance à poursuivre. Mais il revient au droit canonique de venir dire:
1. à partir de quel moment et sous quelles conditions le lien apparaît (ratum)
2. à partir de quel moment et sous quelles conditions le lien devient indissoluble (consummatum)...
Puisqu'en effet, les autre solutions ont des limites évidentes, que ce soit l'élargissement de la compréhension des causes de nullité ou l'épluchage casuistique des consciences préconisé par Amoris Laetitia. Alors qu'une réflexion sur ce que recouvre la notion de consummatum me semble prometteuse, sans que je puisse (mais peut-être serais-je ici détrompé par plus perspicace que moi) déceler sur le principe une contradiction avec la foi catholique.
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Pour lutter contre l'affadissement du forum, je propose de réfléchir sur cet épineux sujet en s'efforçant d'éviter deux écueils, à savoir en premier lieu se contenter de redire l'état actuel de la question d'un point de vue théologie et canonique, et en second lieu, de rester au plus près de la doctrine catholique en la matière, pour d'évidentes raisons.
Le point de départ ne peut-être que le Christ lui-même et ce qui est rapporté de ses propos dans les Evangiles : "Ce que Dieu a uni, que l'homme ne le sépare pas". Ce qui aurait pu être interprété comme signifiant qu'une séparation est possible mais peccamineuse, mais a toujours été compris par l'Eglise comme signifiant que ce n'est pas possible.
Les évolutions de la théologie du mariage, et c'est peu dire qu'il y a eu approfondissement en ce domaine, permettent de comprendre la justesse de cette compréhension puisqu'il s'agit d'un don de soi réciproque et que ce qui est donné ne saurait être repris. C'est un résumé lapidaire mais, me semble-t-il, assez exact ce la théologie du mariage aujourd'hui telle qu'elle est proposée par le Concile Vatican II et l'enseignement, notamment, de S. Jean-Paul II.
Concrètement, le Concile de Trente a adopté une formule que l'on retrouve toujours dans le Code de droit canonique, à savoir que "Matrimonium validum ratum et consummatum nulla humana potestate nullaque causa, praeterquam morte, dissolvi potest". Ainsi, l'indissolubilité du lien conjugal est acquise dès lors que deux conditions cumulatives sont réunies : ratum et consummatum.
Le ratum concerne la validité du consentement, au regard des qualités requises pour ce consentement ainsi que de l'absence d'empêchements tels que prévus par le droit. Si le ratum est déficient, le mariage est nul. Dans cette hypothèse, ce n'est pas qu'il y a un lien dissoluble, c'est qu'il n'y a jamais eu de lien. Il n'y a pas grand chose à en dire pour la question présente.
Pour le consummatum, il me semble que la pratique actuelle mériterait d'être interrogée, avec peut-être une certaine audace. En effet, lorsque la formule adoptée par le Concile de Trente a été forgée, la théologie du mariage n'était pas tout à fait ce qu'elle est aujourd'hui. Le mariage était surtout considéré comme un remède à la concupiscence dont la finalité première était la procréation. Ce qui est mis en avant aujourd'hui sur le don réciproque et la place centrale de l'amour entre l'homme et la femme n'existait tout simplement pas à l'époque. Il s'ensuit que le consummatum était compris comme l'union sexuelle faisant suite à l'échange des consentements ce qui, au regard des finalités du mariage, était d'une logique inattaquable.
C'est encore ainsi que le droit canonique considère les choses. Pour celui-ci, en effet, dans un mariage "validum ratum" existe un lien, qui n'est cependant pas indissoluble, puisque le mariage non consummatum peut être dissous par pontife romain. C'est le consummatum qui rend indissoluble le lien né de l'échange valide des consentements. Sachant qu'il y a eu sur ce point une évolution puisqu'il semble, à ce que j'ai pu constater (il n'est pas aisé de consulter la jurisprudence des officialités ou de la Rote romaine), que le mariage ne puisse être consummatum lorsque l'union sexuelle s'avère avoir été un viol. Ce n'est donc pas uniquement la matérialité de l'acte qui est prise en compte.
Le terme consummatum signifie 'accompli', 'achevé'. Tant que l'on regarde le mariage comme ordonné à la procréation des enfants et constitutif d'un remède à la concupiscence, considérer qu'il est accompli après la première union sexuelle s'inscrivant dans la suite cohérente de l'échange des consentements, c'est-à-dire la première union sexuelle librement consenti par chacun des époux est, comme je le disais plus haut, parfaitement logique.
Mais à partir du moment où le mariage est considéré comme le don réciproque de l'homme et de la femme, peut-on encore considérer que cette première union suffit à le considérer comme accompli ? La notion canonique de consummatum n'est-elle pas aujourd'hui trop étroitement comprise en lien avec la théologie qui l'a vue naître et qui s'est depuis grandement approfondie ?
N'y aurait-il pas là une piste qui permettrait de faire face aux défis actuels d'une manière restant fidèle à l'enseignement de l'Eglise et à son évolution, en faisant simplement un pas en avant pour traduire dans le droit canonique les évolutions de la théologie du mariage ? Car, en effet, la théologie du mariage nous parle de l'idéal, en quelque sorte. De l'objectif à atteindre, de l'espérance à poursuivre. Mais il revient au droit canonique de venir dire:
1. à partir de quel moment et sous quelles conditions le lien apparaît (ratum)
2. à partir de quel moment et sous quelles conditions le lien devient indissoluble (consummatum)...
Puisqu'en effet, les autre solutions ont des limites évidentes, que ce soit l'élargissement de la compréhension des causes de nullité ou l'épluchage casuistique des consciences préconisé par Amoris Laetitia. Alors qu'une réflexion sur ce que recouvre la notion de consummatum me semble prometteuse, sans que je puisse (mais peut-être serais-je ici détrompé par plus perspicace que moi) déceler sur le principe une contradiction avec la foi catholique.
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