ChristianK a écrit :tous les corbeaux sont des oiseaux, on a une probablité 1,une certitude absolue,
Bonjour ChristianK,
Vous avez raison de prendre des exemples, c'est plus parlant. Pour celui-ci non justement je conclus le contraire

. Une personne qui ne serait jamais sortie de son village pourrait juste dire, sachant que tous les corbeaux qu'elle a observés sont noirs, que les corbeaux dans sa région sont majoritairement noirs. A force de recouper les observations, dans toutes les régions où ces animaux vivent, et sur une période de temps suffisante, sachant tout cela, alors on peut raisonnablement dire que majoritairement sauf anomalies les corbeaux sont noirs. Et par simplification et aussi parce que rechercher des corbeaux blancs ou d'une autre couleur serait très probablement une perte de temps, on décide que la probabilité devient 1 et on passe à autre chose. Mais parfois on a des surprises, tels ces animaux que l'on découvre encore et qui font changer des apriori.
Un autre exemple qui vous avez pris, le corbeau est un oiseau, est pire encore. C'est une classification, selon une catégorie inventée par l'homme et encore pas partout, sur quelques critères visibles. Un corbeau n'est pas métaphysiquement un oiseau, mais il peut se ranger très probablement selon observation de caractéristiques visibles (deux ailes, un bec, deux pattes, un gésier, des os creux...) et maintenant j'imagine un séquençage génétique (ce qui rend la chose encore plus probable), qu'un corbeau peut être classé dans la catégorie inventée des oiseaux.
Ce n'est pas à vous que je vais expliquer la différence philosophique entre très très petit et 0 absolu, entre très très peu de chance d'être faux et la certitude absolue que ce ne peut qu'être vrai). Même en mathématiques d'ailleurs cette distinction est fondamentale, puisque 0 multiplié par l'infini est indéterminé, alors qu'un nombre si faible soit-il mais fini multiplié par l'infini donne l'infini. Rien à voir!
Je parle bien de connaissance humaine, celle que l'homme range dans la catégorie "maintenant on sait cela". Je suis bien convaincu que tout s'est construit collaborativement et selon un procédé pouvant être modélisé par la formule de Bayes.
Ce n'est pas que je tienne si particulièrement au bayésianisme, mais je trouve qu'il est, au moins, un bon modèle du "comment sait-on?'. La coopération et l'apprentissage sont une force qui nous permet toutes ces prouesses technologiques dont nous sommes si fiers, mais aussi la limite et un appel à la raison et même à l'humilité. Ce savoir n'est pas absolu, il n'est pas définitif, il est même très réduit du fait de la nécessité de l'observation de nombreux faits pour pouvoir faire l'équivalent d'un calcul bayésien.
Voilà bien ce qui gênera plus d'un agnostique sincère : je n'ai jamais observé Dieu, ni même de signes évidents de surnaturel, je ne crois pas à vos dires **. S'il n'y avait la grâce et la prédisposition naturelle à reconnaitre et aimer Dieu (et là on rejoint Perlum Pimpum), cette réaction serait on ne peut plus légitime s'ils ne disposent pas objectivement de tous les éléments d'appréciation comme peut en disposer une personne qui aura fait l'effort de se renseigner ou plus facilement pour elle aura baigné dans une famille bien catholique.
P.S : ainsi une théorie physique (qui n'est jamais qu'un modèle mathématique d'ailleurs, c'est un autre débat) ne pourra JAMAIS être déclarée vraie absolument. C'est simplement la plus probable quand c'est objectif avec de nombreux points de mesures précises, ou bien déclarée la plus probable par un consensus de scientifiques à un moment donné, décision parfois possiblement biaisée par de l'idéologie d'ailleurs (la théorie de l'évolution est un bon exemple, sachant que les faits l'attestant sont contestables selon la raison).
La formule de Bayes nous dit même qu'il est incalculable de déterminer la probabilité d'une théorie, il faudrait tenir compte de toutes les théories alternatives ***. Au mieux on doit faire des élagages, à priori. Donc dans la réalité la science fait le choix à priori d'une théorie et cherche à la valider selon une méthode hypothético déductive. En vérifiant d'abord que selon une majorité d'expériences les résultats sont concordants, et ensuite en essayant de faire des prédictions et les vérifier. Exemple si la théorie de la relativité est vraie, alors on a un phénomène de lentilles gravitationnelles. Observées plus tard, donc cela renforce la probabilité de la relativité. Mais pour autant on sait qu'elle est fausse dans les très petites échelles. Idem le big bang, on a aujourd'hui une bonne assurance de sa réalité par l'observation du fond cosmologique qui correspondrait bien à un résidu de celui-ci.
Parfois c'est un fait qui invalide, par exemple l'orbite de la planète mercure qui ne correspondait pas à la gravité de Newton. Exit Newton, bonjour la relativité générale qui elle peut donner une explication. En attendant une autre théorie.
Vous voyez, le modèle de Bayes se retrouve partout, en science mais pas seulement, pour toute acquisition de savoir. hors Révélation bien entendu (et encore c'est vrai pour les dogmes, mais tout le reste théologique finalement a pour nature une connaissance humaine par travaux théologiques). C'est pourquoi aussi j'estime que les révélations privées sont si précieuses et déterminantes, car ce sont des vérités dérivées d'une source vraie absolument, certes qui a perdu son caractère absolu et à la lettre par l'intermédiaire humain, mais qui est encore le reflet de cette caractéristique absolue.
Conclusions:
- Notre savoir est précieux, mais très relatif et jamais une certitude
- Personne ni la science ne peuvent se targuer d'avoir une explication de type métaphysique par les lois de la physique, de la biologie etc. Les savants qui le font abusent, passent les frontières de la science pour en fait donner leur conviction personnelle
Or j'ai observé que beaucoup de gens ordinaires dans le sens n'ayant pas suivi de formation complexe en physique, pensent de bonne foi que la science peut donner des explications métaphysiques, réglant ainsi la question de Dieu par sa négation. C'est un abus qu'il faut dénoncer, mais pas en tombant dans le même travers d'affirmer que nous avons des preuves absolues de l'existence de Dieu. Nous avons beaucoup de témoignages, de signes, et sur une très longue période, oui. Et ce n'est pas rien, il faut insister sur ces points pour défaire la camisole mentale tissée en Occident par l'école et l'université, acquises désormais à une autre idéologie.
* Vous connaissez la blague, un philosophe, un physicien et un mathématicien sont dans un train, en Ecosse. Ils voient un mouton noir derrière un rocher. Le philosophe dit, "oh regardez les moutons sont noirs en Ecosse!". Le physicien rétorque, non pas du tout, vous pouvez simplement dire que certains moutons sont noirs en Ecosse. Et le mathématicien de tempêter, "bien sûr que non, la seule chose que vous pouvez affirmer c'est qu'au moins une moitié d'un mouton est noire ici".
** Et ce n'est pas pour rien que NSJC Lui-même a du multiplier les miracles, y compris devant ses apôtres, pour bien faire comprendre qu'il était authentiquement le Messie, et de nature divine. Lorsque l'on part avec un apriori éloigné, il n'est jamais facile de changer d'avis, même sincèrement ou étant bien disposé par rapport à la Révélation. Il faut de nombreux faits, ou alors très marquants, pour faire varier la probabilité bayésienne itérativement.
*** Confère aussi les travaux de Solomonoff, démon et théorème.
Faux, elle repose sur les old books, dont Russel escamote la crédibilité, et sur l'orthodoxie, la droite opinion consensuelle
Ce que j'aime bien dans mes discussions avec vous, c'est que j'apprends toujours quelque chose de nouveau. Pouvez-vous développer à l'occasion, ou me pointer des liens?
Je suis pas sûr. L'argument d'autorité (le locuteur est compétent et pas menteur) ne repose que partiellement sur l'induction, i.e. sur le comportement passé du locuteur. Les indices dépassent cela.
Tout intervient, pas seulement la crédibilité du ou des témoins, mais aussi le support de l'information (recopie), la date de l'écrit (plus ou moins lointain par rapport à l'événement). Vous prenez un exemple facile, avec donc une probabilité tellement proche de 1 que l'on pourrait croire 1, avec j'imagine des écrits frais et concordants. Prenez d'autres exemples, avec des renseignements plus parcellaires ou moins fiables.
Mais aussi et surtout, une certitude morale est une certitude
On décide que cela devient une certitude.
Or le probable indique un certain coefficient de doute et douter que César est mort le 15 mars est déraisonnable
En effet. Ne pas suivre les conclusions d'un cheminement de Bayes ou pire ne pas faire tourner le modèle est déraisonnable. Je pense même que c'est une bonne définition de ce qui est raisonnable ou non. Croire à une religion incohérente par exemple est déraisonnable. La notre ne l'est pas. Mais ce n'est pas parce que c'est raisonnable que ce n'est pas une probabilité en réalité. Le seul élément qui peut troubler, c'est que ce calcul n'est pas formalisé, ni conscient. Ou rarement dans des logiciels (la formule de Bayes est très utilisée dans les calculs scientifiques par ordinateur dans de nombreux domaines, et aussi tous les procédés d'apprentissage en IA). Il se pourrait bien que le cerveau fasse ce travail, ou bien ce n'est qu'un modèle, l'éternel problème qu'on ne peut trancher).
Le schéma bayésien me semble trop mathématique pour s'appliquer aux certitudes non mathématiques ou métaphysiques (1=1 réfère à l'unicité de l'être)
J'avais bien indiqué les exceptions au formalisme de Bayes. Les mathématiques et le principe d'identité (qui est une logique mathématique en réalité) en font partie assurément. Encore que la logique du modus ponens et du modus tollens puisse se déduire de la formule de Bayes aux extrêmes. C'est intéressant de s'apercevoir que ce sont des cas particulier d'une loi plus générale probabiliste.
Ensuite les mathématiques étant transcendantes ou métaphysiques vous en étiez d'accord, elles sont potentiellement applicables à notre réalité en particulier, si c'est adapté. On voit bien que c'est adapté, la connaissance humaine pure se faisant par apprentissage, sachant des faits qui s'accumulent.
Enfin la nature elle-même semble gouvernée selon des lois totalement mathématiques, pas seulement la physique mais également la chimie, la biologie, etc. Prendre le principe qu'un schéma est trop mathématique pour être valide me semble donc déraisonnable, selon ces éléments
