La trahison des commissaires - livre (Jean Madiran)
Publié : sam. 10 juil. 2021, 3:40
Bonjour,
Fouillant dans les archives d'un site de traditionnalistes, je suis tombé sur un article intéressant de 2004. Il s'agissait de la recension d'un livre de Jean Madiran. L'article exposait les commentaires de Madiran au sujet de notes critiques d'une Commission d'experts catholiques chargés d'évaluer dans un premier temps la fameuse bible des écrivains, la Bible Bayard, et ensuite le genre de réception que les mêmes experts avaient pu réserver à une fameuse émission de Mordillat et Prieur diffusée sur la chaîne Arte.
Je me suis intéressé au contenu de l'article premièrement parce que je possède chez moi cette fameuse Bible Bayard. J'avais déjà suivi un cours avec André Myre en personne qui plus est, et alors qu'il était bien question de lui aussi dans l'article. C'est assez pour vouloir en savoir plus.
Celui qui tient la plume est un traditionnaliste, et donc on ne se surprendra pas qu'il y soit question de modernisme. Mais si on laisse un peu de coté la partisannerie militante, il reste des informations valables disséminées à travers le papier.
La trahison des Commissaires
Par M. l’abbé Giuseppe Murro
La Foi en effet consiste en l’adhésion de l’intelligence à toutes les vérités que Dieu nous a révélées et que l’Église nous transmet par son Magistère. La Révélation faite par Dieu a été un fait public et objectif, close avec la mort des Apôtres. Le Pape saint Pie X explique dans l’Encyclique Pascendi (8 septembre 1907) que les modernistes ne se contentent pas de nier certains points de la Révélation ou de l’enseignement de l’Église, comme le firent d’autres hérétiques dans le passé, mais détruisent complète ment la Foi tout entière.
De plus, ces nouveaux hérétiques, au lieu de sortir de l’Église, “se cachent dans le sein même de l’Église, ennemis d’autant plus redoutables qu’ils le sont moins ouvertement… sous couleur d’amour de l’Église, ils se posent comme rénovateurs de l’Église… qui donnent audacieusement l’assaut à tout ce qu’il y a de plus sacré dans l’œuvre de Jésus-Christ, sans respecter sa propre personne, qu’ils abaissent, par une témérité sacrilège, jusqu’à la simple et pure humanité”.
Pour eux, le Christ qui aurait réellement vécu ne serait qu’un homme.
Un de leurs principes s’énonce avec la distinction entre le “Christ de l’histoire” et le “Christ de la foi”, expliquée par le Pape Pie X : “Dans la personne du Christ, disent-ils, la science ni l’histoire ne trouvent autre chose qu’un homme”. Autrement dit, le “Christ de l’histoire” serait celui qui vécut réellement sur terre il y a deux mille ans et aurait été un homme comme tous les autres, sans aucun caractère surnaturel. Les Évangiles ne seraient pas des livres historiques : tout ce qu’il y a de surnaturel dans les Évangiles – ce qui montre que Notre-Seigneur est le Messie et est Dieu – constituerait le “Christ de la foi”, une “défiguration” de la personne historique de Jésus, fruit des inventions des chrétiens de quelques décennies postérieures. En somme, pour les modernistes, la religion catholique est une mythologie, et les Évangiles en sont le mythe fondateur. Saint Pie X fait remarquer comment cette hérésie, qui unit agnosticisme et immanentisme, est pire que les précédentes : l’agnosticisme, en ne croyant pas à Jésus Christ et aux Évangiles, conduit à l’athéisme pratique.
Pour l’immanentisme, la religion ne provient pas de la Révélation qui nous est enseignée par l’Église, mais naît d’un besoin intérieur de l’homme, d’un sentiment dont il prend conscience : c’est pourquoi, pour les modernistes, les formules dogmatiques ne sont pas seulement des concepts spéculatifs, mais doivent être vivantes, doivent vivre de la même vie du sentiment religieux ; et c’est la raison pour laquelle elles doivent être adaptées, selon les mutations du sentiment religieux, autrement elles ne seraient plus “vivantes”. On en conclut que les dogmes doivent évoluer selon les époques et, logiquement, on finira par penser que toute religion dans le fond est vraie. Les modernistes en réalité n’ont pas la Foi, sont pratiquement des athées, mais parlent de religion et se font passer pour être les plus fervents parmi les catholiques. Mais qui sont aujourd’hui les modernistes ?
Les Commissaires
Jean Madiran, directeur de Présent, vient de publier un petit livre intitulé “La trahison des Commissaires”, diffusé par DPF, DMM, NEL, Téqui. Jean Madiran n’a pas notre position sur la situation actuelle de l’Autorité de l’Église, mais son étude analyse d’une manière très claire certains de ces actes.
Les “Commissaires” sont les membres de la Commission doctrinale de la Conférence des évêques de France. Cette Commission, composée surtout d’évêques, même si elle n’a aucun pouvoir canonique, a un énorme pouvoir de fait, car elle exprime officiellement la pensée collective de l’épiscopat.
Jean Madiran fixe son étude sur trois interventions de ladite Commission dont deux ont été publiées sur La Documentation Catholique (= D.C.). Nous nous arrêterons sur les deux premières.
La Bible Bayard
Le premier texte que Madiran expose est un communiqué approuvant la Bible Bayard et figurant en tête de cet ouvrage. « Au mois d’août 2001 - explique Madiran - commence dans l’univers francophone la diffusion massive d’un ouvrage intitulé sobrement La Bible. Une surcouverture en plastique transparent vient ajouter au titre la mention : Nouvelle Traduction. L’éditeur canadien est Médiaspaul à Montréal. En France ce sont les Editions Bayard, celles qui éditent (entre autres) le quotidien La Croix [ainsi que La Documentation Catholique, ndr] : pour cette raison, l’ouvrage sera couramment appelé en France la Bible Bayard.
L’attention fut attirée d’emblée sur la traduction elle-même… Les expressions étranges, agressives ou effrontées y abondent artificiellement, comme de faire dire par Jésus : “Plutôt crever !”… Et les premières critiques, très rarement exprimées en public, portèrent sur les singularités du vocabulaire et du style de la “nouvelle traduction” ».
La Commission semble s’être rendu compte de ce langage vulgaire et admet que “cette traduction ne peut faire l’objet d’une utilisation liturgique”, mais au fond elle le trouve bien car elle “en reconnaît la portée littéraire”. Utiliser pour les textes sacrés un tel langage, ne constitue pas un signe de foi, d’amour et de respect de la parole de Dieu.
Mais évidemment, plus important encore que le langage, est le contenu. La Commission souligne la fidélité à la tradition de la Foi : “elle reconnaît que l’appareil critique comportant introductions, notes et glossaires, permet d’inscrire cette traduction dans la tradition vivante de la foi catholique (…) et elle en encourage la lecture”.
Que disent donc les introductions, notes et glossaires, qui méritent la louange de la Commission ? Qui les a composés ?
Fouillant dans les archives d'un site de traditionnalistes, je suis tombé sur un article intéressant de 2004. Il s'agissait de la recension d'un livre de Jean Madiran. L'article exposait les commentaires de Madiran au sujet de notes critiques d'une Commission d'experts catholiques chargés d'évaluer dans un premier temps la fameuse bible des écrivains, la Bible Bayard, et ensuite le genre de réception que les mêmes experts avaient pu réserver à une fameuse émission de Mordillat et Prieur diffusée sur la chaîne Arte.
Je me suis intéressé au contenu de l'article premièrement parce que je possède chez moi cette fameuse Bible Bayard. J'avais déjà suivi un cours avec André Myre en personne qui plus est, et alors qu'il était bien question de lui aussi dans l'article. C'est assez pour vouloir en savoir plus.
Celui qui tient la plume est un traditionnaliste, et donc on ne se surprendra pas qu'il y soit question de modernisme. Mais si on laisse un peu de coté la partisannerie militante, il reste des informations valables disséminées à travers le papier.
La trahison des Commissaires
Par M. l’abbé Giuseppe Murro
La Foi en effet consiste en l’adhésion de l’intelligence à toutes les vérités que Dieu nous a révélées et que l’Église nous transmet par son Magistère. La Révélation faite par Dieu a été un fait public et objectif, close avec la mort des Apôtres. Le Pape saint Pie X explique dans l’Encyclique Pascendi (8 septembre 1907) que les modernistes ne se contentent pas de nier certains points de la Révélation ou de l’enseignement de l’Église, comme le firent d’autres hérétiques dans le passé, mais détruisent complète ment la Foi tout entière.
De plus, ces nouveaux hérétiques, au lieu de sortir de l’Église, “se cachent dans le sein même de l’Église, ennemis d’autant plus redoutables qu’ils le sont moins ouvertement… sous couleur d’amour de l’Église, ils se posent comme rénovateurs de l’Église… qui donnent audacieusement l’assaut à tout ce qu’il y a de plus sacré dans l’œuvre de Jésus-Christ, sans respecter sa propre personne, qu’ils abaissent, par une témérité sacrilège, jusqu’à la simple et pure humanité”.
Pour eux, le Christ qui aurait réellement vécu ne serait qu’un homme.
Un de leurs principes s’énonce avec la distinction entre le “Christ de l’histoire” et le “Christ de la foi”, expliquée par le Pape Pie X : “Dans la personne du Christ, disent-ils, la science ni l’histoire ne trouvent autre chose qu’un homme”. Autrement dit, le “Christ de l’histoire” serait celui qui vécut réellement sur terre il y a deux mille ans et aurait été un homme comme tous les autres, sans aucun caractère surnaturel. Les Évangiles ne seraient pas des livres historiques : tout ce qu’il y a de surnaturel dans les Évangiles – ce qui montre que Notre-Seigneur est le Messie et est Dieu – constituerait le “Christ de la foi”, une “défiguration” de la personne historique de Jésus, fruit des inventions des chrétiens de quelques décennies postérieures. En somme, pour les modernistes, la religion catholique est une mythologie, et les Évangiles en sont le mythe fondateur. Saint Pie X fait remarquer comment cette hérésie, qui unit agnosticisme et immanentisme, est pire que les précédentes : l’agnosticisme, en ne croyant pas à Jésus Christ et aux Évangiles, conduit à l’athéisme pratique.
Pour l’immanentisme, la religion ne provient pas de la Révélation qui nous est enseignée par l’Église, mais naît d’un besoin intérieur de l’homme, d’un sentiment dont il prend conscience : c’est pourquoi, pour les modernistes, les formules dogmatiques ne sont pas seulement des concepts spéculatifs, mais doivent être vivantes, doivent vivre de la même vie du sentiment religieux ; et c’est la raison pour laquelle elles doivent être adaptées, selon les mutations du sentiment religieux, autrement elles ne seraient plus “vivantes”. On en conclut que les dogmes doivent évoluer selon les époques et, logiquement, on finira par penser que toute religion dans le fond est vraie. Les modernistes en réalité n’ont pas la Foi, sont pratiquement des athées, mais parlent de religion et se font passer pour être les plus fervents parmi les catholiques. Mais qui sont aujourd’hui les modernistes ?
Les Commissaires
Jean Madiran, directeur de Présent, vient de publier un petit livre intitulé “La trahison des Commissaires”, diffusé par DPF, DMM, NEL, Téqui. Jean Madiran n’a pas notre position sur la situation actuelle de l’Autorité de l’Église, mais son étude analyse d’une manière très claire certains de ces actes.
Les “Commissaires” sont les membres de la Commission doctrinale de la Conférence des évêques de France. Cette Commission, composée surtout d’évêques, même si elle n’a aucun pouvoir canonique, a un énorme pouvoir de fait, car elle exprime officiellement la pensée collective de l’épiscopat.
Jean Madiran fixe son étude sur trois interventions de ladite Commission dont deux ont été publiées sur La Documentation Catholique (= D.C.). Nous nous arrêterons sur les deux premières.
La Bible Bayard
Le premier texte que Madiran expose est un communiqué approuvant la Bible Bayard et figurant en tête de cet ouvrage. « Au mois d’août 2001 - explique Madiran - commence dans l’univers francophone la diffusion massive d’un ouvrage intitulé sobrement La Bible. Une surcouverture en plastique transparent vient ajouter au titre la mention : Nouvelle Traduction. L’éditeur canadien est Médiaspaul à Montréal. En France ce sont les Editions Bayard, celles qui éditent (entre autres) le quotidien La Croix [ainsi que La Documentation Catholique, ndr] : pour cette raison, l’ouvrage sera couramment appelé en France la Bible Bayard.
L’attention fut attirée d’emblée sur la traduction elle-même… Les expressions étranges, agressives ou effrontées y abondent artificiellement, comme de faire dire par Jésus : “Plutôt crever !”… Et les premières critiques, très rarement exprimées en public, portèrent sur les singularités du vocabulaire et du style de la “nouvelle traduction” ».
La Commission semble s’être rendu compte de ce langage vulgaire et admet que “cette traduction ne peut faire l’objet d’une utilisation liturgique”, mais au fond elle le trouve bien car elle “en reconnaît la portée littéraire”. Utiliser pour les textes sacrés un tel langage, ne constitue pas un signe de foi, d’amour et de respect de la parole de Dieu.
Mais évidemment, plus important encore que le langage, est le contenu. La Commission souligne la fidélité à la tradition de la Foi : “elle reconnaît que l’appareil critique comportant introductions, notes et glossaires, permet d’inscrire cette traduction dans la tradition vivante de la foi catholique (…) et elle en encourage la lecture”.
Que disent donc les introductions, notes et glossaires, qui méritent la louange de la Commission ? Qui les a composés ?