De rien Quejana, je réalise à vous lire dans plusieurs sujets que je partage un certain nombre d'interrogations qui sont les vôtres, alors si je peux en retour partager ce qui m'a permis d'y répondre ou de m'en accommoder, c'est bien la moindre des choses.
Quejana a écrit : ↑mer. 26 août 2020, 6:20
Je suis notamment attirée par l'oraison silencieuse quiétiste (que l'on rapproche souvent des traditions bouddhistes, même si Mme Guyon n'en avait sûrement pas connaissance). Je sais que pour un catholique, c'est considéré comme une hérésie. D'ailleurs, si quelqu'un pouvait m'expliquer les dangers qu'il ou elle voit dans cette "hérésie" (en tant que protestante, j'utilise ce mot avec des guillemets), je suis preneuse.
Je n'ai plus en tête les propos de Mme Guyon sur l'oraison, j'ai son petit livret dans ma bibliothèque mais je ne suis pas chez moi à l'heure où je vous réponds.
Sans vouloir faire une promotion éhontée pour M. Khoury et son livre sur la Prière du Coeur, il se trouve que je l'ai lu tout récemment et qu'il y traite justement du quiétisme. Il s'agit de passages brefs que je vais agrémenter d'autres extraits afin de mieux comprendre comment il situe le quiétisme par rapport à ce qu'il considère comme une pratique juste de la prière.
- [+] Texte masqué
- Le quiétisme est une mauvaise façon de comprendre la passivité de l'homme face à l'action de Dieu.
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La bonne manière de se donner, c'est par un mouvement clair, franc et total. J'offre mon cœur, je donne tout.
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Si nous voulons faire oraison et qu'il y a quelque chose que nous n'avons pas donné volontairement, consciemment, il ne pourra pas agir. Il voudrait bien agir, mais je n'ai pas tout donné, je le sais et je ne veux pas donner. Il faut donc un don de soi entier, humble, confiant en l'action de Dieu.
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Nous pourrions aussi ajouter le cas d'une absence de mouvement. Combien de personnes et combien d'écoles de spiritualité prônent juste le geste de s'exposer "par la foi" ou "dans la foi" l'action mystérieuse de Dieu. Expression imprécise, qui pour certains ne suppose de fait aucun mouvement. On part du faux principe "qu'il suffit d'être là" et que Dieu agira quand Il le veut et comme Il le veut. Or nous annulons la liberté de l'homme ; et c'est un quiétisme bien caché qui se dissimule là. Le mouvement, aussi simple et bref qu'il soit, est nécessaire.
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Il y a donc un mouvement qui n'en est pas un et qui est une sorte de passivité de foi, dans la foi. C'est tout simplement du quiétisme, c'est-à-dire une fausse manière de comprendre la passivité humaine face à l'action de Dieu. La juste passivité humaine est de se donner à DIeu (non pas une fois pour toutes le matin ou au début de la prière) mais en renouvelant le don afin de laisser Dieu nous prendre et agir librement. Si l'on ne manifeste pas notre consentement, par ce mouvement, rien ne se passe. C'est comme lorsqu’on rencontre quelqu'un : nous tendons la main pour la lui serrer et pour manifester notre salut. De même avec Dieu, quand nous le rencontrons, nous tendons notre cœur et nous le lui offrons.
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Ce n'est pas de l'activisme que de donner son cœur, de manifester sa liberté et son amour. Tant que nous sommes sur terre nous pouvons croître dans l'amour, et ce la, c'est notre liberté qui le décide. Et nous ne remplaçons pas l'activité de Dieu par la nôtre, mais nous nous rendons disponibles, nous nous mettons entre ses mains afin qu'il agisse selon sa modalité qui est divine.
Si vous voulez approfondir le sujet de la prière du cœur (ou oraison), outre le livre déjà cité précédemment, je vous recommande cette série de deux vidéos :
https://www.youtube.com/playlist?list=P ... Aa-vHJvvHv
Quejana a écrit : ↑mer. 26 août 2020, 6:20Oui, réduire notre relation à Dieu à une affaire de sentiments est sans doute problématique et mortifère. Car on ne maîtrise pas beaucoup ces derniers. Et puis, c'est comme idolâtrer ses propres intuitions et ses propres émotions : cela enferme le divin dans une case. Mais il est vrai qu'en tant que protestante, je n'ai pour seule manière de me rapprocher de Jésus que des moyens très intérieurs et subjectifs.
D'autant plus que Dieu n'est pas un être sensible, il s'adresse à l'esprit qui dans l'anthropologie chrétienne est supra-conscient, alors que c'est l'âme qui est concernée par les choses sensibles. Il arrive que Dieu nous fasse la grâce de manifester Son action de manière sensible, mais cela reste une exception.
Quejana a écrit : ↑mer. 26 août 2020, 6:20Si je comprends bien le texte que vous avez envoyé, c'est l'intention qui compte le plus, la volonté et non les sentiments et les pensées qui défilent et qui sont éphémères.
C'est cela et surtout, nous pouvons agir sur notre volonté tandis que les sentiments et les pensées nous viennent malgré nous. La bonne nouvelle, c'est que Dieu nous demande de réaffirmer notre volonté avec douceur et confiance, c'est cela qu'Il attend.
Quejana a écrit : ↑mer. 26 août 2020, 6:20Si cela ne vous dérange pas, pourriez-vous m'expliquer ce qui vous a fait renoncer à la méditation (celle d'origine bouddhiste) pour vous tourner vers la prière chrétienne ? Il y a des chrétiens, même des catholiques qui ont christianisé la méditation d'inspiration bouddhiste et développé des techniques de méditation chrétienne. Je trouve personnellement cette démarche intéressante. D'ailleurs, aussi étonnant que cela puisse paraître, la méditation m'a parfois aidée à surmonter ma misophonie. Précisément parce que je n'y mets aucun affect et donc j'accepte mieux d'éprouver des sentiments désagréables. C'est quand je commence à éprouver un certain attachement (même un attachement à Dieu ou plutôt à l'idée que je me fais de Dieu) que je risque de souffrir.
Cela ne me dérange, la difficulté viendra plutôt du fait que j'ai moi-même encore à comprendre ce qui m'a détourné de la méditation bouddhiste (samatha / vipassana) alors que j'y ai mis toute mon énergie pendant 5 années à raison de 30 à 60 minutes par jour, et parfois jusqu'à plusieurs heures d'affilée, à tel point que cela tournait à l'obsession au point de devenir prioritaire sur mes obligations familiales. Et puis un beau jour, changement radical, le désir-même de méditer avait disparu.
Je me suis beaucoup interrogé là-dessus et j'ai trouvé des raisons
a posteriori, une rationalisation devant le fait accompli qui vaut ce qu'elle vaut. Une chose est sûre, je commençais à percevoir des effets indésirables de la méditation : des phénomènes énergétiques inconfortables, notamment une forte pression et des mouvements au niveau du troisième œil, qui parfois m'abrutissaient et culminaient en vertiges très désagréables ; une indifférence (que je ne confonds pas avec le détachement) grandissante envers les choses du monde, comme si je me considérais de plus en plus comme un pur esprit non affecté et au-dessus de tout, alors même que je devenais père. Ce sont les principales raisons pour lesquelles j'ai commencé à sérieusement remettre en question le bien fondé de ma pratique, qui me faisait devenir quelqu'un que je n'aimais pas. A ce jour je n'ai toujours pas compris ce qui a provoqué un arrêt aussi abrupt, mais cela couvait depuis quelques temps.
Quejana a écrit : ↑mer. 26 août 2020, 6:20De ce fait, je suis aussi attirée dans le christianisme par la notion de détachement et par la théologie apophatique, qui vise à nous dépouiller de notre attachement à certaines idées que nous avons sur Dieu (si j'ai bien compris). Le détachement me semble une voie possible à explorer.
Je vois que vous souhaitez cultiver le détachement, et vous disiez plus haut chercher à éviter un certain attachement dont vous risqueriez de souffrir. Dans mon expérience personnelle, j'ai eu à souffrir de certains attachements dans mes relations, et je crois que pour m'en protéger j'ai chéri mon indépendance, mon autonomie et mon libre arbitre. Voici ce qu'étaient mes idoles, et cela se traduisait par une certaine licence et un rejet de tout engagement quel qu'il soit. Je pense que la méditation était aussi devenue un prétexte à échapper aux souffrances du quotidien.
Aujourd'hui j'en viens à accepter ces causes potentielles de souffrance, car elles sont aussi sources de joie. Au point de penser que la pire des trahisons vaut bien la joie de vivre en confiance, aidé en cela par la promesse qu'au bout du chemin, il y en a Un qui ne nous trahira jamais.
Envers Dieu aussi je tâche de cultiver un détachement qui serait en fait une disponibilité grandissante à ce qu'Il a à me dire, sans que l'attachement à mes petites attentes personnelles et autres préconceptions ne viennent parasiter la communication.
Ce sont des réflexions toute personnelles mais peut-être y trouverez-vous un écho.