Du salut - Réflexions de Pierre de Lauzun
Publié : ven. 15 oct. 2004, 22:28
Bonsoir,
J'ai décidé de partager avec vous une très intéressante réflexion de Pierre de Lauzun, extraite de son livre Le Ciel et la Forêt, paru en 2000 chez Dominique Martin Morin, en deux volumes : le premier intitulé Au-delà du pluralisme, le second Le christianisme et les autres religions. Je conseille vivement la lecture de cet ouvrage, très dense (c'est de la philosophie pure) mais aussi très suggestif. On y trouve par exemple à la fin des deux volumes les commentaires de l'encyclique Fides et ratio et de la déclaration Dominus Iesus.
Voici donc, en pages 216-217 du deuxième volume, une note de l'auteur sur la notion de solidarité du salut:
Bien à vous,
- VR -
J'ai décidé de partager avec vous une très intéressante réflexion de Pierre de Lauzun, extraite de son livre Le Ciel et la Forêt, paru en 2000 chez Dominique Martin Morin, en deux volumes : le premier intitulé Au-delà du pluralisme, le second Le christianisme et les autres religions. Je conseille vivement la lecture de cet ouvrage, très dense (c'est de la philosophie pure) mais aussi très suggestif. On y trouve par exemple à la fin des deux volumes les commentaires de l'encyclique Fides et ratio et de la déclaration Dominus Iesus.
Voici donc, en pages 216-217 du deuxième volume, une note de l'auteur sur la notion de solidarité du salut:
Voilà. Je posterai ce week-end une autre réflexion de ce même auteur (un peu plus longue) sur le principe traditionnel "Pas de salut hors de l'Eglise" ; il y démontre en particulier que les nouvelles options issues de Vatican II ne se détournent nullement de ce principe, bien au contraire (question qui nous rattache à une discussion précédente).Pierre de Lauzun a écrit :La justice de Dieu n'implique en rien que la grâce soit répandue également sur tous, comme la pluie, dans une région donnée, tombe à peu près régulièrement partout. Elle peut être surabondante chez quelqu'un et plus rare chez quelqu'un d'autre (ainsi il est dit de saint Jean-Baptiste que la grâce de Dieu était pour lui abondante dès le ventre de sa mère). Dieu ne distribue pas ses bienfaits comme une machine égalitaire, face à quoi l'homme réagirait plus ou moins bien. Ce qui, en effet, importe à la justice est que tous reçoivent assez pour se sauver (et même surabondamment); et non que les rations soient identiques.
Ceci nous conduit en outre à prendre conscience de l'ampleur de sa responsabilité propre. Si en effet, selon ce qu'on appelle la Communion des Saints, ce que je fais de bien rejaillit sur les autres hommes (même s'il n'y a pas d'effet direct, qu'on puisse physiquement appréhender) et ce que je fais de mal également, mon comportement peut à la limite contribuer à pousser quelqu'un d'autre au salut ou à la perdition, même si ce comportement n'implique pas cet autre de façon visible. En d'autres termes, je peux et dois prendre pleinement au sérieux le salut et le devoir parce que ce que je fais ne met pas seulement en cause mon salut, mais aussi celui des autres. Ce qui fait la gravité extrême du péché c'est qu'il ne met pas seulement en cause notre salut propre mais celui d'autres personnes. Conception qui, on le mesure, se situe aux antipodes exacts de l'individualisme et plus encore du relativisme moral actuels, sans pour autant remettre en question la responsabilité individuelle (et donc le choix de chacun, libre en dernière analyse); car si mon choix est libre et mon sort futur juste, il peut être amélioré ou rendu plus difficile par le jeu des autres.
D'où aussi, selon un paradoxe apparent, l'importance centrale du terme de "prochain"; car cette responsabilité que j'ai à l'égard des autres s'exerce en premier lieu à l'égard de ceux que je rencontre, avec qui j'ai un rapport interpersonnel. Dans un monde incarné, matériel, le contact et la présence physique sont essentiels (d'où entre autres, le rayonnement immédiat des saints et aussi l'attirance diabolique des pervers). Le prochain est celui qu'en un sens Dieu m'a confié, celui que je ne rencontre pas par pur hasard malgré les apparences, et qui a donc priorité pour moi. C'est celui que la Providence me présente comme un objet possible de mise en oeuvre du don de Dieu. Dans un deuxième temps en outre, cette action que j'effectue au profit de mon prochain peut et doit rejaillir, à sa faible mesure, sur le reste de l'univers. On retrouve, comme en permanence dans le christianisme, le double niveau de validité : incarné hic et nunc, et dépassant, en et par Dieu, toute contingence de temps et d'espace.
Bien à vous,
- VR -