Re: Qu'éprouvez-vous en pensant à la Croix ?
Publié : ven. 25 janv. 2019, 20:47
Ce que j'éprouve c'est la rédemption, le rachat de tous les hommes.
Pour l'intelligence de la foi
https://cite-catholique.org/
Ce que j'éprouve est de la compassion. Pour Jésus lui-même, pour ceux qui l'aimaient, pour ceux qui l'ont crucifié et pour toute la misère humaine.
J'apprécierais que vous puissiez détailler votre pensée car il serait intéressant de comprendre ce qui vous répugne dans le christianisme, quel frein vous empêche de grandir dans votre foi et ce qui vous dégoûte dans les Évangiles (à part la Croix).Quejana a écrit : ↑ven. 25 janv. 2019, 18:46Depuis cette rupture, je suis souvent attirée par le christianisme mais il me répugne également, comme s'il devait me conduire à un malheur indicible ; il m'arrive d'éprouver de vives angoisses en lisant les Évangiles ou un sentiment de dégoût et d'incompréhension, alors que j'y adhérais de tout mon cœur et de toute mon âme au début de ma conversion, du moins me semblait-il.
Ce passage me laisse plus que perplexe. Le christianisme est une religion de la joie, de la paix, de l'amour et de la liberté. L'utilisation du mot "pénitence" me paraît à contre-courant de l'enseignement de Jésus et de toute vie chrétienne. Comment cela se traduit-il concrètement ?Quejana a écrit : ↑ven. 25 janv. 2019, 18:46De plus, je ne parviens pas à revenir à la vie chrétienne que j'avais car j'y ai poussé à de telles extrémités certaines pénitences que je me fais le raisonnement suivant : "Si j'y retourne, je vais endurer encore pire ou au moins la même chose. Maintenant que je suis embarquée, je ne peux plus revenir en arrière : je devrai recommencer les mêmes pénitences que celles que je m'infligeais."
Dieu est amour et miséricorde. L'origine et la raison de votre blocage, c'est vous-même.
Je suis assez surpris que vous n'ayez pas évoqué ce sujet (qui est pourtant central) avec votre accompagnateur lors de votre longue période de catéchumenat ou directement avec un prêtre. Il me semble impératif d'éclaircir tout ce qui peut nuire dans notre foi. Je parle en connaissance de cause puisque je commence mon chemin vers le baptême et me suis enfin libéré du malaise que me provoquait la lecture de l'Ancien Testament, que je lisais mal. Merci au curé de ma paroisse et à KTO.
Je suis l'inverse de vous car les paroles de Jésus sont à l'origine de ma conversion et il est le coeur de ma foi, même s'il ne me parle pas autrement que dans ma lecture des Évangiles. Quand je vous lis, je n'ai pas le sentiment que vous ayez vécu votre religion avec le coeur mais plutôt comme une contrainte : "je tâchais de", "je vénérais (...) comme Jésus nous demande". Me trompe-je?Quejana a écrit : ↑ven. 25 janv. 2019, 18:46J'y mets une majuscule car je sais la vénération qu'ont la plupart des chrétiens pour celle-ci mais je ne la comprends pas. Après ma conversion, je comprenais avec le cœur les paraboles de Jésus et tâchais de les appliquer ; je vénérais Dieu le Père comme Jésus nous demande de le faire mais sans presque jamais implorer le secours de Jésus lui-même - ou si je le faisais, je n'éprouvais rien, aucun amour particulier pour lui ni aucune sensation de sa présence en moi.
Le sacrifice de la Croix est la plus belle preuve de l'amour de Dieu envers l'humanité. Pour nous sauver de nos péchés et nous permettre d'accéder à la vie éternelle, le Père a envoyé son Fils dans le monde. Ce dernier a choisi jusqu'au bout de nous manifester son amour inconditionnel en allant jusqu'à sacrifier sa propre vie. Comment être insensible à un tel acte d'amour entièrement gratuit ? Je ressens une profonde reconnaissance à l'égard du Fils et du Père ainsi qu'une certaine honte car je ne me sens pas du tout digne de cet amour et de ce sacrifice.Quejana a écrit : ↑ven. 25 janv. 2019, 18:46Cet épisode de la Passion semble être le plus important des Evangiles pour beaucoup de chrétiens et pourtant je le regarde comme non-essentiel ; il me semble que l'on peut trouver une grande vérité dans les paroles de Jésus et l'admirer sans la Croix ; autrement dit, même sans l'épisode la Croix, sa vie aurait été parfaite. J'emploie le mot "admirer" plutôt qu' "aimer" car comme je le répète, je n'ai jamais véritablement éprouvé d'amour pour Jésus ; je l'admirais simplement comme un être parfait, qu'il faut s'efforcer de suivre.
Bonsoir Quejana,Quejana a écrit : ↑dim. 27 janv. 2019, 20:11
Merci Trinité : il est vrai que l'on m'a souvent rapporté que le plan de Dieu en choisissant de sacrifier son Fils sur la Croix était quelque chose d'extraordinaire, le seul moyen possible pour racheter l'homme du péché. Mais je reste perplexe devant une telle solution quand on pense que Dieu est Tout-Puissant : n'avait-il pas d'autre solution que de permettre ainsi la souffrance d'un homme, qui plus est de son Fils Bien-Aimé
Juste deux remarques.Quejana a écrit : ↑dim. 27 janv. 2019, 20:11 Bonjour,
Merci à vous Foxy : votre réponse me fait penser à ce que m'avait dit un prêtre que j'avais rencontré et qui s'étonnait que je vive ma religion sans éprouver une véritable joie intérieure mais seulement dans les pénitences et ce qu'elle a de plus mortifère. Il m'avait dit : "Après la Croix, vient la Résurrection."
Merci Trinité : il est vrai que l'on m'a souvent rapporté que le plan de Dieu en choisissant de sacrifier son Fils sur la Croix était quelque chose d'extraordinaire, le seul moyen possible pour racheter l'homme du péché. Mais je reste perplexe devant une telle solution quand on pense que Dieu est Tout-Puissant : n'avait-il pas d'autre solution que de permettre ainsi la souffrance d'un homme, qui plus est de son Fils Bien-Aimé ?
Ancolie, votre message est très beau. Merci à vous.
Kerniou, je retiens le mot que vous employez : "reconnaissance". C'est un pas vers l'amour. Il me semble que c'est ce dont mon cœur devrait se remplir pour aimer Jésus sur la Croix.
Alexandre-Invité, merci pour votre long message. Puisque vous me le demandez, je vais en dire un peu plus sur mon compte. Je me suis faite baptiser dans un temple protestant libéral et je me qualifierai en ce moment de chrétienne seulement (ni entièrement protestante ni entièrement catholique) ou plus précisément de chrétienne en recherche. Le baptême que j'ai reçu ne nécessitait pas de préparation. Il est reconnu par les protestants mais aussi par les catholiques.
Vous m'avez bien cerné, je suis empêtrée dans de terribles contradictions. Et vous m'avez bien cernée également quand dites que j'ai davantage œuvré par contrainte que par amour lorsque je m'étais en application ma foi.
Pour vous dire à quel point je suis enfoncée dans le doute, je peux prendre quasiment n'importe quel passage des Évangiles et sentir une partie de moi-même qui la réfute violemment.
Prenons par exemple : "Que ta main droite ignore ce que fait ta main gauche." Une partie de moi-même dit : "Non, si je cache mes aumônes, c'est que j'en ai honte et non pas parce que je la fais pour Dieu. Si j'en ai honte, c'est parce que je ne fais que soulager ma conscience lâchement en me déchargeant de mon poids rapidement, ma pièce d'un euro, ni vu ni connu auprès d'une personne dont le destin m'importe peu. Je ne veux pas que les autres sachent que j'ai fait ce geste parce que je ne serais pas capable de l'assumer jusqu'au bout : je veux bien donner un euro à cette personne mais je ne veux pas faire plus. Je ne veux pas qu'on exige de moi plus. C'est pour cela que je la fais en cachant mon visage et en marchant le plus vite possible. Ou si je souris à la personne à qui je tends la monnaie, je ne veux du moins pas que mes amis ou mon entourage sache que j'ai fait cela. C'est par faiblesse que je fais cette aumône et je serais bien ridicule que mes proches me voient faire cela. D'ailleurs, si on apprenait que je fais ce genre de choses, on attendrait de moi que je fasse plus."
Prenons la phrase : "Tu aimeras ton prochain comme toi-même" Voilà ce que je me dis : "Si j'aime tout le monde comme moi-même, mon amour ne vaut plus grand-chose. Est-ce que Jacques, le sans domicile fixe à qui je parle tous les jours aimerait que je l'aime comme j'aime tout le monde ? Ne préférerait-il pas que je l'aime lui plus particulièrement ? Et n'est-ce pas pareil pour mes amis ?"
Prenons encore la phrase : "Heureux ceux qui souffrent car ils seront consolés" Je me dis la chose suivante : "Le verbe "consoler" est à la forme passive. Faut-il attendre d'être consolé ? ne faut-il pas plutôt vouloir cesser de souffrir ? Ne faut-il pas vouloir soi-même plutôt qu'être ceci ou cela par Dieu ? y a-t-il bien quelqu'un qui va venir essuyer mes larmes ? ne dois-je pas essayer de me débrouiller toute seule au loin d'attendre une consolation ? Quand bien même existerait-elle, ai-je envie d'être consolée ? Si je veux sortir de l'état de malheur dans lequel je suis, je ne dois pas être heureuse de souffrir. Je ne dois pas me complaire dans cette souffrance si je veux en sortir."
Voici quelques exemples. Je ne vous demande pas d'y répondre un par un car je les ai choisis au hasard : ce ne sont peut-être pas ceux qui me tiennent le plus à cœur, en tout cas le premier - les deux derniers sont assez importants. C'est seulement pour vous donner un aperçu du champ de bataille qui a lieu dans ma tête. Y a-t-il d'autres personnes confrontées à de pareils doutes ? Ce ne sont pas des doutes sur l'existence de Dieu - je ne doute pratiquement jamais là-dessus - mais plus grave, sur le bien-fondé de la morale chrétienne...
Bonne soirée à vous et merci encore,
Quejana
Quejana a écrit : ↑dim. 27 janv. 2019, 20:11 Merci Trinité : il est vrai que l'on m'a souvent rapporté que le plan de Dieu en choisissant de sacrifier son Fils sur la Croix était quelque chose d'extraordinaire, le seul moyen possible pour racheter l'homme du péché. Mais je reste perplexe devant une telle solution quand on pense que Dieu est Tout-Puissant : n'avait-il pas d'autre solution que de permettre ainsi la souffrance d'un homme, qui plus est de son Fils Bien-Aimé ?
Quejana a écrit : ↑dim. 27 janv. 2019, 20:11je me qualifierai en ce moment de chrétienne seulement (ni entièrement protestante ni entièrement catholique) ou plus précisément de chrétienne en recherche. Le baptême que j'ai reçu ne nécessitait pas de préparation. Il est reconnu par les protestants mais aussi par les catholiques.
Quejana a écrit : ↑dim. 27 janv. 2019, 20:11Prenons par exemple : "Que ta main droite ignore ce que fait ta main gauche." Une partie de moi-même dit : "Non, si je cache mes aumônes, c'est que j'en ai honte et non pas parce que je la fais pour Dieu. Si j'en ai honte, c'est parce que je ne fais que soulager ma conscience lâchement en me déchargeant de mon poids rapidement, ma pièce d'un euro, ni vu ni connu auprès d'une personne dont le destin m'importe peu. Je ne veux pas que les autres sachent que j'ai fait ce geste parce que je ne serais pas capable de l'assumer jusqu'au bout : je veux bien donner un euro à cette personne mais je ne veux pas faire plus. Je ne veux pas qu'on exige de moi plus. C'est pour cela que je la fais en cachant mon visage et en marchant le plus vite possible. Ou si je souris à la personne à qui je tends la monnaie, je ne veux du moins pas que mes amis ou mon entourage sache que j'ai fait cela. C'est par faiblesse que je fais cette aumône et je serais bien ridicule que mes proches me voient faire cela. D'ailleurs, si on apprenait que je fais ce genre de choses, on attendrait de moi que je fasse plus."
Quejana a écrit : ↑dim. 27 janv. 2019, 20:11Prenons la phrase : "Tu aimeras ton prochain comme toi-même" Voilà ce que je me dis : "Si j'aime tout le monde comme moi-même, mon amour ne vaut plus grand-chose. Est-ce que Jacques, le sans domicile fixe à qui je parle tous les jours aimerait que je l'aime comme j'aime tout le monde ? Ne préférerait-il pas que je l'aime lui plus particulièrement ? Et n'est-ce pas pareil pour mes amis ?"
Quejana a écrit : ↑dim. 27 janv. 2019, 20:11Prenons encore la phrase : "Heureux ceux qui souffrent car ils seront consolés" Je me dis la chose suivante : "Le verbe "consoler" est à la forme passive. Faut-il attendre d'être consolé ? ne faut-il pas plutôt vouloir cesser de souffrir ? Ne faut-il pas vouloir soi-même plutôt qu'être ceci ou cela par Dieu ? y a-t-il bien quelqu'un qui va venir essuyer mes larmes ? ne dois-je pas essayer de me débrouiller toute seule au loin d'attendre une consolation ? Quand bien même existerait-elle, ai-je envie d'être consolée ? Si je veux sortir de l'état de malheur dans lequel je suis, je ne dois pas être heureuse de souffrir. Je ne dois pas me complaire dans cette souffrance si je veux en sortir."
Cela n'engage que moi mais j'ai le sentiment que vous faites une lecture très littérale des Évangiles. Cela explique votre désarroi bien compréhensible vu sous cet angle. J'espère que vous ne vous êtes pas arraché un œil ou un bras pour ne pas tomber dans l'adultère (cf. Matthieu chapitre 5). Je plaisante bien sûr car ici encore Jésus veut nous dire que nous devons nous prémunir des risques de chute et nous fixer des garde-fous pour ne pas céder au mal.Quejana a écrit : ↑dim. 27 janv. 2019, 20:11Voici quelques exemples. Je ne vous demande pas d'y répondre un par un car je les ai choisis au hasard : ce ne sont peut-être pas ceux qui me tiennent le plus à cœur, en tout cas le premier - les deux derniers sont assez importants. C'est seulement pour vous donner un aperçu du champ de bataille qui a lieu dans ma tête. Y a-t-il d'autres personnes confrontées à de pareils doutes ? Ce ne sont pas des doutes sur l'existence de Dieu - je ne doute pratiquement jamais là-dessus - mais plus grave, sur le bien-fondé de la morale chrétienne...
La réponse est non. Dieu est amour et en tant que tel il veut le bonheur et le salut de tous les hommes. Mais Dieu est lumière, et en tant que tel il ne peut pas passer sur le péché sans le punir.Dieu est Tout-Puissant : n'avait-il pas d'autre solution que de permettre ainsi la souffrance d'un homme, qui plus est de son Fils Bien-Aimé ?
Pas du tout ! J'évoquais ici l'amour envers le prochain qui a besoin de notre aide, à l'image de la parabole du bon Samaritain (Luc, chapitre 10). Selon moi, l'amour se révèle dans les moments de bonheur comme dans la difficulté.
Parce que Dieu le Père nous aime. Parce que Jésus nous aime.Merci d'avoir souligné ma question et d'y avoir répondu. Elle avait en effet une vive importance. Effectivement, Dieu est justice et doit punir le péché, je le comprends. Mais je ne comprends pas en quoi il est juste que quelqu'un paye, qui plus est quelqu'un qui n'a rien à se reprocher - même s'il le fait volontairement -, pour les autres. En quoi ces derniers sont-ils rachetés par le sacrifice d'un autre ?
Je me permets d'intervenir chère Quejana,