Constantin Ier et la critique athée
Publié : mar. 05 août 2014, 22:13
Bonjour,
Etant en train de lire conjointement le Constantin le Grand de Pierre Maraval et le Traité d'athéologie d'Onfray, j'ai pu constater à quel point ce dernier était intellectuellement malhonnête dans son argumentation. J'avais juste envie de comparer ce que disent les historiens et les allégations du ténor de l'athéisme, histoire de...
Voici quelques point que j'aimerais aborder :
La sincérité de la conversion de Constantin
Un classique. Constantin, tyran usurpateur en quête de légitimité, fin politique conscient de la nécessité de renforcer l'unité de l'empire, décide d'imposer une religion structurée et évoluée pour légitimer son pouvoir et moderniser le monde romain. Onfray le suggère sans l'affirmer, mais l'accusation est suffisamment vieille et récurrente pour qu'on se penche sur son cas.
Paul Veyne, dans son court mais intéressant Quand notre monde est devenu chrétien (éd. Livre de poche), relève que cette critique n'a aucun sens. Pourquoi “chercher l'appui d'une minorité chrétienne dépourvue d'influence, sans importance politique et majoritairement détestée” (p. 79) ? Lorsque l'on voit la résistance et les critiques des païens à son encontre, on doute de l'utilité véritable de cette conversion prétendument politique.
Au contraire, ses écrits laissent transparaître qu'il était véritablement imprégné de son christianisme et qu'il se considérait comme chargé d'une mission divine : ouvrir l'empire (et donc le monde) au chemin du salut. Il a même affirmé, quelque peu orgueilleusement, qu'il était la créature ayant joué le plus grand rôle dans l'histoire humaine depuis Adam et Eve (cf. QNMEDC p. 84-85). Un nouvelle preuve, du reste qu'il n'était pas arien, si Nicée n'y suffisait pas.
Constantin, un infanticide doublé d'un uxoricide ?
Onfray affirme sans nuance le récit classique d'un Constantin qui, trompé par sa femme Fausta qui accuse le bâtard Crispus d'avoir tenté de la séduire, massacre ce dernier avant d'ébouillanter sa femme pour mensonge. Un cruel impulsif, donc, qui, rongé par les remords, se jette donc dans les bras de l'Eglise pour quérir son absolution.
Maraval, dans son Constantin le Grand (éd. Tallandier), montre que le drame est un peu trop proche du récit de Phèdre pour qu'on puisse croire les historiens antiques sur parole. Sa version (qu'il n'affirme pas de manière absolue, tout historien qu'il est) est qu'une liaison entre Crispus et Fausta (qui avaient le même âge, Constantin étant bien plus vieux que sa femme) ait débouché sur un enfant. La peine usuelle pour adultère était l'exil, et c'est en exil que Crispus aurait mis fin à ses jours. En effet, le condamner à mort aurait éveillé les soupçon, et il est probable que l'empereur ne souhaitait pas divulguer l'histoire. Quant à Fausta, elle aurait tenté d'avorter selon la méthode de l'époque, qui comprenait l'usage d'un bain brûlant, lequel était souvent mortel pour la mère ; ce qu'il fut cette fois là. Pour plus d’information, se référer aux pages 172 à 178 de l'ouvrage.
Les Lieux Saints : une invention au sens moderne du mot ?
Onfray l'affirme : “ces lieux ont été créés pour l'occasion sans que jamais l'histoire légitime ou justifie ces allégations topographiques”.
Qu'en dit l'Histoire, en vérité ?
Lors du concile de Nicée, l'empereur rencontrera Macaire, l'évêque de Jérusalem, avec lequel il entretiendra une correspondance dans laquelle il manifestera un certain intérêt pour les lieux saints (il serait le premier à utiliser le terme, selon Maraval). Il lui est répondu que les chrétiens palestiniens “se réunissaient pour prier sur le Mont des Oliviers, lieu de l'ascension du Christ, et à Gethsémani, lieu de son arrestation […] mais que son tombeau leur était inaccessible. Celui ci avait probablement été vénéré par la communauté chrétienne de Jérusalem durant un siècle, malgré les malheurs de la ville […]. Mais dans les années 135-140, lors de la reconstruction qui avait suivi la première révolte juive, le tombeau avait été recouvert par les remblais du bâtiment le plus important de la nouvelle cité, son Capitole, qui se trouvait non loin du lieu nommé Golgotha. L'emplacement du Golgotha était connu, sans que rien y commémore la passion du Christ. Il est légitime de penser que la communauté locale n'avait pas davantage perdu le souvenir de l'emplacement du tombeau, proche du Golgotha” (p. 286).
Macaire entreprendra donc des fouilles qui amèneront la découverte d'un tombeau et d'une croix (Constantin parle d'un “gage de foi de la Passion”). L’attribution à Hélène, elle, est postérieure aux faits. Sa visite des chantiers des fouilles en 326, aura probablement fait raconter aux guides de pèlerinages, soucieux d'attribuer l'invention à un personnage célèbre, le mythe hagiographique peu crédible de sa découverte par une impératrice mère du premier grand souverain chrétien. (cf la même page).
Bon, ces quelques cas ne sont que des exemples. Mais ils montrent bien qu'Onfray s’embarrasse peu de la réalité historique et de la multiplicité des récits lorsqu'il tente de démontrer l'inconsistance du dogme chrétien.
Loin de moi cela dit l'idée de nier en bloc tout ce qu'il dit ; l'interdiction de la liberté de conscience par Justinien est une terrible réalité anti-évangélique, de même que le sac du Sérapéum d'Alexandrie. Mais il est incontestable que cet homme a une façon bien tranchée de présenter l'histoire, retenant certains témoignages et écartant d'autres, attribuant toujours la vérité en cas de doute à la possibilité la plus anti-chrétienne.
Puisse Notre Seigneur lui montrer le chemin la vérité et nous conforter dans notre foi,
Héraclius -
Etant en train de lire conjointement le Constantin le Grand de Pierre Maraval et le Traité d'athéologie d'Onfray, j'ai pu constater à quel point ce dernier était intellectuellement malhonnête dans son argumentation. J'avais juste envie de comparer ce que disent les historiens et les allégations du ténor de l'athéisme, histoire de...
Voici quelques point que j'aimerais aborder :
La sincérité de la conversion de Constantin
Un classique. Constantin, tyran usurpateur en quête de légitimité, fin politique conscient de la nécessité de renforcer l'unité de l'empire, décide d'imposer une religion structurée et évoluée pour légitimer son pouvoir et moderniser le monde romain. Onfray le suggère sans l'affirmer, mais l'accusation est suffisamment vieille et récurrente pour qu'on se penche sur son cas.
Paul Veyne, dans son court mais intéressant Quand notre monde est devenu chrétien (éd. Livre de poche), relève que cette critique n'a aucun sens. Pourquoi “chercher l'appui d'une minorité chrétienne dépourvue d'influence, sans importance politique et majoritairement détestée” (p. 79) ? Lorsque l'on voit la résistance et les critiques des païens à son encontre, on doute de l'utilité véritable de cette conversion prétendument politique.
Au contraire, ses écrits laissent transparaître qu'il était véritablement imprégné de son christianisme et qu'il se considérait comme chargé d'une mission divine : ouvrir l'empire (et donc le monde) au chemin du salut. Il a même affirmé, quelque peu orgueilleusement, qu'il était la créature ayant joué le plus grand rôle dans l'histoire humaine depuis Adam et Eve (cf. QNMEDC p. 84-85). Un nouvelle preuve, du reste qu'il n'était pas arien, si Nicée n'y suffisait pas.
Constantin, un infanticide doublé d'un uxoricide ?
Onfray affirme sans nuance le récit classique d'un Constantin qui, trompé par sa femme Fausta qui accuse le bâtard Crispus d'avoir tenté de la séduire, massacre ce dernier avant d'ébouillanter sa femme pour mensonge. Un cruel impulsif, donc, qui, rongé par les remords, se jette donc dans les bras de l'Eglise pour quérir son absolution.
Maraval, dans son Constantin le Grand (éd. Tallandier), montre que le drame est un peu trop proche du récit de Phèdre pour qu'on puisse croire les historiens antiques sur parole. Sa version (qu'il n'affirme pas de manière absolue, tout historien qu'il est) est qu'une liaison entre Crispus et Fausta (qui avaient le même âge, Constantin étant bien plus vieux que sa femme) ait débouché sur un enfant. La peine usuelle pour adultère était l'exil, et c'est en exil que Crispus aurait mis fin à ses jours. En effet, le condamner à mort aurait éveillé les soupçon, et il est probable que l'empereur ne souhaitait pas divulguer l'histoire. Quant à Fausta, elle aurait tenté d'avorter selon la méthode de l'époque, qui comprenait l'usage d'un bain brûlant, lequel était souvent mortel pour la mère ; ce qu'il fut cette fois là. Pour plus d’information, se référer aux pages 172 à 178 de l'ouvrage.
Les Lieux Saints : une invention au sens moderne du mot ?
Onfray l'affirme : “ces lieux ont été créés pour l'occasion sans que jamais l'histoire légitime ou justifie ces allégations topographiques”.
Qu'en dit l'Histoire, en vérité ?
Lors du concile de Nicée, l'empereur rencontrera Macaire, l'évêque de Jérusalem, avec lequel il entretiendra une correspondance dans laquelle il manifestera un certain intérêt pour les lieux saints (il serait le premier à utiliser le terme, selon Maraval). Il lui est répondu que les chrétiens palestiniens “se réunissaient pour prier sur le Mont des Oliviers, lieu de l'ascension du Christ, et à Gethsémani, lieu de son arrestation […] mais que son tombeau leur était inaccessible. Celui ci avait probablement été vénéré par la communauté chrétienne de Jérusalem durant un siècle, malgré les malheurs de la ville […]. Mais dans les années 135-140, lors de la reconstruction qui avait suivi la première révolte juive, le tombeau avait été recouvert par les remblais du bâtiment le plus important de la nouvelle cité, son Capitole, qui se trouvait non loin du lieu nommé Golgotha. L'emplacement du Golgotha était connu, sans que rien y commémore la passion du Christ. Il est légitime de penser que la communauté locale n'avait pas davantage perdu le souvenir de l'emplacement du tombeau, proche du Golgotha” (p. 286).
Macaire entreprendra donc des fouilles qui amèneront la découverte d'un tombeau et d'une croix (Constantin parle d'un “gage de foi de la Passion”). L’attribution à Hélène, elle, est postérieure aux faits. Sa visite des chantiers des fouilles en 326, aura probablement fait raconter aux guides de pèlerinages, soucieux d'attribuer l'invention à un personnage célèbre, le mythe hagiographique peu crédible de sa découverte par une impératrice mère du premier grand souverain chrétien. (cf la même page).
Bon, ces quelques cas ne sont que des exemples. Mais ils montrent bien qu'Onfray s’embarrasse peu de la réalité historique et de la multiplicité des récits lorsqu'il tente de démontrer l'inconsistance du dogme chrétien.
Loin de moi cela dit l'idée de nier en bloc tout ce qu'il dit ; l'interdiction de la liberté de conscience par Justinien est une terrible réalité anti-évangélique, de même que le sac du Sérapéum d'Alexandrie. Mais il est incontestable que cet homme a une façon bien tranchée de présenter l'histoire, retenant certains témoignages et écartant d'autres, attribuant toujours la vérité en cas de doute à la possibilité la plus anti-chrétienne.
Puisse Notre Seigneur lui montrer le chemin la vérité et nous conforter dans notre foi,
Héraclius -