Le feu ne dit jamais : assez! (Proverbe 30,16)
Publié : jeu. 06 juil. 2017, 20:59
Bonjour,
Juste pour faire connaître un petite texte de Bernard Bro. Car je le trouve magnifique. Tellement beau!
La Dame aux camélias un désir sans remède
On applaudit à certains spectacles. On applaudit, mais il y a aussi des cas où l'on pleure. Où pleure-t-on? Je connais un spectacle où même les plus résistants connaissent toujours un moment d'hésitation. C'était encore la cas dans la salle de cinéma où était projetée La Traviata de Zeffirelli. Pourquoi depuis cent trente ans, La Dame aux camélias produit-elle cet effet, au théâtre, à l'opéra comme au cinéma? Le génie ou les astuces de mises en scène n'y suffisent pas. Il y a une raison très simple : c'est qu'on y est mis en présence du désintéressement de l'amour poussé à son ultime vérité, à sa "folie".
On pleure, au risque du mépris pour les esprits forts qui ont réussi à anesthésier coeur ou sensibilité sous prétexte d'interprétation. Si c'est le cas de l'amour, c'est peut-être aussi celui de la sainteté.
Avouons cependant que pendant les trois premiers quarts de la lecture d'Alexandre Dumas on ne se laisse pas forcément "prendre". C'est l'histoire banale d'une femme courtisée et qui hésite à se laisser aller aux pièges de l'affection.
Puis c'est le retournement. Cette femme entretenue est envahie par un amour vrai. Et ce qu'on avait dit qu'elle ne pourrait jamais faire, à savoir renoncer à son train de vie pour celui qu'elle aime, à la fin elle le fait. Alors qu'ils se préparent tous les deux à vivre un amour imbattable, le père de celui qu'elle aime vient la trouver et lui dit que ce n'est pas un avenir qu'elle prépare à son fils. D'une part, il n'est pas fait pour elle. Et d'autre part, à cause d'eux, sa fille ne pourra plus se marier, etc. Comme il croyait Marguerite encore intéressée par l'argent de son fils, le dialogue commence sur un ton de remontrance sévères. Mais le père découvre que cette femme aime vraiment son fils : "Ciel, que voulez-vous de plus? Voulez-vous que je renonce à lui pour toujours? - Il le faut." Mais le père, peut-être hypocrite, a gardé une certaine bonté. Il est alors bouleversé :"Soyez de ma famille l'ange consolateur." Et c'est le miracle. Elle accepte :"Comme si j'étais votre fille, embrassez-moi ... Je mourrai! Mais qu'il sache le sacrifice ..."
Pour que la rupture soit décisive, elle va laisser croire à celui qu,elle aime qu'elle est repartie vers son ancienne vie. Celui-ci se met alors à la haïr et il se déchaîne. Elle avait deviné que les choses ne pourraient pas être autrement, mais elle accepte le silence, par amour. A la fin seulement, lorsqu'elle est aux portes de la mort, il découvre la vérité. Devant le testament il est ravagé. Il n'avait pas vécu là où elle vivait; à ce niveau où la vérité de l'amour l'avait élevée. Pour lui, il fallut qu'on lui explique et qu'elle meure pour qu'il comprenne.
C'est le mystère de la charité.
(à suivre)
Juste pour faire connaître un petite texte de Bernard Bro. Car je le trouve magnifique. Tellement beau!
La Dame aux camélias un désir sans remède
On applaudit à certains spectacles. On applaudit, mais il y a aussi des cas où l'on pleure. Où pleure-t-on? Je connais un spectacle où même les plus résistants connaissent toujours un moment d'hésitation. C'était encore la cas dans la salle de cinéma où était projetée La Traviata de Zeffirelli. Pourquoi depuis cent trente ans, La Dame aux camélias produit-elle cet effet, au théâtre, à l'opéra comme au cinéma? Le génie ou les astuces de mises en scène n'y suffisent pas. Il y a une raison très simple : c'est qu'on y est mis en présence du désintéressement de l'amour poussé à son ultime vérité, à sa "folie".
On pleure, au risque du mépris pour les esprits forts qui ont réussi à anesthésier coeur ou sensibilité sous prétexte d'interprétation. Si c'est le cas de l'amour, c'est peut-être aussi celui de la sainteté.
Avouons cependant que pendant les trois premiers quarts de la lecture d'Alexandre Dumas on ne se laisse pas forcément "prendre". C'est l'histoire banale d'une femme courtisée et qui hésite à se laisser aller aux pièges de l'affection.
Puis c'est le retournement. Cette femme entretenue est envahie par un amour vrai. Et ce qu'on avait dit qu'elle ne pourrait jamais faire, à savoir renoncer à son train de vie pour celui qu'elle aime, à la fin elle le fait. Alors qu'ils se préparent tous les deux à vivre un amour imbattable, le père de celui qu'elle aime vient la trouver et lui dit que ce n'est pas un avenir qu'elle prépare à son fils. D'une part, il n'est pas fait pour elle. Et d'autre part, à cause d'eux, sa fille ne pourra plus se marier, etc. Comme il croyait Marguerite encore intéressée par l'argent de son fils, le dialogue commence sur un ton de remontrance sévères. Mais le père découvre que cette femme aime vraiment son fils : "Ciel, que voulez-vous de plus? Voulez-vous que je renonce à lui pour toujours? - Il le faut." Mais le père, peut-être hypocrite, a gardé une certaine bonté. Il est alors bouleversé :"Soyez de ma famille l'ange consolateur." Et c'est le miracle. Elle accepte :"Comme si j'étais votre fille, embrassez-moi ... Je mourrai! Mais qu'il sache le sacrifice ..."
Pour que la rupture soit décisive, elle va laisser croire à celui qu,elle aime qu'elle est repartie vers son ancienne vie. Celui-ci se met alors à la haïr et il se déchaîne. Elle avait deviné que les choses ne pourraient pas être autrement, mais elle accepte le silence, par amour. A la fin seulement, lorsqu'elle est aux portes de la mort, il découvre la vérité. Devant le testament il est ravagé. Il n'avait pas vécu là où elle vivait; à ce niveau où la vérité de l'amour l'avait élevée. Pour lui, il fallut qu'on lui explique et qu'elle meure pour qu'il comprenne.
C'est le mystère de la charité.
(à suivre)