Dominica I Adventus
Premier dimanche de l'Avent
“Le temps de l'Avent a une double caractéristique : c'est à la fois un temps de préparation aux solennités de la Nativité, où l'on commémore le premier avènement du Fils de Dieu parmi les hommes, et un temps où, par ce mémorial, les âmes se tournent vers l'attente du second avènement du Christ à la fin des temps. Pour ces deux raisons, le temps de l'Avent se présente comme un temps de pieuse et joyeuse attente”. C’est ainsi que les Normes universelles de l’Année liturgique du Missel 2002 résume le temps de l’Avent par lequel s’ouvre l’année liturgique (*). La première partie de l’Avent, dans la continuité des derniers dimanches du Temps ordinaire, nous incitent à nous tourner dans l’espérance vers la Parousie. Mais à l’approche de Noël, c’est le mémorial de l’Incarnation qui prédomine, tout particulièrement à partir du 17 décembre (1). La première préface de l’Avent, très dense, résume parfaitement l’esprit de ce temps liturgique, et mérite à ce titre d’être reproduite in extenso :
Vere dignum et iustum est, æquum et salútare, nos tibi semper et ubíque grátias ágere : Dómine, sancte Pater, omnípotens ætérne Deus : per Christum Dóminum nostrum.
Qui, primo advéntu in humilitáte carnis assúmptæ, dispositiónis antíquæ munus implévit, nobísque salútis perpétuæ trámitem reserávit : ut, cum secúndo vénerit in suæ glória maiestátis, manifésto demum múnere capiámus, quod vigilántes nunc audémus expectáre promíssum.
Et ídeo cum Angelis et Archángelis, cum Thronis et Dominatiónibus, cumque omni milítia cæléstis exércitus, hymnum glóriæ tuæ cánimus, sine fine dicéntes : Sanctus, Sanctus, Sanctus ...
Il est vraiment juste et digne, c’est notre devoir et notre salut, de vous rendre grâces toujours et en tout lieu, Seigneur, Père saint, Dieu éternel et tout-puissant : par Jésus-Christ notre Seigneur.
Lui qui, lors de Son premier avènement dans l’humilité de la chair assumée, accomplit l’éternel dessein de Votre volonté et nous rouvrit le chemin du salut éternel ; de telle sorte que, quand Il viendra de nouveau dans la gloire de Sa majesté, nous puissions posséder enfin les biens célestes que vous nous avez promis et que nous osons maintenant attendre en veillant. (2)
C’est pourquoi, avec les Anges et les Archanges, avec les Trônes et les Dominations, avec la troupe entière de l’armée céleste, nous chantons une hymne à votre gloire, redisant sans fin : Saint, Saint, Saint le Seigneur Dieu des armées célestes...
(*)
http://www.ceremoniaire.net/depuis1969/ ... ual_1.html
(1) Dom HALA note cependant que la collecte du vendredi de la 2ème semaine de l’Avent “est la dernière à montrer une orientation nettement eschatologique” (La spiritualité de l’Avent à travers les collectes, Editions de Solesmes, 2004, p. 81). Il faut rappeler que le Missel de Paul VI (contrairement au Missel de 1962) propose pour chaque jour de l’Avent un formulaire et des lectures propres, ce qui constitue sans aucun doute un enrichissement notable et tout à fait heureux.
(2) Je remercie Monsieur l’Abbé Bernard Pellabeuf, qui a aimablement traduit le coeur de la préface via le forum catholique (je me suis appuyé sur cette traduction mais l’ai largement modifiée pour expliciter la concision assez obscure du texte latin).
Le premier avènement du Seigneur dans “l’humilité de la chair” qu’il a assumée est discrètement rappelée dans la Messe du premier dimanche de l’Avent par l’utilisation du psaume 84 dans le chant de communion (A3) (3) et l’Alleluia (4). Ce psaume, l’un des principaux du Temps de l’Avent (il est utilisé comme psaume responsorial au 2ème dimanche de ce temps en l’année B), contient en son verset 12 une prophétie très claire de l’Incarnation : “La Vérité germera de la terre, et du ciel se penchera la justice” (traduction AELF) (5). Le verset qui suit est celui que nous chantons à la communion : “Le Seigneur donnera sa bénédiction, et notre terre produira son fruit”. Ce fruit de la terre, c’est bien entendu Jésus-Christ en Son Incarnation, comme on le chante dans le célèbre introït Rorate Caeli du 4ème dimanche de l’Avent. Mais dans le cadre de la communion, ce fruit de la terre peut aussi bien s’entendre de la Sainte Eucharitie (6). Car, il ne faut pas l’oublier, il y a un “avent eucharistique”, qui fait partie intégrante de cet avènement de grâce, ou avènement intermédiaire (medius adventus) dont les grands spirituels médiévaux se plaisèrent à développer l’idée (cf. mes deux précédents messages sur Le sens de l’Avent ici et ici). Notre-Seigneur Jésus-Christ, par la vertu de Sa bénédiction céleste, “descend” sur l’autel sous les espèces du pain et du vin consacrés, et Il se donne aux coeurs purs dans Sa sainte Humanité et dans Sa Divinité toute-puissante. Par la vertu de la Très Sainte Communion, Dieu nait en quelque sorte une seconde fois dans le sanctuaire malpropre de notre âme, comme il est né il y a plus de deux mille ans dans l’humble crêche de Bethléem. La célébration eucharistique est à la fois le mémorial du premier avènement du Seigneur dans l’humilité de notre chair, et le gage de Son retour dans “la gloire de Sa majesté” (préface).
(3) [Ps 84, 8] Allelúia, allelúia. V/ Osténde nobis, Dómine, misericórdiam tuam : et salutáre tuum da nobis. Allelúia. | Fais-nous voir ta miséricorde, Seigneur, et donne-nous ton Sauveur. Alleluia.
(4) [Ps 84, 13] Dóminus dabit benignitátem : et terra nostra dabit fructum suum. | Le Seigneur donnera sa bénédiction, et notre terre produira son fruit.
La communion constitue très clairement une réponse à la supplication que l’Eglise fait entendre dans l’Alleluia.
(5) “Dans cette nativité du Christ, selon la prophétie de David, la vérité a germé de la terre, la justice a regardé du haut du ciel (Ps 84, 12) ; dans cette nativité s’est réalisée la parole d’Isaïe : Que la terre produise et qu’elle germe un Sauveur ; qu’en même temps se lève la justice ! (Is XLV, 8). La terre de notre nature humaine, maudite dans le premier prévaricateur, a produit par cet enfantement unique de la bienheureuse Vierge un rejeton béni et exempt du vice de sa race.” - Saint Léon, Sermon 4 pour Noël, 3.
“La vérité est née de la terre, c’est le Christ qui est né d’une femme. La vérité est née de la terre, c’est le Fils de Dieu issu de la chair. Qu’est-ce que la vérité ? Le Fils de Dieu. Qu’est-ce que la terre ? La chair. Cherche d’où est le Christ, et tu verras que la vérité est née de la terre. Mais cette vérité née de la terre était avant- la terre, et c’est par elle que le ciel et la terre ont été faits. Mais afin que la justice regardât du ciel, c’est-à-dire, afin que les hommes fussent justifiés par la grâce divine, la vérité est née de la vierge Marie, afin de pouvoir offrir pour tous ceux qui devront être sanctifiés le sacrifice auguste, le sacrifice de sa passion, le sacrifice de la croix. - Saint Augustin, Discours sur le psaume LXXXIV, 13.
(6) Le Père Michel Gitton interprète ainsi, par anticipation, les prières d’offertoire sur le pain et sur le vin :
“Tu es béni, Dieu de l’univers (il s’agit, comme dans le Sanctus, du Dieu Sabaoth, Dieu des armées célestes), toi qui nous donnes ce pain fruit de la Terre (il s’agit bien sûr de la Terre d’Israël, qui nous a donné le Messie) et du travail des hommes (ce travail de fructification qu’encouragent les paraboles : Mt 24, 45-46 ; Lc 19, 23), il deviendra le pain de vie (allusion évidente à Jean chapitre 6), puis Tu es béni Dieu de l’univers, toi qui nous donne ce vin, fruit de la vigne (la Sainte Vigne de David dont est issu Jésus, la mention en étant faite déjà dans une très ancienne prière chrétienne, la Didachè) et du travail des hommes, il deviendra le vin du Royaume éternel (allusion à Mt 26, 29 ; le « Royaume éternel » est une expression tirée de 2 Pi 1, 11).” - Abbé Michel GITTON, Initiation à la liturgie romaine, Ad Solem, 2003, p. 72.
Mais en ce premier dimanche de l’Avent, la liturgie de l’Eglise porte résolument nos regards vers le second avènement du Seigneur, dans une parfaite continuité d’ailleurs avec la fin du Temps ordinaire et la solennité du Christ Roi de l’univers. Dès la collecte, nous sommes invités à nous tourner, non pas passivement, mais activement, en “agissant selon la justice”, vers le “Christ qui vient” (7). C’est à l’attente vigilante, dans l’espérance, que nous sommes invités, car ceux qui comptent sur la venue du Seigneur ne seront pas déçus (8). Le Seigneur prévient Lui-même Ses disciples : “Veillez donc, car vous ne connaissez pas le jour où votre Seigneur viendra. (...) Tenez-vous donc prêts, vous aussi : c'est à l'heure où vous n'y penserez pas que le Fils de l'homme viendra.” (L3 ; Mt XXIV, 37-44). Saint Paul nous exorte lui aussi à “sortir de notre sommeil”, car “le jour est tout proche” (L2 ; Rm XIII, 11-14). Le champ lexical de la lumière utilisé par Paul s’applique bien entendu, dans ce contexte, au jour du second avènement (Ap XXII, 5), mais nous rappelle aussi, dans le contexte de l’Avent, que “la lumière, la vraie, celle qui éclaire tout homme, est venue dans le monde” (Prologue de l’évangile de Jean). Quant à Isaïe (L1 ; Is II, 1-5) et au psaume responsorial (Ps ; psaume 121), ils traitent plus précisément du rassemblement eschatologique dans la Jérusalem céleste (comme au XXIème dimanche du Temps ordinaire en l’année C), et de la paix universelle qui s’en suivra : “Il sera le juge des nations, l'arbitre de la multitude des peuples. De leurs épées ils forgeront des socs de charrue, et de leurs lances, des faucilles. On ne lèvera plus l'épée nation contre nation, on ne s'entraînera plus pour la guerre.” (L1) (9).
(7) Da, quǽsumus, omnípotens Deus, hanc tuis fidélibus voluntátem, ut, Christo tuo veniénti iustis opéribus occurréntes, eius déxteræ sociáti, regnum mereántur possidére cæléste. | [traduction Dom HALA] Nous t’en prions, Dieu tout-puissant, donne à tes fidèles cette volonté qui les fasse accourir, agissant selon la justice, au devant de ton Christ qui vient, afin que, prenant place à sa droite, ils méritent de posséder le royaume éternel.
Cette oraison n’est pas présente dans le MR1962. Il s’agit d’une ancienne postcommunion du sacramentaire gélasien. Elle a été légèrement modifié. L’idée de course vers le Christ (occurréntes) est clairement inspirée de saint Paul (Ph III, 12 ; 2 Tm IV,7-8).
La Super Oblata est quant à elle issue du sacramentaire de Vérone où elle est utilisée au mois de juillet (**).
Súscipe, quǽsumus, Dómine, múnera quæ de tuis offérimus colláta benefíciis, et, quod nostræ devotióni concédis éffici temporáli, tuæ nobis fiat prǽmium redemptiónis ætérnæ. | Agréez, Seigneur, nous vous en prions, l’offrande de ces dons reçus de Votre largesse, et accordez-nous que cette oeuvre passagère de notre piété soit pour nous le gage du salut éternel.
(**)
http://wdtprs.com/blog/2006/12/1st-sund ... -oblata-2/
D’après l’Abbé Zuhlsdorf, la postcommunion est une nouvelle composition, mais serait inspirée de deux oraisons du sacramentaire de Vérone (***).
Prosint nobis, quǽsumus, Dómine, frequentáta mystéria, quibus nos, inter prætereúntia ambulántes, iam nunc instítuis amáre cæléstia et inhærére mansúris. | Que ces mystères que nous avons reçus nous soient profitables, Seigneur, nous vous en prions ; par eux, vous avez établi que, en pérégrinant dans ce monde qui passe, nous aimions maintenant les réalités célestes et nous attachions à ce qui demeure.
(***)
http://wdtprs.com/blog/2006/12/1st-sund ... mmunion-2/
Je remercie vivement A. Jore pour son aide précieuse dans la traduction de ces oraisons.
(8) “Univérsi, qui te exspéctant, non confundéntur” (Aucun de ceux qui mettent en vous leur espoir ne sera déçu) : ce passage du psaume 24 est présent dans l’Introït, le graduel et l’offertoire, cas vraisemblablement unique dans le répertoire grégorien. Le psaume 24 est, avec le psaume 84, l’un des principaux du Temps de l’Avent (il est utilisé comme psaume responsorial au premier dimanche de l’Avent en l’année C).
L’introït
[Ps 24, 1-3 V/ 4] Ad te levávi ánimam meam : Deus meus, in te confíde, non erubéscam : neque irrídeant me inimíci mei : étenim univérsi, qui te exspéctant, non confundéntur. V/ Vias tuas, Dómine, demónstra mihi : et sémitas tuas édoce me. | J’élève mon âme vers Toi, ô mon Dieu ! En Toi je mets ma confiance : que je n’aie pas à en rougir et que mes ennemis ne puissent pas se moquer de moi, car ceux qui comptent sur ta venue ne seront pas déçus. V/ Montre-moi ton chemin, Seigneur, et apprends-moi à le suivre.
Le Répons graduel
[Ps 24, 3 V/ 4] Univérsi, qui te exspéctant, non confundéntur, Dómine. V/ Vias tuas, Dómine, notas fac mihi : et sémitas tuas édoce me. | Ceux qui comptent sur ta venue, Seigneur, ne seront pas déçus. V/ Montre-moi ton chemin, Seigneur, et apprends-moi à le suivre.
Offertoire
[Ps 24, 1-3] Ad te levávi ánimam meam : Deus meus, in te confído, non erubéscam : neque irrídeant me inimíci mei : étenim univérsi, qui te exspéctant, non confundéntur. | J’élève mon âme vers Toi, ô mon Dieu ! En Toi je mets ma confiance : que je n’aie pas à en rougir et que mes ennemis ne puissent pas se moquer de moi, car ceux qui comptent sur ta venue ne seront pas déçus.
(9) Malherbe s’est inspiré de ces vers messianiques pour décrire dans des vers sublimes le rétablissement de la paix royale attendue d’Henri IV :
“La terreur de son nom rendra nos villes fortes,
On n'en gardera plus ni les murs ni les portes,
Les veilles cesseront aux sommets de nos tours :
Le fer mieux employé cultivera la terre,
Et le peuple qui tremble aux frayeurs de la guerre,
Si ce n'est pour danser n'orra plus de tambours.
(...)
Tu nous rendras alors nos douces destinées :
Nous ne reverrons plus ces fâcheuses années,
Qui pour les plus heureux n'ont produit que des pleurs :
Toute sorte de biens comblera nos familles,
La moisson de nos champs lassera les faucilles,
Et les fruits passeront la promesse des fleurs.”
(Prière pour le Roi allant en Limousin, v. 61-66 ; 79-84)