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Le Consumérisme

Publié : mar. 13 nov. 2007, 0:37
par Christophe
Ave !

J'ouvre une discussion pour échanger sur "le consumérisme", qui me semble une composante aussi forte que néfaste de notre modèle de développement économique.

Le théologien William Cavanaugh, qui appartient au mouvement Radical orthodoxy, vient de publier un essai "Être consommé" sur la question de la consommation et qui fait déjà du bruit... Peut-être que certains l'ont déjà lus, ou projettent de le lire, et pourraient nous en parler ?

Le "consumérisme" est, d'une certaine façon, une pathologie de la consommation. La publicité - et l'ensemble des techniques de marketing - , en poussant littéralement à la consommation et en créant de nouveaux besoins artificiels, créent une fuite en avant qui écologiquement n'est pas soutenable, et spirituellement est préjudiciable à ceux qui s'y adonnent.
La dérive consumériste est aujourd'hui un véritable fait de société, qui ne concerne pas seulement quelques nantis vautrés dans le luxe.

Il ne s'agit bien évidemment pas ici de critiquer la consommation en soi... mais cette maladie de la consommation qui pousse à posséder toujours plus... et qui présente des effets induits négatifs sur notre sociabilité, notre spiritualité, notre environnement.

Au plaisir de lire vos commentaires sur ce sujet.

PaX
Christophe

Re: Le Consumérisme

Publié : sam. 24 nov. 2007, 1:26
par Christophe
Ne voit-on pas une certaine schizophrénie de la société contemporaine qui - d'un côté - appelle au "développement durable" et qui - de l'autre - use très massivement de la propagande mercantile pour nous inciter à (sur)consommer ? Je suis persuadé que réorienter le développement économique vers la durabilité exigera de rompre avec le consumérisme actuel... notamment par la mutation de l'économie de production vers une économie de service.

Le sujet ne semble pas passionner les foules... Pourtant le consumérisme est une dimension forte de notre société, et sans doute de nos existences individuelles. Et l'on ne peut pas dire que s'en soit la partie la plus reluisante, car elle tend à couper l'homme de son Créateur, à le couper d'une véritable sociabilité, et à hypothéquer l'avenir écologique de l'humanité !

PaX
Christophe

Re: Le Consumérisme

Publié : lun. 26 nov. 2007, 1:03
par MB
Avé

Si si, c'est passionnant, mais il faut beaucoup réfléchir pour participer à ce type de discussion...
Pour l'environnement, à long terme, il ne faut pas se faire de souci : d'ici 15 ans, toutes les voitures seront hybrides, et dans 25 ans, elles seront toutes électriques. Le chauffage se fera par panneaux solaires ou par géothermie, etc. On dit souvent que de telles solutions ne sont pas rentables, ou physiquement pas possibles, et puis un jour, hops ! quelqu'un invente le truc.
Paradoxalement, il faut ici faire confiance aux Américains (en particulier aux Californiens). Cela peut paraître bizarre quand on sait que la consommation d'énergie du Texan est huit fois supérieure à celle du Français. Mais je pense que les Américains sont prêts à tout pour garder leur piscine chauffée en hiver, leur terrasse climatisée, leur gros frigo à distributeur de glace pilée : à tout, même à devenir écologistes ! La Californie est le premier marché mondial du véhicule hybride, et une rampe d'essai pour pas mal de solutions écolo (construction durable, etc.). Il est vrai en revanche, qu'à court et moyen terme, il y a du souci à se faire.

Amicalement
MB

Re: Le Consumérisme

Publié : ven. 30 nov. 2007, 1:20
par Christian
Bonsoir Christophe,

Je n’ai pas lu le bouquin de William Cavanaugh et, considérant l’inquiétant allongement de mes résolutions de lectures, je ne sais si j’y parviendrai un jour. Le sujet cependant est sérieux. Le consumérisme est un problème de toutes les sociétés, y compris les plus pauvres. Il existe pour le traiter deux approches : L’une, cohérente, fait appel à la psychologie ; l’autre, inepte, à la politique.

Certaines personnes, partout dans le monde, souffrent de carences affectives. Elles soulagent leur mal-être par des comportements dont elles deviennent dépendantes : tabagisme, alcoolisme, donjuanisme, boulimie, et, pour ceux qui en ont les moyens — relativement— consumérisme.

Par exemple, en vue de compenser sa virilité défaillante, un quidam va acheter une voiture de sport dont il n’a nul besoin objectif, et son épouse, qui se croit délaissée, va emplir son placard de chaussures. Ils relèvent l’un et l’autre du conseil conjugal. Le traitement du symptôme ne passe pas par l’interdiction de fabriquer des voitures de sport, ou leur taxation écrasante, ni par l’introduction de tickets de rationnement pour l’achat de chaussures.

Une caractéristique de la pensée de gauche est de faire porter à des abstractions, « l’économie », « le marché », « la société capitaliste », comme si elles étaient des agents moraux, la responsabilité de nos comportements individuels. Il est temps de sortir du fétichisme.

Cordialement

Christian


Le type de bonhomme qui veut que le gouvernement adopte ses idées et les impose à la population
est toujours le type de bonhomme qui sort les idées les plus connes.

H.L. Mencken

Re: Le Consumérisme

Publié : ven. 07 déc. 2007, 12:40
par Christophe
Salut MB, Salut Christian !

MB, pour être franc, j'ignore quoi penser de votre optimisme pour la technologie... Effectivement, des solutions "écologiques" existent et vont se développer. Mais l'attitude boulimique des consommateurs me semble jouer dans l'autre sens et neutraliser l'impact environnemental des progrès réalisés par la technologie.

Christian, nous en revenons à ce grand débat : Quel est le domaine du politique ? Nous connaissons votre réponse : rien. Nous connaissons la réponse de la gauche : tout (ou presque). Ma réponse est plus nuancée... donc peut-être moins polémique et moins facile expliquer. Bien sûr, je n'espère pas arriver à un consensus...
Christian a écrit :Certaines personnes, partout dans le monde, souffrent de carences affectives. Elles soulagent leur mal-être par des comportements dont elles deviennent dépendantes : tabagisme, alcoolisme, donjuanisme, boulimie, et, pour ceux qui en ont les moyens — relativement— consumérisme.
C'est exact. Mais dira-t-on pour autant que le tabagisme, problème de santé publique, ne peut être combattu que par l'approche psychologique ? Que les pouvoirs publics doivent s'en laver les mains ? Bien évidemment, vous le direz, Christian. Mais tous ceux qui ont un peu de bon sens ne vous suivront pas.
Je ne veux pas me précipiter pour proposer des solutions politiques à ce fléau qu'est le consumérisme, mais je veux simplement dire que les pouvoirs publics doivent se sentir concernés par ce problème et réfléchir à des solutions... Vous citez l’interdiction de produire ou de commercialiser certains produits, leur taxation écrasante, l’introduction de tickets de rationnement... autant de solutions qui, à moi non plus, ne me semblent pas opportunes à l'heure d'aujourd'hui. La "taxation" peut faire évoluer les comportements vers une consommation plus respectueuse de l'environnement, mais pas restreindre le consumérisme. Pour ma part, je serai davantage porté vers une limitation de la publicité : en particulier en direction des enfants - qui n'ont pas le discernement suffisant, ou dans les espaces publics - où la publicité nous est imposée. C'est une proposition parmi d'autres qui - à elle seule - ne résoudra pas le problème. J'en ai bien conscience...

Bien évidemment, si les pouvoirs publics peuvent contribuer à lutter contre le consumérisme, il ne sont pas les seuls - ni même les principaux - acteurs de le solution. A chacun de nous de s'interroger sur ses modes de vie et de consommation, d'éduquer ses enfants et de sensibiliser son entourage. L'intervention politique n'est jamais envisagé que lorsque le changement spontané des comportements privés aboutit à un constat d'échec... A méditer, Christian.

Bien à vous
Christophe

Re: Le Consumérisme

Publié : ven. 07 déc. 2007, 18:40
par Christian
Cher Christophe,

Juste un mot rapide, entre deux boulots alimentaires urgents.
L'intervention politique n'est jamais envisagé que lorsque le changement spontané des comportements privés aboutit à un constat d'échec... A méditer
La méditation sera brève. Vous auriez raison si vous ne méconnaissiez complètement la logique de l’action politique. En économie, l’intervention politique est envisagée précisément pour éviter le changement spontané des comportements privés (que les gens cessent d’acheter des produits nationaux chers et de moindre qualité pour se porter vers des produits importés, par exemple).

Dans d’autres cas, il faut que les politiciens préemptent le changement spontané afin d’en réclamer le crédit (toutes ces innombrables mesures visant à protéger le public, comme si les gens étaient si bêtes qu’ils allaient s’empoisonner pour le plaisir). Et enfin, vous faites l’hypothèse que la seule motivation de l’action politique est le bien du public, alors que d’autres intérêts sont manifestement prioritaires.
dira-t-on pour autant que le tabagisme, problème de santé publique, ne peut être combattu que par l'approche psychologique ? Que les pouvoirs publics doivent s'en laver les mains ? Bien évidemment, vous le direz, Christian. Mais tous ceux qui ont un peu de bon sens ne vous suivront pas.
Le bon sens est peut-être la chose du monde la mieux partagée (encore que les raisons d’en douter ne manquent pas), mais dans le domaine que vous citez, il ne nous est pas d’un grand secours.

Pourquoi ? Parce que le bon sens nous dit, d’abord, que le tabac étant nuisible, il convient d’en interdire l’usage. Puis, à réflexion, le bon sens nous dit encore que les fumeurs étant accros à cette drogue, ils ne vont pas facilement s’en passer, que les mafias, saisissant l’occasion d’une interdiction, vont importer ou manufacturer des cigarettes en fraude, empochant les taxes dodues qui revenaient auparavant à l’Etat, plus une prime pour le risque d’illégalité.

Dans le cas du tabac, ce bon sens a prévalu. Dans le cas identique de la marijuana et de la cocaïne, ce même bon sens n’a pas prévalu. Comment alors suivre la logique des gens qui se réclament du bon sens ?

Il est plus cohérent de s’en remettre à quelques principes clairs, éprouvés par la raison et par l’expérience, assurés que nous sommes alors qu’ils donneront des résultats justes (en justice et en justesse), même si dans de rares cas individuels, nous serons déçus. Le mieux est ainsi l’ennemi du bien.
Ma réponse est plus nuancée...
Bien sûr, c’est son vice. En politique, une réponse « nuancée » dépend de l’humeur des gouvernants, de ceux qui tirent les ficelles, de ceux qui contrôlent la rue, des braillards, des médias, bref, de tout sauf de la justice et du Droit.
Quel est le domaine du politique ? Nous connaissons votre réponse : rien. Nous connaissons la réponse de la gauche : tout (ou presque).
Ce ne sont pas les taxes accablantes, ni les brimades, qui ont réduit la consommation de tabac, mais la patiente éducation du public. Le modèle qui s’est imposé dans l’imaginaire de nos contemporains n’est plus celui des films noirs à la Bogart, un homme sur un tabouret de bar allumant une cigarette après une gorgée de whisky, ou un philosophe tirant sur sa pipe, mais plutôt l'image de l’être sain, le sportif, au corps toujours jeune, performant, et jamais pollué. Jogger ou fumer, les gens ont décidé.

Que les hommes de l’Etat conseillent, si vous voulez absolument leur trouver une raison d’être, d’accord ; qu’ils distribuent des bons et mauvais points, qu’ils blâment, qu’ils citent en exemple, qu’ils offrent des médailles et érigent des statues à ceux et celles qui nous montrent la bonne voie, re-d’accord, à la limite. Mais qu’ils ne contraignent personne. Qu’ils n’interdisent à personne d’emprunter la mauvaise voie. Cette liberté est le respect que l’on doit à des adultes, me semble-t-il. Et c’est à cette condition que ceux qui ne le sont pas encore ont une chance de le devenir.

N’est pas aussi plus chrétien ?

Bien à vous

Christian



« Quelle bonne action avez-vous faite aujourd’hui ? » demande le chef scout à sa patrouille.
« J’ai aidé une vieille dame à traverser la rue », répond l’un des garçons.
« Moi aussi », s’empresse l’autre. « Nous l’avons tous aidée à traverser » précise le troisième.
« Vous avez tous bien fait, les félicite le chef. Mais pourquoi fallait-il être si nombreux pour aider cette dame ? »
« C’est qu’elle ne voulait pas traverser », avoue la patrouille.

Jusqu'où n'iront pas ceux qui agissent pour le bien d'autrui ?