"Silence" de Scorsese
Publié : jeu. 24 nov. 2016, 2:18
Oui, mais sauf erreur, il aurait suffi à ces cinq chrétiens d'abjurer pour que leurs tortures cessent, non ? Donc, le héros n'aurait pas dû apostasier, étant donné que les chrétiens torturés acceptaient leur sort de martyrs de la foi.si vous êtes prêts à mourir pour votre foi, êtes-vous prêts à ce que d'autres meurent à cause de votre choix ? Le héros principal, joué par un Andrew Garfield excellent, cède sous la pression, il accepte d'apostasier publiquement pour sauver la vie des cinq chrétiens torturés sous ses yeux.
La stratégie des autorités japonaises, ayant constaté que la torture et la mise à mort des chrétiens japonais n'a pas l'effet escompté, est justement de faire apostasier les prêtres publiquement.
Je trouve cette attitude horrible ! Qu'est-ce qui est pire, perdre son corps ou son âme ? Le prêtre ne savait pas encore que ces pauvres gens avaient apostasié, et pourtant, il les supplie de renier le Christ !Il y a d'ailleurs une scène où le prêtre supplie les torturés d'apostasier
Non, je trouve qu'il est totalement injuste de dire que c'est de lui seul que dépend la fin des souffrances de ces hommes et femmes, car les responsables sont bien les autorités païennes impies qui les ont mis à mort, et pas le prêtre, qui n'a aucune marge de manœuvre, puisqu'il ne peut pas pousser des fidèles au blasphème ni blasphémer lui-même ! De plus, en voyant leur prêtre aussi ferme dans la foi et refusant clairement de blasphémer, ces hommes et ces femmes torturés seraient peut-être revenus au Christ à l'instant de leur mort et seraient devenus des martyrs, tandis qu'avec l'apostasie publique du prêtre, nombre de fidèles - et pas uniquement les gens torturés - risquaient bien de se décourager et de perdre la foi.C'est de lui et seulement de lui que dépend la fin des souffrances de ces hommes et femmes.
source : Revue LimiteCertains esprits verront dans ce film un plaidoyer pour l’apostasie. En exposant l’idée d’un reniement par charité, Scorsese n’aurait que mépris pour les milliers de chrétiens japonais qui sont morts dans d’atroces souffrances par fidélité radicale à l’évangile. Pourtant, il ne fait que rétablir la vérité du martyre chrétien : on ne meurt pas pour Dieu, c’est lui qui est mort pour nous. Pour nous racheter. C’est pourquoi, au-delà des figures magnifiques des martyrs mourant en chantant des hymnes, l’un des personnages les plus intéressants du film est sans doute Kichijiro. Homme faible, Kichijiro piétine le Christ à plusieurs reprises tandis que brûlent des frères. Parjure et traître, ce Judas japonais vend Rodrigues pour 300 pièces d’argent. Mais sans cesse il poursuit le prêtre pour lui demander l’absolution. La conscience du péché et de sa propre faiblesse le hante, et c’est lui qui fera comprendre à Rodrigues le silence de Dieu : c’est par le péché que Dieu parle.
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Ce chef-d’œuvre n’est pas une leçon de catéchisme, mais une plongée dans les tréfonds de l’âme. Dans ce film, c’est la tension fondamentale du catholicisme qui s’exprime : le martyr et le pécheur se répondent, et la figure de celui qui chute et se relève vaut celle de la victime immolée dans la gloire. Mieux : une mystérieuse communion des saints est à l’œuvre. Et ce n’est que parce que le saint tient bon dans le martyre, que la rédemption du lâche est possible. Hanté par le souvenir du bûcher consumant sa famille, Kichijiro sait qu’il sera pardonné soixante-dix fois sept fois, et c’est dans sa soif de rémission que Rodrigues entendra la voix de Dieu.
Qu’est-ce que le christianisme ? Ce ne sont ni les images, ni le paradis, ni les arguties des Jésuites : c’est une possibilité de rachat jusqu’à la dernière minute. Dans un Japon purgé du christianisme, les braises de la grâce ne sont jamais tout à fait éteintes. Au fond du plus sali des renégats peut briller encore la flamme de la foi. Le grain de sénevé ne meurt qu’avec l’homme.