Le regard du Pape François sur la vérité du mariage actuel
Publié : ven. 26 août 2016, 14:43
Dans son récent discours du 16 juin 2016 à Saint-Jean-de-Latran, le Pape François a prononcé deux déclarations qui demandent une grande attention :
« une grande majorité de nos mariages sacramentels sont nuls, car ils, les époux, disent : « Oui, pour toute la vie », mais ils ne savent pas ce qu’ils disent, car ils ont une autre culture. Ils le disent et ils sont de bonne volonté, mais ils n’en ont pas la conscience »
et :
« j’ai vraiment vu une grande fidélité dans (des) concubinages, une grande fidélité; et je suis certain que c’est un véritable mariage, ils ont la grâce du mariage, précisément en raison de la fidélité qu’ils vivent »
Ne nous arrêtons pas trop vite aux réactions que ces affirmations surprenantes peuvent nous inspirer. C’est le Pape : prenons le temps d’écouter et de regarder ce qu’il nous montre.
C’est certes d’autant plus difficile que le Vatican lui-même a modifié la version officielle de la première affirmation en relatant (ce qui est contraire a la réalité prouvée par une video) que le Pape aurait dit (ce qui n’est pas le cas) qu’ « une partie » des mariages sacramentels sont nuls, ce qui est vague et de moins d’intérêt (une partie, cela peut être un pour cent).
Contrairement à ce que suggère l’intitulé du sujet qui a déjà été développé sur ce thème dans la section de l’Actualité décryptée de ce forum, le Pape n’a pas non plus affirmé que « la moitié » des mariages sacramentels sont nuls, comme un titre du Figaro l’a affirmé dans un essai d’interprétation.
Le Pape, qui s’exprimait en italien a parlé réellement de « una grande maggioranza », une grande majorité, comme le montre une video sur YouTube (cf. Opening of the Pastoral Conference of the Diocese of Rome : écouter le moment situé à 1.14.32-34 sur 1.37.31) :
https://www.youtube.com/watch?v=jQ5h2ef ... e=youtu.be
Le Pape n’a pas retiré ses propos. On ignore par qui et pourquoi les propos réels du Pape ont été modifiés sur le site officiel du Vatican. Rien ne permet d’affirmer que ses propos ont dépassé sa pensée.
Mais à quoi pensait-il ? De quoi parlait-il ?
D’une question de droit canon. Car, la nullité est une notion juridique.
On imagine guère parler de la nullité d’un baptême ou d’une eucharistie parce que leur validité ne dépend pas de la conscience du baptisé ou du communiant.
Mais, l’importance de la conscience de ceux qui se confèrent le sacrement du mariage a, par contre, pris une place déterminante en droit canon.
Une place tellement déterminante que, dans la réalité juridique actuelle du droit canon tel qu’il est interprété et appliqué par les tribunaux ecclésiastiques, le Pape sait que, aujourd’hui, l’examen du consentement de ceux qui demandent une déclaration de nullité aboutit presque toujours à constater que les époux n’avaient pas une conscience de leurs engagements à la mesure de la grâce du sacrement.
Selon le témoignage que j’ai personnellement recueilli d’un juge ecclésiastique, la nullité semble quasi toujours reconnue.
Les chiffres des statistiques semblent très peu connus mais ils existent puisqu’ils ont été précisés lors de la présentation de l’instruction Dignitas Connubii le 8 février 2005 qui est publiée en anglais sur le site du Vatican :
http://www.vatican.va/roman_curia/ponti ... ii_en.html
A cette époque, il a été précisé que, en 2002, dans le monde entier, il y avait eu 56.236 décisions concernant des procès ordinaires en déclaration de nullité d’un mariage, et que 46.092 ont abouti à une sentence affirmative, soit 81 %, et qu’il n’y avait eu que 2.894 décisions négatives, soit seulement 5 %, les autres décisions constatant des procédures irrégulières ou des causes abandonnées.
Il a aussi été précisé que, parmi ceux qui tentaient un ultime recours auprès de la Rote Romaine, il y a surtout ceux qui font l’objet de décisions négatives.
Mais, ici encore, les chiffres de 2010 dont j’ai connaissance indiquent que, sur 175 décisions rendues par la Rote Romaine en 2010, la majorité des recours intentés à Rome ont abouti positivement par une déclaration de nullité (93 sentences affirmatives).
Il semble probable que le Pape, qui connaît les chiffres, a ainsi pu constater que la quasi totalité des contestations de la validité d’un mariage sacramentel aboutissent à une déclaration de nullité.
C’est la vérité, certes dérangeante, du droit canon actuel. Le Pape François ne l’a pas inventée.
Ce qu’il nous dit à tous, de manière implicite, en mentionnant une grande majorité (outre les nombreux mariages fidèles valables), c’est que la quasi-totalité des divorcés remariés civilement après un premier mariage sacramentel peuvent, aujourd’hui, selon le droit canon actuel tel qu’il est appliqué, obtenir une déclaration de nullité de leur mariage sacramentel suivi d’un divorce et d’un remariage civil.
On peut contester le droit canon, mais le Pape constate un fait. Il ne dit qu’une vérité objective : vous croyez que le mariage sacramentel des divorcés-remariés est indissoluble ? La réalité, c’est que la nullité de ce mariage sacramentel peut être constatée dans quasi tous les cas si une demande en est faite. Sachez-le et pensez-y.
Bien sûr, en théorie, il y a la présomption de validité, mais ce n’est qu’une présomption. La vérité c’est que celui qui demande de faire déclarer nul son mariage sacramentel semble pouvoir l’obtenir à coup sûr ou quasiment.
Alors, cela devient très dérangeant, car les plus pauvres et les moins informés des divorcés remariés ne s’adressent pas aux tribunaux ecclésiastiques, ni ceux qui refusent de nier la vérité du mariage qu’ils ont vécu même s’il a pris fin.
On sait que la première réponse pratique du Pape François a été de simplifier l’accès aux procédures. Mais, cela ne fera qu’augmenter le constat : n’importe qui veut contester son mariage sacramentel semble pouvoir obtenir une déclaration de nullité. C’est très surprenant, mais faut-il fermer les yeux ?
En réalité, aucun être humain n’est jamais à la hauteur de la grâce divine. Qui peut prétendre avoir une pleine conscience des engagements du mariage ? A fortiori à 20 ou 25 ans.
Mais, si nous pensons à la foule qui écoutait Jésus lorsqu’il disait que l’homme ne sépare pas ce que Dieu à uni, si nous pensons au premier couple d’Adam et Eve que Jésus a présenté comme modèle valable jusqu’à la fin des temps, si nous pensons aux mariages de l’ancien testament, si nous pensons au mariage de Marie et Joseph…
Ne devons-nous pas réfléchir d’urgence à la pertinence ou à la portée de la définition juridique actuelle du mariage sacramentel si, en vérité, une grande majorité des mariages sacramentels sont nuls, selon le droit canon actuel ?
N’y a-t-il pas une vision déformée du sacrement du mariage lorsque la volonté des époux devient plus essentielle que la grâce de Dieu ? Une vision assez similaire à celle des protestants qui déclarent nul le baptême des nouveaux nés parce qu’ils n’ont pas la conscience de leur baptême.
Si le droit canon actuel permet de déclarer nul une majorité de mariages sacramentels et permet de déclarer nuls quasi tous les mariages abandonnés, ne faut-il pas le constater avec lucidité comme le fait le Pape et, surtout, nous interroger sur la valeur du droit canon actuel ?
Dans ses déclarations du 16 juin 2016 à Saint Jean de Latran, le Pape fait une constatation essentielle : « on ne sait pas ce qu’est le sacrement: on ne sait pas qu’il est indissoluble, on ne sait pas que c’est pour toute la vie » et, plus encore, car même « ceux qui disent : « Oui, pour toute la vie », … ils ne savent pas ce qu’ils disent, car ils ont une autre culture. Ils le disent et ils sont de bonne volonté, mais ils n’en ont pas la conscience ».
Et cela introduit sa deuxième déclaration surprenante : le Pape reconnaît, et il s’en déclare « certain », que des concubinages sont parfois un « vrai mariage ».
Ici, il faut se rappeler que la manière de se marier a fortement changé au cours de l’histoire.
Au-delà des discussions canoniques fondées sur un droit canon qui permet de déclarer nul tout mariage qui échoue, ne faut-il pas revenir à la vérité des faits naturels ?
Même sans sacrement, et les couples qui écoutaient l’enseignement de Jésus sur le mariage n’étaient pas mariés sacramentellement au sens de notre droit canon mais étaient souvent unis pas des mariages arrangés par les familles, il ne faut pas oublier que le mariage est un don de Dieu pour toute l’humanité de toutes les époques.
Des papes n’ont pas hésité à parler de « sacrement naturel » (pas seulement de mariage naturel).
Dans le modèle d’Adam et Eve, qui sert de base à l’enseignement de Jésus sur le mariage, la grâce de Dieu qui unit les époux, depuis les origines, est beaucoup moins compliquée que notre droit canon : après un éblouissement amoureux, les époux quittent père et mère (ils forment un foyer distinct), les époux s’attachent l’un à l’autre (ils forment une union stable) et les époux font une seule chair (ils s’unissent corps et âme).
Dieu unit encore des époux dans le monde entier, dans tous les peuples, quelle que soit leur religion ou leurs pensées. Et c’est à tous que Jésus enseigne : que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a unit.
Et c’est sur cette réalité naturelle et divine du mariage qui a toujours existé, qui peut se constater sous des formes multiples, que le pape attire notre regard : un couple de concubins fidèles, même en dehors des règles juridiques prévues et des sacrements de l’Eglise, peut manifester un vrai mariage, uni par Dieu. Le Pape François s’en déclare « certain ».
Qui peut prétendre que de jeunes cohabitants, formant un foyer distinct, liés l’un à l’autre par un amour non limité et fidèle, et unis sexuellement, ne sont pas déjà engagés et invités par le Christ à respecter une fidélité indissoluble, à ne pas séparer ce que Dieu a uni ?
Plus de 90 % de ceux qui se confèrent aujourd’hui le sacrement du mariage sont, déjà, de fait engagés dans un état de vie commune qui est celui d’un mariage naturel.
Le Pape nous invite à reconnaître une réalité de fait.
Le mariage n’est pas une invention humaine. C’est Dieu qui unit par un souffle d’amour. Et ce souffle d’amour ne souffle pas seulement pour les chrétiens ou les croyants.
Et, il souffle bien avant que des fiancés catholiques ne se confèrent le sacrement de mariage qui n’est que le signe et le moyen par lequel ils accueillent la grâce du mariage dont ils ont déjà reconnu la présence dans leur vie.
Tout cela ne doit, ni ne peut en rien diminuer la grâce du sacrement. Mais, ne faut-il pas d’urgence reconsolider son indissolubilité gravement blessée par un droit canon qui permet de déclarer nuls une grande majorité des mariages sacramentels et qui ignore l’indissolubilité de tant de mariages naturels par lesquels Dieu continue à unir tant d’hommes et de femmes partout sur la terre ?
Il n’y a pas de nullité au regard de Dieu lorsqu’un homme et une femme sont unis par Dieu et tous sont invités à reconnaître l’indissolubilité de ce que Dieu unit.
Même les concubins, les jeunes cohabitants, sont invités à reconnaître la grâce de Dieu dans leur vie lorsqu’ils forment dans l’amour un couple fidèle.
Qui dira à un couple de cohabitants non liés par une autre union : vous êtes libres, cherchez librement s’il n’y a pas un meilleur partenaire ailleurs, séparez-vous si votre union présente une difficulté quelconque ou si votre désir vous attire vers d’autres projets ?
Le désir naturel de la fidélité et de s'y engager, pour le meilleur et pour le pire, est généralement déjà présent bien avant le sacrement du mariage, même sans aucune consécration juridique.
Ne faut-il pas considérer qu’en vérité, un engagement indissoluble par un sacrement du mariage n’est indissoluble que parce qu’il confirme un lien indissoluble tissé d’abord par Dieu lui-même.
Cette grâce qui précède le sacrement, nous pouvons parfois la constater, comme le Pape, chez bien des couples fidèles qui se constituent et avancent loin des règles de l’Eglise, voire de la société.
Même si le chemin royal pour accueillir cette grâce reste inchangé depuis les origines et consacré dans le sacrement de l’Eglise du Christ qui en est le signe et le moyen.
Que celui qui est bouleversé par un souffle amoureux, comme celui qui a soufflé entre Adam et Eve dans le jardin d’Eden, observe la vérité d’une union réalisée par Dieu : quitte ton père et ta mère, sois lié à ta (ton) bien-aimé et sois une seule chair.
Celui qui fait une seule chair, sans foyer distinct et/ou sans être lié, blesse l’œuvre de Dieu.
Car, pour que le don total des corps exprime vraiment le don total des personnes, il implique des époux un attachement l’un à l’autre dans une fidélité mutuelle promise quoi qu’il arrive et dans une union qui demeure et forme ainsi un foyer que chacun des époux ne délaisse plus pour retourner chez ses père et mère.
Les relations sexuelles sans cohabitation et sans lien blessent profondément l’œuvre de Dieu.
Les relations sexuelles avec cohabitation mais sans lien blessent profondément l’amour des époux l’un pour l’autre, insufflé par Dieu.
Les relations sexuelles avec un lien dans le cœur mais sans cohabitation blessent aussi cet amour des époux.
Mais, parfois, et même de plus en plus souvent, il y a cohabitation, lien fidèle et relations sexuelles dans des conditions concrètes semblables en tout à celles d’un mariage civil ou sacramentel, mais sans union juridique et sans sacrement. Ici, ne devons-nous pas être attentif à ne pas nier et à parfois reconnaître une possible grâce du mariage que la fidélité des partenaires peut exprimer ?
Car, surtout dans notre société contemporaine, on est bien obligés de constater que beaucoup s’engagent dans les liens naturels sans égard pour les liens juridiques ou rituels.
Mais, les liens juridiques et rituels ne créent pas un mariage, ils le consacrent et l’établissent dans l’ordre civil ou dans l’ordre religieux. N’oublions pas que le sacrement du mariage est un signe et un moyen de la présence de Dieu dans le couple des époux qui précède toujours ceux qui reçoivent un sacrement. C'est Lui qui les unit avant que les époux ne reconnaissent et ne s'engagent dans cette union que Dieu réalise.
« une grande majorité de nos mariages sacramentels sont nuls, car ils, les époux, disent : « Oui, pour toute la vie », mais ils ne savent pas ce qu’ils disent, car ils ont une autre culture. Ils le disent et ils sont de bonne volonté, mais ils n’en ont pas la conscience »
et :
« j’ai vraiment vu une grande fidélité dans (des) concubinages, une grande fidélité; et je suis certain que c’est un véritable mariage, ils ont la grâce du mariage, précisément en raison de la fidélité qu’ils vivent »
Ne nous arrêtons pas trop vite aux réactions que ces affirmations surprenantes peuvent nous inspirer. C’est le Pape : prenons le temps d’écouter et de regarder ce qu’il nous montre.
C’est certes d’autant plus difficile que le Vatican lui-même a modifié la version officielle de la première affirmation en relatant (ce qui est contraire a la réalité prouvée par une video) que le Pape aurait dit (ce qui n’est pas le cas) qu’ « une partie » des mariages sacramentels sont nuls, ce qui est vague et de moins d’intérêt (une partie, cela peut être un pour cent).
Contrairement à ce que suggère l’intitulé du sujet qui a déjà été développé sur ce thème dans la section de l’Actualité décryptée de ce forum, le Pape n’a pas non plus affirmé que « la moitié » des mariages sacramentels sont nuls, comme un titre du Figaro l’a affirmé dans un essai d’interprétation.
Le Pape, qui s’exprimait en italien a parlé réellement de « una grande maggioranza », une grande majorité, comme le montre une video sur YouTube (cf. Opening of the Pastoral Conference of the Diocese of Rome : écouter le moment situé à 1.14.32-34 sur 1.37.31) :
https://www.youtube.com/watch?v=jQ5h2ef ... e=youtu.be
Le Pape n’a pas retiré ses propos. On ignore par qui et pourquoi les propos réels du Pape ont été modifiés sur le site officiel du Vatican. Rien ne permet d’affirmer que ses propos ont dépassé sa pensée.
Mais à quoi pensait-il ? De quoi parlait-il ?
D’une question de droit canon. Car, la nullité est une notion juridique.
On imagine guère parler de la nullité d’un baptême ou d’une eucharistie parce que leur validité ne dépend pas de la conscience du baptisé ou du communiant.
Mais, l’importance de la conscience de ceux qui se confèrent le sacrement du mariage a, par contre, pris une place déterminante en droit canon.
Une place tellement déterminante que, dans la réalité juridique actuelle du droit canon tel qu’il est interprété et appliqué par les tribunaux ecclésiastiques, le Pape sait que, aujourd’hui, l’examen du consentement de ceux qui demandent une déclaration de nullité aboutit presque toujours à constater que les époux n’avaient pas une conscience de leurs engagements à la mesure de la grâce du sacrement.
Selon le témoignage que j’ai personnellement recueilli d’un juge ecclésiastique, la nullité semble quasi toujours reconnue.
Les chiffres des statistiques semblent très peu connus mais ils existent puisqu’ils ont été précisés lors de la présentation de l’instruction Dignitas Connubii le 8 février 2005 qui est publiée en anglais sur le site du Vatican :
http://www.vatican.va/roman_curia/ponti ... ii_en.html
A cette époque, il a été précisé que, en 2002, dans le monde entier, il y avait eu 56.236 décisions concernant des procès ordinaires en déclaration de nullité d’un mariage, et que 46.092 ont abouti à une sentence affirmative, soit 81 %, et qu’il n’y avait eu que 2.894 décisions négatives, soit seulement 5 %, les autres décisions constatant des procédures irrégulières ou des causes abandonnées.
Il a aussi été précisé que, parmi ceux qui tentaient un ultime recours auprès de la Rote Romaine, il y a surtout ceux qui font l’objet de décisions négatives.
Mais, ici encore, les chiffres de 2010 dont j’ai connaissance indiquent que, sur 175 décisions rendues par la Rote Romaine en 2010, la majorité des recours intentés à Rome ont abouti positivement par une déclaration de nullité (93 sentences affirmatives).
Il semble probable que le Pape, qui connaît les chiffres, a ainsi pu constater que la quasi totalité des contestations de la validité d’un mariage sacramentel aboutissent à une déclaration de nullité.
C’est la vérité, certes dérangeante, du droit canon actuel. Le Pape François ne l’a pas inventée.
Ce qu’il nous dit à tous, de manière implicite, en mentionnant une grande majorité (outre les nombreux mariages fidèles valables), c’est que la quasi-totalité des divorcés remariés civilement après un premier mariage sacramentel peuvent, aujourd’hui, selon le droit canon actuel tel qu’il est appliqué, obtenir une déclaration de nullité de leur mariage sacramentel suivi d’un divorce et d’un remariage civil.
On peut contester le droit canon, mais le Pape constate un fait. Il ne dit qu’une vérité objective : vous croyez que le mariage sacramentel des divorcés-remariés est indissoluble ? La réalité, c’est que la nullité de ce mariage sacramentel peut être constatée dans quasi tous les cas si une demande en est faite. Sachez-le et pensez-y.
Bien sûr, en théorie, il y a la présomption de validité, mais ce n’est qu’une présomption. La vérité c’est que celui qui demande de faire déclarer nul son mariage sacramentel semble pouvoir l’obtenir à coup sûr ou quasiment.
Alors, cela devient très dérangeant, car les plus pauvres et les moins informés des divorcés remariés ne s’adressent pas aux tribunaux ecclésiastiques, ni ceux qui refusent de nier la vérité du mariage qu’ils ont vécu même s’il a pris fin.
On sait que la première réponse pratique du Pape François a été de simplifier l’accès aux procédures. Mais, cela ne fera qu’augmenter le constat : n’importe qui veut contester son mariage sacramentel semble pouvoir obtenir une déclaration de nullité. C’est très surprenant, mais faut-il fermer les yeux ?
En réalité, aucun être humain n’est jamais à la hauteur de la grâce divine. Qui peut prétendre avoir une pleine conscience des engagements du mariage ? A fortiori à 20 ou 25 ans.
Mais, si nous pensons à la foule qui écoutait Jésus lorsqu’il disait que l’homme ne sépare pas ce que Dieu à uni, si nous pensons au premier couple d’Adam et Eve que Jésus a présenté comme modèle valable jusqu’à la fin des temps, si nous pensons aux mariages de l’ancien testament, si nous pensons au mariage de Marie et Joseph…
Ne devons-nous pas réfléchir d’urgence à la pertinence ou à la portée de la définition juridique actuelle du mariage sacramentel si, en vérité, une grande majorité des mariages sacramentels sont nuls, selon le droit canon actuel ?
N’y a-t-il pas une vision déformée du sacrement du mariage lorsque la volonté des époux devient plus essentielle que la grâce de Dieu ? Une vision assez similaire à celle des protestants qui déclarent nul le baptême des nouveaux nés parce qu’ils n’ont pas la conscience de leur baptême.
Si le droit canon actuel permet de déclarer nul une majorité de mariages sacramentels et permet de déclarer nuls quasi tous les mariages abandonnés, ne faut-il pas le constater avec lucidité comme le fait le Pape et, surtout, nous interroger sur la valeur du droit canon actuel ?
Dans ses déclarations du 16 juin 2016 à Saint Jean de Latran, le Pape fait une constatation essentielle : « on ne sait pas ce qu’est le sacrement: on ne sait pas qu’il est indissoluble, on ne sait pas que c’est pour toute la vie » et, plus encore, car même « ceux qui disent : « Oui, pour toute la vie », … ils ne savent pas ce qu’ils disent, car ils ont une autre culture. Ils le disent et ils sont de bonne volonté, mais ils n’en ont pas la conscience ».
Et cela introduit sa deuxième déclaration surprenante : le Pape reconnaît, et il s’en déclare « certain », que des concubinages sont parfois un « vrai mariage ».
Ici, il faut se rappeler que la manière de se marier a fortement changé au cours de l’histoire.
Au-delà des discussions canoniques fondées sur un droit canon qui permet de déclarer nul tout mariage qui échoue, ne faut-il pas revenir à la vérité des faits naturels ?
Même sans sacrement, et les couples qui écoutaient l’enseignement de Jésus sur le mariage n’étaient pas mariés sacramentellement au sens de notre droit canon mais étaient souvent unis pas des mariages arrangés par les familles, il ne faut pas oublier que le mariage est un don de Dieu pour toute l’humanité de toutes les époques.
Des papes n’ont pas hésité à parler de « sacrement naturel » (pas seulement de mariage naturel).
Dans le modèle d’Adam et Eve, qui sert de base à l’enseignement de Jésus sur le mariage, la grâce de Dieu qui unit les époux, depuis les origines, est beaucoup moins compliquée que notre droit canon : après un éblouissement amoureux, les époux quittent père et mère (ils forment un foyer distinct), les époux s’attachent l’un à l’autre (ils forment une union stable) et les époux font une seule chair (ils s’unissent corps et âme).
Dieu unit encore des époux dans le monde entier, dans tous les peuples, quelle que soit leur religion ou leurs pensées. Et c’est à tous que Jésus enseigne : que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a unit.
Et c’est sur cette réalité naturelle et divine du mariage qui a toujours existé, qui peut se constater sous des formes multiples, que le pape attire notre regard : un couple de concubins fidèles, même en dehors des règles juridiques prévues et des sacrements de l’Eglise, peut manifester un vrai mariage, uni par Dieu. Le Pape François s’en déclare « certain ».
Qui peut prétendre que de jeunes cohabitants, formant un foyer distinct, liés l’un à l’autre par un amour non limité et fidèle, et unis sexuellement, ne sont pas déjà engagés et invités par le Christ à respecter une fidélité indissoluble, à ne pas séparer ce que Dieu a uni ?
Plus de 90 % de ceux qui se confèrent aujourd’hui le sacrement du mariage sont, déjà, de fait engagés dans un état de vie commune qui est celui d’un mariage naturel.
Le Pape nous invite à reconnaître une réalité de fait.
Le mariage n’est pas une invention humaine. C’est Dieu qui unit par un souffle d’amour. Et ce souffle d’amour ne souffle pas seulement pour les chrétiens ou les croyants.
Et, il souffle bien avant que des fiancés catholiques ne se confèrent le sacrement de mariage qui n’est que le signe et le moyen par lequel ils accueillent la grâce du mariage dont ils ont déjà reconnu la présence dans leur vie.
Tout cela ne doit, ni ne peut en rien diminuer la grâce du sacrement. Mais, ne faut-il pas d’urgence reconsolider son indissolubilité gravement blessée par un droit canon qui permet de déclarer nuls une grande majorité des mariages sacramentels et qui ignore l’indissolubilité de tant de mariages naturels par lesquels Dieu continue à unir tant d’hommes et de femmes partout sur la terre ?
Il n’y a pas de nullité au regard de Dieu lorsqu’un homme et une femme sont unis par Dieu et tous sont invités à reconnaître l’indissolubilité de ce que Dieu unit.
Même les concubins, les jeunes cohabitants, sont invités à reconnaître la grâce de Dieu dans leur vie lorsqu’ils forment dans l’amour un couple fidèle.
Qui dira à un couple de cohabitants non liés par une autre union : vous êtes libres, cherchez librement s’il n’y a pas un meilleur partenaire ailleurs, séparez-vous si votre union présente une difficulté quelconque ou si votre désir vous attire vers d’autres projets ?
Le désir naturel de la fidélité et de s'y engager, pour le meilleur et pour le pire, est généralement déjà présent bien avant le sacrement du mariage, même sans aucune consécration juridique.
Ne faut-il pas considérer qu’en vérité, un engagement indissoluble par un sacrement du mariage n’est indissoluble que parce qu’il confirme un lien indissoluble tissé d’abord par Dieu lui-même.
Cette grâce qui précède le sacrement, nous pouvons parfois la constater, comme le Pape, chez bien des couples fidèles qui se constituent et avancent loin des règles de l’Eglise, voire de la société.
Même si le chemin royal pour accueillir cette grâce reste inchangé depuis les origines et consacré dans le sacrement de l’Eglise du Christ qui en est le signe et le moyen.
Que celui qui est bouleversé par un souffle amoureux, comme celui qui a soufflé entre Adam et Eve dans le jardin d’Eden, observe la vérité d’une union réalisée par Dieu : quitte ton père et ta mère, sois lié à ta (ton) bien-aimé et sois une seule chair.
Celui qui fait une seule chair, sans foyer distinct et/ou sans être lié, blesse l’œuvre de Dieu.
Car, pour que le don total des corps exprime vraiment le don total des personnes, il implique des époux un attachement l’un à l’autre dans une fidélité mutuelle promise quoi qu’il arrive et dans une union qui demeure et forme ainsi un foyer que chacun des époux ne délaisse plus pour retourner chez ses père et mère.
Les relations sexuelles sans cohabitation et sans lien blessent profondément l’œuvre de Dieu.
Les relations sexuelles avec cohabitation mais sans lien blessent profondément l’amour des époux l’un pour l’autre, insufflé par Dieu.
Les relations sexuelles avec un lien dans le cœur mais sans cohabitation blessent aussi cet amour des époux.
Mais, parfois, et même de plus en plus souvent, il y a cohabitation, lien fidèle et relations sexuelles dans des conditions concrètes semblables en tout à celles d’un mariage civil ou sacramentel, mais sans union juridique et sans sacrement. Ici, ne devons-nous pas être attentif à ne pas nier et à parfois reconnaître une possible grâce du mariage que la fidélité des partenaires peut exprimer ?
Car, surtout dans notre société contemporaine, on est bien obligés de constater que beaucoup s’engagent dans les liens naturels sans égard pour les liens juridiques ou rituels.
Mais, les liens juridiques et rituels ne créent pas un mariage, ils le consacrent et l’établissent dans l’ordre civil ou dans l’ordre religieux. N’oublions pas que le sacrement du mariage est un signe et un moyen de la présence de Dieu dans le couple des époux qui précède toujours ceux qui reçoivent un sacrement. C'est Lui qui les unit avant que les époux ne reconnaissent et ne s'engagent dans cette union que Dieu réalise.