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Analysons donc un peu ce fameux texte...
[align=center]Déclaration des Droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789[/align]
Sont-ce les droits de l'homme ou les droits des citoyens ?
Les "représentants du peuple français" oscillent et hésitent manifestement entre une théorie du droit naturel (droits de l'homme) et une théorie du contrat social (droit des citoyens). Si la première est compatible avec une vision chrétienne de la politique, la seconde - libérale - lui est antinomique.
Les Représentants du Peuple Français, constitués en Assemblée Nationale, considérant que l'ignorance, l'oubli ou le mépris des droits de l'Homme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des Gouvernements
Un chrétien n'aurait jamais écrit cela.
Cette conception "totalisante" - qui trouve l'origine du mal social dans la transgression des droits de l'homme - fait du
droit-de-l'hommisme une nouvelle idéologie, presque une nouvelle religion politique. Pour le chrétien, l'origine du mal se situe dans la Chute qui a blessé le monde et l'a rendu corruptible : on peut parler de trangression des droits de Dieu.
les droits naturels, inaliénables et sacrés de l'Homme
Là, on se place dans une conception du droit naturel dont les fondements sont occultés par les députés - car elle heurterait sans aucun doute les dogmes du libéralisme politique. Cette théorie est en pleine adhésion avec l'enseignement de l'Eglise. (Il faut rappeller que c'est un certain humanisme chrétien qui est à l'origine de ce concept de droits de l'homme...)
afin que cette Déclaration, constamment présente à tous les Membres du corps social, leur rappelle sans cesse leurs droits et leurs devoirs
En désignant implicitement par "membres du corps social" les seules personnes individuelles (uniques sujets des droits et devoirs de cette Déclaration), cela exclue de fait tous les autres "corps intermédiaires" qui constituent le corps social dans l'enseignement catholique : familles, associations, paroisses, syndicats, entreprises, collectivités locales, corporations...
Cet individualisme libéral place la personne individuelle désocialisée dans un face à face avec l'Etat.
Contrairement à ce qui est annoncé dans ce préambule, la Déclaration fait l'impasse sur l'exposé des "Devoirs de l'Homme et du Citoyen".
afin que leurs actes du pouvoir législatif, et ceux du pouvoir exécutif, pouvant être à chaque instant comparés avec le but de toute institution politique, en soient plus respectés;
Le but assigné aux institutions politiques n'est plus le bien commun - comme dans la philosophie politique chrétienne - mais le respect et la garantie des Droits de l'Homme - c'est-à-dire un bien de la personne individuelle.
Outre que le respect des Droits de l'Homme ne constitue qu'une partie du bien personnel, il faut remarquer que le bien personnel ne constitue lui-même qu'une partie du bien commun.
afin que les réclamations des citoyens, fondées désormais sur des principes simples et incontestables, tournent toujours au maintien de la Constitution et au bonheur de tous.
La politique est donc désormais réduite à des réclamations revendicatives, et le bonheur de tous - et non pas même le bonheur commun - est posé en finalité ultime de la vie sociale. Perspective utilitariste et hédoniste incompatible avec la conception chrétienne qui pose comme fin dernière de toute existence - individuelle ou sociale - la félicité céléste, c'est-à-dire la communion à Dieu dans l'éternité.
En conséquence, l'Assemblée Nationale reconnaît et déclare, en présence et sous les auspices de l'Etre suprême, les droits suivants de l'Homme et du Citoyen.
L'appellation "Être Suprême" est une
appellation contrôlée par les sectateurs de la Franc-Maçonnerie (nouvelle religion d'Etat de la France depuis la Révolution libérale). :roll: La DDHC est d'inspiration déiste, et non pas théiste : Dieu existe mais il a abandonné l'humanité orpheline à son propre sort.
Art. 1er. -
Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune.
La liberté est un droit particulier et non pas quelque chose à y surajouter.
Les hommes naissent nourrissons, et leur liberté (qui suppose la responsabilité) est en fait plus que limité. Plus tard, il ne tient qu'à eux de conserver le droit à la liberté en s'en montrant digne par l'usage qu'ils en feront.
Par cet exemple particulier du droit à la liberté, nous pouvons donc dire que si les hommes naissent égaux en droits, ils ne le restent pas en raison des divergences de mérite.
Les distinctions sociales doivent - pour servir effectivement "l'utilité commune" - se fonder sur l'inégale répartition des talents au sein de l'humanité et sur les inégalités de mérite.
Art. 2. -
Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'Homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l'oppression.
Le but de toute association politique est la promotion et la conservation du Bien commun. La conservation des droits naturels de l'homme n'en sont qu'une partie. (Voir
supra)
Art. 3. -
Le principe de toute Souveraineté réside essentiellement dans la Nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d'autorité qui n'en émane expressément.
Le principe de toute Souveraineté réside
essentiellement en Dieu et
accidentellement dans la Nation (République) ou dans la personne du Roi (Royauté). Il n'est nulle autorité qui n'émane de Dieu et qui ne soit un ministère de Dieu.
Art. 4. -
La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l'exercice des droits naturels de chaque homme n'a de bornes que celles qui assurent aux autres Membres de la Société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la Loi.
Voir le sujet sur la
liberté.
L'exercice des droits naturels est bornée par les devoirs, bornes qui sont
accidentellement déterminées par la loi positive - expression du droit moral.
Art. 5. -
La Loi n'a le droit de défendre que les actions nuisibles à la Société. Tout ce qui n'est pas défendu par la Loi ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu'elle n'ordonne pas.
La loi n'a le droit de défendre que les actions nuisibles au bien commun, mais doit s'abstenir de défendre toutes les actions nuisibles au bien commun, conformément au principe éthique de moindre mal et dans le respect du principe de subsidiarité.
Comme "la loi n'a le droit de défendre que les actions nuisibles à la société" et qu'il existe - en France - un article de loi défendant toutes les "atteintes à l'ordre public", la loi interdit donc - virtuellement - tout. La suite de l'article est donc une fumisterie.
Art. 6. -
La Loi est l'expression de la volonté générale. Tous les Citoyens ont droit de concourir personnellement, ou par leurs Représentants, à sa formation. Elle doit être la même pour tous, soit qu'elle protège, soit qu'elle punisse. Tous les Citoyens étant égaux à ses yeux sont également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leur capacité, et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents.
Voir le fil sur le concept de
volonté générale.
La démocratie affichée est une conséquence de la souveraineté nationale (Art. 3), mais n'est plus une nécessité dans une optique théiste où la souveraineté réside essentiellement en Dieu.
Art. 7. -
Nul homme ne peut être accusé, arrêté ni détenu que dans les cas déterminés par la Loi, et selon les formes qu'elle a prescrites. Ceux qui sollicitent, expédient, exécutent ou font exécuter des ordres arbitraires, doivent être punis ; mais tout citoyen appelé ou saisi en vertu de la Loi doit obéir à l'instant : il se rend coupable par la résistance.
L'arbitraire individuel est condamné, mais il n'est rien dit de l'arbitraire collectif. (Remarquons qu'à quelques détails près, le régime nazi respecte les articles énnoncés dans cette déclaration...)
Cet article est en contradiction avec l'Art. 2 qui pose comme imprescriptible le droit à la résistance à l'oppression.
Art. 8. -
La Loi ne doit établir que des peines strictement et évidemment nécessaires, et nul ne peut être puni qu'en vertu d'une Loi établie et promulguée antérieurement au délit, et légalement appliquée.
Le tribunal de Nuremberg est illégitime vis-à-vis du principe de non-rétroactivité ici ennoncé...
Art. 9. -
Tout homme étant présumé innocent jusqu'à ce qu'il ait été déclaré coupable, s'il est jugé indispensable de l'arrêter, toute rigueur qui ne serait pas nécessaire pour s'assurer de sa personne doit être sévèrement réprimée par la loi.
Oui. Tout pleignant est également une victime présumée jusqu'à ce qu'il ait été déclaré victime...
Art. 10. -
Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la Loi.
Voir les commentaires des articles 5 et 7.
Il n'est rien dit de cet "ordre public établi par la Loi" qui peut - en toute légalité - être un ordre totalitaire.
Art. 11. -
La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre à l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi.
Seuls les citoyens ont le droit à la liberté d'expression ? :roll:
Voir les commentaires des articles 5, 7 et 10.
La loi peut arbitrairement décider quels sont les cas "d'abus de cette liberté", donc cet article n'interdit aucune dérive liberticide.
Art. 12. -
La garantie des droits de l'Homme et du Citoyen nécessite une force publique : cette force est donc instituée pour l'avantage de tous, et non pour l'utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée.
La force publique est instituée pour le bien commun - et non pour "l'avantage de tous" qui en est la version matérialiste, utilitariste et individualiste - bref, libérale.
Art. 13. -
Pour l'entretien de la force publique, et pour les dépenses d'administration, une contribution commune est indispensable : elle doit être également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés.
RAS.
Art. 14. -
Tous les Citoyens ont le droit de constater, par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement d'en suivre l'emploi, et d'en déterminer la quotité, l'assiette, le recouvrement et la durée.
Conséquence logique de la souveraineté nationale (Art. 3), mais ce n'est plus une nécessité dans une optique théiste où la souveraineté réside essentiellement en Dieu.
Art. 15. -
La Société a le droit de demander compte à tout Agent public de son administration.
Qu'est-ce que "la Société" ? Encore, s'il était dit "tout citoyen a le droit"...
La transparence est un principe de gestion administrative , pas un "droit de l'homme".
Art. 16. -
Toute Société dans laquelle la garantie des Droits n'est pas assurée, ni la séparation des Pouvoirs déterminée, n'a point de Constitution.
Qu'est ce la "séparation des pouvoirs" - principe assez discutable de droit constitutionnel - vient faire dans cette Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen ? :blink:
Par "n'a pas de Constitution", il faut entendre "n'a pas de Constitution légitime", ce qui est la conséquence logique de l'Art. 2 qui pose comme but de toute association politique la garantie des droits.
Art. 17. -
La propriété étant un droit inviolable et sacré, nul ne peut en être privé, si ce n'est lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l'exige évidemment, et sous la condition d'une juste et préalable indemnité.
La propriété privée est licite parce qu’elle permet une meilleure valorisation des ressources matérielles et constitue un prolongement de la personnalité indispensable à son épanouissement. C’est pourquoi le droit de propriété est un droit naturel inaliénable de l’Homme. Cependant il ne faut pas oublier le principe de la Destination universelle des biens de la Terre : l’usage de ce droit de propriété reste toujours subordonné à l’intérêt commun. C’est pourquoi le bien matériel, objet de la propriété, n’est pas inviolable : j’ai toujours le droit de posséder, mais ce que je possède appartient toujours à l’humanité avant de m’appartenir personnellement. J'ai donc un droit inaliénable à posséder, pas un droit inaliénable sur mes possessions.
Bien à vous
Christophe