Trinité,
Je ne pense pas que la République soit responsable de la déchristianisation
S'il avait fallu attendre après la prise de la Bastille pour voir paraître l'incroyance en France, on se demanderait bien d'où les encyclopédistes de 1750 auraient pu tirer leurs idées blasphématoires.
Pour moi, il n'y a pas de lien direct de causalité entre une série d'événements politiques dans un pays, une série fort limitée dans le temps et puis la perte de la foi chez l'un ou l'autre.
Je n'achète pas tellement les thèses de l'abbé Barruel et tout le machin littéraire traditionnel de la Contre-Révolution que l'on trouve dans les milieux catholiques français de droite. Je vois bien que ces thèses catholiques de droite («la révolution comme péché originel, le mauvais génie échappé de la bouteille, la boîte de Pandore, etc») semblent extrêmement populaires sur les forums catholiques. Mais moi je n'achète pas.
Jr,
L'âme française c'est simplement la chrétienté.
La culture française n'est ni réductible au seul christianisme ni aussi englobante qu'on dirait un Français être un chrétien puis
comme tout chrétien être nécessairement en retour un Français aussi. Ce serait un peu ici comme se moquer de la planète.
La civilisation que l'Église a largement contribué à mettre en place, en Europe, aura profondément marqué la culture du pays et donc la pensée des gens. C'est vrai pour la personnalité de la plupart de ses «grands hommes» que l'on étudie encore à l'école. C'est pareille avec les grands auteurs, littérateurs, savants, etc. Il reste une différence quand même entre la société profane et la religion.
Deux siècles de république luciférienne
Il y a plus d'une république qui est apparut en France. Il y a plus d'une opinion au sujet de ce que devrait être la république, la place à accorder à l'Église dans son sein, etc. Aussi, nous parler d'une «république luciférienne» reste le genre d'expression théâtrale qui ne veut rien dire.
Un marquis de LaFayette, par exemple, voulait bien de la république de 1789. Il souhaitant aussi que le monarque puisse jouer un rôle dans ce système , de même que la religion, etc. Il n'est aucune raison de penser que le marquis de l'an 1790 devrait être plus «démoniaque» qu'un autre. Pour mémoire, c'est le pape à Rome qui dissout l'ordre des jésuites et comme c'est le roi de France (Louis XVI compris) qui signe leur exclusion du royaume, non pas la république. Il n'y a pas de démonisme tranché à ce point.
si la République a eu pour principal objectif de détruire l'Eglise
Danton s'est marié à l'église et en plein au moment où la révolution connaissait ses heures de gloire. Je ne pense pas que «détruire l'Église» était l'objectif central et principal de son parti.
Dites plutôt :
empêcher l'Église de jouer un rôle politique et
pour y soutenir le régime traditionnel de séparation des classes (noblesse, roture),
pour voir ensuite l'Église se ranger naturellement du côté des aristocrates contre les bourgeois, contre les hommes d'argent, la finance. Je pense que l'objectif était plutôt de mettre l'Église à sa place et donner plus de latitudes aux «honnêtes gens» (
dixit La Fayette;
honnête =
gens actifs, travailleurs, industrieux, bûcheurs rationalistes, personnages fortunés et adeptes du progrès, etc.)
Mettre l'Église à sa place, non pas la détruire.
Trinité,
qu'un régime totalitaire avec un roi et un clergé fonctionnant en association
Le totalitarisme est une création du XXe siècle à mon sens.
Quand on parle de
totalitarisme on parle habituellement d'un régime policier, lorsque les individualités sont écrasés au profit d'un conformisme sévère, dans une société où il n'y a pas de corps intermédiaires entre des sujets atomisés et le gouvernement imposant, servi lui-même par une masse de bureaucrates qui administrent. Comprendre : aucun corps de métiers, pas de syndicat, aucune députation de parti d'opposition; avec des magistrats aux ordres au lieu d'une justice indépendante. Les systèmes totalitaires veulent effacer les divisions de castes, de classes, de noblesse, de bourgeoisie; ou encore les divisions religieuses, les subdivisions sociologiques (pas de place pour les homosexuels, les juifs, les catholiques, etc.)
Les gouvernements que les sujets du royaume de France auront connu jadis n'étaient pas liés à un quelconque système totalitaire. Ce n'était pas le cas. Non, parce que le rois évoluaient dans une société d'ordre, avec des traditions, des coutumes locales, des parlements régionaux et tout. Non seulement le royaume n'était-il pas unifié sur le plan des coutumes et des lois, les rois de France ne disposaient pas d'un véritable appareil d'État avec service de renseignement précis. Les révolutionnaires voulaient remédier, en passant, à l'éclatement de l'Ancien régime, sa bigarrure. Ils en avaient contre l'irrationel, la fantaisie, le gothique, l'arbitraire du roi ou d'un ministre, le pouvoir confié à des individus moins éclairés.
Il n'y avait pas le reproche de se trouver en face d'un système idéologique se voulant cohérent, implacable comme une machinerie bien huilée. La tyrannie détestée était telle l'arbitraire provenant de la décision fantaisiste imposée par tel favori du système, en dehors de toute justification rationnelle (entendre : non-enracinée dans du concret, le matériel et l'argent). La tyrannie correspond pour le bourgeois faisant des affaires au fait de ne pas pouvoir parfaitement contrôler sa situation et parce qu'il pourrait être à la merci d'une taxe imposée par le roi, un impôt sans qu'il lui soit possible de faire annuler la décision.
Paxetbonum,
La république française s'est fondée sur la haine du christianisme.
La déchristianisation de la France par la république a été réalisée au travers d'un génocide orchestré par le pouvoir.
Pas vraiment. Et il n'y a pas de génocide non plus, en France, au XVIIIe siècle.
Cette histoire de «génocide» n'est qu'une corruption idéologique de propagande et puis ressortant du politiquement correct de notre époque et du discours victimaire cf. «Il faut montrer que les catholiques ont eu leur Shoah. Je veux ma Shoah. Quand est-ce que le gouvernement va dresser des monuments et célébrer la mémoire des catholiques victimes? Je veux des excuses de la part de la république … »
Qu'il puisse y avoir un massacre plus ou moins étendu à l'occasion d'un épisode de guerre civile ne signifie pas forcément le génocide en même temps. La Vendée ne correspond à rien, il n'existe pas de peuple vendéen et
personne non plus n'extermine des catholiques à Paris en 1793, des catholiques parce que catholiques.
Kerniou,
En s'impliquant dans le pouvoir temporel et la protection de ses privilèges, l'Eglise s'est dévoyée de sa mission première.
Discutable.
Parler de «dévoiement» est peut-être exagéré et en le sens que l'Église n'avait peut-être pas le choix non plus que d'être mêlé à la société politique d'époque peu ou prou.
Dans l'Antiquité, au Moyen-Age et jusqu'à l'époque moderne, les dirigeants des pays tiraient leur légitimité de ce qu'ils devaient être en même temps les défenseurs de la religion. Partant de là, le pape ou les évêques ne pouvaient pas faire autrement que de prendre position : pour ou contre telle initiative impériale ou royale; intervention pour soutenir telle réforme du régent, du roi, de Charlemagne ou du duc de Normandie, etc.
Et pour que l'Église jouisse d'une relative indépendance face aux rois il lui fallait l'assiette des États pontificaux, ce que symbolise encore très bien l'État du Vatican aujourd'hui.
Mais le clergé s'était-il montré digne et à la hauteur de sa mission au cours des siècles précédents ?
Voici ce que dit Jean-Christian Petitfils dans un ouvrage :
«… les historiens sont depuis longtemps revenus sur l'image caricaturale d'un clergé libertin et corrompu, que suggérait l'exemple peu édifiant de quelques abbés de cour, très minoritaires. L'Église de France, au XVIIIe siècle, fut dans l'ensemble pieuse, bien instruite, et, une fois passée la secousse janséniste, relativement unie. Comme l'a montré Michel Peronnet, dans sa thèse sur Les évêques de l'ancienne France, dès 1748, les assemblées du clergé se sont inquiétées de la montée de la «vaine et fausse philosophie». Ce qui était en cause n'était pas la foi dans son contenu mais un esprit nouveau fait d'impiété et d'incrédulité, une désacralisation progressive de la société par les attaques insidieuses d'un système complet d'irreligion et de «haine de la catholicité». La crise essentielle est celle du providentialisme. On croit de moins en moins au Dieu-Providence de Bossuet, qui intervient dans toutes les manifestations humaines, à la politique tirée de l'Écriture Sainte (ce que la Contre-Révolution, derrière Bonald et Joseph de Maistre, s'efforcera de restaurer). L'autonomie des activités humaines s'affirme contre Dieu, rejeté au Ciel. »
Source : Jean-Christian Petitfils, «Les origines de la pensée contre-révolutionnaire» dans Jean Tulard (dir.), La Contre-Révolution. Origines, histoire, postérité, 1990, p. 20
Il n'est pas certain que «la» cause d'une quelconque réaction révolutionnaire soit à rechercher dans le fait d'une décrépitude spéciale du clergé.