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L'abandon du latin et du grec au collège

Publié : lun. 18 mai 2015, 18:07
par etienne lorant
J'ai lu que l'on veut supprimer l'enseignement des deux langues ... qu'on peut dire "mortes", sur lesquelles j'ai beaucoup peiné moi-même quand j'étais au collège pour "faire mes Humanités". Le grec m'est demeuré pratiquement illisible... mais le latin, contre lequel j'ai pesté de nombreuses fois, m'a beaucoup plus servi que je pensais - mais je ne m'en suis rendu compte que plus tard. D'une façon ou d'une autre, le latin m'avait - en quelque sorte - "structuré" la pensée. Et cela m'a servi beaucoup plus que je pourrais le raconter. Mais il y a au moins un argument flagrant: c'est le fait de ne pas se limiter à un élément d'un texte que l'on ne comprend pas (et abandonner) , pour aller voir plus loin et revenir ensuite. Cette sorte de "mécanisme", qui va du particulier à l'ensemble et vice versa, afin de mieux cerner les données d'un problème, m'a servi énormément par la suite - et notamment en chimie.
Devant un énoncé difficile, j'avais acquis le réflexe de ne pas me cabrer devant un obstacle mais d'essayer d'en faire le tour, dans un sens ou dans l'autre, et je finissais pas saisir un sens caché, une clé de compréhension. Il est certain que la philosophe Simone Weil, qui se croyait inférieure à son frère, a pourtant réussi grâce à l'attention qu'elle avait développée... Lorsque je butte sur un problème, j'ai acquis le réflexe d'en faire le tour pour l'examiner sous plusieurs angles. Pour moi, l'abandon de ces langues "mortes"... c'est comme un triste enterrement . Et je suis certain que Julien Green serait de mon avis !!!


Les humanités, une curiosité

« L’éducation de masse, qui se promettait de démocratiser la culture, jadis réservée aux classes privilégiées, a fini par abrutir les privilégiés eux-mêmes », écrivait l’historien américain Christopher Lasch (1932-1994) dans la Culture du narcissisme. Dans cet ouvrage, qui propose une analyse acérée de la société américaine des années 1960-1970, un chapitre central est consacré à l’éducation. Lasch, qu’on classerait sans doute aujourd’hui « à la gauche de la gauche », y relève la baisse phénoménale de niveau des élèves dans toutes les couches sociales et ses conséquences : « Il devient de plus en plus difficile aux gens de manier leur langue avec aisance et précision, de se rappeler les faits fondamentaux de l’histoire de leur pays, de faire des déductions logiques, de comprendre des textes écrits autres que rudimentaires, et même de concevoir leurs droits constitutionnels. » On se rassure en se persuadant que les élèves d’aujourd’hui ne sont pas les mêmes qu’hier et qu’ils n’ont donc pas les mêmes besoins. En 2015, de manière symbolique, le « codage » informatique devient une priorité, et les humanités, une curiosité. Il s’agit peut-être de modeler les élèves sur nos élites politiques et économiques, qui, du propre aveu de certains d’entre eux, ne s’encombrent plus de savoirs inutiles et n’ont plus le temps de lire des livres.
http://www.lavie.fr/actualite/societe/r ... 3068_7.php

Re: L'abandon du latin et du grec au collège

Publié : lun. 18 mai 2015, 18:55
par gerardh
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Bonjour,

Je n'ai jamais fait ni de grec, ni de latin (sauf à la messe). Je ne m'en porte pas plus mal. Même si je souscris à l'aspect formateur d'apprendre une langue morte, on peut aussi apprendre l'hébreu ou le sanscrit. Dans les langues vivantes il y en aurait d'autres intéressantes et utiles pour la gymnastique d'esprit et dans la pratique : l'allemand, le russe , le chinois, l'arabe. Il est aussi très formateur de faire des mathématiques.


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Re: L'abandon du latin et du grec au collège

Publié : lun. 18 mai 2015, 19:58
par Héraclius
Le problème, c'est que le latin est inutile pour lui-même, mais ouvre des portes fondamentales vers d'autres sujets, en premier lieu la culture classique mais également les lettres en général. Je vois ça comme une forme de rupture avec le passé, une "déconstruction" de plus. On finira par considérer tout ce qui relève de "l'avant" comme du "primitif" et l'on oubliera que les anciens pensaient, eux aussi.

Re: L'abandon du latin et du grec au collège

Publié : mar. 19 mai 2015, 5:34
par Anne
gerardh a écrit :_________
Même si je souscris à l'aspect formateur d'apprendre une langue morte, on peut aussi apprendre l'hébreu ou le sanscrit. Dans les langues vivantes il y en aurait d'autres intéressantes et utiles pour la gymnastique d'esprit et dans la pratique : l'allemand, le russe , le chinois, l'arabe. Il est aussi très formateur de faire des mathématiques.
À la différence de l'hébreu et du sanscrit, le français (comme plusieurs autres langues) a ses racines dans le latin, alors que le grec lui a fourni, justement, beaucoup en ce qui concerne les maths et la philosophie, entre autres.

Le vocabulaire utilisé en anatomie, médecine, horticulture, astronomie, etc, est en partie d'origine grecque ou latine. Ainsi la connaissance du latin et du grec, comme l'a mentionné Héraclius, est une porte d'entrée vers la connaissance des "ancêtres" du français et l’étymologie du vocabulaire de notre langue.

Leur étude n'empêche nullement l'apprentissage d'autres langues "vivantes"... et peut même le faciliter puisque d'autres langues ont, elles aussi, les mêmes racines.

Re: L'abandon du latin et du grec au collège

Publié : mar. 19 mai 2015, 10:45
par Christophe67
Bonjour,


Tout à fait d'accord avec Anne, je vois l'importance du Latin/Grec notamment dans l'étymologie des mots.
Bon je reconnais que ce dernier ne m'a pas passionné au collège mais c'est différent maintenant que je progresse dans la foi.
L'importance de ces langues mortes dans nos racines est incontestable. Les supprimer serait comme briser la pierre de rosette sous prétexte que peu sont intéressés par les hiéroglyphes.
Au final, comment s'y intéresser si dans le cursus scolaire leur existence nous est inconnue ?

J'ai une connaissance (catholique) qui est docteur en langues anciennes, à l'université théologique protestante de Strasbourg, et c'est tout à fait passionnant de comprendre l'histoire de la chrétienté qui accompagne ces mots en latin/grec.

Le dernier mot en date, qui m'a montré l'importance et la beauté de ce mot, était l'étymologie de procréation. Ce mot a gagné en ampleur dans mon esprit.

Si nous venions à perdre ce savoir, par désintérêt des langues mortes, on pourrait se demander quel pourrait en être le fruit ? Nous redonner une autre définition des mots version laïcité ?


Cordialement.

Re: L'abandon du latin et du grec au collège

Publié : mar. 19 mai 2015, 15:37
par gerardh
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Bonjour,

Les défenseurs du latin et du grec (peut-être des professeurs de lettres classiques), sont bien actifs sur ce forum ! Je vais faire une autre suggestion : pourquoi ne pas étudier les textes en "français" du moyen-âge ?

Quant au sanscrit, j'ai entendu dire qu'il était à l'origine de toutes les langues indo-européennes. Alors, s'il faut remonter aux sources, allons jusqu'au bout de cette logique.


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Re: L'abandon du latin et du grec au collège

Publié : mar. 19 mai 2015, 15:58
par Héraclius
Aha. :p

Personnellement, ce n'est pas l'abandon précis du latin que je trouve mauvais (ce n'est pas la fin des temps), c'est le contexte général, le mouvement qui a mené à une telle décision. Le rejet du passé, la déconstruction, la volonté de rupture.

Re: L'abandon du latin et du grec au collège

Publié : mar. 19 mai 2015, 16:13
par Lys_Sul
Héraclius a écrit :Aha. :p

Personnelement, ce n'est pas l'abandon précis du latin que je trouve mauvais (ce n'est pas la fin des temps), c'est le contexte général, le mouvement qui a mené à une telle décision. Le rejet du passé, la déconstruction, la volonté de rupture.
La faute à qui?

Re: L'abandon du latin et du grec au collège

Publié : mar. 19 mai 2015, 16:22
par Fée Violine
gerardh a écrit :________Bonjour,

Les défenseurs du latin et du grec (peut-être des professeurs de lettres classiques), sont bien actifs sur ce forum ! Je vais faire une autre suggestion : pourquoi ne pas étudier les textes en "français" du moyen-âge ?

Quant au sanscrit, j'ai entendu dire qu'il était à l'origine de toutes les langues indo-européennes. Alors, s'il faut remonter aux sources, allons jusqu'au bout de cette logique.
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Non, Gerardh, le sanscrit n'est pas à l'origine des langues indo-européennes. Le sanscrit est une langue indo-européenne parmi d'autres. La langue mère de toutes les langues indo-européennes n'existe plus depuis des millénaires et on n'en a aucune trace écrite, mais on peut en reconstituer quelques éléments à partir de toutes langues qui en descendent. mais bon, si je me lance sur un de mes dadas favoris, on n'a pas fini ! ;)

Fée Violine, prof de lettres classiques

Re: L'abandon du latin et du grec au collège

Publié : mar. 19 mai 2015, 16:23
par Héraclius
Lys_Sul a écrit :
Héraclius a écrit :Aha. :p

Personnelement, ce n'est pas l'abandon précis du latin que je trouve mauvais (ce n'est pas la fin des temps), c'est le contexte général, le mouvement qui a mené à une telle décision. Le rejet du passé, la déconstruction, la volonté de rupture.
La faute à qui?
A brûle-pourpoint je dirais faute à la mentalité soixante-huitarde (un joli fourre-tout - et un beau bouc-émissaire ?) et à ceux qui la promeuvent de nos jours.

Mais bon, on peut remonter plus haut. La Révolution, pourquoi pas (mais dans quelles composantes ?)? La Réforme, pour un recul de 5 siècles ? La vérité, c'est que j'en sais rien. Le mouvement de la pensée est bien visible, mais quant à désigner une origine et des responsables... Où commence le progrès, où finit le rejet brut du passé ?

Vous pensez à qui, vous ?

Re: L'abandon du latin et du grec au collège

Publié : mar. 19 mai 2015, 16:27
par Fée Violine
la mentalité soixante-huitarde (un joli fourre-tout - et un beau bouc-émissaire ?)
Oui !!!
Vive mai 68, et vive le latin et le grec !!! :)

Re: L'abandon du latin et du grec au collège

Publié : mar. 19 mai 2015, 18:55
par Anne
gerardh a écrit :________

Bonjour,

Les défenseurs du latin et du grec (peut-être des professeurs de lettres classiques), sont bien actifs sur ce forum ! Je vais faire une autre suggestion : pourquoi ne pas étudier les textes en "français" du moyen-âge ?
_________
Excellente idée ! :diable:

Plus sérieusement, je ne suis pas prof de lettres classique (quoique, I wish, comme dirait l'autre) mais en tant qu'enseignante, je suis habituée à voir dans des apprentissages des "utilités" que d'autres n'y voient pas...

Benedicat tibi Dominus !
(My my)

Re: L'abandon du latin et du grec au collège

Publié : mar. 19 mai 2015, 18:57
par Héraclius
Fée Violine a écrit :
la mentalité soixante-huitarde (un joli fourre-tout - et un beau bouc-émissaire ?)
Oui !!!
Vive mai 68, et vive le latin et le grec !!! :)
Votre côté maoïste... :p

Re: L'abandon du latin et du grec au collège

Publié : mar. 19 mai 2015, 19:03
par Anne
:bienvenue: Je propose une manif !

:francais: Ou une grève !



:aero: Je sors !

Re: L'abandon du latin et du grec au collège

Publié : mar. 19 mai 2015, 20:02
par Lys_Sul
Héraclius a écrit :Personnelement, ce n'est pas l'abandon précis du latin que je trouve mauvais (ce n'est pas la fin des temps), c'est le contexte général, le mouvement qui a mené à une telle décision. Le rejet du passé, la déconstruction, la volonté de rupture
Honnêtement je ne sais pas, j'irais demander l'avis à Kévin ou à Brenda.
Mais bon, on peut remonter plus haut. La Révolution, pourquoi pas (mais dans quelles composantes ?)? La Réforme, pour un recul de 5 siècles ? La vérité, c'est que j'en sais rien. Le mouvement de la pensée est bien visible, mais quant à désigner une origine et des responsables... Où commence le progrès, où finit le rejet brut du passé ?
La Révolution fut fortement empeignée du modèle antique entre Athènes où la Rome républicaine contre la figure royale, le consulat aussi une preuve comme sa suite avec Napoléon, etc.. Dans les écoles pour former des élites, le classique tenait une bonne partie dans l'instruction, comme dans l'Empire britannique, je pense que même vers les années 50/60 les intellectuels possédaient toujours ce bagage culturel.
Vous pensez à qui, vous ?
Les personnes qui procréent, donner la vie, c'est un beau cadeau d'amour, mais lui transmettre l'héritage de notre civilisation à commencer par ceux des Grecs ou Romains est une part non négligeable.