La "Société de corps" et le Corporatisme
Publié : jeu. 07 juin 2007, 22:25
Salut Christian
C'est dans l'encyclique Quadragesimo Anno "sur la reconstruction de l'ordre social" que l'Église - par la voix du Souverain Pontife Pie XI - exprime sa conception d'un ordre "corporatif", et prend ses distances avec le régime mussolinien (cf. §98 à 103). Il faut lire l'intégralité de l'encyclique pour parfaitement comprendre que la conception "organique" de la société qui est celle de l'Eglise, et c'est dans ce sens que j'ai parlé de "corporatisme social. Cela va bien au-delà de l'application des principes corporatistes à la seule économie : la société chrétienne est une "société de corps" - dont certains sont naturels, et d'autres institués : la famille, le clan, la nation, l'entreprise, le syndicat, la profession (ou corporation stricto sensu), la commune, la paroisse, les associations, l'Église, l'État, etc. Chaque corps social - il faudrait plutôt parler "d'organes" pour filer la métaphore organique - a son rôle à jouer pour que l'organisme social possède la santé, une partition à jouer pour que la symphonie sociale retentisse. La Révolution a proclamée les "Droits de l'Homme et du Citoyen", c'est-à-dire les droits de l'individu. Elle a très singulièrement omis - et nié - les droits des corps sociaux. La revitalisation de la société - la resocialisation chère à Charles - ne peut passer que par la restauration, la promotion et la libération des "vraies" forces vives de la société : les corps sociaux. Pour que se fasse cette "contre-révolution corporatiste", il faudrait d'abord que nos concitoyens cessent de n'espérer leur salut que de l'État-providence.
Le France - quoiqu'on en dise - possède quelques rares - mais précieux - vestiges du Corporatisme. La place à accorder aux corporations - aujourd'hui, on parle de "branches professionnelles" - dans la société mériterait certainement une étude plus approfondie où l'on aborderait la question du caractère obligatoire, monopolistique et du statut juridique des corporations. Quoiqu'il en soit, le Corporatisme me semble être LA bonne réponse à la dérive bureaucratique et à l'inflation législative que connaissent les démocratures contemporaines...
Pax
Christophe
On s'éloigne du sujet du fil, mais la parenthèse me semble intéressante. D'ailleurs, comme le Corporatisme n'a jamais été abordé spécifiquement, nous pourrons - si la discussion se prolonge - dédier un fil spécifique à la question. Effectivement, le Corporatisme a mauvaise réputation, en raison des régimes fascistes ou fascisants s'en étant réclamés. A tel point que l'Église a depuis longtemps banni ce mot de son vocabulaire. Mais vous avez deviné que ce n'est pas cette forme de Corporatisme - le Corporatisme "d'État" (obligatoire, de droit publique et monopolistique), par opposition au Corporatisme "d'association" - que prône la doctrine sociale chrétienne.Christian a écrit :Je récuse cependant le terme de corporatisme, trop connoté Maurras/Mussolini. Dans la conception de ces activistes politiques, comme dans les pratiques abolies par la Loi Le Chapelier, la corporation détient un pouvoir de monopole, sanctionné par la puissance publique. Le client n’a pas le droit de traiter avec un plombier ou un libraire qui ne serait pas membre d’une corporation, même si ledit plombier ou libraire rend un meilleur service à un meilleur prix.
Je pense (mais vous êtes plus compétent que moi en la matière) que les corps sociaux prônés par la doctrine sociale chrétienne sont constitués par des adhésions volontaires, et la corporation des bouchers ne peut pas plus contraindre les carnivores à se fournir auprès de ses membres (à l’exclusion, donc, de bouchers dissidents) que l’Eglise catholique ne peut contraindre les chrétiens à fréquenter ses seules paroisses (à l’exclusion des temples protestants, par ex.).
Si votre réponse est positive, alors je suis un ‘corporatiste’ qui s’ignore.
C'est dans l'encyclique Quadragesimo Anno "sur la reconstruction de l'ordre social" que l'Église - par la voix du Souverain Pontife Pie XI - exprime sa conception d'un ordre "corporatif", et prend ses distances avec le régime mussolinien (cf. §98 à 103). Il faut lire l'intégralité de l'encyclique pour parfaitement comprendre que la conception "organique" de la société qui est celle de l'Eglise, et c'est dans ce sens que j'ai parlé de "corporatisme social. Cela va bien au-delà de l'application des principes corporatistes à la seule économie : la société chrétienne est une "société de corps" - dont certains sont naturels, et d'autres institués : la famille, le clan, la nation, l'entreprise, le syndicat, la profession (ou corporation stricto sensu), la commune, la paroisse, les associations, l'Église, l'État, etc. Chaque corps social - il faudrait plutôt parler "d'organes" pour filer la métaphore organique - a son rôle à jouer pour que l'organisme social possède la santé, une partition à jouer pour que la symphonie sociale retentisse. La Révolution a proclamée les "Droits de l'Homme et du Citoyen", c'est-à-dire les droits de l'individu. Elle a très singulièrement omis - et nié - les droits des corps sociaux. La revitalisation de la société - la resocialisation chère à Charles - ne peut passer que par la restauration, la promotion et la libération des "vraies" forces vives de la société : les corps sociaux. Pour que se fasse cette "contre-révolution corporatiste", il faudrait d'abord que nos concitoyens cessent de n'espérer leur salut que de l'État-providence.
Le France - quoiqu'on en dise - possède quelques rares - mais précieux - vestiges du Corporatisme. La place à accorder aux corporations - aujourd'hui, on parle de "branches professionnelles" - dans la société mériterait certainement une étude plus approfondie où l'on aborderait la question du caractère obligatoire, monopolistique et du statut juridique des corporations. Quoiqu'il en soit, le Corporatisme me semble être LA bonne réponse à la dérive bureaucratique et à l'inflation législative que connaissent les démocratures contemporaines...
Pax
Christophe