Re: Divorcés remariés : le sain réveil de l’opinion ecclésia
Publié : jeu. 07 août 2014, 22:39
par Héraclius
C'est une question d'une extrême complexité.
Fondamentalement, le dogme est tel qu'il est, et la logique théologique de l'interdiction est irréfutable. Après, on est orthodoxes ou on ne l'est pas.
Mais vous voyez, mon oncle et ma tante sont des divorcés remariés. Mon oncle n'a pas cherché à divorcé, c'est son ancienne femme qui l'a laissé tomber. Ensemble, ils sont extrêmement heureux, animés d'un amour profond l'un envers l'autre. Ils ont bâtis quelque chose, avec trois enfants allant au catéchisme, et eux pratiquant tout en respectant l'interdiction. A tout point de vue (si ce n'est celui qui nous intéresse), ce sont de "bon chrétiens", dans la mesure ou cette expression signifie quelque chose. Charitables, aimants, croyants, etc...
Me dire qui si ils meurent maintenant, ils devraient techniquement aller en enfer (péché mortel sans pénitence) me mortifie. Bon, c'est beaucoup plus compliqué que cela, on est d'accord, et nul ne peut juger du salut d'un autre, mais factuellement, c'est le châtiment que leur promet le dogme. Et ça... Ca me passe en travers de la gorge.
Et que doivent il faire pour se repentir ? Briser l'édifice de toute une vie ? Briser le cœur de leurs enfants ? Renier l'amour véritable qui les lie ? Jésus nous a bien commandé de tout abandonné, je connais ce qu'en dise les écritures, mais c'est quand même beaucoup.
Dire "les zentils évêques orthodoxes affrontent les vilains qui z'ont rien compris à la miséricorde", c'est à mon sens un peu réducteur (sans être dénué d'une certaine vérité).
Héraclius -
Re: Divorcés remariés : le sain réveil de l’opinion ecclésia
Publié : ven. 08 août 2014, 2:16
par Robin
Héraclius a écrit :[...]et eux pratiquant tout en respectant l'interdiction[...]
Je n'ai pas bien compris cette phrase. Le reste me laisse penser qu'ils vivent comme un couple marié, mais cette phrase me laisse penser qu'ils pourraient simplement vivre ensemble abstinents ?
En ce moment, nous avons tous le même problème vis à vis de membres proches de notre famille, très proches pour moi, en tant que jeune homme ayant des frères et soeurs pas tous croyants.
Malheureusement, quand bien même l'amour semble véritable, les hommes et femmes ayant fait ce choix l'ont souvent fait en se disant que c'était mieux ainsi, sans forcément chercher l'aide de Dieu.
Je ne me met pas à la place de, mais il me semble qu'on essaye toujours de se convaincre que l'amour est voulu par Dieu, qu'après tout l'écriture et la traditions ne sont pas infaillibles, on éprouve sans cesse des doutes (eux avec ce sujet grave et important, moi avec d'autres plus petits, pour lesquels je me dis que finalement, "c'est pas si grave", ou "Dieu comprendra") qu'on essaye de refouler en se basant sur des sentiments humains ou des réflexions et créations philosophiques parfois assez élaborées.
Je n'ai pas le même vécu que votre oncle, mais je me suis de la sorte enfermé dans une spirale de péchés aussi bien véniels que mortels de laquelle je suis encore en train d'essayer de sortir.
Lorsqu'on essaye de se prouver quelque chose qui va en dehors de ce que recommande l'Eglise, il faut toujours y réfléchir à deux fois.
En Christ.
Les divorcés remariés (Synode sur la famille 2014)
Publié : mar. 21 oct. 2014, 18:13
par Xavi
Quelle intelligence de la foi?
Le synode a secoué fort.
Qu’on le veuille ou non, des interpellations contradictoires ont été présentées sur des sujets extrêmement sensibles. Les textes sont désormais publics : le rapport intermédiaire (bien qu’il ait été très contesté jusqu’à être qualifié de honteux, indigne, complètement faux…), les conclusions de divers groupes de travail, le rapport définitif (avec les votes divisés de chaque paragraphe dont un seul a rallié l’unanimité), et le message final.
Les contestations entendues au plus haut niveau de l’Eglise ont atteint une ampleur sans précédent lors des synodes antérieurs.
Un prochain synode sur le même thème aura lieu dans un an, ce qui ouvre un temps précieux pour la méditation, le partage et la prière.
A chacun d’y contribuer et un forum pour l’intelligence de la foi a certainement une fonction utile dans ce grand travail qui attend toute l’Eglise.
Je souhaite y développer ici ma réflexion personnelle sans la dissoudre dans les nombreux sujets déjà ouverts pour clarifier les dialogues qui pourraient s’en suivre.
Ceux qui me connaissent dans ce forum savent tout l’intérêt que j’ai pour la révélation de la création dans la Genèse, toute l’importance que je lui accorde pour la foi aujourd’hui.
Marié depuis plus de trente ans et père de nombreux enfants, mon attachement à la vocation du mariage fut un choix fondamental au cours de mon adolescence, après avoir été attiré par la prêtrise, tant le besoin de couples chrétiens vivant pleinement leur foi, d’une manière aussi forte que les célibataires consacrés dans une vie religieuse, m’a semblé prioritaire dans la société des années septante et ce besoin me paraît toujours aussi important aujourd’hui, voire davantage.
Cette orientation et diverses circonstances personnelles m’ont incité à creuser toujours davantage les fondements de la valeur du couple chrétien, ce qui m’a amené à méditer de plus en plus la révélation de la Genèse vers laquelle le Christ renvoie celui qui écoute sa parole sur l’union conjugale.
Il en résulte des centaines de pages dans ce forum. Certains se demandent : à quoi bon ?
Parce que la Genèse n’est pas qu’un vieux livre poussiéreux des temps anciens loin des réalités concrètes du temps présent qui ne serait évoquées que de manière symbolique, mais se révèle, à la lumière de l’Evangile du Christ, comme Parole de Dieu authentique sur ce que nous sommes dans la réalité concrète de l’histoire du monde présent autant que dans la réalité spirituelle de Dieu.
Les interrogations du récent synode y trouvent des éléments essentiels de réponse.
La parole du Christ résonne certes avec force : que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a uni… celui qui répudie sa femme et qui en épouse une autre, commet un adultère à son égard, et si une femme quitte son mari et en épouse un autre, elle commet un adultère.
Et le fondement de cette parole, le Christ le montre dans la création de l’homme et de la femme relatée par la Genèse. C’est à cause de cette création que l’homme quitte son père et sa mère, s’attache à sa femme, et que les deux deviennent une seule chair.
On est a priori bien loin du seul problème particulier des baptisés catholiques ayant contracté un sacrement du mariage suivi d’un divorce légal et d’un remariage non religieux.
L’union sexuelle, qui attache un homme et une femme par un amour plus fort que l’affection que chacun d’eux peut avoir pour ses père et mère, reproduit l’acte créateur le plus essentiel de l’humanité à son origine, la création spirituelle de notre âme immortelle à l’image de Dieu, le baptême de l’humanité dans l’amour de Dieu qui a achevé la création.
Après avoir été créé mâle et femelle dans la nature animale, l’humain était encore seul, malgré tous les liens matériels, intellectuels et affectifs qu’il pouvait avoir avec toutes les autres créatures vivantes.
Pour être parfaitement à l’image de Dieu, il lui fallait encore accéder à la vie spirituelle qui fait vivre Dieu de toute éternité dans une communion d’amour.
La Genèse nous révèle que, pour donner à l’humanité cette vie immortelle, Dieu a introduit toute la création terrestre dans sa propre réalité, dans son monde à Lui. Il a planté un « jardin » (un endroit protégé) dans « l’Eden » (le paradis spirituel de Dieu). Il y a introduit le vivant créé, aussi bien végétal que animal, et il y a mis l’humain.
C’est là, par une entrée du terrestre dans l’Eden spirituel de Dieu, que le Créateur a façonné un être vivant absolument nouveau par une communion d’amour qui a fait exister, dans un homme et une femme, une vie immortelle à l’image de la vie même de Dieu.
L’humain terrestre solitaire, animé uniquement d’une vie naturelle animale précaire incapable de partager la vie d’amour de Dieu, a été plongé dans cette vie éternelle de Dieu et a accédé à l’amour de Dieu, ce qui en a fait des créatures nouvelles et immortelles vivant de la vie même de Dieu.
Ce plongeon dans la vie divine est l’événement le plus essentiel de notre création, de notre identité, de notre vocation. Il est la source de notre vie. Un baptême spirituel qui est éclairé par le baptême par lequel le Christ fait homme passera lui-même dans le Jourdain.
L’essentiel dans la création, ce n’était pas la longue histoire de la création terrestre, mais son aboutissement dans la communion divine par une créature à l’image de Dieu, gouvernant et développant le monde en communion avec son Créateur.
L’essentiel n’est pas dans la longue création des corps humains, mâles et femelles, au milieu des autres espèces vivantes de la création, mais la création de personnes immortelles capables de partager et de multiplier la vie de Dieu.
Et cet événement créateur s’est réalisé par l’union sexuelle d’un couple d’humains, par une femme tirée d’un homme par une côte saillante qui est prise avant une chair qui se replie, ce qui a fait surgir dans ce couple d’humains un amour, plus fort que celui qu’ils avaient pour leurs propres pères et mères, qui les a attachés l’un à l’autre et les a fait devenir une seule chair.
Dans l’Evangile, Jésus nous indique que c’est Dieu lui-même qui les a ainsi unis l’un à l’autre, que c’est ce même lien que les humains reproduisent de générations en générations, et que ce lien est à l’origine de nous-mêmes au point que l’humain ne peut pas le séparer sans un adultère dans le royaume des cieux.
Sauf les unions sexuelles sans attachement de la prostitution ou d’autres rencontres précaires, le Christ lui-même nous révèle que l’union sexuelle d’un homme et d’une femme engage l’humain créé à l’image de Dieu dans une réalité voulue par Dieu qui a ainsi créé l’humanité à son image et qui lui a ainsi donné une vie immortelle, une capacité de partager la vie éternelle de Dieu.
Avant la création de cette humanité dans le jardin d’Eden, il y avait déjà des humains naturels mâles et femelles, avec une vie animale, mais leur création à l’image de Dieu était encore en cours, inachevée. L’humain seul, ce n’était pas encore bon.
Une partie saillante d’un humain est prise, puis les chairs sont refermées, et Dieu en tire un être radicalement nouveau qui va transmettre sa vie nouvelle sur la terre aux générations qu’elle va engendrer. Il y avait déjà des mâles et des femelles. Mais ici, une « femme » est créée et l’humain en est rempli d’amour au point que l’homme quitte ses père et mère, sa solitude naturelle, pour s’attacher à sa femme.
Comment ne pas comprendre, dans une telle révélation, la valeur essentielle pour l’humanité et pour sa communion avec Dieu de ce lien que les générations suivantes vont reproduire ?
Le synode s’est penché sur les cas difficiles de certains divorcés remariés en citant les paroles de Jésus sur l’indissolubilité du mariage et sur les dispositions tolérantes de Moïse.
D’autres ont rappelé que Jésus déclare adultères les divorcés remariés conformément à la loi de Moïse.
Il y a ici beaucoup de confusion.
Jésus parle dans l’Evangile de la répudiation d’une femme par un homme, sans les distinctions juridiques de notre époque.
Il écarte clairement les union sexuelles précaires désapprouvées en étant qualifiées de fornication, mais il ne distingue pas les autres unions sexuelles d’un homme et d’une femme. Dans le récit fondateur de la Genèse, il n’y a pas encore de loi, ni de célébration formelle d’un mariage. Lorsque le Christ évoque la situation d’un homme qui répudie sa femme, il ne précise pas s’il s’agit d’une union libre, d’une cohabitation légale, d’un mariage légal ou d’un mariage religieux.
La question des divorcés remariés évoquée au récent synode ne concerne pas toutes ces unions terrestres, mais seulement les mariages religieux catholiques célébrés par un sacrement de mariage.
Et encore, pour autant qu’ils aient été contractés de manière valide, en connaissance de cause des engagements impliqués, avec la possibilité s’ils ne l’ont été qu’avec une conscience immature ou insuffisante, d’en obtenir l’annulation.
Cette perspective limitée ne montre guère la valeur divine de toutes les unions sexuelles non précaires qui attachent un homme et une femme par une répétition, de génération en génération, de l’union conjugale créée par Dieu.
L’Eglise ne peut se limiter à parler du seul mariage sacramentel conclu en connaissance de cause par des catholiques.
C’est, en effet, une situation bien plus limitée que la question générale de l’indissolubilité des unions conjugales dont Jésus nous parle dans l’Evangile.
L’Eglise doit rester témoin de l’indissolubilité fondamentale de toute union conjugale d’un homme et d’une femme que le Christ a enseignée.
Il peut d’autant moins ignorer l’étendue de cet enseignement que les catholiques unis par un sacrement du mariage ne sont qu’une minorité des couples dans le monde et que de nombreux baptisés se retrouvent aujourd’hui dans des unions conjugales sans le sacrement du mariage.
Suffit-il de vivre en cohabitation informelle ou légale pour être dispensé du devoir moral de fidélité indiqué par le Christ ?
Moralement, y a-t-il des devoirs moraux du mariage qui n’existeraient pas dans la même mesure entre des concubins après de nombreuses années de vie commune ?
Dira-t-on à de tels concubins (et c’est le cas de tant de jeunes, même catholiques…) : séparez-vous parce que vous n’êtes pas mariés et soyez libres de chercher des nouveaux liens amoureux avec d’autres personnes ou, plutôt, mariez-vous entre vous parce que toute recherche d’un autre lien amoureux serait fautive ?
Le Christ a parlé pour tous et pour toutes les unions conjugales humaines. Dieu est présent dans toute union conjugale qui attache un homme et une femme dans l’amour à la sortie de leur foyer parental parce qu’à l’origine, c’est Dieu qui a créé cette union.
Cette union, qui se reproduit de génération en génération, est une création de Dieu lui-même dont toute l’humanité est héritière.
Dans l’intervalle qui nous sépare du second synode d’octobre 2015, l’Eglise ne devra-t-elle pas d’abord renouveler sa pensée et sa parole pour tous les hommes à notre époque où les unions conjugales prennent des formes diverses qui s’écartent de multiples manière de l’union stable de l’homme et de la femme, à la sortie de leur foyer parental, qui est au cœur de notre création à l’image de Dieu ?
L’indissolubilité spécifique du sacrement du mariage nous plonge dans une réalité plus profonde, celle de la vie éternelle qui nous vient par le Christ.
L’union conjugale humaine est, hélas mais comme toute autre réalité humaine, marquée par le péché et par la mort.
A cet égard, Jésus n’a pas rejeté la loi de Moïse qui autorisait la répudiation, mais il a clairement dissocié la loi de la vérité. Ce que la loi permet n’est pas nécessairement juste et bon. Jésus nous montre que la répudiation permise légalement (comme nos divorces juridiques modernes) et les remariages qu’elle permet en conséquence n’en retire en rien la réalité négative, dommageable, ni le caractère adultère et pécheur d’un remariage après une répudiation.
Le sacrement du mariage va plus loin que la loi.
Il considère, audacieusement, que le mariage contracté en communion avec le Christ entre un homme et une femme, par un sacrement de l’Eglise, est indissoluble au contraire du mariage selon la loi de Moïse ou selon la loi civile qui peut être rompu par une volonté humaine adultère.
Aussi indissoluble que le baptême.
Aussi indissoluble que l’union du Christ et de l’Eglise.
Ce qui est lié sur la terre est lié dans les cieux.
Parce que ce qui est proposé aux époux chrétiens, c’est de devenir des figures de l’union du Christ et de l’Eglise, c’est de faire de leur mariage un sacrement de cette union conjugale du Christ.
Le sacrement du mariage permet ainsi aux époux de rejoindre l’acte créateur de l’humanité, de réintroduire en eux, dans leur vie conjugale, l’union sans péché qui a créé le premier couple humain, qui a créé l’humanité, qui a créé sa fécondité spirituelle, sa capacité à partager l’amour de Dieu et à multiplier la vie nouvelle créée dans toute sa descendance de manière indissoluble.
Car, malgré le péché et la mort ainsi que la nécessité d’une délivrance par le Christ, jamais aucun descendant de ce couple originel ne sera privé de cette vie nouvelle transmise de manière infaillible de génération en génération.
Parce que c’est la volonté de Dieu que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a uni et parce que le Christ nous délivre du péché, le baptisé peut, à nouveau, par le Christ et en communion avec lui, revêtir le lien indissoluble de la communion conjugale donnée à nos premiers parents.
Lorsque un homme et une femme veulent, en connaissance de cause, avec une conscience et une maturité suffisantes, contracter un mariage conforme à l’union inséparable voulue par Dieu, le sacrement du mariage leur permet de créer un tel lien indissoluble, à l’image du lien originel qui a achevé la création de notre humanité et du lien entre le Christ et l’Eglise.
Certes, le lien légal et le lien humain restent avec leurs fragilités. Le couple chrétien n’est pas à l’abri des échecs ou de l’obscurité.
L’indissolubilité n’est ni une assurance tous risques, ni une contrainte. C’est une grâce qui réalise dans la vie des conjoints qui s’unissent par un sacrement du mariage, la volonté divine d’une union indissoluble et leur fait devenir signe et moyen de la présence du Christ, de l’union indissoluble du Christ et de son Eglise.
L’Eglise doit certes toujours rappeler que ce signe suppose une volonté réelle que la légèreté de certains mariés autant que de certains célébrants ne permet pas toujours de constater. Dans ce cas, il n’y a pas vraiment de sacrement et la nullité du mariage doit être constatée.
Mais, attention ici de ne pas s’égarer dans une approche abstraite. L’homme et la femme qui contractent un sacrement du mariage sont des pécheurs dont la conscience et la connaissance sont faibles.
La conscience et la maturité nécessaires à un mariage valable sont celles de pauvres pécheurs.
Le discernement ne peut ici devenir de la mauvaise foi.
Mais, comment ignorer aujourd’hui le nombre élevé de mariages catholiques célébrés pour des motifs davantage sociologiques que religieux par des baptisés qui ne fréquentent guère l’eucharistie et ne pratiquent qu’occasionnellement la religion catholique ?
Ont-ils vraiment voulu inscrire leur union dans l’union indissoluble du Christ et de l’Eglise ?
Quoi qu’il en soit, ce qui demeure, en tous temps, ce sont cependant des baptisés remplis de l’amour du Christ, malgré leurs faiblesses et leurs péchés, qui ont en eux un désir de réaliser dans leur vie une union conjugale indissoluble, pour le meilleur et pour le pire, pour être témoins de l’amour inconditionnel et indéfectible de Dieu, de l’union indissoluble du Christ et de son Eglise, dans leur vie conjugale.
Ce que ces baptisés croient, c’est que la volonté initiale et créatrice de Dieu reste possible malgré les vicissitudes humaines. Oui, Dieu lui-même vient unir l’homme et la femme et ce lien peut tenir, même si les ténèbres de ce monde viennent le recouvrir. La réalité spirituelle de cette union est indestructible.
C’est ici que se joue le drame de ceux qu’on appelle, improprement, des divorcés remariés.
Les mots sont impropres parce que le mot divorcé signifie qu’un mariage est dissous (alors que le sacrement du mariage est indissoluble) et que le mot remarié signifie qu’un nouveau mariage est conclu (alors qu’il ne s’agit ici que d’un remariage légal, mais non d’un nouveau sacrement).
Pourquoi un drame ? Parce que ce qui est en cause ce n’est pas seulement, ni principalement, la situation douloureuse d’un couple de divorcés remariés, ni toute la miséricorde et l’accueil qu’elle exige, mais la valeur du sacrement du mariage.
La question que les divorcés remariés ne peuvent éviter concerne la valeur du sacrement de leur mariage dont ils ont divorcé légalement.
S’ils pensent que ce mariage n’était pas valable, l’Eglise ne cesse de les inviter à considérer cette validité avec attention et il est probable que, dans un avenir proche, des voies nouvelles plus adéquates seront proposées pour apporter des réponses aux questionnements sur cette validité.
Mais, s’ils admettent que le sacrement de leur mariage a bien été contracté valablement, puis généralement vécu de manière satisfaisante pendant plusieurs années avec l’accueil d’enfants nés en son sein, comment considèrent-ils la dégradation de l’entente des époux survenue ensuite avec diverses difficultés et souffrances ayant abouti à une décision de séparation précédée ou suivie de la constitution d’un autre attachement sexuel ?
Cette dégradation, bien réelle, a-t-elle détruit le sacrement du mariage qui les a unis ?
Croire à cette destruction, c’est cesser de croire à son indissolubilité. Non seulement pour soi-même, mais aussi pour tous les autres.
C’est croire que l’indissolubilité n’existe pas, mais qu’elle dépend des circonstances et des personnes.
Mais, ne plus pouvoir proposer un mariage indissoluble serait une atteinte immense à un des dons les plus essentiels de Dieu à l’humanité et à l’Eglise.
L’Eglise ne peut cesser de proposer la grâce du sacrement de mariage indissoluble à ceux qui le désirent. Oui, le mariage indissoluble est un sacrement qui existe.
Il ne s’agit pas ici de juger les personnes et les circonstances, mais de sauvegarder un bien essentiel pour l’humanité.
Il serait vain et injuste d’affaiblir l’indissolubilité du mariage par des jugements concrets qui feraient des exceptions en considérant les fautes, les difficultés ou les souffrances en cause.
Le mariage sacramentel n’est pas moins infaillible pour la victime de l’infidélité de son conjoint ou pour celui qui a de nombreuses obligations dans un autre mariage légal.
Le sacrement du mariage d’un divorcé remarié, qui n’a eu aucun enfant avec son premier conjoint dont il a divorcé après avoir été abandonné par l’effet de violences et d’adultères répétés, mais qui a ensuite contracté un autre mariage avec un conjoint actuellement gravement handicapé, dont sont issus de nombreux enfants à prendre en charge, n’est pas moins indissoluble que n’importe quel autre.
Qui oserait cependant prétendre qu’un tel divorcé remarié devrait abandonner son foyer actuel ?
Mais, faut-il pour autant oublier l’indissolubilité de son mariage sacramentel ?
Elle demeure au plus profond de l’obscurité avec toutes ses lumières.
C’est un message pour tous les conjoints unis dans le Christ. Même lorsque l’obscurité ou les contradictions des réalités terrestres sont extrêmes ou totales, la grâce du sacrement du mariage demeure et peut, et même doit, être regardée comme une lumière et une vérité qui demeurent pour l’éternité.
Comment le conjoint lié à une personne par un sacrement du mariage indissoluble, mais légalement divorcé et remarié avec une autre personne, peut-il exprimer sa foi persistante dans l’indissolubilité de son mariage sacramentel alors même que la contradiction objective de sa vie présente est manifeste ?
C’est ici que l’abstention de la communion eucharistique peut prendre tout son sens pour le baptisé repentant, lié par un remariage, qui ne cherche plus à justifier sa propre route, ni ses échecs et ses contradictions, mais qui prend conscience de l’immense valeur sacramentelle du mariage pour l’Eglise et le monde jusqu’à admettre que son conjoint dans ce sacrement dont il est divorcé demeure son époux dans le mystère de Dieu, alors même qu’il a cessé de l’être dans la réalité intelligible du monde présent.
Les divorcés-remariés
Publié : ven. 13 mars 2015, 18:30
par papounet
Les divorcés-remariés, sorte d'épine acérée dans le pied des conservateurs de l'Eglise catholique romaine, est un des trois chantiers du synode sur la famille prévu en automne prochain.
Notre dynamique pape François veut remplacer "l'exigence morale" par "la miséricorde de Dieu" ouverte à toutes les situations personnelles. Il veut aussi répondre à ce qu"'il perçoit comme un manque d'ouverture de l'Eglise à l'encontre de ces personnes de plus en plus nombreuses, y compris dans la nébuleuse catholique. 1/3 de divorces en France actuellement dont 50% dans la région parisienne. Du temps de Jésus, la durée moyenne de vie était de la moitié de celle d'aujourd'hui, donc les unions n'avaient pas le temps de se fissurer. Par contre, en contrepartie, les adultères - condamnés par Jésus- étaient monnaie courante avec lapidation de la femme coupable (pas l'homme, bien sûr).
Tout a changé en plus de 2.000 ans et il est nécessaire que les cardinaux conservateurs mettent de l'eau dans leur vin s'ils ne veulent pas ne voir que des églises vides de paroissiens un peu partout...
Je fais confiance au pape François pour nous réformer tout ce passé devenu obsolète...l'Eglise doit changer et ne pas rester figée sur son passé. Elle est en train de mourir de cela...
Re: les divorcé-remariés
Publié : ven. 13 mars 2015, 20:41
par Héraclius
La question est : est-ce qu'un commandement de l'Eglise peut devenir obsolète ?
Au-delà, dénoncer une situation c'est très bien, mais que préconisez-vous ? Renoncer à un dogme de foi, l'indissolubilité ? Non, cela est impossible. Alors quoi ? Trouver une solution qui, tout en ne remettant pas en cause la doctrine, laisse une plus grande place à la miséricorde ?
En même temps, la définition même de la miséricorde implique qu'il y a un péché, une faute, un mal. Comment se positionner par rapport à ce mal ? Et comment continuer à encourager les gens à ne pas se remarier tout en étant plus flexible sur les cas de péchés ?
Encore une question importante : comment obtenir le regret spécifique du péché quand il est mêlé à beaucoup de bien ? On ne peut pas demander à une femme ou un homme qui s'est remarié et a des enfants de mettre à terre ce qu'il a fondé, et de regretter tout le bien qui a émergé d'un mal originel : l'amour, les enfants, la famille nouvelle. Il faut donc dissocier le mal du bien, chose difficile quand le mal a débouché sur des biens existants... Comment expliquer à un homme qui aime sa fille qu'il n'aurait pas dû la "faire" mais que, pour autant, cette fille et l'amour réciproque entre eux est un bien ?
Car une large partie du problème est bien entendu lié aux conditions de l'absolution.
Bref, la question est très complexe, et ce dont les vilains conservateurs ont peur (remettre en cause la Sainte Doctrine, et de ce fait briser la cohérence de la religion catholique) est tout à fait légitime.
Il faut s'en remettre à l'Esprit de Vérité. Puisse-t-il accompagner le Saint Synode.
