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Le processus du pardon
Publié : lun. 22 déc. 2014, 9:51
par SergeA
Le processus du pardon (comme je l'ai vécu)
Si on veut avancer dans la foi, parce qu'on en ressent le besoin, pardonner est une étape importante, indispensable, je dirais même incontournable. Je m'en aperçois aujourd'hui.
Je me rappelle, il y a quelques mois, au fond de mon gouffre, quand je réalisais que ma vie était comme un panier percé dans lequel j'avais mis des choses qui étaient censées me rendre plus heureux, et que dans ce panier il ne restait rien, quand mes prières vers Dieu ou vers le ciel étaient le témoin de ce besoin de changer, de me changer, en fait de revenir à un état qui existait toujours en moi et que j'avais oublié, je me suis rendu compte que j'étais incapable de prier Jésus Christ. Je me questionnais, cherchant la cause de cette réalité.
En premier lieu, je ressentais cette honte, celle d'avoir tourné le dos à Dieu, pendant toutes ces années. Et si je pouvais prier le ciel, je ne me sentais pas digne de prier Jésus Christ, Lui Qui a accepté de souffrir le martyre pour nous, pour que nos péchés soient pardonnés. Je me rappelais mon enfance, où, tout petit, je priais "naturellement". Ces prières que j'avais alors, elles étaient simples, pleines de sincérité, pleines d'amour, spontanées. Et en retour, Dieu me prenait dans Ses bras, me consolait de mes peines, me donnait une sérénité et me remplissait de Son Amour. Je me suis alors dit que c'était vrai, qu'il fallait redevenir "comme un enfant" pour pouvoir être de nouveau près de Lui.
Redevenir comme un enfant ... OK, mais qu'est ce qui avait changé ? N'étais je pas le même ? Pas vraiment en fait.
La vie avait fait que j'avais eu mon lot de souffrance. J'en avais moi même aussi généré, sans méchanceté sans doute (dans le meilleur des cas), mais ma mémoire semblait vouloir occulter tout ce qui pouvait m'être "défavorable". Pour redevenir comme un enfant, pouvoir de nouveau prier Jésus Christ, je devais faire le maximum pour être pardonné de mes péchés.
Mais comment faire ? Suffisait-il de demander pardon, dans une prière ? Cela semblait bien simple, trop simple pour mon intellect d'adulte. Et puis, la réponse est arrivée : "Pardonnes nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés". Je devais commencer par pardonner moi-même ; c'était la première étape. Puis la promesse de Jésus Christ me permettrait d'obtenir mon propre pardon.
Je me suis mis alors à rechercher toutes les causes de mes traumatismes, puis les reproches que je pouvais faire à mes parents, à des proches, des amis, et à chaque fois qu'une "cause" était identifiée, je décidais, utilisais mon libre arbitre, pour pardonner du fond du cœur, et j'en profitais aussi pour demander pardon auprès des ces causes, de ces personnes pour les reproches que j'avais pu leur faire, déliant ainsi ici, dans ce monde des liens malsains.
Et miraculeusement, petit à petit, toutes les causes ont disparu : il devenait en effet, de plus en plus difficile d'identifier quoique ce soit qui ait pu me causer du tord. Je me suis mis alors à pardonner tout azimut, à pardonner nos politiciens, nos hommes d'affaire, tout ceux qui par ambition projetaient le monde dans le chaos et la souffrance.
Au bout de quelques jours, je devais me rendre à cette évidence, il ne restait plus rien à pardonner, et même mieux, il n'existait rien qu'il soit nécessaire de pardonner car aucun mal ne m'avait jamais été fait.
Dans une joie nouvelle et pleine d'un amour retrouvé pour mes semblables, je m'adressais alors à Dieu et lui demandais pardon pour mes fautes, tout simplement. Quelques jours plus tard, je renouais pour la première fois depuis longtemps avec la Confession, puis l'Eucharistie.
Depuis ce processus achevé, je vis une plénitude presque permanente. Et si par moment, cette plénitude disparait, car il faut bien vaquer à des occupations qui emmène notre intellect vers des choses très terre à terre, il me suffit de penser à Jésus Christ, à cet amour que j'ai pour Lui, pour que la plénitude revienne, presque instantanément. Oui, bien sur, j'avais oublié de le dire, Jésus Christ, que je ne pouvais prier, ne me quitte plus, pour ma plus grande joie.
Gloire à Toi, mon Jésus Christ, je t'aime de tout mon cœur.
Re: Le processus du pardon
Publié : jeu. 08 janv. 2015, 15:13
par boreal
bonjour! votre témoignage me touche d'autant plus que je suis moi-même à nouveau dans un processus de ce genre. Personnellement ce qui m'a aidé à désirer pardonner c'est le fait d'avoir compris qu'en fait la rancœur m'empoisonnait et en même temps me coupait de Dieu.
Je tombais souvent sur la parole: "Ne juge pas et tu ne serait point jugé" et ainsi j'ai compris qu'en jugeant et condamnant les autres je prenais la place de Dieu. Qui suis-je pour condamner et garder rancune moi qui ne connais pas mon prochain puisque je n'ai pas accès à tous les éléments, comme Dieu. Moi qui a du mal à me connaître et à m'aimer moi-même... C'est ainsi que j'ai fait un travail sur moi pour apprendre à me connaître, a accepter que je ne suis pas mieux que les autres et par là, être plus charitable avec moi-même et avec les autres. A accepter le mystère c'est à dire ce côté auquel je n'ai pas d'accès, ce domaine où Dieu est à l'œuvre dans ma vie, dans nos vies, pour transformer le mal en amour. Il ne me reste plus aujourd'hui que désirer transformer en amour toutes mes épreuves comme le Christ nous enseigne par sa vie...Et la vie a un sens...
merci de ce riche partage
Re: Le processus du pardon
Publié : ven. 09 janv. 2015, 10:42
par Christophe67
Bonjour SergeA,
Très joli témoignage.
En effet le pardon n'est pas inné pour tous, il fait parti de notre conversion et peut-être plus ou moins long en fonction de nos expériences passées. Certaines choses remontant de la profonde enfance prennent du temps, car un moment perçues comme ne pouvant être pardonnées. Et pourtant le jour où cela se produit, quelle délivrance, s'apercevoir qu'on a tout pardonné, que le ressentiment, la colère, la rancune ont disparu pour finir par faire place à une certaine bienveillance envers ceux qui nous ont blessé.
Car au final nous finissons par voir leur malheur et prier pour eux et je pense, pour ma part, que tout ce qui permet de tourner notre regard vers l'autre nous permet d'avancer. Je prie très souvent pour ceux qui m'ont blessé afin qu'ils puissent avoir les grâces nécessaires pour trouver également ce chemin.
Cordialement.
Re: Le processus du pardon
Publié : ven. 20 mars 2015, 21:03
par Cinci
- «... néanmoins,c'est une vérité peu connue, ces blessures de l'enfance ne guérissent habituellement jamais complètement, en raison de leur profondeur. Le plus souvent, le Christ leur enlève leur pouvoir paralysant et nous apprend à vivre avec ces cicatrices. Il faut veiller à ne pas laisser espérer l'impossible : une sorte de recommencement à zéro. La guérison consiste dans bien des cas à assumer ses blessures (y compris les impuissances morales et spirituelles) et à porter jusqu'à sa mort un psychisme délabré en communion avec le Christ ressuscité, à l'agonie et sur la croix jusqu'à la fin du monde». (P. Yvan Marcil, OCD)
«Pour se pardonner à soi-même, il faut s'accepter tel qu'on est. La perte de la fausse image de soi, qui permettait de se croire supérieur et de cacher ses fragilités et ses fautes, peut réveiller une angoisse et une souffrance intérieure. Nous ne pouvons accepter cette souffrance que si nous découvrons cachée sous ces masques et ces brisures de notre être notre vraie personne profonde, plus belle que celle que nous avions imaginée. En prenant conscience de notre pauvreté intérieure, nous n'avons plus besoin de tomber dans la dépression. En prenant conscience de notre beauté, nous n'avons plus besoin de nous croire le centre de l'univers. La découverte de notre beauté et de nos brisures nous permet de mieux voir la beauté des autres, caché sous leurs brisures. Cette découverte est comme un moment béni, une lueur jaillie d'une rencontre avec le Dieu d'amour qui nous révèle que nous sommes tous aimés de Dieu» (Jean Vanier, Accueillir son humanité, 1999, p.178)
et
«Aimer ses ennemis, c'est accepter de les voir comme des personnes, prisonnières, certes, de la peur, de l'oppression, de leur soif de pouvoir, mais néanmoins des personnes qui sont avant tout précieuses et sacrées. Leur personne profonde est cachée, derrière des murs de peur. Les aimer c'est espérer qu'ils soient délivrés du cycle destructeur de l'orgueil et de soif de pouvoir dans lequel ils sont enfermés, et aspirer à leur libération.» (idem)
«Jésus a eu le réalisme de reconnaître que nous avons tous effectivement des ennemis. Il n'a pas dit naïvement : vous n'avez pas ou n'ayez jamais d'ennemis. Il a osé faire une demande absolument exorbitante, jamais demandée par qui que ce soit : non seulement pardonner à ses ennemis, mais aller jusqu'à les aimer! C'est chose absolument impossible à l'homme, dans sa nature blessée par le péché. Mais à Dieu, rien n'est impossible. N'est-il pas le seul et unique Maître de l'impossible?» (
Daniel-Ange,
Le pardon. Divine chirurgie, p.190)
Re: Le processus du pardon
Publié : ven. 20 mars 2015, 21:45
par Cinci
Serge A,
Au bout de quelques jours, je devais me rendre à cette évidence, il ne restait plus rien à pardonner, et même mieux, il n'existait rien qu'il soit nécessaire de pardonner car aucun mal ne m'avait jamais été fait.
Aucun mal, aucun mal ... rien qu'il soit nécessaire de pardonner.
- Vous voulez parler d'un ressenti subjectif selon lequel aucune personne n'aurait pu vous blesser pour vrai en premier lieu? N'était le fait que vous vous seriez fait complice naguère du mal subi ? Vous auriez peut-être cru faussement avoir été atteint sérieusement, par exemple, alors que c'était juste l'amour-propre ou la vanité chez vous qui aurait pu crier, etc.
Vous affirmez objectivement n'avoir jamais été victime de personne ? C'est difficile de croire qu'aucune personne dans le monde n'aurait pu contribuer à vous rendre relativement misérable sur un point ou sur un autre, en conséquence de la manifestation du péché qui transite bien aussi via les autres.
Je pense que le père Yvan Marcil, cité plus haut, après plus de trois décades, parvient fort malaisément à pardonner aux deux criminels qui auront tué son jeune frère naguère, disposant de lui comme d'un objet, sans plus de souci, nous l'ayant projeté dans le Saint-Laurent du haut d'un grand pont à l'entrée de Montréal.
Re: Le processus du pardon
Publié : ven. 20 mars 2015, 22:16
par Cinci
« -Je veux rester avec vous. Elle m'explique qu'elle est assistante sociale et qu'elle va faire en sorte qu'on ne me batte plus. Je la crois.
- [+] Texte masqué
- Une fois la porte refermée, mon père me crie : - qu'est-ce que tu lui as dit? Il prend un manche de bois et frappe, frappe, frappe. Je m'écroule. Mes jambes me font atrocement mal. Elles ne me portent plus. Il continue de frapper, de hurler. - Tu m'entends? qu'est-ce que tu lui as dit à cette pouffiasse? Boum! boum! - Hein! qu'est-ce que tu lui as dit à cette garce? Vlan et vlan! Je suis perdu dans ma tête. Je continue de croire en la dame. Pourtant, elle n'aurait jamais dû me laisser seule. Je ne lâche rien à mon père. Boum! Tellement de Paris-Brest qu'on pourrait aller sur la lune avec tous ces kilomètres de taloches! Puis il m'attrape à terre par la chemise, me porte comme un sac, ouvre la porte de la cave et m'envoie valser dans l'escalier en criant :
- Sale mioche, écrase-toi ou je vais te ...
Je n'entend pas la fin de la phrase. Je plonge dans le trou noir. Vol plané. Écrabouillage à l'atterissage.
Quelques secondes plus tard - ou quelques minutes? je ne sais plus - j'émerge du coaltar et j'entends ma belle-doche crier dans le brouillard de mon crâne :
- Monte, bâtard! Allez remonte!
Je ne peux pas. Je ne peux plus bouger. Dans ma chute, je me suis cassé la mâchoire et le nez. Mes jambes sont brisées. La sale femme descend l'escalier et me cogne à son tour.
- Allez, remue-toi, monte, bâtard, monte!
Boum, boum! Je rampe en escaladant chaque marche comme une limace. Boum sur mon dos, à coup de ceinture. Je ne sens plus mes jambes.
Ma tête tourne. Arrivé au sommet , mon père, debout, immense. Son ouragan de violence s'abat sur moi. Une grosse baigne m'éclate un oeil, puis une claque sur le côté gauche, déjà couvert d'hématomes. Une claque tellement forte que l'oreille explose avec un craquement sec. Crac. La nuit, Le trou noir. Après, je ne me rappelle plus.
Ce soir-là, c'est mon anniversaire. J'ai cinq ans. Comme cadeau, mon père m'a offert trente-six chandelles. Puis il a éteint la lumière.
Fin des années 1950, abandonné à 3 ans sur une route par sa mère, puis cloué durant deux ans sur un lit d'hôpital par les coups reçus de son père, Tim est alors un petit garçon au coeur et au visage cassé. Arrivent ensuite les placements en famille d'accueil, avec leur lot de désillusions qui ne font au'augmenter la carence d'amour d'un petit enfant qui va peu à peu durcir son coeur pour ne plus souffrir. [...] A travers cette autobiographie, l'auteur nous dévoile l'itinéraire d'un enfant perdu, et retrouvé. Ses mots ont la force de coups de poings, et l'écriture lapidaire délivre un message rempli d'espoir en la capacité d'amour et de pardon de tout homme, même du plus blessé.
Source : Tim Guénard, Plus fort que la haine, Presse de la Renaissance, 1999, p.23
Re: Le processus du pardon
Publié : sam. 21 mars 2015, 11:33
par SergeA
Bonjour Cinci,
difficile de vous répondre après un témoignage comme celui de Tim Guénard.
Non je n'ai rien vécu de tel.
Oui j'ai eu aussi mes propres expériences de la violence et de l'abandon.
Mais comme je le disais au tout début de ce fil, je n'ai voulu relater que mon vécu de ce processus du pardon tel qu'il s'est imposé à moi, sans vouloir dire que c'est de cette manière que cela devrait se passer pour tout le monde.
Aucun mal, aucun mal ... rien qu'il soit nécessaire de pardonner.
Vous voulez parler d'un ressenti subjectif ... ?
Oui totalement.
Rien ne peut changer le passé. Ce qui est fait est fait.
La seule chose qui peut permettre d'atténuer la souffrance, de casser le lien pervers qui existe entre le bourreau et sa victime, c'est un changement de regard, par exemple, la compréhension que chaque individu fait du mieux qu'il peut, ce qui peut sembler difficile à croire et même à imaginer surtout lorsqu'on est la victime de violences extrêmes, mais c'est pourtant la vérité. La meilleure preuve de cela, c'est que Dieu peut tout pardonner. Et comment pourrait Il le faire si le bourreau n'était constitué que de mal, sans aucune particule de bien en lui ? Et cette démarche, qui consiste à casser ce lien et qui finira par rendre le pardon possible, seule la victime peut l'entreprendre.
Le bourreau est une victime lui même, victime de son ou de ses propres bourreaux, victime de la violence, du manque d'amour, dans l'incapacité de s'exprimer autrement que par la seule chose qu'il connait ... les mots de haine et les coups.
Dès que la victime trouve en elle-même la capacité et la force de comprendre qu'il existe une possibilité que son bourreau soit pardonnable alors le pardon peut commencer à prendre place.
Bien entendu, plus les violences ont été extrêmes (comme dans le témoignage de Guénard), plus le pardon peut sembler impossible. Mais faut il alors se résigner et continuer à vivre dans ses souffrances ? Jésus Christ nous a montré l'exemple en pardonnant à ses bourreaux. Et ce qu'Il dit ce n'est pas "Faites ce que Je dis ... pas ce que Je fais ..." mais bien au contraire "Je vous montre que Moi, Dieu fait homme, innocent de toute faute, Je pardonne à mes bourreaux ... Voila ce que J'attends de vous". Le message ne peut être plus clair. Et c'est à mon sens le but ultime de chaque vie, le pardon donné à tout ceux qui autour de nous ont pu nous nuire d'une façon ou d'une autre, de façons extrêmes ou anodines, directement ou indirectement.
Et c'est ainsi que nous-même, nous pourrons demander à Dieu pour être pardonnés de nos fautes, tous les tords que nous aurons générés aux autres d'une façon ou d'une autre, de façons extrêmes ou anodines, directement ou indirectement.
N'ayant pas vécu moi même d'expérience de violence à ce point extrême, je demande d'avance pardon à toute personne pouvant se sentir choquée par mes propos.
Re: Le processus du pardon
Publié : sam. 21 mars 2015, 19:59
par Cinci
Bonjour Serge,
Merci pour votre réponse.
Je considère que c'est important de prendre le temps d'interréagir avec les gens, en ne les traitant pas comme des numéros anonymes, des meubles, des catégories abstraites que l'on devrait maîtriser parfaitement et de qui l'on ne pourrait jamais rien s'attendre de neuf et zzzzzz ... Je vous dis ça, parce que vous faite le contraire. Alors c'est réjouissant.
Oui, j'ai mis le cas de Tim Guénard pour illustrer quasiment le pire. Je ne voulais pas vous écraser avec ça non plus. Car, moi-même, je n'aurai jamais vécu rien de tel.
L'exemple qui est tellement gros ferait juste montrer le caractère impossible du pardon, à l'échelle humaine en tout cas. Juste pour rappeler que le mal brise quelque chose, peut frustrer définitivement quelqu'un d'un certain bien dont les autres auront pu jouir tranquillement. Pour Tim Guénard, rien pourrait lui redonner le souvenir vivant d' une expérience positive comme celle d'avoir pu être un enfant bien accueilli par ses parents, aimé de son père, etc. Ce ne fut pas le cas. Méchante blessure.
La seule chose qui peut permettre d'atténuer la souffrance, de casser le lien pervers qui existe entre le bourreau et sa victime, c'est un changement de regard, par exemple, la compréhension que chaque individu fait du mieux qu'il peut, ce qui peut sembler difficile à croire et même à imaginer surtout lorsqu'on est la victime de violences extrêmes, mais c'est pourtant la vérité.
Je crois comprendre ce que vous voulez dire. Je suis d'accord.
Puis, en même temps, je réalise la difficulté qui est réelle à pardonner (ma propre expérience ici) même à des gens proches. On a beau se dire que l'autre est aussi victime de ci et ça, je ne sais pas, juste l'idée qu'en ayant consenti personnellement au mal de quelque façon et comme pour avoir voulu chercher une sorte de soulagement dans le fait de faire retomber ses impacts sur un tiers (ce pourrait être moi, le tiers), de s'être fait plaisir le temps de s'abandonner à tel ou tels vices : quelque chose en plus vient s'ajouter au mal. Ce n'est vraiment pas comme si une tornade s'était abattue pour faire des victimes.
L'élément
personnel vient creuser comme un abîme de difficulté, parce qu'une liberté est en cause, dirait-on.
La dynamique :
- «Comment ma propre mère aurait-elle pu ... Comment le fils que j'ai ... Comment nos propres dirigeants ... Comment un adulte pourrait être vicieux-tordu au point de ne pas être capable de se ressaisir et de ... »
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C'est à se demander s'il n' y a pas
une peur de la liberté en même temps, une peur de l'inconnu littéralement. Peur de la vie?
Qu'est-ce qui rend le pardon si difficile? le fait d'anticiper qu'autrui ne changera pas même après avoir fait soi-même un effort? le déplaisir projeté en s'imaginant d'avance ouvrir une porte pour l'autre, étant comme sûr que l'autre aussi va nous la claquer au nez en retour; et, à quoi, l'on pourra ensuite se taper sur la tête en se traitant soi-même d'idiot, de naïf? l'idée qu'une souffrance devrait consécutivement en ressortir regaillardie en cas de réaction négative en face? et si l'autre fait tout le contraire? et s'il se repent lui-même sur la cendre? est-ce la crainte abominable de découvrir au fond à quel point j'aurais pu être fumier aussi à quelque part? dans le fait d'avoir si tardé à vouloir pardonner l'autre? le fait de n'avoir jamais été réellement bien disposé envers cet autre et découvrir profondément comment le fait de penser pouvoir se saisir d'une accusation contre l'autre m'aurait tellement mieux arrangé? le petit prétexte bien commode ...
J'aurais tendance à penser qu'une
peur de la vie pourrait entrer dans le fait d'avoir le pardon si difficile. J'en suis là dans mes réflexions du temps de Carême.
Peur de la vie, peur de devoir changer "quelque chose" en soi-même, peur de renoncer à quelques petites habitudes, peur de perdre un relatif confort mental ... Si l'autre est définitivement une buse, je n'ai plus d'effort à fournir moi-même, plus nécéssaire de lui dire bonjour le matin, pas besoin de tenir compte de ses désidératas. Il y a un certain confort à transformer l'autre en madrier inerte, facilite l'usage du zapping. Peut-être c'est plus facile de manipuler (sans surprise) que recevoir de façon imprévisible? moins de vie, plus de confort de type sommeil tranquille. Être dominé par des peurs?
(on médite en roue libre ...)
Re: Le processus du pardon
Publié : sam. 21 mars 2015, 20:10
par Belin
Et que signifie pardonner? C'est parfois important de (re)définir les termes-clés de la vie chrétienne.
Re: Le processus du pardon
Publié : lun. 23 mars 2015, 4:07
par Cinci
Salut Kisito,
Vous songez à quoi? avez-vous une définition?
Re: Le processus du pardon
Publié : lun. 23 mars 2015, 7:56
par Belin
Cinci a écrit :Salut Kisito,
Vous songez à quoi? avez-vous une définition?
Oui, mais je ne sais pas si c'est ce que tout le monde a en tête quand ils parlent de pardon. Pardonner, c'est continuer à aimer (vouloir le bien) celui qui ne nous a pas aimé. Lorsque quelqu'un nous fait du mal, l'instinct naturel est de lui vouloir du mal aussi, pardonner c'est ne pas succomber à cette tentation.
Mais quand on regarde les choses sous l'angle de la Foi, personne ne nous fait du mal, ( tout concours au bien de ceux qui aiment Dieu) donc il n' y a pas matière à pardonner.
Re: Le processus du pardon
Publié : lun. 23 mars 2015, 9:00
par Belin
Une remarque. Le Christ, tout comme Etienne, demandent à Dieu de pardonner à leurs bourreaux, ils ne leur pardonnent pas eux mêmes directement, donc ils n'ont pas dit "je vous pardonne", mais ils ont dit "Père pardonne leur", car en réalité quand des gens nous font souffrir, ils offensent Dieu par leur péché, et se font eux même du mal par leur péché toujours, mais à nous même ils ne font aucun mal. Donc c'est Dieu qui a matière à pardonner et non nous, c'est pour cela que la demande de pardon est adressée à Dieu.
Re: Le processus du pardon
Publié : lun. 23 mars 2015, 10:37
par SergeA
kisito a écrit :Oui, mais je ne sais pas si c'est ce que tout le monde a en tête quand ils parlent de pardon. Pardonner, c'est continuer à aimer (vouloir le bien) celui qui ne nous a pas aimé. Lorsque quelqu'un nous fait du mal, l'instinct naturel est de lui vouloir du mal aussi, pardonner c'est ne pas succomber à cette tentation.
Mais quand on regarde les choses sous l'angle de la Foi, personne ne nous fait du mal, ( tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu) donc il n' y a pas matière à pardonner.
Je suis d'accord avec vos propos, et je les image en faisant ce parallèle (pour lequel je ne verrais aucun problème s'il était contredit) : les souffrances, qu'elles soient dues à quelqu'un identifiable (comme un parent, un bourreau, ou qui que ce soit) et ce qu'on appelle la malchance (comme la maladie qui vous tombe dessus) sont au bout du compte comparables, si on part du principe que le bourreau est quelqu'un de malade, une victime aussi ... et de ce fait, le pardon est facilité, et même rendu inutile. Peut on en vouloir à quelqu'un qu'on pourrait qualifier de malade (victime du mal) ?
Bon, tout cela reste très théorique bien entendu et vu du petit bout de ma lorgnette.
ajout : et c'est alors que la compassion remplace le besoin de pardon.
kisito a écrit :Une remarque. Christ, tout comme Etienne, demandent à Dieu de pardonner à leurs bourreaux, ils ne leur pardonnent pas eux mêmes directement, donc ils n'ont pas dit "je vous pardonne", mais ils ont dit "Père pardonne leur", car en réalité quand des gens nous font souffrir, ils offensent Dieu par leur péché, et se font eux mêmes du mal par leur péché toujours, mais à nous même ils ne font aucun mal. Donc c'est Dieu qui a matière à pardonner et non nous, c'est pour cela que la demande de pardon est adressée à Dieu.
D'accord avec vous, sauf sur le fait qu'il nous ait demandé de pardonner : " ... Pardonne nous nos offenses
comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. ..." et sur un autre plan, que dans un premier temps, l'homme peut pardonner, mais c'est Dieu qui juge (et qui pardonne) en dernier.
Cordialement. Serge.
Re: Le processus du pardon
Publié : lun. 23 mars 2015, 15:37
par Cinci
Bonjour,
donc ils n'ont pas dit "je vous pardonne", mais ils ont dit "Père pardonne leur", car en réalité quand des gens nous font souffrir, ils offensent Dieu par leur péché, et se font eux même du mal par leur péché toujours
C'est vrai que le premier concerné serait Dieu en réalité. Vous avez raison, Kisito. Jésus parle de la persécution de son Église comme d'un mal qui lui est fait à lui. Pas de différence. On pourrait extrapoler à tout le genre humain sans doute.
Le fait de s'habituer à penser que l'on ne serait "jamais seul à se faire insulter-massacrer" aiderait-il le processus de pardon? la metanoïa?
Je ne sais pas si une certaine incohérence serait mieux mise en lumière quand on se dirait chrétien, par exemple, pour se refuser ensuite, obstinément, à devoir présenter ses excuses aux autres? Je suis chrétien, ferai du mal à autrui (vingt fois par jour) et je fais comme si de rien n'était s'agissant du prochain? «J'aime Jésus!», et
casse-toi, pauvre cloche! ;«
Non mais c'est vrai, il vaut mieux la franchise que l'hypocrisie, il y a charité de dire à une cloche qu'elle est une cloche, et puis j'ai raison ... »
mais à nous même ils ne font aucun mal.
J'ai du mal avec ce bout quand même.

Re: Le processus du pardon
Publié : lun. 23 mars 2015, 16:13
par Cinci
Serge,
si on part du principe que le bourreau est quelqu'un de malade, une victime aussi ... et de ce fait, le pardon est facilité, et même rendu inutile. Peut on en vouloir à quelqu'un qu'on pourrait qualifier de malade (victime du mal) ? Bon, tout cela reste très théorique bien entendu et vu du petit bout de ma lorgnette.
Oui.
Quand la personne a véritablement perdu sa liberté du fait de la maladie, de médicaments qu'il lui faudrait prendre ou de par une force coercitive quelconque cf.
le père indigne qui terroriserait ses propres enfants, les forçant à chaparder; que les jeunes voleurs ne sont plus libres. Je comprends.
Mais ...
Quand on croira «bien voir» comment l'offenseur ajoute un petit plaisir personnel,
la volonté libre d'y mettre du sien ... le petit plaisir opportuniste,
comme petite satisfaction compensatoire à mal faire et comme dérobée en passant ... le facteur personnel en extra ... plus dur ...
[...]
Remarquez ici, je réfléchis, je ne suis pas en train de vouloir vous contredire. Non, je me questionne moi-même.