Raistlin a écrit :françois67 a écrit :Y-a-t'il vraiment des témoignages d'éclipse datant du 14 ou 15 nisan survenus aux années 30 à 33?
Car cedit témoignage de Thallus, même Origène le disait ridicule.
Je chercherai (je lis en ce moment l'excellent livre
Jésus de Jean-Christian Petitfils qui aborde justement le sujet), mais pour quelle raison Origène disait de Thallus que son témoignage est ridicule ?
Si j'ai bien compris, Tertullien critiquait ce témoignage car il considérait que Thallus avait confondu le récit évangélique avec une des éclipses archivées dans ces temps-là:
-l'une, très impressionante,a vait été observée en fin de matinée entre autre à Jérusalem en novembre 29
-l'autre, très partielle, se serait déroulée de façon très partielle en mars 33.
La première est surement celle qui correspond le plus au témoignage, mais la date ne concorde pas du tout: le 14 ou 15 nisan hébreu correspond aujourd'hui à peu prés au mois d'avril d'après mes recherches.
C.f. L'observatoire de Paris donne les dates suivantes pour la pleine lune de printemps
Année 29 pleine lune de nisan, dimanche 17 avril;
Année 30 pleine lune de nisan jeudi 6 avril;
Année 31 pleine lune de nisan, mardi 27 mars;
Année 32 pleine lune de nisan, lundi 14 avril;
Année 33 pleine lune de nisan, vendredi 3 avril;
Année 34 pleine lune de nisan, mardi 23 mars;
Année 35 pleine lune de nisan lundi 11 avril;
Année 36 pleine lune de nisan, vendredi 30 mars.
Origène ainsi que Jules l'Africain pensaient qu'une éclipse solaire en pleine lune est un
non sens. Et de fait, les éclipses solires ne se produisent qu'à la nouvelle lune. Origène croyait que l'évangile de Luc avait été falsifié sur ce point là pour médire des chrétiens, tellement grande est la bizzarerie.
Le sujet est très compliqué, voilà l'extrait où j'ai trouvé tout cela:
Les ténèbres de la Passion et les éclipses du soleil et de la lune
Une analogie de caractère astronomique, semblable à la coïncidence qui incita Dionysius Exiguus à privilégier 753 au lieu de 752auc pour l'Incarnation, devint prétexte à privilégier la chronologie Johannique :
À la mort du Christ une ténèbre couvrit la terre (de Juda) durant trois heures; un ciel de printemps obscurci de nuages au dessus de Jérusalem, le fait était assez inhabituel pour avoir été remarqué; Luc ajoutait à cela l'enténèbrement du soleil 4; alors que les nuages cachaient à la terre l'astre solaire, cette redondance signalait que l'obscurité se fit plus dense quand Jésus expira; mais surtout, l'évangéliste se servait de l'expression utilisée par les prophètes pour traduire l'émotion divine:
“Vient le Jour du Seigneur, redoutable et le débordement d'une ardente colère... le soleil s'enténébrera”5;
l'évangéliste y joignait le symbole du voile du temple se déchirant, comme manifestation de l'extrême désarroi accompagnant la mort du Christ ; mais il n'est pas assuré, historiquement, que le voile du temple se soit fendu en deux. Luc avait eu recours à des images bibliques pour traduire la détresse divine.
Jusqu'où ses allusions furent-elles comprises?
A l'extrême fin du second siècle, Tertullien, en défendant les Chrétiens auprès des magistrats romains, s'indignait que la ténèbre céleste ait été prise pour l'une des éclipses du soleil consignées dans leurs annales6 ; il devait se référer à Thallus qu'il nommait plus haut dans son traité; c'est lui que le reproche visait vraisemblablement. En effet au dire de Jules l'Africain et d'Eusèbe, Thallus avait rapproché le récit évangélique d'une éclipse de soleil qui s'était produite sous Tibère et sur laquelle Phlégon de Tralles donnait plus de détails:
“Dans la 4ème année de la 202ème olympiade (32/33ec), il y eut une éclipse du soleil, plus totale que ce qui avait été observé jusque là, à la 6ème heure le jour devint nuit et on aperçut les étoiles dans le ciel; un tremblement de terre se produisit en Bithynie qui anéantit de nombreux édifices de la ville de Nicée.”7
Des éclipses de soleil connues des astronomes par calcul, celle du 24 novembre 29 fut presque totale depuis la Bithynie et de Jérusalem où elle dura 2mn vers 13h15 et celle du 19 mars 33 en fin de matinée fut très partielle.
Vraisemblablement c'est à la première que Phlégon se référait mais en donnant une date erronée sinon retouchée par ceux qui le citèrent.
Jules l'Africain interrogeait le bien-fondé d'un rapprochement avec la Passion puisqu'une éclipse de soleil ne se produit qu'à la nouvelle lune; la crucifixion de Jésus, personne ne l'ignorait, s'était déroulée lors de la Pâque à la pleine lune quand les deux astres se trouvaient diamétralement opposés par rapport à la terre. Il ne voyait pas non plus la nécessité de noter une coïncidence entre une éclipse et un tremblement de terre et ses interrogations reflétaient la même exaspération que Tertullien, même si le fragment interpolé de ses écrits, transmis par Syncellus, laissait penser qu'il adhérait à l'idée d' un prodige céleste. Origène, son contemporain, dans son commentaire sur Matthieu dénonçait lui aussi l'idée d'une éclipse et pensait que l'évangile de Luc avait été falsifié pour médire des Chrétiens8 ; le papyrus Bodmer réalisé à son époque témoignait en effet d'une leçon en ce sens:
“Le soleil s'éclipsa et le voile du temple se déchira par le milieu”9.
Mais cette leçon qui n'est pas la plus ancienne dispose d'un petit nombre de témoins scripturaires alors que l'enténèbrement du soleil évoqué plus haut est attesté notamment par le codex Bezae, les traductions latine et syriaque et par Marcion4.
Le phénomène de l'éclipse a toujours fasciné; dans l'Antiquité il était sensé accompagner la mort des héros comme un hommage de la création à leur égard10. Il focalisait l'attention sur le phénomène astronomique, alors que l'image biblique d'un enténèbrement interne à l'astre tendait à souligner quelque chose de la détresse divine. Ce courant, au lieu de tarir, s'amplifia; la retouche au texte de Luc fut la première étape avant la production de preuves visant à certifier qu'une éclipse du soleil par la lune s'était produite, non point naturellement, mais par un prodige divin. Un auteur du Vème siècle consigna comme un témoignage qu'il voulait indubitable, le caractère surnaturel de l'éclipse le jour de la crucifixion dans une lettre prétendument adressée au hiérarque Polycarpe, de la part de Denys l'Aéropagite: “Pour nous deux qui étions ensemble à ce moment-là à Heliopolis, nous vîmes la lune s' approcher du soleil, à notre surprise puisque ce n'était pas une période de conjonction et qu'ensuite, depuis la neuvième heure jusqu'au soir, elle revint miraculeusement en opposition directe avec le soleil...”11. Voltaire ne fut pas le premier à dénoncer l'affabulation mais sa harangue n'a pas été suffisante pour faire taire les spéculations toujours très vivaces sur le sujet12.
Eusèbe de son côté avait carrément inscrit l'éclipse, dont Phlégon avait gardé la mémoire, dans le ciel de la Passion et repoussé celle-ci, en conséquences, à la 18ème année de Tibère (31/32ec), au lieu de la 16 ème jusque là admise.
Mais sa proposition était irrecevable puisque en 32, le 14 nisan tombait le lundi et non en fin de semaine, comme le voulait la Pâque du Christ.
Le livre des Actes de Pilate dit encore l'Evangile de Nicodème servit à en répendre et populariser l'idée 16.
Le ministère de Jésus étant ainsi allongé de trois ans, il devint commun de dire que Jésus était mort à 33 ans.
À l' éclipse de soleil et à l'année 32 furent substituées au cours du temps, l'année 33 avec son éclipse de lune:
La lune était pleine le vendredi 3 avril 33 à 14h33m UTC. Non seulement c'était le 14 nisan mais la Pâque fut soulignée par une éclipse partielle de la lune, dont la visibilité depuis Jérusalem est cependant incertaine. En mars de l'an 4 avant notre ère Flavius Josèphe avait associé une éclipse nocturne à la mort de jeunes héros qui avaient tenté d'ôter l'aigle Hérodien du fronton de la porte du temple. De la même manière, la coïncidence astronomique était invoquée pour appuyer une chronologie basée sur l'évangile de Jean. Lui était reliée une citation de Pierre qui, dans son discours de Pentecôte avait fait allusion à la lune en reprenant la parole de Joël 2:31: "le soleil se changera en ténèbres et la lune en sang”. Si la prophétie ne mentionnait pas une éclipse de lune, la forme poétique pouvait prêter à différentes interprétations.
L'article entier se trouve ici: http://codexbezae.perso.sfr.fr/selene/chapt/a2.html#6
Sinon le livre de Petifils que vous lisez, l'éditeur l'a-t'il placé sur Internet? Car dans ce cas, je serais très intéressé.
Bien à vous encore une fois.