aur15 a écrit :Est-ce qu'on peut imaginer une chose similaire avec la religion catholique ?
Pas sûr. Le communisme est une philosophie politique. Son objectif est bel et bien de changer le monde par l'action de l'homme.
La foi chrétienne n'a pas pour but premier de changer le monde, mais de permettre à l'homme d'être sauvé.
Ce qui ne veut pas dire qu'elle n'ait pas de conséquences tout à fait concrètes dans le monde : vous avez bien raison de dire que la foi c'est bien, mais que les oeuvres aussi sont importantes.
L'épitre de St Jacques dit même que sans les oeuvres, la foi est morte. Les démons savent que Dieu existent, après tout : leur foi ne leur sert de rien !
C'est pourquoi il y a quelque chose qui s'appelle la doctrine sociale de l'Eglise, qui s'intéresse aux oeuvres que la foi chrétienne suscite dans le monde. Et dans ses fondamentaux, il y a bien l'option préférentielle pour les pauvres. Le soucis des pauvres a été marqué dès les premières années de l'Eglise, avant même qu'elle ne commence vraiment à s'organiser. On le voit dans les Actes des Apôtres avec l'institution des diacres (Etienne, Philippe et les 5 autres), dont c'est là l'une des missions.
Mais cette attention aux pauvres, aux gens qui souffrent, aux exclus, tout cela n'est qu'une conséquence de la foi.
Pour que cela se généralise à toute la terre, il faudrait que tout le monde ait la foi. Quelque part nous l'espérons tous, mais il est peu probable que cela survienne, malheureusement. Jésus nous en a averti : nous sommes le sel de la terre. Le sel, il y en a un peu dans un plat, pour lui donner du goût. Mais ce n'est qu'un peu. Et l'Apocalypse n'est pas faite pour nous rassurer, puisqu'il semble bien que le retour du Christ doive être précédé d'une persécution sans précédent contre les chrétiens, et d'une quasi-domination du mal.
Espérer un paradis sur terre ? Personnellement, je n'en sais rien, et j'avoue que je n'y crois guère (peut-être ai-je tort).
Mais oeuvrer à créer autour de nous des petits bouts de paradis, ça oui, nous pouvons et devons le faire. Quand on demandait à Mère Thérésa combien de lépreux elle avait sauvé, elle répondait : "un à un". La question n'est pas le nombre. La question, c'est que chaque personne a de la valeur, et que c'est une à une que l'on peut aider les personnes. Cela ne changera peut-être pas la face du monde comme les communistes ont tenté de le faire (et l'Eglise avant eux, d'ailleurs). Mais pour les personnes concernées, ça changera leur vie. Et ça, on peut le faire.
Regardez comment a oeuvré Jésus : les zélotes attendaient un messie qui prenne leur tête et mène la révolution pour rétablir un royaume de justice. Ce n'est pas ainsi que Jésus a agit. Lui, il a marché, cheminé à travers la Galilée, la Phénicie, la Décapole, la Samarie et la Judée, et c'est une à une qu'il a sauvé les personnes qu'il rencontrait. Une à une. Même lorsque la foule se pressait autour de lui, Il n'a pas fait de grande guérison collective. Il aurait pu, il en avait le pouvoir. La fille de la syrophénicienne, il l'a guérie sans même se déplacer, sans même aller la voir. Mais non, Jésus n'a pas fait de guérison collective. C'est malade après malade, possédé après possédé, infirme après infirme qu'il a agit.
Et c'est un à un que nous sommes baptisés, pas en groupe avec une lance à eau. Et c'est un à un que nous recevons l'Eucharistie le dimanche à la messe, pas tous ensemble en prenant une hostie en entrant, avec une grande consécration générale depuis une tribune. Non : c'est un à un que nous la recevons.
Vous rêvez d'une terre juste, où chacun aimerait son prochain ? Moi aussi ! Et pour avancer vers ce but, ça commence avec moi, avec ma capacité à aimer, à m'efforcer d'être le frère de chaque personne que je rencontre, une à une. Pas facile tous les jours... (les seuls jours où ce ne soit pas difficiles sont probablement les jours où je ne rencontre personne... et ces jours là, je ferais probablement mieux de sortir de chez moi et aller chercher des gens à rencontrer).
Les communistes, comme beaucoup d'autres, rêvent de changer le monde en changeant la société dans son ensemble.
Nous chrétiens, sommes bien plus humbles : la société, c'est abstrait. Mais les personnes, je peux les rencontrer, une à une, et là, je peux agir, concrètement, en essayant d'être serviteur du Christ pour elles.
Est-ce une chimère d'avoir de telle pensée ?
un monde ou les oeuvres de la foi serait tellement importante qu'elle changerait le monde dans lequel on vie.
Un retour du jardin d'eden ?
La vraie question, c'est de savoir si vous pensez que ce sont vos oeuvres qui vont sauver le monde, ou si vous comprenez que ça, Dieu seul le peut.
Le jardin d'Eden, c'est Dieu qui nous y a fait entrer, Dieu qui nous en a fait sortir, il n'y a que Lui qui puisse nous y faire entrer à nouveau. Notre boulot à nous, c'est de coopérer, ou plus précisément, de ne pas nous faire obstacles à sa grâce. Non pas de chercher à faire, mais de vouloir le laisser faire. Et quand nous laissons Dieu agir en nous, alors il nous apprends ce que nous devons faire pour qu'Il puisse aussi agir à travers nous, pour que nous soyons vraiment et efficacement ses collaborateurs.
Les oeuvres de la foi, ce ne sont pas des oeuvres que nous décidons de faire, mais des oeuvres que nous accomplissons uniquement en étant serviteurs de Dieu. Et ce, uniquement pour Sa plus grande gloire, parce que quoiqu'il en soit, nous ne sommes jamais que des serviteurs inutiles (celle-là, on a toujours du mal à l'accepter, tellement on voudrait pouvoir être utiles...).