Réflexions diverses
Publié : dim. 16 févr. 2014, 22:56
Mettant de l'ordre dans des articles de Télérama gardés depuis des années, je recopie les passages les plus intéressants :
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Je suis du côté de ceux qui veulent classer le clonage au rang de crime contre l’humanité. C’est un inceste contre soi-même, un inceste au carré (JC Guillebaud, 2001).
Comme un saumon, l’homme est d’autant plus vivant qu’il remonte le courant (le Talmud, cité par Marc-Alain Ouaknin).
Le goût des jardins va à l’encontre d’un courant qui pousse nos contemporains à vivre en deux dimensions ([télé, ordinateur, pare-brise de voiture]…). Le jardin, c’est un endroit où l’espace et le temps résistent. C’est pour ça que c’est si important (Monique Mosser, 2001).
Dans les Lumières, il y a trop de lumière. En réalité, la lumière suppose de l’ombre autour, du mystère, voire de l’inexplicable.
... Ce qui est vraiment brisé, mais n’apparaît pas encore de façon vraiment consciente, est l’assurance d’une rationalité close, c’est-à-dire la prétention de l’Occident à incarner seul la raison tandis qu’ailleurs tout ne serait que superstitions, erreurs et illusions. La rationalité souffre d’une maladie infantile qu’on peut appeler la rationalisation, qui conduit à élaborer un système tout à fait logique mais fondé sur des bases limitées ou erronées. Ainsi, nous avons cru – et ce jusqu’au XXème siècle – que les peuples dits primitifs étaient enfermés dans le mythe et la pensée magique. Or leurs techniques, notamment de chasse, leur connaissance des vertus des plantes nous montrent une rationalité qui coïncide avec leurs mythes. Toutes les sociétés, dont la nôtre, comportent une part rationnelle et une part mythologique. Les Lumières elles-mêmes ont mythifié la Raison et le Progrès.
… La modernité a provoqué la destruction de toutes les solidarités traditionnelles – la grande famille, la petite famille, le village – et nous n’en avons pas vraiment créé de nouvelles, sinon bureaucratique comme la Sécurité sociale. Le développement de l’individualisme est très positif pour l’autonomie et la responsabilité personnelle, mais il s’accompagne d’un accroissement de l’égoïsme et de l’égocentrisme. Et pourtant (…) la potentialité de fraternité sommeille en nous. (Edgar Morin, 2006)
C’est surtout en fin de vie, on le sait, qu’augmentent les dépenses de santé. Les médicaments sont utilisés pour se débarrasser du souci qu’implique la prise en charge quotidienne des personnes âgées.
Q. Pourquoi le Ministère de la Santé, qui semble si soucieux d’économies, ne cherche-t-il pas à faire baisser ces prix ?
R. Il faudrait pour cela qu’il ose s’attaquer à l’important lobby pharmaceutique, qui fait du chantage aux délocalisations.
… On ne le dit pas assez : un système privé d’assurance-maladie est non seulement plus opaque, mais plus cher, plus injuste et aussi plus bureaucratique que notre propre système.
(…) La Sécurité sociale est à la base un système totalement étranger au capitalisme : pas d’actionnaires, pas de profits réalisés sur les sommes en jeu. Une idée devenue insupportable dans une économie libérale !
… Il faut revendiquer non pas davantage de privé, mais au contraire davantage de mutualisation. (…) Sauver la Sécurité sociale du gouffre tout en conservant un système juste est parfaitement possible. Il s’agit juste d’un choix politique. (Philippe Pignarre, 2004)
La démocratie, c’est penser ensemble tout haut (Marcel Detienne).
Dans un stage, quand je demande : « Qu’est-ce, pour vous, que convaincre ? », les jeunes répondent « séduire », les plus âgés « faire une démonstration logique ». Or il existe une troisième voie qui passe essentiellement par l’écoute car, à moins d’avoir exactement les mêmes références, on peut rarement convaincre quelqu’un avec les raisons qui nous ont convaincus nous-mêmes.
… C’est l’obstacle majeur : le déficit de culture générale, c’est-à-dire la capacité d’accueillir ce que des gens différents de soi peuvent dire ou penser. Or sans cette conscience du monde de l’autre, on n’a ni argument ni opinion .
… Les lieux de la non-parole, hélas, sont partout. Partout où il y a de la violence.
…Il faudrait réinventer en concurrence d’autres modalités de circulation de la parole. Remettre de la parole là où les gens vivent. (…) L’urgence est là : la parole est précieuse, elle est le ciment de notre lien social, pas un luxe pour gens cultivés. (Philippe Breton, 2003)
Le porno n’est en rien subversif ni libérateur, c’est une usine à fric. (…) Il se répand, se banalise avec une complaisance quasi généralisée des médias. (Marc Jézégabel, 2002)
[à propos d’une émission contre José Bové]
Il y a manifestement une volonté de faire céder la réticence des consommateurs en vue d’ouvrir les vannes d’un juteux marché agroalimentaire. L’intérêt de la biomédecine OGM est utilisé comme cheval de Troie pour séduire l’opinion. (…) La recrudescence des allergies ces dernières années montre bien que la santé publique se dégrade, et le désarroi des malades, que les solutions préventives et thérapeutiques sont loin d’être satisfaisantes. Ne risque-t-on pas une aggravation du problème avec les OGM ? La difficulté d’établir des liens de cause à effet par des preuves scientifiquement établies rendra les victimes incapables de demander réparation, et les industriels pourront continuer leur commerce, laissant à la Sécu la charge des dommages causés. (un lecteur, 2002)
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Je suis du côté de ceux qui veulent classer le clonage au rang de crime contre l’humanité. C’est un inceste contre soi-même, un inceste au carré (JC Guillebaud, 2001).
Comme un saumon, l’homme est d’autant plus vivant qu’il remonte le courant (le Talmud, cité par Marc-Alain Ouaknin).
Le goût des jardins va à l’encontre d’un courant qui pousse nos contemporains à vivre en deux dimensions ([télé, ordinateur, pare-brise de voiture]…). Le jardin, c’est un endroit où l’espace et le temps résistent. C’est pour ça que c’est si important (Monique Mosser, 2001).
Dans les Lumières, il y a trop de lumière. En réalité, la lumière suppose de l’ombre autour, du mystère, voire de l’inexplicable.
... Ce qui est vraiment brisé, mais n’apparaît pas encore de façon vraiment consciente, est l’assurance d’une rationalité close, c’est-à-dire la prétention de l’Occident à incarner seul la raison tandis qu’ailleurs tout ne serait que superstitions, erreurs et illusions. La rationalité souffre d’une maladie infantile qu’on peut appeler la rationalisation, qui conduit à élaborer un système tout à fait logique mais fondé sur des bases limitées ou erronées. Ainsi, nous avons cru – et ce jusqu’au XXème siècle – que les peuples dits primitifs étaient enfermés dans le mythe et la pensée magique. Or leurs techniques, notamment de chasse, leur connaissance des vertus des plantes nous montrent une rationalité qui coïncide avec leurs mythes. Toutes les sociétés, dont la nôtre, comportent une part rationnelle et une part mythologique. Les Lumières elles-mêmes ont mythifié la Raison et le Progrès.
… La modernité a provoqué la destruction de toutes les solidarités traditionnelles – la grande famille, la petite famille, le village – et nous n’en avons pas vraiment créé de nouvelles, sinon bureaucratique comme la Sécurité sociale. Le développement de l’individualisme est très positif pour l’autonomie et la responsabilité personnelle, mais il s’accompagne d’un accroissement de l’égoïsme et de l’égocentrisme. Et pourtant (…) la potentialité de fraternité sommeille en nous. (Edgar Morin, 2006)
C’est surtout en fin de vie, on le sait, qu’augmentent les dépenses de santé. Les médicaments sont utilisés pour se débarrasser du souci qu’implique la prise en charge quotidienne des personnes âgées.
Q. Pourquoi le Ministère de la Santé, qui semble si soucieux d’économies, ne cherche-t-il pas à faire baisser ces prix ?
R. Il faudrait pour cela qu’il ose s’attaquer à l’important lobby pharmaceutique, qui fait du chantage aux délocalisations.
… On ne le dit pas assez : un système privé d’assurance-maladie est non seulement plus opaque, mais plus cher, plus injuste et aussi plus bureaucratique que notre propre système.
(…) La Sécurité sociale est à la base un système totalement étranger au capitalisme : pas d’actionnaires, pas de profits réalisés sur les sommes en jeu. Une idée devenue insupportable dans une économie libérale !
… Il faut revendiquer non pas davantage de privé, mais au contraire davantage de mutualisation. (…) Sauver la Sécurité sociale du gouffre tout en conservant un système juste est parfaitement possible. Il s’agit juste d’un choix politique. (Philippe Pignarre, 2004)
La démocratie, c’est penser ensemble tout haut (Marcel Detienne).
Dans un stage, quand je demande : « Qu’est-ce, pour vous, que convaincre ? », les jeunes répondent « séduire », les plus âgés « faire une démonstration logique ». Or il existe une troisième voie qui passe essentiellement par l’écoute car, à moins d’avoir exactement les mêmes références, on peut rarement convaincre quelqu’un avec les raisons qui nous ont convaincus nous-mêmes.
… C’est l’obstacle majeur : le déficit de culture générale, c’est-à-dire la capacité d’accueillir ce que des gens différents de soi peuvent dire ou penser. Or sans cette conscience du monde de l’autre, on n’a ni argument ni opinion .
… Les lieux de la non-parole, hélas, sont partout. Partout où il y a de la violence.
…Il faudrait réinventer en concurrence d’autres modalités de circulation de la parole. Remettre de la parole là où les gens vivent. (…) L’urgence est là : la parole est précieuse, elle est le ciment de notre lien social, pas un luxe pour gens cultivés. (Philippe Breton, 2003)
Le porno n’est en rien subversif ni libérateur, c’est une usine à fric. (…) Il se répand, se banalise avec une complaisance quasi généralisée des médias. (Marc Jézégabel, 2002)
[à propos d’une émission contre José Bové]
Il y a manifestement une volonté de faire céder la réticence des consommateurs en vue d’ouvrir les vannes d’un juteux marché agroalimentaire. L’intérêt de la biomédecine OGM est utilisé comme cheval de Troie pour séduire l’opinion. (…) La recrudescence des allergies ces dernières années montre bien que la santé publique se dégrade, et le désarroi des malades, que les solutions préventives et thérapeutiques sont loin d’être satisfaisantes. Ne risque-t-on pas une aggravation du problème avec les OGM ? La difficulté d’établir des liens de cause à effet par des preuves scientifiquement établies rendra les victimes incapables de demander réparation, et les industriels pourront continuer leur commerce, laissant à la Sécu la charge des dommages causés. (un lecteur, 2002)